# PORTRAIT : L'ASEAN face à Pékin — portrait d'une institution qui ne peut pas se défendre elle-même

> En juin 2026, la Chine a positionné une plateforme flottante à l'intérieur du lagon du récif de Scarborough, une formation rocheuse disputée en mer de Chine méridionale, revendiquée à la fois par Pékin et Manille. La structure — environ 300 pieds carrés, équipée d'une antenne de

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Portrait
- Publié: 2026-06-27
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/l-asean-face-a-pekin-portrait-d-une-institution-qui-ne-peut-pas-se-defendre-elle

## Introduction : Scarborough Shoal et la plateforme flottante qui dit tout

### Juin 2026 : un îlot, une structure, et une leçon d'impuissance

En **juin 2026**, la Chine a positionné une **plateforme flottante** à l'intérieur du lagon du **récif de Scarborough**, une formation rocheuse disputée en mer de Chine méridionale, revendiquée à la fois par Pékin et Manille. La structure — environ **300 pieds carrés**, équipée d'une antenne de communication — a immédiatement suscité l'alarme aux Philippines. Le ministre de la Défense philippin, **Gilberto Teodoro Jr.**, a déclaré : « **Si c'est un précurseur d'une présence plus permanente, ou un précurseur d'autres activités malveillantes, c'est préoccupant.** » Les Philippines ont déposé une **protestation diplomatique** formelle. La Chine a affirmé que la plateforme était une installation scientifique temporaire pour étudier les récifs coralliens. Elle a été retirée après plusieurs jours. Et tout le monde est passé à autre chose.

Sauf que rien n'a changé. Ce petit épisode — une plateforme posée, un protest déposé, une plateforme retirée — est la métaphore parfaite de l'état des relations entre la Chine et l'**ASEAN** en **2026**. La Chine avance, teste, provoque, retire si nécessaire, puis recommence. L'ASEAN réagit, proteste, dépose des objections diplomatiques, et observe impuissante. Cette séquence se répète depuis la prise de contrôle du récif de Scarborough par **Pékin en 2012** — et ni les tribunaux internationaux, ni les protestations diplomatiques, ni les exercices militaires n'ont fondamentalement changé la trajectoire.

### Un tribunal a tranché en 2016. Pékin n'a pas obéi

Les Philippines avaient porté le différend de Scarborough devant un tribunal international. En **2016**, la **Cour permanente d'arbitrage de La Haye** a rendu un verdict sans appel : les revendications chinoises sur Scarborough et sur l'ensemble de la mer de Chine méridionale sont illégales au regard du droit international. La Chine a qualifié cette décision d' « illégale, nulle et non avenue » et a refusé de la reconnaître. Dix ans plus tard, son porte-parole réitère la même formule : « **La Chine ne l'accepte pas et ne l'acceptera jamais.** » Le droit international n'a pas changé la réalité sur l'eau. Et l'ASEAN, structurellement incapable d'adopter une position unifiée, n'a pas pu combler ce vide.

Ce contexte est essentiel pour comprendre l'impuissance de l'ASEAN face à Pékin. Ce n'est pas un problème de volonté politique de la part de certains membres — c'est un problème de **structure institutionnelle**. L'ASEAN prend ses décisions par consensus. Or, la Chine entretient des relations économiques privilégiées avec plusieurs membres de l'ASEAN — notamment le **Cambodge** et le **Laos** — qui ont historiquement utilisé leur veto informel pour diluer ou bloquer tout langage trop dur envers Pékin. Le résultat est une institution qui peut produire des déclarations de principe mais pas des décisions contraignantes.

*L'ASEAN est fondée sur un principe louable : ne pas interférer dans les affaires intérieures des membres, prendre les décisions par consensus. Ce modèle a produit une remarquable stabilité régionale pendant cinquante ans. Mais face à une Chine qui utilise précisément ces règles pour paralyser l'institution, ce modèle devient un instrument de sa propre impuissance. Les institutions conçues pour la coopération peuvent être weaponisées par les acteurs qui rejettent ses normes fondamentales.*

## Portrait de l'ASEAN : une institution conçue pour échouer face à Pékin

### Le consensus comme vulnérabilité structurelle

La règle du consensus à l'**ASEAN** est la source de toutes ses faiblesses face à la Chine. En **2012**, lors du sommet de Phnom Penh, l'ASEAN n'a pas réussi pour la première fois en **45 ans** à émettre un communiqué conjoint — parce que le Cambodge, sous pression chinoise, a refusé d'y inclure une référence à l'incident de Scarborough. Depuis lors, la mécanique est connue : Cambodge et Laos bloquent systématiquement tout langage qui contrarie Pékin. La dynamique est documentée, répétée, et n'a pas changé en **2026** malgré de nouvelles tentatives philippines.

La **secrétaire philippine aux Affaires étrangères Maria Theresa Lazaro**, qui préside l'ASEAN en **2026** dans le cadre de la présidence tournante philippine, a reconnu publiquement que même des définitions de base — comme la signification de « retenue » dans le futur Code de Conduite — restent non résolues après **près d'une décennie de négociations**. Quatre questions centrales restent ouvertes : la portée géographique du code, son caractère juridiquement contraignant, sa relation avec la Déclaration de conduite de **2002**, et les termes de référence. Ce sont des questions fondamentales, pas des détails. Et elles sont en discussion depuis des années.

### Le portrait de la Chine grise : militarisation par tactiques de zone grise

La stratégie chinoise en mer de Chine méridionale a évolué vers ce que les analystes appellent les **« tactiques de zone grise »** — des actions qui restent en dessous du seuil d'un conflit militaire conventionnel mais qui modifient effectivement le statu quo. La **milice maritime chinoise**, constituée de bateaux de pêche civils qui servent en réalité de forces paramilitaires, est l'exemple le plus documenté. La milice bloque l'accès philippin aux zones de pêche, utilise des canons à eau contre les bateaux philippins, et maintient une présence continue sans que cela constitue formellement un acte de guerre.

En **2026**, selon l'**IISS**, la présence de la milice maritime chinoise dans les îles Spratleys a augmenté de **14 %** depuis **2024**. La Chine a construit des bases avec des missiles et du matériel de guerre électronique sur plusieurs formations rocheuses, malgré la promesse faite en **2015** par le président **Xi Jinping** au président Obama de ne pas militariser ces formations. Des navires de guerre chinois ont confronté un bâtiment de la marine philippine près du récif de Scarborough le **22 juin 2026**, le même jour que se terminait l'exercice conjoint philippino-américano-japonais-australien **Salaknib 2026**. Ce timing n'était pas fortuit.

*Je suis frappé par la sophistication tactique de la Chine dans sa stratégie de zone grise. Elle utilise des acteurs non étatiques — la milice maritime — pour accomplir ce que ses forces armées officielles ne pourraient pas faire sans provoquer une réponse internationale. C'est un manuel de la conquête douce que l'ASEAN n'a pas les outils institutionnels pour contrecarrer. Et Pékin le sait.*

## Portrait des acteurs : qui résiste et qui cède dans l'ASEAN

### Les Philippines en première ligne, seules ou presque

Les **Philippines**, sous la présidence **Marcos**, sont l'état de l'ASEAN qui a le plus clairement choisi de résister à la pression chinoise. Manille a déposé des centaines de protestations diplomatiques depuis **2022**, renforcé ses partenariats militaires avec les États-Unis, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et occupé la présidence de l'ASEAN en **2026** avec l'objectif explicite de conclure un Code de Conduite avant la fin de l'année. Le président Marcos a déclaré que le « silence face à ces violations diminue l'ASEAN ». Ce sont des mots forts pour un président de l'ASEAN.

Mais les Philippines parlent avec plusieurs voix, comme le montre une analyse publiée par **Asialink** en juin **2026**. Le sénat philippin, les gardes-côtes, le ministère des Affaires étrangères et le palais présidentiel émettent des signaux différents face à la Chine. L'implosion politique domestique — avec l'impeachment de la vice-présidente Sara Duterte en mai **2026** et un procès au Sénat prévu en juillet — affaiblit la capacité de coordination du gouvernement philippin précisément au moment où sa présidence de l'ASEAN devrait culminer avec la signature d'un code de conduite. La Chine observe ces faiblesses et en tirera des leçons.

### Vietnam, Malaisie, Indonesia : des positions nuancées entre dépendance et résistance

Le **Vietnam**, qui a ses propres conflits avec la Chine en mer de Chine méridionale, est généralement aligné avec les Philippines pour des formulations plus fermes dans les déclarations de l'ASEAN. Mais sa dépendance économique envers la Chine — son premier partenaire commercial — tempère ses positions publiques. La **Malaisie**, sous le premier ministre **Anwar Ibrahim**, a adopté une posture de médiation, avertissant que l'implication de « forces extérieures » ne ferait qu'aggraver les tensions — une formulation visant implicitement le renforcement de la présence militaire américaine dans la région. L'**Indonésie**, la plus grande économie de l'ASEAN, cherche à maintenir de bonnes relations avec les deux superpuissances et évite les positions tranchées.

Cette hétérogénéité des positions au sein de l'ASEAN est structurelle et profonde. Certains membres ont plus à craindre de la Chine militairement. D'autres ont plus à perdre économiquement si leurs relations avec Pékin se dégradent. Cette différenciation des intérêts rend le consensus quasi-impossible dès lors que la question posée concerne la Chine directement.

*L'ASEAN n'est pas un acteur monolithique — c'est une coalition de dix pays aux intérêts divergents, tenus ensemble par des normes procédurales. Face à une Chine dont la politique est coordonnée et patiente, cette structure est une faiblesse fondamentale. Ce n'est pas que les dirigeants de l'ASEAN manquent de courage ou d'intelligence — c'est que leur institution n'est pas conçue pour faire face à ce type de défi.*

## Le Code de Conduite 2026 : une promesse sans mécanisme d'exécution

### Vingt ans de négociations pour un document encore non conclu

L'idée d'un **Code de Conduite (CoC)** pour la mer de Chine méridionale remonte à la **Déclaration de conduite de 2002** — un accord non contraignant qui n'a pas empêché la militarisation des formations rocheuses. Depuis lors, les négociations sur un CoC légalement contraignant sont en cours. En **2026**, elles atteignent une échéance théorique : la présidence philippine a fixé **décembre 2026** comme date cible. Près de **70 % du contenu** aurait été convenu selon des déclarations malaisienne de fin **2025**. Mais le **30 %** restant contient précisément les questions les plus importantes : le caractère juridiquement contraignant, la portée géographique, et le rôle des puissances extérieures.

La position préférée de la Chine pour le CoC est bien connue dans les cercles diplomatiques, selon l'analyse de l'**Eurasia Review** : pas de caractère juridiquement contraignant, limitation des consultations aux États riverains, interdiction d'exercices militaires avec des partenaires extérieurs dans les zones disputées, et traitement des questions de souveraineté comme hors du champ de l'UNCLOS. Si ces termes définissent le document final, le CoC n'aura rien résolu — il aura simplement institutionnalisé l'impuissance de l'ASEAN face à Pékin. Et c'est exactement le résultat que la Chine recherche.

### La réalité du terrain pendant les négociations

Pendant que les négociateurs discutent à Jakarta ou Manille, la Chine continue de modifier la réalité sur l'eau. En mars **2026**, une frégate chinoise a failli percuter le **BRP Benguet** philippin près de l'île Pag-asa. Un radar de contrôle de tir chinois a été verrouillé sur le **BRP Miguel Malvar** près du récif de Sabina. En juin **2026**, quatre navires de guerre chinois ont confronté un bâtiment de la marine philippine près de Scarborough. Et selon la **CFR**, en **17 juin 2026**, la plateforme flottante installée à Scarborough a été retirée après qu'une protestation formelle ait été déposée. Ce cycle — installation, protestation, retrait, répétition — est la stratégie du fait accompli progressif, appliquée avec une patience que l'ASEAN ne peut pas égaler.

L'**IISS** documente par ailleurs que la milice maritime chinoise dans les Spratleys a augmenté de **14 %** depuis **2024**. Parallèlement, le Japon a adopté un rôle de sécurité régionale beaucoup plus affirmé : pour la première fois depuis **1945**, des troupes de combat japonaises ont participé à l'exercice **Balikatan 2026** aux Philippines. C'est un signe que les nations de la région qui se sentent menacées par la Chine cherchent des solutions en dehors du cadre ASEAN — ce qui valide implicitement l'analyse selon laquelle l'ASEAN seule ne peut pas contenir Pékin.

*Je veux dire quelque chose de difficile : l'ASEAN n'est peut-être pas la bonne institution pour gérer le défi chinois en mer de Chine méridionale. Elle peut être utile pour des questions de commerce, de coopération économique, de gestion de crises naturelles. Mais face à une puissance qui utilise le consensus comme instrument de paralysie, l'ASEAN est structurellement désavantagée. Les vraies réponses passeront probablement par des coalitions bilatérales et mini-latérales — Philippines-États-Unis-Japon-Australie — hors du cadre ASEAN.*

## Les alternatives : mini-latéralisme et partenariats bilatéraux

### La montée du mini-latéralisme dans le Pacifique

Face à l'incapacité de l'ASEAN à adopter une position unifiée, les Philippines ont développé une stratégie parallèle : multiplier les partenariats bilatéraux et mini-latéraux avec les pays qui partagent ses préoccupations face à la Chine. L'accord de coopération militaire avec les États-Unis, le Japon, l'Australie et désormais aussi la **Nouvelle-Zélande** — illustré par l'exercice Salaknib 2026 avec **7 000 soldats** de ces nations — est la pièce maîtresse de cette stratégie. La participation japonaise en forces de combat pour la première fois depuis **1945** est symboliquement et opérationnellement significative.

Mais le mini-latéralisme a ses propres limites. Il fragmente la cohérence régionale, donne des arguments à la Chine qui dénonce les « cercles d'endiguement », et met en difficulté les membres de l'ASEAN qui préfèrent l'équidistance. La **secrétaire Lazaro** elle-même a dû justifier l'adéquation entre la politique diplomacy-first de son département et la posture combative du ministre de la Défense Teodoro. Cette tension interne est réelle et affaiblit la lisibilité de la position philippine.

### Le rôle des États-Unis : présent mais imprévisible

Le partenariat avec les **États-Unis** reste la pierre angulaire de la stratégie de sécurité des Philippines. L'exercice Balikatan, les exercices maritimes conjoints, les garanties du traité de défense mutuelle — tout cela maintient une présence dissuasive américaine dans la région. Mais l'administration Trump introduit une variable d'imprévisibilité dans cette équation. Les alliés dans la région s'interrogent : Washington défendra-t-il vraiment ses partenaires philippins si la Chine franchit une ligne rouge ? Et où est cette ligne rouge ? Ces questions, sous une présidence plus prévisible, avaient des réponses documentées. Sous Trump, elles restent ouvertes.

La Chine lit ces incertitudes. Elle les nourrit. Et elle en tire profit dans chaque incident de Scarborough, dans chaque confrontation de navire, dans chaque installation de plateforme flottante qui teste les limites sans déclencher de réponse ferme. La mer de Chine méridionale est un laboratoire de la competition stratégique — et pour l'instant, la Chine y mène les expériences.

*L'imprévisibilité de Trump est une faiblesse pour les alliés des États-Unis dans la région — mais elle n'est pas la cause fondamentale du problème ASEAN-Chine. Ce problème existait sous Obama, sous Biden. Il existera après Trump. La vraie question est de savoir si les démocraties indopacifiques peuvent construire une architecture de sécurité qui ne dépende pas entièrement de la bonne volonté américaine. Je ne connais pas la réponse. Mais la question mérite d'être posée.*

## La plateforme flottante de Scarborough Shoal : ce qu'elle révèle de la stratégie chinoise

### Juin 2026 : une nouvelle structure qui change le statu quo

En juin **2026**, des images satellites ont confirmé la présence d'une nouvelle plateforme flottante de grande taille sur le **récif Scarborough (Bajo de Masinloc)**, à environ **240 kilomètres** des côtes philippines. Cette structure, selon des analystes cités par le **Washington Times**, représente une escalade significative dans la stratégie chinoise de contrôle des points stratégiques en **mer de Chine méridionale**. **Pékin** utilise ces plateformes flottantes comme étapes intermédiaires entre la pêche de prétexte et l'installation permanente — une méthode testée et prouvée depuis les récifs des **îles Spratleys** dans les années **2010**.

Le récif **Scarborough** est particulièrement sensible pour les **Philippines** : c'est une zone de pêche traditionnelle pour les pêcheurs philippins, et il a été au cœur d'une décision historique du **Tribunal arbitral permanent de La Haye** en **2016**, qui avait rejeté les revendications chinoises étendues. **Pékin** n'a jamais reconnu cette décision. La plateforme flottante de juin **2026** est, de fait, un défi physique au droit international — et la question est : qui va répondre ?

### La réponse philippine entre résistance et dépendance économique

Les **Philippines**, sous la présidence de **Ferdinand Marcos Jr.**, ont adopté une posture plus ferme face à **Pékin** que sous son prédécesseur **Rodrigo Duterte**. **Manille** a multiplié les patrouilles navales au **Deuxième Récif Thomas**, accepté de renforcer les accords de défense avec les **États-Unis** (y compris l'accès américain à **quatre nouvelles bases militaires** philippines en **2023**), et porté ses protestations sur la scène internationale de façon plus agressive. Ces décisions ont un coût : les tensions commerciales avec la **Chine**, principal partenaire économique des **Philippines**, se sont accrues.

Mais **Manille** reste dans une position structurellement difficile. La milice maritime chinoise qui harcèle les navires philippins dans la **mer de Chine méridionale** a augmenté en nombre de **14 %** depuis **2025**. Les incursions dans la zone économique exclusive philippine se multiplient. Et malgré les protestations officielles, les lignes d'approvisionnement vers le **Deuxième Récif Thomas** restent régulièrement bloquées ou perturbées. La résistance philippine est réelle — mais ses effets concrets sur le comportement chinois sont limités.

*Les **Philippines** se battent seules contre une puissance qui dispose de cinquante fois leur budget militaire. Leur courage est réel. Mais courage sans capacité de dissuasion suffisante n'est pas une stratégie. C'est un espoir. Et les espoirs, dans la géopolitique des rapports de force, ne changent pas le comportement des États.*

## L'ASEAN face à la Chine : les divisions internes qui paralysent la réponse collective

### Pourquoi l'ASEAN ne peut pas agir collectivement face à Pékin

Le problème fondamental de l'**ASEAN** face à la **Chine** est structurel et irréductible dans le cadre actuel. L'**Association des Nations de l'Asie du Sud-Est** fonctionne sur le principe du **consensus** — toute décision collective nécessite l'accord de tous ses **10 membres**. Or, parmi ces membres, plusieurs ont des liens économiques ou politiques avec la **Chine** qui les rendent réticents à adopter des positions critiques : le **Cambodge**, le **Laos** et, dans une moindre mesure, le **Myanmar** sont considérés comme des États proches de **Pékin**. Il suffit qu'un de ces États bloque pour que l'**ASEAN** soit paralysée sur la question de la **mer de Chine méridionale**.

En **2012**, le **Cambodge** avait bloqué toute mention de la **mer de Chine méridionale** dans le communiqué final du sommet de l'**ASEAN** — une première dans l'histoire de l'organisation. Cet épisode illustre parfaitement la vulnérabilité structurelle : une organisation internationale dont les membres les plus dépendants d'un acteur extérieur peuvent bloquer toute réponse collective. En **2026**, rien n'a changé dans cette architecture institutionnelle. Et **Pékin** en profite délibérément.

### Le Code de Conduite 2026 : vingt ans de négociations pour rien ?

Les négociations pour un **Code de Conduite (CoC)** en mer de Chine méridionale ont commencé formellement en **2002** — il y a plus de **vingt ans**. En **2026**, ces négociations se poursuivent sans accord contraignant en vue. Les divergences portent sur des points fondamentaux : la **Chine** veut que le Code exclue les puissances extérieures (lire : les **États-Unis**) des opérations en mer de Chine méridionale, une condition que les pays membres de l'**ASEAN** les plus vulnérables (**Philippines**, **Vietnam**, **Malaisie**) ne peuvent pas accepter. La **Chine** veut aussi que le Code soit limité géographiquement, excluant les zones qu'elle revendique depuis la « **ligne en neuf traits** ».

Ce bras de fer diplomatique interminable profite objectivement à **Pékin**. Pendant que les négociations avancent au rythme d'un escargot, la **Chine** construit des plateformes flottantes, déploie sa milice maritime, et consolide sa présence physique sur des récifs contestés. Le droit qu'un **Code de Conduite** est censé codifier existe déjà — la décision de La Haye de **2016** en est la preuve. Mais sans mécanisme d'exécution, aucun code n'impose rien à un acteur qui choisit de l'ignorer.

*Vingt ans de négociations pour un **Code de Conduite** que **Pékin** n'a aucune intention de respecter. C'est un luxe diplomatique que les **Philippines**, le **Vietnam** et la **Malaisie** ne peuvent plus se permettir. L'**ASEAN** doit choisir : être un forum de dialogue avec **Pékin**, ou être un cadre de défense collective. Elle ne peut pas être les deux à la fois.*

## Les alternatives au consensus ASEAN : mini-latéralisme et partenariats directs

### Quad, AUKUS et les formats alternatifs à l'ASEAN

Face à l'inefficacité structurelle de l'**ASEAN** sur la question de la **mer de Chine méridionale**, des formats alternatifs se sont développés. Le **Quad** — **États-Unis**, **Japon**, **Inde**, **Australie** — n'inclut aucun pays d'**Asie du Sud-Est**, mais il structure une architecture de sécurité maritime parallèle qui vise explicitement à contrebalancer la puissance navale chinoise. L'accord **AUKUS**, avec ses sous-marins à propulsion nucléaire et ses exercices de drones en essaim, ajoute une couche de capacité militaire concrète. Ces formats fonctionnent précisément parce qu'ils n'exigent pas le consensus de dix membres.

Pour les membres de l'**ASEAN** les plus exposés — **Philippines**, **Vietnam** — la participation informelle ou la coopération bilatérale avec des membres du **Quad** ou de l'**AUKUS** est devenue une stratégie complémentaire. Les **Philippines** ont signé une alliance de défense renforcée avec les **États-Unis** et approfondi leur coopération avec le **Japon**. Le **Vietnam** entretient des relations de plus en plus profondes avec **Washington**, malgré l'histoire, dans une logique claire de contrepoids à **Pékin**. Ces partenariats bilatéraux ne remplacent pas l'**ASEAN** — ils comblent ses lacunes.

### Les limites du mini-latéralisme face à la puissance chinoise

Mais le mini-latéralisme a ses propres limites. Les partenariats bilatéraux ou les petits groupes comme le **Quad** manquent de la légitimité régionale que confère l'**ASEAN**. Ils peuvent être présentés par **Pékin** comme des alliances antichinoises, créant une polarisation qui complique la diplomatie régionale. Par ailleurs, plusieurs membres de l'**ASEAN** — notamment l'**Indonésie**, le **Singapour**, la **Thaïlande** — refusent d'être mis en position de choisir entre **Washington** et **Pékin**. La philosophie de « centralité de l'**ASEAN** » est profondément ancrée dans la culture politique de la région. Toute architecture de sécurité qui contourne l'**ASEAN** risque de perdre en légitimité régionale ce qu'elle gagne en efficacité opérationnelle.

La réalité est que ni l'**ASEAN** seule, ni le mini-latéralisme seul, ne suffisent à contenir les ambitions de **Pékin** en **mer de Chine méridionale**. Ce qu'il faudrait, c'est une combinaison des deux — une **ASEAN** réformée, avec des mécanismes de décision plus réalistes sur les questions de sécurité, combinée avec des partenariats de sécurité bilatéraux qui lui donnent une épine dorsale militaire. Ce n'est pas impossible. Mais ça exige une volonté politique que la région n'a pas encore démontré de façon cohérente.

*L'**Asie du Sud-Est** mérite mieux qu'une organisation régionale paralysée par le consensus et instrumentalisée par une puissance extérieure. L'**ASEAN** a produit de la stabilité régionale pendant cinq décennies — c'est un actif réel. Mais la stabilité de **1990** n'est pas la sécurité de **2026**. Il est temps que l'**ASEAN** évolue, ou qu'elle s'efface au profit de formats qui fonctionnent.*

## Conclusion : L'ASEAN comme décor — la vraie scène est ailleurs

### Ce que l'ASEAN peut faire, et ce qu'elle ne peut pas faire

L'**ASEAN** peut produire des déclarations de principe, organiser des rencontres diplomatiques, maintenir un forum de discussion régionale. Ce n'est pas rien — dans une région aussi diverse et potentiellement conflictuelle, la diplomatie multilatérale a une valeur réelle. Mais elle ne peut pas produire un Code de Conduite juridiquement contraignant que la Chine respectera si Pékin ne le veut pas. Elle ne peut pas empêcher la militarisation de Scarborough. Elle ne peut pas protéger les pêcheurs philippins des canons à eau de la garde-côtes chinoise. Ce n'est pas une critique de ses membres — c'est une description de ses limites structurelles.

### La mer de Chine méridionale en 2026 : une stabilité apparente sur fond de tensions croissantes

En **juin 2026**, la mer de Chine méridionale est stable dans le sens où aucun conflit armé n'a éclaté. Mais cette stabilité est superficielle. Elle repose sur la retenue philippine face à des provocations chinoises croissantes, sur la présence dissuasive américaine qui maintient un équilibre fragile, et sur l'espoir que le Code de Conduite produira finalement une architecture de règles respectées. Cet espoir est mince. La vraie question pour les années à venir est de savoir si la retenue philippine — et américaine — tiendra face à une escalade continue des tactiques de zone grise chinoises.

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

*L'**ASEAN** n'est pas morte. Elle est inadaptée à la menace de **2026**. La différence est importante. Une institution inadaptée peut se réformer — si ses membres ont la volonté de le faire. Mais la volonté politique, en **Asie du Sud-Est**, reste fragmentée entre ceux qui ont peur de la **Chine** et ceux qui sont dans sa poche. C'est ce clivage qui déterminera l'avenir de la région — pas les réunions à **Brunei** ou à **Jakarta**.*

## Sources

### Sources primaires

- [The Washington Times — Tensions rise over disputed South China Sea shoal — 25 juin 2026](https://www.washingtontimes.com/news/2026/jun/25/tensions-rise-disputed-south-china-sea-shoal/)

- [Kyiv Independent — Contexte géopolitique Asie — juin 2026](https://kyivindependent.com/)

- [Foreign Policy — ASEAN structural analysis — juin 2026](https://foreignpolicy.com/)

### Sources secondaires

- [Al Jazeera — South China Sea disputes — juin 2026](https://www.aljazeera.com/)

- [The Guardian — Indo-Pacific security — juin 2026](https://www.theguardian.com/international)

- [19FortyFive — China maritime strategy analysis — juin 2026](https://www.19fortyfive.com/)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/l-asean-face-a-pekin-portrait-d-une-institution-qui-ne-peut-pas-se-defendre-elle
