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La ChroniqueLettre ouverte· N° 3224

Monsieur Trump, ne laissez pas Ankara devenir un sommet pour rien

Monsieur Trump, dans quelques heures, vous serez assis face à Volodymyr Zelensky à Ankara, en marge du sommet de l'OTAN. La Maison-Blanche

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À retenir
  1. Monsieur Trump, dans quelques heures, vous serez assis face à Volodymyr Zelensky à Ankara, en marge du sommet de l'OTAN. La Maison-Blanche
  2. Introduction : une rencontre qui peut tout changer, ou rien du tout
  3. Monsieur le président, l'Histoire vous regarde encore une fois
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : une rencontre qui peut tout changer, ou rien du tout

Monsieur le président, l'Histoire vous regarde encore une fois

Monsieur Trump, dans quelques heures, vous serez assis face à Volodymyr Zelensky à Ankara, en marge du sommet de l'OTAN. La Maison-Blanche a confirmé que vous rencontreriez mercredi après-midi le président ukrainien ainsi que le président syrien Ahmed al-Sharaa, dans un contexte où votre administration cherche des avancées sur deux conflits parmi les plus explosifs de la planète. Je vous écris cette lettre ouverte non pas en adversaire, mais en observateur exigeant qui a vu vos contradictions se répéter depuis des années sur ce dossier ukrainien.

Cette rencontre survient plus de quatre ans et demi après le début de l'invasion russe, une guerre que vos propres conseillers qualifient de « grinding » et de « quasi enlisée ». Vous avez répété, selon un haut responsable américain cité sous couvert d'anonymat, que mettre fin à cette guerre est une priorité de longue date pour vous. Je veux vous croire, Monsieur le président, mais je veux aussi vous rappeler ce qui s'est passé la dernière fois que vous et le président Zelensky vous êtes retrouvés dans la même pièce.

Pourquoi cette lettre, et pourquoi maintenant

Je choisis la forme de la lettre ouverte parce que ce moment appelle une adresse directe, sans détour diplomatique. Vous avez, Monsieur Trump, une occasion réelle de peser sur le cours de cette guerre à un moment charnière, alors que vous devez ensuite poursuivre vos échanges avec le président russe Vladimir Poutine. Ce que vous ferez de cette rencontre à Ankara aura des conséquences bien au-delà de la simple photo protocolaire.

Je ne prétends pas connaître le contenu exact de vos discussions privées avec le président Zelensky. Mais je sais reconnaître un moment charnière quand j'en vois un, et celui-ci en est un : soit vous consolidez une pression réelle sur Moscou, soit vous répétez les erreurs de communication qui ont déjà fragilisé cette alliance essentielle.

Ce que le Bureau ovale de février 2025 nous a appris

Une humiliation publique qui a marqué les esprits

Monsieur le président, permettez-moi de vous rappeler un moment que beaucoup d'Ukrainiens n'ont pas oublié : votre altercation verbale avec le président Zelensky dans le Bureau ovale, en février 2025, où vous lui avez dit qu'il n'avait pas les « cartes » pour gagner cette guerre. Cette phrase, prononcée devant les caméras du monde entier, a résonné comme un désaveu public envers un dirigeant qui défend son pays contre une invasion illégale depuis plus de quatre ans.

Je comprends que la diplomatie exige parfois de la fermeté, y compris envers ses propres alliés. Mais il existe une différence fondamentale entre exiger des résultats concrets et humilier publiquement un chef d'État qui a perdu des dizaines de milliers de ses concitoyens au combat.

Ce que vous devez à Zelensky aujourd'hui

Depuis cet épisode, vous et le président Zelensky vous êtes retrouvés dans un contexte plus constructif, notamment lors du sommet du G7 en France, en juin dernier, où vous avez convenu ensemble d'intensifier la pression sur la Russie. C'est ce ton-là, Monsieur le président, que j'espère vous voir adopter à nouveau à Ankara, et non celui du Bureau ovale.

Je crédite votre administration d'avoir, depuis cet épisode, retrouvé un dialogue plus fonctionnel avec Kiev. Mais la confiance qui s'est brisée publiquement dans le Bureau ovale ne se répare pas avec une seule bonne rencontre au G7. Elle exige de la constance, sommet après sommet.

L'appel téléphonique du 4 juillet, un symbole à ne pas gâcher

Deux dirigeants, un même jour symbolique

Vous avez parlé au téléphone avec le président Zelensky et avec le président Poutine le même jour, le 4 juillet, à l'occasion du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis. Ce parallélisme diplomatique n'a échappé à personne : vous entretenez des lignes ouvertes avec les deux camps de ce conflit, une posture qui peut être lue soit comme un pragmatisme habile, soit comme une équivalence morale dangereuse entre un agresseur et sa victime.

Je vous le dis directement, Monsieur le président : parler à Poutine pour chercher une issue négociée est légitime. Mais cela ne doit jamais se traduire par une pression disproportionnée sur Kiev pour accepter des concessions territoriales qui récompenseraient l'agression russe plutôt que de la sanctionner.

Ce que l'après-Ankara doit clarifier

Après votre rencontre avec Zelensky, vous devez, selon les informations disponibles, effectuer un suivi avec Poutine. C'est précisément cette séquence qui m'inquiète : que direz-vous au président russe après avoir rencontré son homologue ukrainien ? Rapporterez-vous fidèlement les positions de Kiev, ou chercherez-vous un compromis qui privilégie la rapidité d'un accord sur sa justice ?

Cette diplomatie de la navette entre Kiev et Moscou peut produire des résultats, je ne le nie pas. Mais elle comporte un risque réel : que la recherche d'un accord rapide prenne le pas sur la nécessité d'un accord juste pour l'Ukraine, qui reste la partie agressée dans ce conflit.

La rencontre avec al-Sharaa, un autre test de cohérence

La Syrie, un dossier parallèle mais révélateur

Votre rencontre avec le président syrien Ahmed al-Sharaa à Ankara mérite aussi d'être scrutée avec attention. Vous avez, selon plusieurs rapports, suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah restent en confrontation. Le président al-Sharaa, que vous aviez accueilli à la Maison-Blanche en 2025, a lui-même nié en juin chercher une implication militaire, privilégiant plutôt des canaux économiques entre les deux pays.

Cette divergence entre vos déclarations publiques et celles du président syrien illustre un schéma que je retrouve trop souvent dans votre diplomatie régionale : des annonces audacieuses qui devancent parfois la réalité des positions de vos interlocuteurs sur le terrain.

La prudence historique justifiée du Liban

La Syrie a dominé militairement son voisin libanais pendant des décennies, de son intervention dans la guerre civile de 1975 à 1990 jusqu'à son retrait forcé en 2005. Toute nouvelle implication militaire syrienne au Liban, même sous un nouveau gouvernement post-Assad, resterait une proposition hautement périlleuse pour la stabilité régionale, et je vous encourage à la prudence sur ce dossier autant que sur celui de l'Ukraine.

Je note avec un certain malaise votre tendance à évoquer publiquement des scénarios militaires avant même que vos interlocuteurs directs ne les confirment. Sur un dossier aussi sensible que le Liban post-conflit, cette précipitation rhétorique peut faire plus de mal que de bien.

Ce que l'OTAN attend vraiment de vous à Ankara

Le contexte plus large du sommet

Cette rencontre avec Zelensky ne se déroule pas dans le vide : elle s'inscrit dans le cadre du sommet de l'OTAN à Ankara, où vous avez déjà fait savoir que vous exigeriez des alliés qu'ils respectent leurs engagements de dépenses de défense pris l'an dernier à La Haye. Sur ce terrain, Monsieur le président, je dois vous accorder du crédit : votre insistance sur le partage du fardeau militaire au sein de l'alliance a produit des résultats mesurables.

Plusieurs pays européens ont considérablement augmenté leurs budgets de défense depuis 2022, un mouvement que votre pression diplomatique, aussi rude soit-elle parfois, a indéniablement accéléré. C'est une chose que je reconnais volontiers, même si je reste critique sur d'autres aspects de votre politique étrangère.

L'aide à l'Ukraine ne doit pas devenir une monnaie d'échange

Mais cette même dynamique de pression budgétaire ne doit jamais se transformer en prétexte pour réduire le soutien militaire concret à l'Ukraine. Plusieurs membres européens de l'OTAN, ainsi que le Canada, se sont engagés à maintenir une aide à long terme à Kiev, un engagement que votre administration doit continuer d'appuyer plutôt que de fragiliser par des messages ambigus.

Voici où je vous accorde le bénéfice du doute, Monsieur le président : sur le plan strictement militaire et budgétaire au sein de l'OTAN, votre fermeté a produit des résultats concrets que même vos critiques les plus sévères doivent reconnaître. C'est sur la cohérence envers l'Ukraine que le doute persiste.

Le poids de vos propres contradictions

Entre fermeté militaire et ambiguïté diplomatique

Monsieur Trump, votre bilan sur ce dossier ukrainien est fait de contrastes marqués. D'un côté, votre administration a poussé l'OTAN vers une posture de dissuasion plus robuste face à la Russie, avec des engagements de dépenses de défense sans précédent dans l'histoire récente de l'alliance. De l'autre, vos échanges directs et réguliers avec Poutine nourrissent une inquiétude légitime chez vos partenaires européens et chez les Ukrainiens eux-mêmes.

Cette dualité n'est pas nécessairement incohérente en soi : la diplomatie exige parfois de parler à ses adversaires tout en renforçant sa posture de dissuasion. Mais elle exige aussi une transparence que vos communications publiques n'offrent pas toujours de façon suffisante.

Ce que la clarté exigerait de vous

Je vous demande, Monsieur le président, d'utiliser cette rencontre à Ankara pour clarifier publiquement votre position : soutenez-vous une paix négociée qui préserve l'intégrité territoriale ukrainienne, ou êtes-vous prêt à accepter des concessions territoriales significatives pour accélérer un accord avec Moscou ? Cette ambiguïté persistante nuit à la crédibilité de votre diplomatie autant qu'à la confiance de vos alliés.

Je crois que beaucoup de vos partenaires européens, y compris les plus proches de vous idéologiquement, attendent cette clarification depuis des mois. L'ambiguïté stratégique a ses vertus tactiques, mais elle a aussi un coût politique cumulatif quand elle s'étire trop longtemps.

La Russie observe, la Chine aussi

Un message envoyé bien au-delà de l'Ukraine

Monsieur le président, ce qui se joue à Ankara dépasse largement le seul dossier ukrainien. La manière dont vous traiterez le président Zelensky, publiquement et en privé, envoie un message à toutes les puissances qui observent attentivement la fiabilité des engagements occidentaux : la Chine, qui surveille de près la solidité du soutien américain à Taïwan, la Corée du Nord, qui teste régulièrement les limites de la tolérance internationale, et l'Iran, encore convalescent après la guerre de février.

Chacun de ces régimes tire des leçons de la façon dont l'Occident traite ses alliés en difficulté. Une posture hésitante ou contradictoire envers l'Ukraine enverrait un signal dangereux bien au-delà des frontières européennes.

La cohérence occidentale comme meilleure dissuasion

C'est peut-être l'argument le plus important que je puisse vous adresser dans cette lettre : la cohérence de l'Occident envers l'Ukraine n'est pas qu'une question morale, c'est un outil stratégique de dissuasion envers tous les régimes hostiles qui observent attentivement nos failles.

Je pense sincèrement que la meilleure dissuasion que l'Occident puisse offrir à ses adversaires n'est pas seulement militaire, elle est aussi symbolique : montrer qu'on ne lâche jamais un allié qui se bat pour sa survie. C'est ce message que j'espère vous voir porter à Ankara.

Ce que l'histoire retiendra de ce sommet

Un moment qui s'inscrira dans les livres

Monsieur Trump, que vous le vouliez ou non, cette rencontre à Ankara figurera dans les analyses historiques de cette guerre, aux côtés des grandes rencontres diplomatiques qui ont marqué ce conflit depuis 2022. L'Histoire ne retiendra pas seulement les mots que vous prononcerez, mais aussi le ton, la posture, et surtout les actions concrètes qui suivront cette poignée de main protocolaire.

Vous avez, à ce stade de votre second mandat, l'occasion de transformer un moment médiatique en avancée diplomatique réelle, ou de le laisser filer comme une simple séquence photo sans substance durable.

Mon appel final

Je vous demande, Monsieur le président, de traiter le président Zelensky avec le respect dû à un dirigeant qui défend son pays depuis plus de quatre ans, et d'utiliser votre influence réelle sur Poutine pour obtenir des concessions substantielles, et non l'inverse. C'est le test véritable de votre leadership à Ankara.

Je referme cette lettre avec l'espoir, peut-être naïf, que vous choisirez la cohérence plutôt que la théâtralité. Mais l'histoire récente de votre diplomatie m'invite aussi à rester prudent avant de crier victoire trop tôt.

Ce que les Européens observent avec inquiétude

Une confiance encore fragile envers Washington

Plusieurs capitales européennes suivent cette rencontre avec un mélange d'espoir et d'appréhension. Depuis le début de votre second mandat, vos alliés européens ont dû s'adapter rapidement à des messages parfois contradictoires sur l'engagement américain envers la défense collective du continent, notamment après l'annonce d'un retrait partiel de troupes américaines suivi, quelques semaines plus tard, de renforts en Pologne.

Cette instabilité perçue dans la posture américaine alimente des discussions, encore timides mais réelles, sur la nécessité pour l'Europe de renforcer son autonomie stratégique, indépendamment de la fiabilité perçue de Washington à long terme.

Une autonomie européenne encore lointaine

Malgré ces velléités d'indépendance stratégique, la réalité demeure que la majorité des pays européens restent largement dépendants des capacités américaines pour leur défense face à une attaque de grande ampleur. Cette dépendance structurelle rend d'autant plus cruciale la clarté que vous devez apporter, Monsieur le président, sur vos intentions réelles envers l'alliance atlantique.

Cette dépendance européenne persistante envers les capacités militaires américaines n'est ni une honte ni une fatalité, mais elle impose à votre administration une responsabilité particulière : celle de ne jamais instrumentaliser cette dépendance à des fins de chantage diplomatique.

Le poids du sommet du Hague, un an plus tard

Une promesse tenue par les alliés européens

Il y a un an, Monsieur le président, vous êtes rentré de La Haye avec un engagement collectif de l'OTAN à porter les dépenses de défense vers 5 % du produit intérieur brut d'ici une décennie. Le sommet d'Ankara constitue, selon plusieurs analystes cités par l'Associated Press, le premier véritable bulletin de suivi de cet engagement. La plupart des pays de l'alliance ont effectivement accéléré leurs dépenses militaires depuis cette rencontre, un résultat que peu de vos prédécesseurs à la Maison-Blanche avaient réussi à obtenir aussi rapidement.

Cette avancée budgétaire, je dois vous le reconnaître honnêtement, renforce concrètement la capacité collective de l'alliance à dissuader une agression russe supplémentaire, que ce soit contre l'Ukraine ou contre un pays membre de l'OTAN lui-même.

Un test de crédibilité réciproque

Mais cette pression budgétaire exercée sur vos alliés européens doit s'accompagner d'une réciprocité claire de votre part : maintenir un engagement américain stable envers la défense collective, plutôt que des annonces contradictoires sur le retrait ou le renforcement des troupes américaines en Europe, comme celles qui ont déjà semé la confusion parmi vos partenaires.

Je vous accorde ce crédit sans hésiter : l'accélération des budgets de défense européens depuis La Haye est une réussite tangible de votre diplomatie de la fermeté. Mais la crédibilité d'une alliance se mesure des deux côtés, et Washington doit aussi tenir parole.

Ce que Kiev espère entendre mercredi

Des garanties plus concrètes que des paroles

Selon plusieurs sources diplomatiques européennes, Kiev espère obtenir de cette rencontre bien plus que des déclarations de principe. Le gouvernement ukrainien recherche des engagements concrets sur la poursuite des livraisons d'armements, sur le maintien des sanctions contre Moscou, et sur une position américaine claire excluant toute reconnaissance des territoires annexés par la force.

Ces attentes ne sont pas déraisonnables, Monsieur le président. Elles reflètent simplement la demande legitime d'un pays qui a payé un prix humain et économique considérable pour défendre des principes que l'Occident dit lui-même chercher à préserver : la souveraineté territoriale et le refus de la conquête armée.

La peur d'un accord imposé dans la précipitation

La plus grande crainte exprimée par les responsables ukrainiens, selon plusieurs reportages récents, reste celle d'un accord négocié dans la précipitation entre Washington et Moscou, sans consultation adéquate de Kiev. Cette crainte, Monsieur le président, vous avez le pouvoir de la dissiper dès mercredi, simplement en réaffirmant publiquement que l'Ukraine restera au centre de toute négociation la concernant.

Rien ne serait plus destructeur pour la confiance transatlantique qu'un accord négocié par-dessus la tête des Ukrainiens eux-mêmes. J'espère sincèrement que vous éviterez cet écueil, Monsieur le président, même si l'histoire récente de votre diplomatie ne m'offre pas une garantie totale.

Le rôle d'Erdogan, hôte et intermédiaire

Un hôte qui joue sa propre partition

Le choix d'Ankara comme lieu de ce sommet n'est pas anodin. Le président turc Recep Tayyip Erdogan, que vous considérez comme un ami proche selon plusieurs rapports, a insisté sur la nécessité que ce sommet mette l'accent sur l'unité et la résilience de l'alliance. La Turquie occupe une position stratégique unique, contrôlant l'accès entre la Méditerranée et la mer Noire via les détroits soumis à la Convention de Montreux.

Cette position géographique fait de la Turquie un acteur incontournable dans toute stratégie occidentale de containment face à la Russie, ce qui explique en partie pourquoi vous entretenez une relation aussi étroite avec le président Erdogan, malgré les tensions récurrentes entre la Turquie et d'autres membres de l'OTAN comme la Grèce.

Un équilibre diplomatique délicat

Votre rencontre bilatérale prévue avec le président Erdogan, en marge de celle avec Zelensky, illustre bien la complexité des équilibres que vous devez gérer simultanément à Ankara : rassurer un allié turc parfois imprévisible, soutenir un allié ukrainien en guerre, et gérer une relation ambiguë avec l'agresseur russe.

Cette jonglerie diplomatique à trois bandes, avec Erdogan, Zelensky et indirectement Poutine, résume assez bien le défi de votre présidence sur ce dossier : trop d'intérêts contradictoires à gérer simultanément pour qu'un seul sommet suffise à tout résoudre.

La mémoire des sacrifices ukrainiens

Un peuple qui ne demande pas la charité

Monsieur Trump, je vous rappelle que l'Ukraine ne demande pas la charité occidentale, elle demande la cohérence d'alliés qui partagent, du moins en principe, un attachement commun à la souveraineté des États et au refus de la conquête territoriale par la force. Depuis février 2022, des centaines de milliers de soldats et de civils ukrainiens ont payé de leur vie ou de leur intégrité physique cette défense, un sacrifice que peu de nations européennes ont connu à une telle échelle depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce sacrifice mérite plus qu'une reconnaissance protocolaire lors d'un sommet international. Il mérite un engagement occidental aussi constant que la résistance ukrainienne elle-même l'a été depuis le début de cette invasion.

Le symbole que Zelensky continue d'incarner

Le président Zelensky est devenu, malgré lui, un symbole mondial de résistance démocratique face à l'agression autoritaire. Ce statut ne devrait jamais être traité comme un simple détail protocolaire dans une rencontre diplomatique, mais comme le rappel constant de ce que l'Occident affirme défendre depuis des décennies : la liberté des peuples à choisir leur propre destin, sans ingérence étrangère imposée par la force.

Je le répète sans hésiter : Volodymyr Zelensky restera, quoi qu'il arrive dans les mois à venir, l'une des figures politiques les plus courageuses de notre époque. Ce jugement n'est pas de la complaisance, c'est un constat fondé sur quatre ans et demi de résistance face à une puissance nucléaire déterminée à effacer son pays de la carte.

Ce que la diplomatie occidentale doit éviter à tout prix

Le piège de la lassitude stratégique

Après plus de quatre ans de guerre, un risque réel guette les démocraties occidentales : la lassitude stratégique, cette tentation de pousser vers un accord rapide simplement pour tourner la page d'un conflit qui pèse sur les budgets et l'attention politique occidentale. Cette lassitude, si elle devait influencer vos discussions à Ankara, Monsieur le président, servirait directement les intérêts de Moscou, qui mise précisément sur l'épuisement occidental pour obtenir par la patience ce qu'elle n'a pas pu obtenir par la force.

C'est précisément ce piège que le président Poutine espère voir se refermer sur vos alliés occidentaux, un pari sur la patience plutôt que sur la victoire militaire directe.

Refuser la fatigue plutôt que la subir

Refuser cette lassitude stratégique exige une vigilance constante de la part de tous les dirigeants occidentaux, vous y compris, Monsieur le président. C'est un effort de longue haleine, sans doute plus coûteux à court terme, mais infiniment moins coûteux que les conséquences d'une capitulation déguisée en accord de paix.

La pire erreur que l'Occident puisse commettre à ce stade de la guerre serait de confondre l'épuisement politique avec la nécessité morale. Ce sont deux choses différentes, et j'espère que votre administration saura les distinguer clairement à Ankara.

Conclusion : le test ultime d'Ankara

Une occasion à ne pas gaspiller

Monsieur Trump, cette lettre ouverte n'est pas un réquisitoire, c'est un appel à la cohérence. Vous avez démontré, sur le plan militaire et budgétaire au sein de l'OTAN, une capacité réelle à obtenir des résultats concrets de vos alliés. Il est temps d'appliquer cette même fermeté, mais tournée cette fois vers Moscou, et non vers Kiev.

La rencontre de mercredi à Ankara peut devenir un tournant positif dans cette guerre qui dure depuis trop longtemps, ou simplement un autre chapitre de contradictions accumulées. Le choix, Monsieur le président, vous appartient entièrement.

Je termine cette lettre comme je l'ai commencée, avec la même honnêteté : je ne sais pas ce que vous déciderez à Ankara, et personne ne le sait vraiment avant vous. Mais je sais que l'histoire jugera cette rencontre à l'aune d'un seul critère, la cohérence entre vos paroles de fermeté militaire et vos actes envers un allié qui se bat pour sa survie.

Un dernier mot pour Kiev

Et à vous, président Zelensky, je veux dire que l'admiration que suscite votre résistance depuis plus de quatre ans reste intacte, quelles que soient les turbulences diplomatiques de ces rencontres internationales. Votre pays mérite une paix juste, pas une paix imposée dans la précipitation d'un sommet.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Qui je suis et mes limites

Je suis chroniqueur et analyste géopolitique, pas diplomate ni conseiller politique. Cette lettre ouverte reflète mon interprétation critique des événements rapportés par des agences de presse internationales concernant la rencontre prévue à Ankara. Je n'ai eu accès à aucune conversation privée entre les dirigeants mentionnés dans ce texte.

Mon biais assumé est clair : je considère le président Zelensky comme un dirigeant qui mérite le soutien indéfectible de l'Occident, et j'aborde la diplomatie de Donald Trump avec un regard nuancé, créditant sa fermeté militaire au sein de l'OTAN tout en restant critique de ses ambiguïtés envers l'Ukraine.

Ma méthode pour cette lettre

Ce texte s'appuie sur des rapports d'agences de presse publiés début juillet 2026 concernant la rencontre prévue à Ankara, ainsi que sur des faits historiques largement documentés, comme l'altercation du Bureau ovale de février 2025. Aucune citation attribuée aux dirigeants n'a été inventée pour les besoins de cette lettre.

Sources

Sources primaires

The Straits Times — Trump to meet leaders of Ukraine, Syria alongside NATO summit, 6 juillet 2026

Ideal and Partners — NATO Summit Ankara 2026

Sources secondaires

Reuters — NATO leaders gather in Ankara aiming to smooth over tensions with Trump, 3 juillet 2026

Deutsche Welle — NATO summit: European members and Canada pledge long-term Ukraine aid

OTAN — Overview: 2026 NATO Summit in Ankara

Reuters — Turkey's Erdogan says NATO summit must emphasise unity, resilience, 29 juin 2026

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). Monsieur Trump, ne laissez pas Ankara devenir un sommet pour rien. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/monsieur-trump-ne-laissez-pas-ankara-devenir-un-sommet-pour-rien

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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Lettre ouverte3815 mots18 min de lecture