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La ChroniqueOpinion· N° 826

ÉDITORIAL : Gaza, Liban, Syrie — Netanyahou installe l'occupation permanente, le monde regarde

Le 25 juin 2026, lors d'une cérémonie de remise de diplômes à des officiers israéliens, le premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré avec une clarté inquiétante : "Nous resterons au Liban, en Syrie et à Gaza aussi longtemps que cela sera nécessaire." Trois théâtres. Une décl

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  1. Le 25 juin 2026, lors d'une cérémonie de remise de diplômes à des officiers israéliens, le premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré avec une clarté inquiétante : "Nous resterons au Liban, en Syrie et à Gaza aussi longtemps que cela sera nécessaire." Trois théâtres. Une décl
  2. Introduction : "Aussi longtemps que nécessaire" — trois mots qui changent tout
  3. La déclaration du 25 juin à la cérémonie des officiers
Transparence

Les faits, citations et liens cités restent dans le corps du texte. Les interprétations sont assumées comme analyse ou opinion selon le format.

Introduction : "Aussi longtemps que nécessaire" — trois mots qui changent tout

La déclaration du 25 juin à la cérémonie des officiers

Le 25 juin 2026, lors d'une cérémonie de remise de diplômes à des officiers israéliens, le premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré avec une clarté inquiétante : "Nous resterons au Liban, en Syrie et à Gaza aussi longtemps que cela sera nécessaire." Trois théâtres. Une déclaration. Et une logique d'occupation permanente que le droit international réprouve et que la communauté internationale n'a pas su empêcher. Ces trois mots — "aussi longtemps que nécessaire" — constituent en réalité une doctrine d'expansion territoriale sans terme défini, adossée à la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient.

Ce que cette déclaration signifie concrètement

Derrière la rhétorique sécuritaire se dessine une réalité cartographique : Israël a établi depuis octobre 2025 32 bases militaires dans le sud du Liban, une zone tampon en Syrie qui s'étend bien au-delà de ce que le cessez-le-feu autorisait, et une présence militaire dans la bande de Gaza qui contrôle désormais environ 70% du territoire sous couvert de corridors de sécurité. C'est une architecture d'occupation qui préexiste à toute solution politique — et qui, par son inertie propre, rend cette solution politique de plus en plus difficile à imaginer.

Gaza en 2026 : l'occupation qui ne dit pas son nom

32 bases, zones tampons et corridors de sécurité

Depuis le début du cessez-le-feu partiel d'octobre 2025, les forces israéliennes ont consolidé leur présence dans la bande de Gaza selon une architecture qui rappelle plus une occupation structurée qu'un retrait progressif. Les 32 bases militaires établies, les corridors de sécurité qui traversent le territoire de part en part, et la zone tampon de plusieurs kilomètres le long de la frontière — tous ont été présentés comme temporaires lors de leur création. En juin 2026, ils ne montrent aucun signe de démantèlement.

11% de territoire au-delà de la Ligne Jaune

Israël a étendu son contrôle effectif d'environ 11% au-delà de la Ligne Jaune — la frontière définie par les accords de 1949 et réaffirmée par les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Cette expansion n'a pas été déclarée formellement comme une annexion — ce qui aurait déclenché des réponses juridiques et diplomatiques plus vives — mais elle est réelle dans les faits : les Forces de défense israéliennes (FDI) y exercent une autorité exclusive, interdisent le retour de la population civile palestinienne, et y ont établi des installations permanentes.

Le professeur Michael Becker du Trinity College de Dublin, spécialiste du droit international humanitaire, qualifie cette situation de "risque d'annexion de facto" — une expression précise qui distingue le statut juridique formel (non-annexion déclarée) de la réalité opérationnelle (contrôle exclusif et permanent d'un territoire). Cette distinction, savante dans sa formulation, masque une réalité simple : les Palestiniens ne rentrent pas chez eux.

Le chiffre qui devrait nous arrêter : 72 819 morts

La comptabilité de la mort à Gaza depuis octobre 2023

Depuis le 7 octobre 2023, le ministère de la Santé de Gaza — dont les méthodologies de comptage ont été validées par l'Organisation mondiale de la santé — a enregistré 72 819 morts. Ce chiffre, qui continue d'augmenter malgré le cessez-le-feu partiel d'octobre 2025, comprend une majorité de civils, de femmes et d'enfants selon les analyses démographiques des victimes. Il représente environ 3,2% de la population totale de Gaza telle qu'elle était estimée en 2023.

La population déplacée : 1,9 million sur 2,3 millions

Sur une population de 2,3 millions de Gazaouis, 1,9 million ont été déplacés depuis le début du conflit — soit plus de 80% de la population totale. La plupart vivent dans des conditions précaires dans le corridor de Rafah et dans les zones non contrôlées du nord de Gaza, sans accès fiable à l'eau potable, aux soins médicaux ou à une alimentation suffisante. Oxfam International a documenté en mai 2026 qu'Israël restreignait encore les entrées d'aide humanitaire en dessous des niveaux nécessaires pour couvrir les besoins essentiels de la population.

Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils représentent des familles, des enfants, des médecins, des enseignants, des agriculteurs — des vies civiles prises dans un conflit qu'ils n'ont pas choisi. Nommer ces réalités n'est pas de l'antisémitisme — c'est du journalisme. Et refuser de les nommer est une forme de complicité par le silence.

La stratégie de Netanyahou : survie politique et agenda territorial

Le premier ministre sous pression judiciaire et politique

Benjamin Netanyahou est jugé pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois dossiers devant les tribunaux israéliens. Sa survie politique dépend de la continuité de sa fonction de premier ministre — qui lui confère une immunité effective. Sa coalition de gouvernement, composée des partis d'extrême droite de Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, conditionne son soutien à l'absence de tout retrait significatif de Gaza et au maintien d'une politique de colonisation active en Cisjordanie. Dans ce contexte, la déclaration du 25 juin n'est pas seulement une doctrine stratégique — c'est une nécessité politique de survie personnelle.

Smotrich, Ben Gvir et l'idéologie de la Grande Israël

Bezalel Smotrich, ministre des Finances, a déclaré en mai 2026 que la colonisation de Gaza était "une mission nationale et religieuse". Itamar Ben Gvir, ancien condamné pour incitation au terrorisme, préside un parti dont le programme prévoit explicitement le déplacement de la population arabe de Gaza et de Cisjordanie. Ces deux hommes ne sont pas des extrémistes marginaux dans le gouvernement Netanyahou — ils en sont des membres essentiels dont le retrait provoquerait la chute de la coalition. La politique israelienne à Gaza en 2026 est donc structurellement contrainte par ces alliances internes.

Cette réalité politique interne israélienne est souvent absente des analyses qui traitent les décisions du gouvernement comme de purs calculs stratégiques. Netanyahou n'a pas de liberté de manœuvre vers le centre — la pression de ses alliés extrémistes le tire vers une politique d'occupation permanente même s'il voulait personnellement en sortir.

Le droit international et ses limites face à Gaza

La Cour internationale de Justice et ses décisions non appliquées

La Cour internationale de Justice (CIJ) a rendu plusieurs ordonnances depuis janvier 2024 dans le cadre de la procédure engagée par l'Afrique du Sud au titre de la Convention sur les crimes de guerre contre Israël. Ces ordonnances — qui exigent qu'Israël prenne des mesures pour prévenir les atrocités contre les civils — n'ont pas été respectées par Israël, qui conteste la compétence de la Cour sur les opérations militaires défensives. Aucun mécanisme d'exécution contraignant n'existe pour forcer un État membre permanent ou allié des P5 à respecter les ordonnances de la CIJ.

La Cour pénale internationale et les mandats d'arrêt

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a émis en novembre 2024 des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahou et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité présumés à Gaza. Ces mandats, qui s'appliquent aux 124 États membres de la CPI, empêchent théoriquement Netanyahou de se déplacer dans ces pays. En pratique, la majorité des démocraties occidentales membres de la CPI — dont le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne — ont adopté des positions ambiguës sur l'exécution de ces mandats.

Les États-Unis, non membres de la CPI, ont catégoriquement rejeté les mandats — l'administration Trump a même adopté des sanctions contre les fonctionnaires de la CPI, aggravant une crise institutionnelle qui affaiblit durablement la crédibilité de la justice pénale internationale.

L'aide humanitaire : la stratégie de la famine lente

Oxfam, WFP et les données sur les restrictions d'accès

Oxfam International a publié en mai 2026 un rapport documentant que les quantités d'aide humanitaire entrant à Gaza via les points de passage contrôlés par Israël restaient inférieures de 40 à 60% aux besoins minimaux calculés par le Programme alimentaire mondial (WFP). Le rapport souligne que cette restriction n'est pas une défaillance logistique — les camions chargés attendent aux frontières — mais une politique délibérée de contrôle des flux humanitaires utilisée comme outil de pression militaire et politique.

La malnutrition aiguë dans le nord de Gaza

L'UNICEF a rapporté en juin 2026 des taux de malnutrition aiguë sévère dans le nord de Gaza comparables à ceux observés lors de situations de famine en Afrique sub-saharienne. Des enfants de moins de cinq ans présentent des retards de croissance irréversibles. Des nourrissons meurent de maladies évitables dans des hôpitaux qui n'ont plus d'antibiotiques, d'eau stérile ni d'électricité fiable. Cette réalité coexiste avec les déclarations militaires sur la "précision chirurgicale" des opérations israéliennes.

Ces données ne sont pas contestées par Israël dans leur substance — elles sont simplement présentées comme des dommages collatéraux inévitables dans une guerre contre le Hamas. Cette justification est insuffisante au regard du droit international humanitaire, qui impose des obligations spécifiques de protection des civils et d'accès humanitaire indépendantes des justifications militaires.

La position européenne : fermeté rhétorique, inaction pratique

Appels, déclarations et… rien d'exécutoire

L'Union européenne a multiplié les déclarations de condamnation des violations du droit humanitaire à Gaza, des appels à la retenue, des communiqués demandant l'accès de l'aide. En pratique, les relations commerciales entre l'UE et Israël restent globalement intactes, l'accord d'association UE-Israël n'a pas été suspendu malgré les clauses sur les droits de l'homme qu'il contient, et aucune sanction spécifique n'a été adoptée contre des responsables israéliens. La distance entre la rhétorique et l'action européenne sur Gaza est une source de décrédibilisation significative pour l'Union dans les forums internationaux.

L'Espagne, l'Irlande et la Belgique : la dissidence interne à l'UE

Un groupe de pays européens — Espagne, Irlande, Belgique, Slovénie — ont adopté des positions nettement plus critiques envers Israël, reconnu formellement l'État palestinien (Espagne et Irlande en mai 2024), et plaidé pour des sanctions ciblées contre les colons et les responsables de violations documentées. Cette dissidence interne à l'UE n'a pas encore produit de politique européenne commune plus contraignante — mais elle signale une fragmentation croissante de la position européenne qui va s'intensifier si la situation à Gaza n'évolue pas.

L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui avaient engagé des processus de normalisation avec Israël dans le cadre des Accords d'Abraham, ont mis en suspens ces processus face à l'escalade à Gaza — une conséquence diplomatique régionale que Netanyahou semble prêt à assumer pour maintenir sa politique intérieure.

Le scénario du "matin d'après" : quelle Palestine est encore possible ?

L'Autorité palestinienne affaiblie et la question de la gouvernance post-Hamas

Si l'objectif déclaré d'Israël à Gaza est l'élimination du Hamas, la question de la gouvernance post-Hamas reste sans réponse concrète de la part de l'administration Netanyahu. L'Autorité palestinienne (AP), dirigée par Mahmoud Abbas depuis 2005, est profondément affaiblie par des années de corruption, de paralysie institutionnelle et de perte de légitimité auprès de la population. Projeter l'AP à Gaza — comme Washington le propose vaguement — sans réforme profonde reviendrait à remplacer un problème de gouvernance par un autre.

La solution à deux États : enterrée ou en attente ?

La solution à deux États — un État israélien et un État palestinien viables, sûrs et reconnus mutuellement — reste la seule formule internationalement reconnue comme viable. Mais elle est de plus en plus difficile à mettre en œuvre concrètement : les 700 000 colons israéliens en Cisjordanie (dont certains armés et soutenus par Smotrich), la destruction de l'infrastructure gazaouie, et la fragmentation géographique du territoire palestinien la rendent à la fois nécessaire et structurellement compromise. La déclaration de Netanyahou du 25 juin — "aussi longtemps que nécessaire" — est une déclaration de guerre contre cette solution.

Ce que l'éditorialiste peut dire avec certitude : une solution durable pour Gaza ne viendra pas des armes, ni de la famine, ni des ocupations militaires. Elle viendra d'une volonté politique internationale de traiter les Palestiniens comme des personnes ayant droit à la sécurité, à la dignité et à la souveraineté — exactement comme Ukrainiens et Israéliens y ont droit.

Conclusion : Ce que l'histoire retiendra de juin 2026

Le moment où le monde a regardé ailleurs

Juin 2026 sera peut-être retenu comme le moment où la communauté internationale — préoccupée par la guerre en Ukraine, les tensions en Indo-Pacifique, la négociation nucléaire iranienne — a regardé ailleurs pendant que Gaza devenait irréversiblement occupée. Trois théâtres simultanés, trois crises qui se déroulent en parallèle, et une capacité d'attention politique mondiale limitée. Dans cet environnement d'attention sélective, Netanyahou a su choisir son moment : avancer quand le monde est distrait.

Ce que nous devons à la vérité

Le rôle du journalisme est de refuser l'attention sélective. De nommer les morts — les 72 819 morts de Gaza et les victimes de l'agression russe en Ukraine, les deux simultanément, sans hiérarchie. De rappeler que la souveraineté palestinienne et la souveraineté ukrainienne méritent le même niveau de défense principielle. L'une n'invalide pas l'autre. Et la cohérence éthique oblige à soutenir les deux.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement et méthode

Cet éditorial prend des positions claires sur la politique d'occupation israélienne à Gaza. Il s'appuie sur des données factuelles vérifiables (chiffres de victimes du ministère de la Santé de Gaza validés par l'OMS, données Oxfam, rapports UNICEF) et sur des déclarations publiques de Netanyahou. Le chroniqueur condamne l'agression russe contre l'Ukraine et l'occupation de Gaza — deux positions compatibles dans un cadre éthique cohérent fondé sur le droit international.

Mots et expressions délibérément choisis

L'expression "politique d'épuration territoriale au ralenti" dans le corps de l'article est une opinion éditoriale, non une conclusion juridique — seule la CIJ peut établir ce crime au sens juridique du terme au sens juridique du terme. Elle exprime la position du chroniqueur sur l'effet à long terme de la politique d'occupation et de restriction humanitaire.

Sources

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Citer cet article

Maxime Marquette (2026). ÉDITORIAL : Gaza, Liban, Syrie — Netanyahou installe l'occupation permanente, le monde regarde. MadMax. https://mad-max.co/fr/article/gaza-liban-syrie-netanyahou-installe-l-occupation-permanente-le-monde-regarde

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MM
Maxime Marquette
Chroniqueur indépendant

Maxime Marquette écrit l'essentiel des analyses et chroniques publiées sur MadMax — géopolitique, technologie et actualité, sans remplissage.

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