# REPORTAGE : RIMPAC 2026 et le Liaoning — deux armadas se toisent dans le Pacifique

> Le 24 juin 2026, l'exercice militaire RIMPAC — Rim of the Pacific — a officiellement débuté à Hawaii. Quarante navires de surface,

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Reportage
- Publié: 2026-07-01
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/reportage-rimpac-2026-et-le-liaoning-deux-armadas-se-toisent-dans-le-pacifique

## Introduction : Le 24 juin 2026, la mer se remplit de navires de guerre

### L'exercice RIMPAC s'ouvre à Hawaii

Le **24 juin 2026**, l'exercice militaire **RIMPAC** — **Rim of the Pacific** — a officiellement débuté à **Hawaii**. Quarante navires de surface, cinq sous-marins, cent quarante aéronefs et plus de **25 000 militaires** venus de **31 nations** se retrouvaient pour la plus grande manœuvre navale du monde. En parallèle, le **22 juin**, l'exercice **Valiant Shield 2026** lançait ses opérations depuis **Guam**, les **îles Mariannes du Nord** et le **Japon**. Deux exercices simultanés, un seul message : le **Pacifique occidental** n'est pas un espace vide que la Chine peut occuper à sa guise.

Ce même 22 juin, la marine de l'**Armée populaire de libération (APL)** annonçait que le groupe aéronaval du porte-avions **Liaoning** était rentré à sa base de **Qingdao**, après **plus de 40 jours** d'entraînement en haute mer — déploiement décrit par des analystes comme le **plus long** jamais réalisé par ce bâtiment depuis son entrée en service. Le porte-avions chinois avait traversé la **mer de Chine méridionale**, le **Pacifique occidental** et plusieurs couloirs maritimes stratégiques. Sa mission officielle : entraînement au combat. Sa mission réelle : cartographier les faiblesses de l'espace maritime que les alliés occidentaux s'apprêtaient à exercer.

*Deux exercices alliés qui commencent au moment où le Liaoning rentre. Ce timing n'est pas accidentel. Dans le Pacifique, chaque déplacement naval est aussi un message politique, et tout le monde lit les messages.*

## Ce qu'est RIMPAC et pourquoi il compte

### Le plus grand exercice naval du monde, depuis 1971

RIMPAC se tient depuis **1971**, tous les deux ans, sous commandement américain. C'est le seul exercice naval qui regroupe régulièrement des marines aussi diverses que celles des **États-Unis**, du **Japon**, de l'**Australie**, du **Canada**, du **Royaume-Uni**, de la **Corée du Sud**, de la **France**, de l'**Inde**, et d'une trentaine d'autres nations. L'édition 2026 court jusqu'au **31 juillet**. Son agenda comprend des opérations de **guerre de surface**, de **guerre sous-marine**, de **lutte anti-sous-marine**, des exercices amphibies et des simulations de défense contre des frappes de missiles. C'est, en pratique, un test grandeur nature des capacités de coalition navale face à une menace hautes intensités.

### Les observateurs chinois au bord du terrain

La **Chine** n'est pas invitée à RIMPAC depuis **2018**, lorsqu'elle avait déployé des navires espions pour observer les exercices auxquels elle participait officiellement. Cette exclusion n'a pas empêché Pékin d'envoyer des observateurs. Cette année, le navire de surveillance électronique de la marine chinoise **Kaiyangxing** avait traversé le **détroit d'Osumi** pour entrer dans l'**océan Pacifique** avant le début des exercices. Sa mission : collecter des **données d'entraînement** des forces alliées — signatures électroniques, fréquences de communication, schémas tactiques. Ce type de collecte est légal en haute mer, mais il illustre parfaitement la tension entre la rhétorique d'ouverture et la pratique réelle des relations militaires sino-américaines.

*Être exclu de l'exercice, mais y envoyer un navire espion — c'est la définition exacte de la diplomatie militaire chinoise. Pékin surveille ce qu'il ne peut pas rejoindre, et apprend de ce qu'il prétend ignorer.*

## Le déploiement record du Liaoning : 40 jours en haute mer

### Un groupe aéronaval testé sur toutes les routes stratégiques

Le groupe aéronaval du **Liaoning** avait quitté sa base pour un déploiement exceptionnel. Le **20 avril 2026**, il avait traversé le **détroit de Taïwan** en route vers la **mer de Chine méridionale**. Le **19 mai 2026**, il était déployé dans les eaux du **Pacifique occidental**. Pendant 40 jours, le groupe a conduit des exercices en eaux lointaines incluant : **alerte précoce et reconnaissance**, confrontations interarmées "système de systèmes" côte-mer, **opérations tactiques d'avions embarqués**, supériorité aérienne et défense anti-aérienne, frappes en mer, opérations de soutien amphibie et utilisation de **munitions réelles**. C'est un agenda d'entraînement qui couvre tous les scénarios d'une guerre navale moderne.

### Les limites documentées du Liaoning

L'analyste **Shen Ming-shih**, cité dans l'analyse de **ThinkChina**, a mis ce déploiement en perspective : le **Liaoning** est désormais capable d'opérer **au-delà de la première chaîne d'îles**, mais il est peu probable qu'il puisse soutenir des opérations au-delà de la **deuxième chaîne d'îles** pendant de longues périodes. La raison : des **limites de ravitaillement** en mer et l'absence de bases militaires chinoises à l'étranger comparables aux capacités logistiques américaines. Le futur porte-avions **Fujian**, de conception plus avancée, pourrait changer cet équilibre lorsqu'il entrera en service opérationnel. Pour l'instant, la **puissance navale projetée** de la Chine reste géographiquement contrainte.

*Le Liaoning a parcouru des milliers de kilomètres. Impressionnant. Mais l'écart entre "capable de naviguer loin" et "capable de combattre loin" reste immense. Les analystes le savent. Pékin le sait aussi.*

## Valiant Shield 2026 : l'autre pression depuis Guam

### Un exercice de deuxième chaîne d'îles

Pendant que RIMPAC s'ouvrait à **Hawaii**, **Valiant Shield 2026** commençait depuis **Guam** le **22 juin**. C'est un exercice bilatéral **États-Unis–Japon** qui couvre le **Mariana Islands Range Complex**, les eaux autour des **Mariannes du Nord** et le Japon. Sa géographie est précise : il opère exactement dans la zone que la Chine considère comme son espace d'expansion naturelle entre la première et la deuxième chaîne d'îles. La simultanéité de Valiant Shield et de RIMPAC crée une pression sur deux fronts du Pacifique occidental — l'un depuis Hawaii, l'autre depuis Guam.

### La fusée DF-17 et les muscles nucléaires affichés

Ce contexte s'est encore durci le **20 juin 2026**, lorsque **CCTV Military Time** — la chaîne militaire officielle chinoise — avait diffusé des images de deux exercices de combat réalistes impliquant les **Rocket Forces** de l'**APL**. Parmi les équipements montrés : un lanceur de missile **DF-17** s'arrêtant au bord d'une route, érigeant et lançant le missile verticalement. Le **DF-17** est un missile balistique hypersonique à guidage de précision, capable de cibler des porte-avions. Diffuser ces images deux jours avant le début de RIMPAC n'était pas un accident de calendrier — c'était un **message stratégique délibéré**.

*Montrer le DF-17 deux jours avant RIMPAC, c'est dire aux alliés : "Nous savons que vous vous entraînez à projeter de la puissance ; voici ce qui peut couler vos porte-avions." C'est la diplomatie coercitive rendue visible.*

## La lecture stratégique : deux systèmes militaires en confrontation

### Un glissement de la confrontation simple vers les "systèmes de systèmes"

L'analyse de **ThinkChina** publiée le **25 juin 2026** propose une lecture du moment qui dépasse la simple comptabilité de navires : ce qui se joue dans le **Pacifique occidental**, c'est le passage d'une confrontation entre **porte-avions contre porte-avions** à une confrontation entre **systèmes militaires intégrés**. Les États-Unis et leurs alliés testent dans RIMPAC la **guerre anti-sous-marine intégrée**, les **communications chiffrées en réseau**, la **frappe longue portée coordonnée**, la **guerre électronique**. De l'autre côté, la Chine développe une doctrine de déni d'accès et d'interdiction de zone — le fameux **A2/AD** — combinée à des capacités de saturation par missiles hypersoniques et à des systèmes de surveillance maritime permanente.

### Ce que RIMPAC prouve et ce qu'il ne peut pas prouver

L'analyste **Shen Ming-shih** formule une limite importante : RIMPAC est un exercice de grande ampleur de **routine**, et les États-Unis éviteront de le présenter comme visant spécifiquement la **Chine**. Cette prudence rhétorique a une raison pratique : les nations participantes incluent des pays qui commercent massivement avec Pékin et n'accepteraient pas un cadrage explicitement anti-chinois. Mais l'objectif opérationnel réel ne trompe personne : **tester l'interopérabilité des alliés** dans un scénario de conflit hautes intensités en Indopacifique, c'est-à-dire un scénario où la Chine est l'adversaire implicite.

*Dire que RIMPAC ne vise pas la Chine, c'est un exercice de diplomatie verbale que tout le monde pratique et que personne ne croit. Le vrai langage ici, c'est celui des navires, des missiles et des zones d'exercice.*

## Ce que la Chine observe et ce qu'elle apprend

### La collecte de renseignement en temps réel

La présence du **Kaiyangxing** dans le Pacifique avant RIMPAC rappelle que la Chine ne regarde pas passivement les exercices alliés. Elle les **analyse activement**. Les données collectées en haute mer par les navires de surveillance électronique sont légales, mais leur valeur opérationnelle est concrète : identifier les **fréquences de commandement** utilisées par chaque marine alliée, les schémas de formation des groupes de combat, les vulnérabilités de la chaîne de commandement, les caractéristiques acoustiques des sous-marins participants. C'est un travail de **renseignement de bas bruit** mais à haute valeur stratégique.

### La doctrine A2/AD affinée par l'observation

Chaque RIMPAC enrichit la **bibliothèque opérationnelle** de l'APL. Ce que la Chine observe dans ces exercices nourrit directement le développement de sa doctrine de **déni d'accès et d'interdiction de zone**. Les missiles hypersoniques **DF-17** et **DF-21D** ont été conçus précisément pour contrer des groupes aéronavals américains en mouvement. Plus la Chine observe comment ces groupes opèrent, plus elle peut affiner ses **paramètres de ciblage**. Le paradoxe est réel : les exercices qui démontrent la force alliée alimentent aussi la riposte que la Chine développe contre cette même force.

*L'ennemi observe, apprend, adapte. C'est vrai pour la Chine face à RIMPAC. C'est aussi vrai pour la Russie face à l'Ukraine. La leçon commune : l'entraînement ouvert est un don au renseignement adverse. La question est de savoir si la dissuasion visible vaut ce coût.*

## Les enjeux régionaux : Taïwan, Corée du Nord, mer de Chine méridionale

### Taïwan en arrière-plan de chaque manœuvre

RIMPAC 2026 se tient dans un contexte régional particulièrement chargé. Le passage du **Liaoning** par le **détroit de Taïwan** le **20 avril 2026** était un signal direct à Taipei et à Washington. La Chine revendique **Taïwan** comme une province rebelle et a répété plusieurs fois depuis 2021 qu'elle ne renoncera pas à une **réunification par la force** si nécessaire. RIMPAC inclut des exercices amphibies qui, sans cibler explicitement un scénario taïwanais, testent précisément les capacités nécessaires pour défendre une île face à une attaque amphibie — ou pour y projeter des forces de secours.

### La Corée du Nord comme multiplicateur d'instabilité

La **Corée du Nord** complique le tableau stratégique régional. Pyongyang a accéléré son programme nucléaire, Kim Jong-un ayant visité une nouvelle usine de production de **matériau nucléaire de qualité militaire** début juin 2026. Les Rocket Forces nord-coréennes ont aussi bénéficié, selon les services de renseignement ukrainiens, d'**améliorations technologiques russes** sur leurs missiles balistiques **KN-23** et **KN-24**, réduisant leur marge d'erreur de plusieurs kilomètres à quelques mètres. Cette précision améliorée est directement pertinente pour les capacités de la Corée du Nord à cibler des bases militaires sud-coréennes ou japonaises — dont certaines accueillent précisément des forces RIMPAC.

*La Corée du Nord, la Chine, la Russie. Trois puissances autoritaires qui partagent une logique commune : faire monter le coût de la sécurité occidentale jusqu'à ce que l'Occident lâche. RIMPAC, à sa manière, est la réponse collective que ces trois capitales observent avec attention.*

## Conclusion : le Pacifique comme théâtre de la prochaine décennie

### La compétition militaire qui ne prend pas de pause

Le **Pacifique occidental** de l'été 2026 n'est pas en guerre. Mais il est en compétition permanente, constante, à multiples niveaux. RIMPAC démontre la cohésion des alliés. Le Liaoning démontre l'ambition maritime de la Chine. Valiant Shield teste la défense bilatérale américano-japonaise. Le Kaiyangxing collecte les données de tout le monde. Et au fond, à **Pékin**, des généraux analysent les résultats de 40 jours de déploiement en haute mer et planifient le suivant. La compétition militaire dans le Pacifique n'est pas une crise ponctuelle — c'est la **structure permanente des rapports de force** dans la région.

### Ce que les démocraties doivent maintenir

Pour les démocraties, la leçon de l'été 2026 est claire : la **présence militaire continue** dans le Pacifique n'est pas optionnelle. **31 nations** à RIMPAC, c'est 31 gouvernements qui ont décidé que la défense de l'ordre international en Indopacifique valait leur investissement. La Chine compte sur la lassitude, sur le coût, sur les tensions intérieures des alliés pour éroder cette coalition au fil du temps. RIMPAC est, entre autres choses, la démonstration annuelle que cette érosion n'a pas eu lieu — pas encore. Ce que **Zelensky** dit de l'aide à l'Ukraine, les amiraux l'appliquent dans le Pacifique : la **crédibilité se mesure à la présence**, pas aux déclarations.

*RIMPAC n'arrêtera pas le Liaoning ni le DF-17. Mais il dit au monde que les États-Unis et leurs alliés sont là, qu'ils s'entraînent ensemble, et qu'ils ne partiront pas. C'est parfois tout ce qu'une démonstration de force doit accomplir.*

## Conclusion : deux armadas, un message, une décennie critique

### Le tempo de la rivalité sino-américaine s'accélère

Le **24 juin 2026**, quand les premiers navires de RIMPAC quittaient leurs quais pour les eaux au large d'**Hawaii**, le monde regardait un Pacifique en train de se transformer. Pas de coup de feu, pas de confrontation directe, mais une accumulation de signaux — exercices, déploiements, missiles affichés, navires espions — qui tracent la géographie militaire de la prochaine décennie. La **Chine** teste ses limites. Les **alliés** testent leur cohésion. Et quelque part entre les deux, l'ordre international que les démocraties ont construit depuis 1945 cherche à rester debout.

### Ce que RIMPAC dit sur la capacité de l'Occident à tenir

Les **31 nations** présentes à RIMPAC 2026 représentent une réponse collective à la pression militaire chinoise dans le Pacifique. Ce n'est pas une réponse parfaite — les intérêts divergent, les budgets sont sous tension, la cohésion politique fluctue. Mais c'est une réponse réelle, avec **40 navires**, **5 sous-marins**, **140 aéronefs** et **25 000 militaires** qui s'entraînent ensemble. Face à un **Liaoning** qui a prouvé sa capacité à opérer loin de ses bases, et face à des **Rocket Forces chinoises** qui affichent leurs missiles hypersoniques, la réponse alliée se tient. Pour l'instant.

*Pour l'instant. Ces deux mots résument tout. Ni la Chine ni les démocraties n'ont atteint leur plein potentiel dans ce bras de fer. Le Pacifique de 2030 dépendra de qui aura le mieux utilisé la décennie en cours.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

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## Sources

### Sources primaires

- [ThinkChina — Pourquoi le Pacifique se remplit de navires de guerre : Chine, RIMPAC et la nouvelle compétition militaire — 25 juin 2026](https://www.thinkchina.sg/politics/why-pacific-filling-warships-china-rimpac-and-new-military-contest)

- [ISW — Mise à jour Péninsule coréenne — 30 juin 2026](https://understandingwar.org/research/china-taiwan/korean-peninsula-update-june-30-2026/)

- [Foreign Policy — Couverture Indopacifique et rivalité sino-américaine](https://foreignpolicy.com/)

### Sources secondaires

- [19FortyFive — Analyse de la rivalité militaire sino-américaine dans le Pacifique](https://www.19fortyfive.com/)

- [Axios — Couverture de la rivalité sino-américaine et exercices militaires Pacifique](https://www.axios.com/)

- [The Guardian International — RIMPAC 2026 et confrontation Pacifique](https://www.theguardian.com/international)

- [Al Jazeera — Tensions Indopacifique et exercices militaires alliés](https://www.aljazeera.com/)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/reportage-rimpac-2026-et-le-liaoning-deux-armadas-se-toisent-dans-le-pacifique
