# REPORTAGE : Le Kremlin menace tout État qui touche aux actifs russes gelés en Europe

> Le 24 juin 2026, alors que l'Europe discutait de nouvelles modalités d'utilisation des 300 milliards de dollars d'actifs russes gelés pour financer l'aide à l'Ukraine, le Kremlin a publié une déclaration d'une clarté inhabituelle : la Russie « poursuivra tout État qui touche à ses actifs ». Ce n'était pas une déclaration passionnée d'un officiel de second rang. C'était un avert

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Reportage
- Publié: 2026-06-29
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/reportage-le-kremlin-menace-tout-etat-qui-touche-aux-actifs-russes-geles-en-euro

## Introduction : une menace formulée en termes juridiques, une intimidation à peine voilée

### Moscou redéfinit ses lignes rouges économiques

Le **24 juin 2026**, alors que l'Europe discutait de nouvelles modalités d'utilisation des **300 milliards de dollars d'actifs russes gelés** pour financer l'aide à l'Ukraine, le Kremlin a publié une déclaration d'une clarté inhabituelle : la Russie « poursuivra tout État qui touche à ses actifs ». Ce n'était pas une déclaration passionnée d'un officiel de second rang. C'était un avertissement délibéré, formulé dans un langage juridique, accompagné de recours devant des tribunaux européens, et relayé par le ministre des Affaires étrangères **Sergueï Lavrov**.

Pour **Lavrov**, les fonds transférés à l'Ukraine sont « de l'argent volé ». Pour la **Banque centrale russe**, qui a déposé une plainte devant un tribunal luxembourgeois contre l'**UE**, l'immobilisation de ses avoirs constitue une violation des conventions bilatérales d'investissement. Pour les gouvernements européens qui cherchent à mobiliser ces ressources pour reconstruire l'Ukraine ou financer son armée, c'est la plus grande perturbation potentielle de leur stratégie : non pas une attaque militaire, mais une guerre de procédures juridiques menée dans les tribunaux de leurs propres capitales.

### Le contexte : 300 milliards, quatre ans de débats, une décision qui tarde

Depuis le gel des avoirs russes décidé en **février 2022**, l'**Union européenne** — et singulièrement la **Belgique**, qui héberge **Euroclear**, dépositaire d'environ **210 milliards d'euros** de ces actifs — cherche une formule juridiquement solide pour utiliser ces ressources. La décision initiale d'utiliser uniquement les intérêts produits par ces actifs (**3 milliards d'euros par an**) a été complétée par des discussions sur la possibilité de saisir le capital lui-même.

Les menaces russes du **24 juin 2026** interviennent précisément au moment où ces discussions atteignent une phase critique. Le **G7** avait déjà accordé à l'Ukraine un prêt de **50 milliards de dollars** adossé aux intérêts des actifs gelés. La pression politique pour aller plus loin — saisir le capital lui-même — est considérable, mais les obstacles juridiques sont réels. Et Moscou, avec ses menaces de procédures judiciaires, tente de rendre ces obstacles encore plus dissuasifs.

*Il y a quelque chose de presque absurde dans le fait que la Russie, qui viole quotidiennement le droit international en Ukraine, convoque le droit international pour protéger ses avoirs dans les banques européennes. Mais l'absurde peut gagner devant les tribunaux — et c'est exactement le pari de Moscou.*

## La mécanique du gel : qui détient quoi, et où

### Euroclear et la géographie des actifs russes immobilisés

**Euroclear**, le dépositaire central de titres basé à **Bruxelles**, est au cœur du dispositif. Environ **210 milliards d'euros** d'actifs de la **Banque centrale russe** y sont immobilisés depuis les sanctions de **février 2022**. Le reste des **300 milliards** environ est réparti entre d'autres dépositaires et juridictions : **Clearstream** au **Luxembourg**, des établissements en **France**, en **Allemagne**, en **Suisse** et dans d'autres pays du **G7**.

Ces actifs ne sont pas des billets de banque dans un coffre-fort. Ce sont principalement des obligations d'État et des titres financiers que la **Banque centrale russe** détenait dans ces dépositaires dans le cadre de sa gestion ordinaire de réserves de change. Leur immobilisation n'a pas fait disparaître leur valeur nominale — elle a simplement empêché la Russie d'y accéder. Et depuis **2022**, ces actifs génèrent des intérêts considérables, qui s'accumulent dans les comptes de ces dépositaires.

### L'argument juridique russe : les traités bilatéraux d'investissement

La stratégie juridique russe s'appuie sur les **traités bilatéraux d'investissement (TBI)** conclus avant l'invasion. La **Banque centrale russe** argue que ses actifs, en tant qu'investissements dans les économies européennes, bénéficient de protections prévues par ces traités — notamment contre l'expropriation sans compensation et contre le traitement discriminatoire.

Cette argumentation est techniquement complexe et controversée. La plupart des juristes spécialisés en droit international estiment qu'un État peut invoquer des mesures d'urgence et de sécurité nationale pour déroger aux protections des TBI — et que les sanctions liées à une invasion militaire constituent précisément ce type de mesures. Mais ces questions n'ont pas encore été tranchées définitivement par les tribunaux d'arbitrage internationaux compétents. Et c'est cette zone grise que Moscou cherche à exploiter.

*La Russie utilise le droit international comme une arme parce qu'elle sait que les démocraties respectent les procédures, même quand elles sont instrumentalisées. C'est la limite structurelle de l'État de droit face à un acteur de mauvaise foi. Mais cette limite ne justifie pas de fermer les tribunaux.*

## La plainte de la Banque centrale russe devant les tribunaux luxembourgeois

### Un précédent judiciaire à surveiller

La **Banque centrale russe** a déposé une plainte devant un tribunal luxembourgeois contre l'**Union européenne** et **Clearstream**, le dépositaire de titres opérant depuis **Luxembourg**, contestant le gel de ses avoirs. Cette procédure, rendue publique fin **juin 2026**, constitue une escalade dans la stratégie juridique russe et crée un précédent potentiellement important.

Si un tribunal européen — même dans un premier jugement de procédure — accordait à la **Banque centrale russe** un quelconque droit d'accès temporaire à ses actifs, ou reconnaissait la recevabilité de sa plainte sur le fond, les implications politiques et financières seraient considérables. Les États membres de l'**UE** scrutent cette procédure avec une anxiété compréhensible. L'**Union européenne** a elle-même des services juridiques qui suivent le dossier et préparent des arguments de défense.

### Les arguments de défense de l'UE

La position de l'**Union européenne** repose sur plusieurs piliers juridiques : le règlement des sanctions adopté en **2022** est conforme au droit européen primaire, notamment aux articles du **Traité sur le fonctionnement de l'UE (TFUE)** autorisant les mesures restrictives ; les actifs sont « gelés » et non « saisis », ce qui évite juridiquement la qualification d'expropriation ; et les mesures sont proportionnées à la gravité de l'agression militaire russe, qui constitue une violation du **droit international jus cogens**.

Ces arguments sont solides, mais pas invincibles. La jurisprudence de la **Cour de justice de l'UE (CJUE)** sur les sanctions individuelles a déjà conduit à l'annulation de certaines mesures pour défaut de motivation suffisante. La Russie espère trouver une fissure similaire dans le régime des sanctions collectives. Les juristes européens travaillent d'arrache-pied pour blinder ces arguments avant que les tribunaux ne se prononcent.

*Ce que la Russie comprend très bien, c'est que dans un État de droit, même un perdant peut ralentir l'adversaire par des procédures. Quatre ans de procédure judiciaire, c'est quatre ans pendant lesquels les actifs ne servent pas à reconstruire Kharkiv.*

## Lavrov et la rhétorique de l'argent volé

### Un cadrage narratif délibéré

**Sergueï Lavrov** a déclaré publiquement le **24 juin 2026** que les fonds des actifs russes transférés à l'Ukraine constituent de « l'argent volé ». Ce cadrage n'est pas anodin. Il vise à repositionner la narrative : ce ne sont plus les victimes de l'agression russe qui reçoivent une aide financée par leur agresseur, mais la Russie qui se présente comme victime d'un vol orchestré par l'**Occident**.

Cette rhétorique est destinée à plusieurs audiences simultanément. Pour le **Sud global** — les pays qui se méfient des sanctions occidentales comme instruments de domination économique —, elle renforce l'image d'une Russie persécutée par les grandes puissances. Pour les alliés moins convaincus au sein de l'**UE**, elle alimente les doutes sur la légalité de l'utilisation des actifs. Et pour l'opinion publique russe, elle maintient le cadre d'une guerre défensive contre un Occident prédateur.

### La contre-narrative occidentale et ses failles

La **contre-narrative occidentale** — ces actifs sont le prix d'une agression illégale, pas un vol — est correcte sur le fond mais moins efficace dans sa formulation. Le problème est qu'elle reste largement confinée aux sphères diplomatiques et journalistiques occidentales, sans percer dans les espaces où la narrative russe circule librement : la presse non alignée, les réseaux sociaux non-occidentaux, les forums diplomatiques où la Russie maintient son influence.

La communication occidentale sur les actifs russes gelés souffre d'un déficit de simplicité. L'argument russe — « on vous a volé votre argent » — est simple et mémorable. L'argument occidental — « vos actifs sont immobilisés en vertu de mesures restrictives légales adoptées en réponse à une violation du **droit international jus cogens** constituant un crime d'agression » — est précis mais indigeste. Ce n'est pas une raison de l'abandonner. C'est une raison de le reformuler.

*Lavrov est un maître du cadrage. « Argent volé » passe mieux dans un tweet que « mesures restrictives légales ». L'Occident a besoin d'apprendre à parler simplement sans mentir. Ce n'est pas impossible — c'est juste un effort que beaucoup n'ont pas encore consenti.*

## La décision du G7 de juin 2024 et ses suites : le prêt de 50 milliards

### Un instrument légalement robuste — mais insuffisant

En **juin 2024**, le **G7** avait adopté une approche jugée légalement robuste : accorder à l'Ukraine un prêt de **50 milliards de dollars** remboursable sur les intérêts futurs générés par les actifs russes gelés. Cette structure évitait juridiquement la saisie du capital lui-même, tout en mobilisant des ressources substantielles. À mi-**2026**, ce prêt était en cours de décaissement, avec ses tranches allouées à la défense et à la reconstruction ukrainiennes.

Mais **50 milliards** représentent une fraction des besoins de l'Ukraine. Les estimations de la **Banque mondiale** sur les coûts de reconstruction atteignent plusieurs centaines de milliards de dollars. La pression politique pour aller plus loin — aller chercher le capital lui-même — est compréhensible. Et c'est précisément cette pression que les menaces russes du **24 juin 2026** tentent de contrecarrer.

### Les obstacles persistants à la saisie du capital

Plusieurs États membres de l'**UE** — notamment **l'Allemagne** et certains pays d'Europe du Sud — restent très réticents à l'idée de saisir le capital des actifs russes plutôt que d'en utiliser simplement les intérêts. Leurs préoccupations sont à la fois juridiques (risque de jurisprudence défavorable) et économiques (crainte que d'autres États n'hésitent à confier leurs réserves aux dépositaires européens si ceux-ci peuvent être saisis sans compensation).

Ces préoccupations ne sont pas sans fondement. La confiance dans les **dépositaires financiers internationaux** est un bien public qui prend des décennies à construire et peut être érodé rapidement par des décisions perçues comme arbitraires. Les juristes qui conseillent les gouvernements européens naviguent entre l'impératif politique de soutenir l'Ukraine et le risque institutionnel d'affaiblir la crédibilité du système financier européen.

*Le dilemme est réel : saisir les actifs russes donne plus de ressources à l'Ukraine maintenant, mais peut fragiliser le système financier international à long terme. Ce n'est pas une question qui se résout par des slogans. Elle nécessite une réflexion juridique sérieuse — que la Russie n'a pas méritée, mais que l'Occident doit faire quand même.*

## Les poursuites russes contre Euroclear et Clearstream

### Une stratégie de harcèlement judiciaire multi-forum

La **Banque centrale russe** ne se contente pas du tribunal luxembourgeois. Elle mène une stratégie de harcèlement judiciaire dans plusieurs forums simultanément, s'appuyant sur des cabinets d'avocats internationaux qui acceptent encore de représenter l'État russe. Des procédures sont en cours ou envisagées devant des tribunaux d'arbitrage internationaux, dans des juridictions qui n'ont pas adhéré au régime de sanctions occidental.

**Euroclear**, de son côté, a constitué des provisions comptables considérables pour faire face à ces risques judiciaires. Les coûts de ces défenses juridiques sont réels et non négligeables — et ils réduisent mécaniquement le montant des intérêts disponibles pour les mécanismes de soutien à l'Ukraine. C'est un autre effet concret de la stratégie russe : même sans gagner les procès, imposer des coûts à l'adversaire.

### Les risques pour les dépositaires privés

Les dépositaires privés comme **Euroclear** et **Clearstream** se trouvent dans une position délicate : ils doivent respecter les règlements de sanctions européens, mais ils sont également des entités privées exposées à des risques judiciaires substantiels. Leurs actionnaires — qui incluent des banques et des institutions financières — s'inquiètent de l'exposition de ces entités à des procédures judiciaires potentiellement longues et coûteuses.

Cette tension entre les obligations réglementaires imposées par les gouvernements et les risques financiers que ces gouvernements font peser sur des entités privées n'est pas résolue. La solution — que plusieurs experts recommandent — serait que les gouvernements garantissent explicitement l'immunité des dépositaires contre les procédures judiciaires russes, ou qu'ils indemnisent ces entités pour les coûts de leur défense. Ces engagements tardent à venir, et les hésitations créent des incertitudes supplémentaires.

*Demander à Euroclear de porter le fardeau politique de la guerre en Ukraine sans lui garantir une couverture juridique complète, c'est laisser une entreprise privée exposée aux conséquences d'un choix politique. Ce n'est pas équitable — et ce n'est pas durable.*

## La réaction européenne : entre fermeté affichée et prudence réelle

### Les déclarations et la réalité des positions nationales

Officiellement, les dirigeants européens ont répondu aux menaces russes avec fermeté. La **présidente de la Commission européenne** et plusieurs ministres des Finances du **G7** ont réaffirmé que les actifs resteraient gelés jusqu'au règlement du conflit et à la réparation des dommages causés à l'Ukraine. Ces déclarations sont importantes — elles signalent à **Moscou** que l'intimidation ne fonctionne pas.

Mais la réalité des positions nationales est plus nuancée. Certains États membres poussent activement pour une saisie du capital ; d'autres frénent discrètement. La **Belgique**, politiquement sensible à la question en raison d'**Euroclear**, cherche à minimiser les risques pour son infrastructure financière nationale. L'**Allemagne** équilibre son soutien à l'Ukraine avec ses préoccupations de sécurité juridique. Et les pays d'Europe centrale, les plus ardents soutiens de l'Ukraine, ne sont pas ceux qui portent le poids financier direct d'une éventuelle procédure judiciaire.

### Le rôle de la présidence tournante du Conseil de l'UE

La coordination entre États membres sur la question des actifs russes est compliquée par le fait qu'elle implique plusieurs niveaux décisionnels — le Conseil de l'**UE**, la Commission, les gouvernements nationaux — avec des compétences qui se chevauchent et des intérêts qui divergent. La présidence tournante du Conseil, qui change tous les six mois, introduit également une discontinuité dans le suivi de dossiers aussi complexes.

La **Pologne**, présidence du Conseil au premier semestre **2025**, avait poussé activement sur ce dossier. Ses successeurs ont maintenu la pression mais avec des nuances de priorité différentes. Le résultat est une position européenne cohérente dans ses grands principes mais lente dans son exécution pratique — ce qui profite indirectement à la stratégie russe de temporisation judiciaire.

*L'Europe est forte pour adopter des principes et lente pour les exécuter. La Russie a appris à exploiter cet intervalle. Ce n'est pas une critique de l'UE en soi — les démocraties complexes fonctionnent ainsi. C'est un problème à corriger de toute urgence dans ce dossier précis.*

## Les précédents historiques : l'Iran, la Libye, l'Irak

### Des actifs gelés qui ont servi à payer les dommages

Il existe des précédents d'utilisation d'actifs gelés pour indemniser les victimes d'un État agresseur. Les avoirs iraniens gelés aux **États-Unis** depuis **1979** ont fait l'objet de multiples décisions de justice américaines, certaines accordant des compensations aux victimes du terrorisme parrainé par l'Iran. Les avoirs libyens gelés après les sanctions de l'**ONU** ont été partiellement utilisés pour financer des procédures de règlement des dommages causés par les attentats de Lockerbie et d'UTA.

Ces précédents ont tous en commun d'avoir requis un cadre légal spécifique — souvent une législation nationale ad hoc — pour permettre la saisie ou la compensation. Ils ont également tous été contestés juridiquement, parfois pendant des décennies. L'Ukraine et ses partenaires s'appuient sur ces précédents pour argumenter que la saisie des actifs russes est juridiquement possible. La Russie les cite pour montrer que le processus sera long et chaotique.

### Les différences avec le cas russe

Le cas russe présente des différences importantes avec ces précédents. L'Iran et la Libye étaient des puissances régionales avec des actifs gelés principalement aux **États-Unis**, dans une juridiction unique. Les actifs russes sont répartis dans **30 à 40 juridictions** différentes, ce qui complique considérablement toute procédure judiciaire coordonnée. De plus, le montant en jeu — **300 milliards de dollars** — est sans précédent dans l'histoire des sanctions internationales.

Cette différence d'échelle change la nature du problème. Une décision juridique uniforme et coordonnée dans **30 à 40 juridictions simultanément** n'a jamais été réalisée. C'est un défi institutionnel d'une complexité inédite — et c'est précisément pourquoi la Russie parie sur la division et la lenteur des partenaires occidentaux.

*300 milliards de dollars, 30 juridictions, une guerre en cours — et des avocats de Moscou qui font de l'obstruction dans chacune. Ce n'est pas une partie d'échecs. C'est une guerre d'usure juridique, et l'Occident doit la mener avec autant de détermination que la guerre militaire.*

## L'enjeu pour la reconstruction ukrainienne

### Les besoins financiers de l'Ukraine post-guerre

Les estimations des coûts de reconstruction de l'Ukraine varient selon les méthodologies et les scénarios, mais convergent vers des chiffres considérables. La **Banque mondiale** et le gouvernement ukrainien estimaient à plus de **500 milliards de dollars** les besoins de reconstruction à moyen et long terme en **2024** — un chiffre qui s'est aggravé avec chaque mois supplémentaire de bombardements sur les infrastructures ukrainiennes.

Les **300 milliards d'actifs russes gelés** représentent environ **60 % des besoins estimés**. C'est la principale raison pour laquelle leur utilisation est politiquement impérative pour les partenaires de l'Ukraine : sans ces ressources, la reconstruction ne peut pas être financée autrement que par des transferts massifs et durables des budgets nationaux des États membres de l'**UE** et du **G7** — un engagement politique difficile à maintenir sur le long terme.

### Les intérêts déjà mobilisés — et leurs limites

Les intérêts générés par les actifs russes gelés représentent environ **3 milliards d'euros par an** pour la seule part détenue chez **Euroclear**. Ces intérêts ont commencé à être utilisés via le mécanisme de prêt du **G7** pour financer la défense et la reconstruction ukrainiennes. Mais **3 milliards par an**, face à des besoins de **500 milliards**, c'est une goutte dans l'océan.

Même en cumulant tous les flux d'aide occidentale actuels — les **150 milliards de dollars** d'aide totale depuis **2022** selon les estimations d'**Ukraine Support Tracker** du **Kiel Institute** —, l'Ukraine reste loin d'avoir les ressources nécessaires à sa reconstruction. La mobilisation du capital des actifs russes n'est pas une option parmi d'autres : c'est la condition financière d'une paix durable.

*500 milliards de besoins, 3 milliards d'intérêts par an — les maths sont implacables. Soit l'Europe trouve un cadre légal pour utiliser le capital russe, soit elle s'engage à financer la reconstruction sur son propre budget pendant cent ans. Je sais laquelle de ces options est plus réaliste.*

## La guerre financière dans le contexte des négociations de paix

### Qui tient la clé du déblocage ?

Les négociations de paix potentielles entre la Russie et l'Ukraine — dont les contours restent flous en **juin 2026** — incluront inévitablement la question des actifs gelés. Pour **Moscou**, le déblocage de ces actifs est un enjeu économique existentiel : sans ces ressources, la reconstruction économique russe post-sanctions sera considérablement ralentie. Pour l'**Occident**, ces actifs représentent le principal levier de pression économique restant une fois qu'un cessez-le-feu hypothétique serait conclu.

C'est pourquoi les menaces russes du **24 juin 2026** doivent être lues à deux niveaux. Au niveau immédiat, elles cherchent à dissuader les Européens d'aller plus loin dans la mobilisation des actifs. Au niveau stratégique, elles posent des jalons pour les négociations futures : Moscou signale que le déblocage de ses actifs sera une condition de tout accord de paix, et qu'elle est prête à utiliser toutes les procédures judiciaires disponibles pour maximiser sa position de négociation.

### L'effet Lavrov sur les capitales européennes

Les déclarations de **Lavrov** sur « l'argent volé » circulent dans les capitales européennes et alimentent les débats politiques internes dans les pays où l'opinion publique est moins solidement pro-ukrainienne qu'en **2022**. En **Hongrie**, en **Autriche**, dans certains partis d'opposition en **Allemagne** et en **France**, ces déclarations sont reprises comme argument contre la saisie des actifs russes.

Ce n'est pas la majorité de l'opinion publique européenne. Mais c'est une minorité suffisamment influente pour compliquer les décisions politiques. Et la Russie, qui ne peut plus gagner militairement sur le terrain, mise sur cette influence diffuse pour ralentir l'action occidentale sur les actifs — lui donnant le temps de préparer ses arguments juridiques et de consolider sa position de négociation.

*Lavrov a compris que l'information circule plus vite que les décisions politiques. Il parle pour les quelques pourcents d'opinion publique européenne qui hésitent — et dans une démocratie, quelques pourcents peuvent faire tomber un gouvernement. C'est sa stratégie. Il faut la nommer clairement.*

## Les réponses possibles : vers un cadre légal international pour la saisie

### La proposition d'une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU

Parmi les pistes explorées par les juristes et diplomates occidentaux figure la possibilité d'une résolution de l'**Assemblée générale des Nations Unies** reconnaissant explicitement le droit des États à utiliser les actifs d'un État agresseur pour indemniser les victimes de son agression. Une telle résolution n'aurait pas de force contraignante — contrairement aux décisions du **Conseil de sécurité**, bloquées par le veto russe — mais elle fournirait un appui politique et jurisprudentiel considérable aux États qui voudraient aller plus loin.

Cette piste se heurte à la réalité des équilibres de vote à l'**ONU**. Plusieurs pays du **Sud global** sont réticents à soutenir un principe qui pourrait un jour s'appliquer à leurs propres actifs dans des pays qui les désapprouvent. La coalition nécessaire pour obtenir une majorité qualifiée à l'**Assemblée générale** existe — l'Ukraine l'a démontrée sur d'autres résolutions —, mais elle demande un effort diplomatique soutenu que tous les partenaires ne sont pas prêts à consentir.

### Le cadre législatif national : la voie américaine

Les **États-Unis** ont adopté en **2024** le **REPO Act** (*Rebuilding Economic Prosperity and Opportunity for Ukrainians Act*), autorisant le président à saisir les actifs souverains russes détenus dans les institutions financières américaines. Les actifs russes aux **États-Unis** ne représentent qu'une fraction du total — environ **5 milliards de dollars** — mais la législation américaine pourrait servir de modèle pour des législations similaires en Europe.

Le problème est que les actifs russes sont principalement détenus en **Europe**, et que les États européens — liés par le droit de l'**UE** — ne peuvent pas agir unilatéralement comme les **États-Unis**. Une réponse européenne efficace nécessite soit un règlement de l'**UE** ad hoc, soit une directive adoptée à la majorité qualifiée au **Conseil**. Les deux options sont politiquement complexes dans le contexte actuel.

*Les Américains ont adopté le REPO Act. Les Européens débattent encore. Ce décalage n'est pas anodin — il dit quelque chose sur la capacité différentielle des deux systèmes politiques à agir rapidement face à une situation inédite. Ce n'est pas une critique facile à lancer : l'UE est une construction complexe. Mais c'est un retard que l'Ukraine paye concrètement.*

## Les risques pour la stabilité financière mondiale

### Le précédent de la dédollarisation accélérée

L'une des préoccupations les plus sérieuses soulevées par les experts financiers est que la saisie des actifs russes — surtout si elle est unilatérale et sans cadre légal clair — pourrait accélérer les tendances à la **dédollarisation** et à la « dé-euroïsation » dans les économies émergentes. Si les pays du **Golfe**, de l'**Asie du Sud-Est** ou de l'**Amérique latine** concluent que leurs réserves ne sont pas en sécurité dans les institutions financières occidentales en cas de conflit politique, ils diversifieront leurs réserves vers d'autres devises et d'autres dépositaires.

Cette préoccupation est réelle, mais il faut la mettre en perspective. Les économies du **Sud global** n'ont pas d'alternative réaliste à court terme à la sécurité des institutions financières occidentales : le **renminbi** n'est pas librement convertible, les marchés financiers chinois ne sont pas aussi transparents, et les institutions financières alternatives comme la **Nouvelle Banque de Développement des BRICS** n'ont ni la taille ni la fiabilité d'**Euroclear** ou du **système SWIFT**. La menace de dédollarisation est réelle à long terme, mais pas immédiate.

### La crédibilité du système de sanctions comme bien public international

Au-delà des risques immédiats, la question des actifs russes gelés touche à quelque chose de plus fondamental : la crédibilité du système de sanctions international comme outil dissuasif. Si les États qui violent le droit international savent que leurs actifs dans les institutions financières occidentales peuvent être utilisés pour réparer les dommages qu'ils ont causés, la menace de sanctions devient plus dissuasive. Si, au contraire, ils savent que des procédures judiciaires prolongées peuvent préserver leurs actifs indéfiniment, l'outil de sanction perd de son efficacité.

Cette réflexion dépasse le cas ukrainien. Elle concerne la capacité de la communauté internationale — ou du bloc occidental en particulier — à construire des outils crédibles de dissuasion non-militaire contre les aggressions d'État. La manière dont la question des actifs russes sera résolue constituera un précédent pour les générations à venir.

*Les décisions prises sur les actifs russes en 2026 seront citées dans les cours de droit international en 2050. Ce n'est pas une raison d'agir avec précipitation — c'est une raison d'agir avec rigueur et courage à la fois.*

## Les alliés de la Russie dans cette bataille : la Chine et les BRICS

### Pékin observe, calcule et évite

La **Chine**, deuxième économie mondiale et principal partenaire commercial de la Russie, suit avec un intérêt évident la bataille juridique sur les actifs russes. Elle ne prend pas position publiquement en faveur de **Moscou** sur ce dossier précis — la **Banque centrale chinoise** détiend elle-même des réserves considérables dans des institutions financières occidentales, et elle ne souhaite pas créer de précédent qui légitimerait leur saisie potentielle.

Cette position ambiguë de **Pékin** — soutenir la Russie diplomatiquement mais éviter de s'associer à ses arguments juridiques sur les actifs gelés — est révélatrice de la sophistication du calcul chinois. La **Chine** préfère maintenir une position de plausible neutralité sur les questions financières internationales, tout en soutenant **Moscou** sur les questions politiques. C'est une stratégie cohérente — et dangereuse pour l'ordre international libéral.

### Les BRICS comme tribune de la contre-narrative

Les réunions des **BRICS** ont été utilisées par la **Russie** pour diffuser sa narrative sur les actifs gelés auprès des économies émergentes. Les arguments sur la « weaponisation du dollar » et de l'euro, sur l'utilisation des instruments financiers comme armes géopolitiques, trouvent une audience réceptive dans des pays qui ont eux-mêmes été la cible de sanctions occidentales dans le passé.

La **Russie** cherche à construire une coalition de pays qui — même sans soutenir son agression militaire — pourraient soutenir l'idée que les actifs souverains ne devraient pas être utilisés pour financer des opérations militaires. C'est une position instrumentalement cohérente pour n'importe quel pays qui se méfie de la puissance financière occidentale. Et c'est exactement pourquoi l'**Occident** doit s'assurer que le cadre juridique qu'il construit pour utiliser les actifs russes soit irréprochable — non pas pour satisfaire **Moscou**, mais pour maintenir la crédibilité de ses institutions auprès du reste du monde.

*La Chine ne veut pas que ses actifs soient un jour gelés par un Occident mécontent. C'est sa motivation réelle dans ce dossier. Comprendre cette motivation, c'est comprendre la géopolitique financière du siècle qui vient.*

## La réaction ukrainienne : Kyiv insiste sur le droit et la justice

### Zelensky et les actifs : une position constante depuis 2022

Pour **Zelensky** et le gouvernement ukrainien, la question des actifs russes est une question de justice élémentaire : l'agresseur doit payer pour les dommages qu'il a causés. Cette position est constante depuis **2022** et s'appuie sur des précédents bien établis en droit international — notamment le principe de la responsabilité des États et le droit à réparation des victimes d'un crime d'agression.

L'Ukraine a systématiquement encouragé ses partenaires à aller plus loin sur ce dossier, en fournissant des estimations détaillées des dommages subis, en soutenant le processus de la **Commission internationale de réclamations** envisagée dans le cadre du **Tribunal spécial pour le Crime d'Agression**, et en signalant à ses alliés que les menaces juridiques russes ne devraient pas dissuader l'action.

### La solidarité des partenaires les plus proches

Les pays les plus proches de l'Ukraine — **Pologne**, **Pays baltes**, **Finlande**, **Suède**, **Royaume-Uni** — soutiennent activement la saisie des actifs russes et travaillent à construire le cadre juridique nécessaire. Ces pays, qui comprennent viscéralement ce que signifie vivre dans le voisinage de la Russie, ne sont pas découragés par les menaces de **Lavrov**.

C'est à cette coalition qu'il appartient de maintenir la pression sur les partenaires plus hésitants — **Allemagne**, **France**, pays d'Europe du Sud — et de construire un consensus européen suffisamment solide pour résister aux procédures judiciaires russes. Ce n'est pas une tâche facile. Mais c'est la seule qui permette à l'Ukraine de sortir de cette guerre avec les ressources nécessaires pour se reconstruire.

*Les pays baltes savent ce que c'est. La Pologne sait ce que c'est. Leur impatience face aux hésitations de certains partenaires occidentaux est légitime — et leur détermination est le meilleur antidote aux intimidations de Moscou.*

## Conclusion : la guerre des actifs durera aussi longtemps que la volonté occidentale de la mener

### La vraie ligne rouge est à Bruxelles, pas à Moscou

Les menaces russes du **24 juin 2026** sont réelles, mais elles ne sont pas irrésistibles. La Russie ne peut pas récupérer ses actifs par la force dans les institutions financières européennes. Elle ne peut qu'essayer de les geler indéfiniment par des procédures judiciaires, en espérant que la fatigue politique et juridique des partenaires occidentaux finira par produire une négociation qui lui permet de les récupérer en échange d'un cessez-le-feu.

La vraie ligne rouge n'est donc pas à **Moscou**. Elle est à **Bruxelles**, à **Berlin**, à **Paris** et à **Washington**. Si les gouvernements occidentaux maintiennent leur unité, leur rigueur juridique et leur détermination politique, les **300 milliards d'actifs russes** pourront financer la reconstruction ukrainienne. Si les menaces, la lassitude ou les calculs politiques internes prennent le dessus, ce sont les victimes de l'agression russe qui paieront le prix de l'hésitation occidentale.

### Ce que l'histoire retiendra

Dans cent ans, les historiens qui étudieront cette période examineront la question des actifs russes gelés comme l'un des tests majeurs de la solidité du droit international dans un monde de grandes puissances. L'**Occident** saura-t-il trouver le cadre légal pour tenir sa promesse implicite à l'Ukraine — l'agresseur paiera —, ou cèdera-t-il à la pression d'une Russie qui continue de miser sur la division et la procrastination de ses adversaires ?

La réponse à cette question ne se trouve pas dans les déclarations de **Lavrov**. Elle se trouve dans les décisions qui seront prises dans les mois à venir, dans les bureaux feutrés des ministères des Finances européens, dans les salles de délibération de la **CJUE**, et dans les négociations discrètes des juristes internationaux qui cherchent un chemin entre la justice et la prudence. L'Ukraine attend. Le droit international attend. L'histoire, elle, prend note.

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Ground News — La Russie avertit l'Europe de la saisie des actifs gelés pour l'Ukraine — 24 juin 2026](https://ground.news/article/russia-warns-europe-we-will-go-after-any-state-which-takes-our-assets)

- [TASS — Lavrov : les fonds des actifs russes envoyés à Kyiv sont de l'argent volé — 24 juin 2026](https://tass.com/politics/2150917)

- [Ground News — La Banque centrale russe poursuit l'UE au Luxembourg pour ses actifs gelés — 23 juin 2026](https://ground.news/article/russias-central-bank-sues-eu-in-luxembourg-over-frozen-assets_d24d80)

### Sources secondaires

- [Mayer Brown — Mise à jour des sanctions Russie/Ukraine, mois de juin 2026 — 26 juin 2026](https://www.mayerbrown.com/en/insights/publications/2026/06/russia-ukraine-sanctions-update-month-of-june-2026)

- [Gouvernement finlandais — Comité ministériel pour les affaires UE discute du 21e paquet de sanctions — 26 juin 2026](https://valtioneuvosto.fi/en/-/ministerial-committee-on-european-union-affairs-discusses-21st-eu-sanctions-package)

- [Kyiv Independent — Dernières nouvelles de la guerre en Ukraine — 27 juin 2026](https://kyivindependent.com/ukraine-war-latest-ukraine-brings-home-160-pows-in-new-exchange-with-russia/)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/reportage-le-kremlin-menace-tout-etat-qui-touche-aux-actifs-russes-geles-en-euro
