# CHRONIQUE : Hanwha évincée des contrats OTAN — le protectionnisme européen déguisé en réarmement collectif

> En moins d'un an, les géants sud-coréens de la défense ont encaissé une série de revers qui ressemblent moins à de la compétition industrielle ordinaire qu'à un schéma systématique. Hanwha Aerospace a perdu en Roumanie un contrat de 6 trillions de wons coréens pour des véhicules

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Chronique
- Publié: 2026-06-27
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/hanwha-evincee-des-contrats-otan-le-protectionnisme-europeen-deguise-en-rearmeme

## Introduction : la K-défense et le mur invisible de l'Europe

### Une série de défaites qui raconte une histoire

En moins d'un an, les géants sud-coréens de la défense ont encaissé une série de revers qui ressemblent moins à de la compétition industrielle ordinaire qu'à un schéma systématique. **Hanwha Aerospace** a perdu en **Roumanie** un contrat de **6 trillions de wons coréens** pour des **véhicules de combat d'infanterie** au profit de l'allemand **Rheinmetall**, malgré une offre **14% moins chère** et un taux de production locale de **80%**. En **France**, elle a perdu le contrat de relève du **M270 LRU** — un système de lance-roquettes multiple — au profit du consortium britannique-français **Sundart**, malgré sa position de leader avec le **K239 Cheonmu**. En **Pologne**, **Hanwha Ocean** a perdu l'appel d'offres pour les sous-marins de nouvelle génération au profit du suédois **Saab**.

Et maintenant, au **Canada**, **Hanwha Ocean** bataille pour un contrat de **12 sous-marins de remplacement** des vieux **Victoria-class** — contre **ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS)**, soutenu par un front uni de l'industrie européenne de défense. La valeur totale du projet canadien est estimée à **60 trillions de wons** sur 30 ans — un contrat générationnel dont les enjeux dépassent largement la simple compétition commerciale. La question qui se pose à travers cette série de défaites est directe : l'industrie de défense coréenne est-elle écartée des marchés OTAN en raison de ses performances, ou à cause d'un protectionnisme institutionnel européen habilement déguisé en exigences de sécurité collective ?

### Le programme SAFE : le pivot qui change tout

La réponse se trouve en grande partie dans un programme de cinq lettres : **SAFE** — **Security Action for Europe**. Lancé en mai 2025, ce programme de prêts de l'**Union européenne** d'un montant de **150 milliards d'euros** offre des **prêts à faible taux d'intérêt et des subventions** aux États membres de l'**UE** qui achètent des armements fabriqués en Europe. C'est une préférence acheteur institutionnalisée, légalement défendue comme une mesure de renforcement de l'**autonomie stratégique européenne** — mais dont l'effet pratique est de rendre les équipements européens artificiellement moins chers que leurs concurrents coréens pour les acheteurs européens.

Le **Canada** est récemment devenu le **premier pays non européen à rejoindre le programme SAFE** — officiellement intégré le **15 juin 2026**, quelques semaines avant la décision attendue sur le contrat de sous-marins. Si **Ottawa** utilise des prêts SAFE pour financer ses sous-marins, **TKMS** bénéficie automatiquement d'un **avantage de prix** que ni la qualité de l'offre de **Hanwha Ocean** ni la rapidité de livraison promise ne peuvent compenser. La compétition n'est plus entre deux soumissionnaires — elle est entre un soumissionnaire coréen et un écosystème industriel et financier européen intégré.

*Je comprends la logique de SAFE — renforcer l'autonomie industrielle de défense européenne est un objectif légitime. Mais quand ce programme évince systématiquement des alliés qui vendent des équipements compétitifs et qui ont été parmi les premiers à livrer des munitions à l'Ukraine, il faut appeler les choses par leur nom : c'est du protectionnisme, pas de la sécurité collective.*

## Le cas roumain : l'argent et la politique contre la meilleure offre

### Les Redback contre les Lynx : une comparaison qui ne laisse pas de doute

Le contrat roumain pour les **véhicules de combat d'infanterie (IFV)** de nouvelle génération illustre parfaitement la problématique. **Hanwha Aerospace** a proposé **298 IFV Redback** à **9,5 millions d'euros l'unité** — soit **14% moins cher** que l'offre de **Rheinmetall** pour ses **232 IFV Lynx** à **2,59 milliards d'euros total**. **Hanwha** proposait un **taux de production locale de 80%** — contre 40% pour **Rheinmetall**. Sur la base des critères habituels des appels d'offres militaires — coût, prestations, transfert de technologie, délais — l'offre coréenne était techniquement supérieure.

Le résultat : la **Roumanie** a choisi **Rheinmetall**. La raison donnée par des responsables de l'industrie cités dans l'article du **Chosun** : la **Roumanie** a décidé d'accéder au financement via le programme **SAFE**, ce qui **« a fortement favorisé Rheinmetall »**. Et il y a eu des **communications politiques étroites entre les cercles politiques roumains et allemands** concernant ce contrat. En clair : le résultat a été orienté avant la fin de la compétition, avec une combinaison de pression politique et d'incitation financière institutionnelle. Ce n'est plus un appel d'offres — c'est une conclusion négociée.

### La Pologne et la France : le même schéma

La perte en **Pologne** du contrat de sous-marins par **Hanwha Ocean** au profit de **Saab** en novembre 2025 suivait une logique similaire. La **Pologne** est membre de l'**UE** et peut accéder au financement SAFE. Un sous-marin suédois entre dans les catégories éligibles ; un sous-marin coréen non. En **France**, la perte du contrat de relève du **M270 LRU** au profit du consortium **Sundart** (MBDA + Safran) — alors que le **K239 Cheonmu** était décrit comme étant en position de leader — illustre que même dans les procédures formelles, le résultat peut être orienté en faveur de champions nationaux ou de partenariats industriels intra-européens.

Ces trois défaites en Europe créent un modèle. L'**industrie coréenne de défense** peut avoir les meilleures armes au meilleur prix — et elle perdra quand même si la compétition se joue dans un cadre où les acheteurs ont accès à des financements préférentiels pour les équipements européens. Le **professeur Jang Won-jun** de l'Université nationale de Jeonbuk résume : **« Rather than exporting finished products emphasizing delivery speed and cost-effectiveness, collaborating with European companies to meet "Made in Europe" requirements will be key to capturing the European market. »** En d'autres termes : s'adapter ou perdre.

*Il y a quelque chose d'absurde dans le fait que des pays qui ont acheté des Chunmoo et des K9 Thunder coréens avec enthousiasme il y a deux ou trois ans se retrouvent aujourd'hui à écarter les mêmes fournisseurs de leurs nouveaux appels d'offres parce que le financement SAFE favorise les équipements européens. La gratitude a ses limites en géopolitique industrielle.*

## SAFE : l'outil bien intentionné aux effets pervers

### La logique officielle : construire une autonomie stratégique

Il faut être juste envers le programme **SAFE** et ses concepteurs. La logique officielle est défendable : l'**Union européenne** a réalisé après le déclenchement de la guerre en **Ukraine** qu'elle était dangereusement dépendante de fournisseurs extérieurs pour ses armements. Construire ou reconstruire une **base industrielle de défense** solide en Europe est un objectif de sécurité nationale légitime. Des industries de défense nationales permettent des chaînes d'approvisionnement plus résilientes, des transferts de technologie locaux, et une moindre dépendance aux décisions d'exportation d'États tiers en temps de crise.

La **Commission européenne** a été explicite sur ses objectifs : **60% des achats via SAFE doivent être des achats en commun** entre membres, avec des règles strictes sur le contenu européen. Des projets sans dimension commune ont été rejetés massivement. Mais le problème est que dans la réalité, entre les livraisons ukrainiennes urgentes nécessitant des sources mondiales et les ambitions industrielles européennes à moyen terme, la ligne est difficile à tenir. Au **25 juin 2026**, seulement **9 des 19 États membres** avaient signé des accords de prêt SAFE, et le volume réel engagé atteignait à peine **1,4 milliard d'euros** sur les **150 milliards annoncés**.

### Les limites opérationnelles : l'industrie ne peut pas suivre

Une deuxième critique, plus fondamentale, du **SAFE** : l'industrie de défense européenne ne peut pas actuellement produire tout ce dont l'**Europe** et l'**Ukraine** ont besoin. La **Commission européenne** l'admet elle-même : **« There is a significant gap between what Ukraine needs and what the industry can deliver in the short term. »** Pour les drones, les premiers calendriers de livraison n'ont pu être couverts que par des fournisseurs ukrainiens, faute de production européenne suffisante. Dans ce contexte, écarter des fournisseurs coréens qui livrent rapidement et à bon prix — pour des raisons de préférence nationale — crée des déficits opérationnels réels.

Le **Chunmoo coréen** (K239) a prouvé son efficacité et est le système de lance-roquettes multiple le plus commandé en Europe depuis 2022 — devant le **HIMARS** américain. La **Pologne seule** a contracté pour plus de **10 milliards de dollars** en équipements militaires coréens depuis le début de la guerre en Ukraine. Écarter ces systèmes des futurs appels d'offres SAFE alors qu'ils ont prouvé leur valeur opérationnelle n'est pas une décision basée sur les performances — c'est une décision politique.

*Voici le paradoxe central du SAFE : on veut construire une industrie européenne de défense, c'est légitime. Mais pendant qu'on la construit, les soldats ukrainiens ont besoin d'armes maintenant. Et les K239 Chunmoo coréens existent maintenant. Les préférences industrielles à long terme ne devraient pas sacrifier les besoins opérationnels immédiats d'une guerre en cours.*

## La K-défense face à la réalité des « blocs industriels continentaux »

### Le sentiment de « front uni européen »

Les analystes industriels cités par le **Chosun Daily** emploient un terme révélateur : **« pan-European industrial alliance »**. La **K-défense** ne fait pas face à une compétition industrielle normale avec des concurrents distincts qui se battent sur leurs mérites respectifs. Elle fait face à un **écosystème industriel intégré** où les fabricants d'armes, les gouvernements acheteurs, les financeurs institutionnels et les réseaux politiques travaillent de concert. Un exemple concret : la compétition canadienne pour les sous-marins oppose **Hanwha Ocean** non pas à **TKMS** seul, mais à un consortium où la **Norvège** fournit des composants clés pour les sous-marins allemands, créant un **réseau politique et industriel transnational** qui transcende la compétition commerciale normale.

La citation d'un responsable de l'industrie est éclairante : **« L'adversaire de Canada's submarine project n'est pas l'Allemagne, mais l'Europe entière. »** Cette formulation capture parfaitement la nature systémique du défi auquel fait face la **K-défense** en Europe. Ce n'est pas qu'**Hanwha** fait face à un rival plus fort — c'est qu'elle fait face à une **architecture industrielle, financière et politique** dont elle est structurellement exclue.

### La réponse coréenne : joint-ventures et localisation

La réponse de l'industrie coréenne à ce défi prend plusieurs formes. **LIG D&A** a signé un partenariat stratégique avec **Rheinmetall** pour cibler les marchés européens et OTAN de la défense antiaérienne. **Hanwha Systems** a signé un MOU pour intégrer son radar multifonction dans le système **IRIS-T SLM** de l'allemand **Diehl Defence**, et coopère avec l'**italien Leonardo** sur les antennes radar AESA. Ces partenariats sont une tentative de s'intégrer dans l'écosystème européen de défense plutôt que de le confronter frontalement.

C'est la stratégie recommandée par les experts — **« collaborer avec des entreprises européennes pour répondre aux exigences "Made in Europe" »** plutôt qu'exporter des produits finis. Mais cette adaptation a un coût : elle réduit la valeur ajoutée capturée par l'industrie coréenne, transfère des technologies vers des partenaires européens, et crée des dépendances. Ce n'est pas idéal pour une industrie qui cherche à maximiser ses revenus d'exportation — c'est un compromis pragmatique pour rester dans le marché.

*Les Coréens font face à un choix douloureux : s'adapter à un marché qui érige des barrières, au prix d'un transfert technologique et d'une réduction des marges, ou insister sur leurs avantages comparatifs et voir les portes se fermer une par une. Ce n'est pas une situation nouvelle dans le commerce international — mais c'est particulièrement frustrant quand vos produits sont objectivement excellents.*

## Ce que la K-défense apporte réellement à l'OTAN

### Un bilan d'exportation qui parle de lui-même

Pour comprendre ce que l'**OTAN** gagne ou perd en marginalisant l'industrie coréenne de défense, il suffit de regarder les chiffres. Depuis 2022, les membres européens de l'**OTAN** ont commandé, selon les données d'**EU Perspectives** : environ **1 400 obusiers automoteurs** dans **14 pays**, dont le coréen **K9 Thunder** est le **leader** avec **698 systèmes commandés** — devant tous les autres producteurs. **Plus de 400 systèmes MLRS** dans **11 pays**, avec le **Chunmoo coréen** en tête du classement, devant le **HIMARS** américain. Le total de ces dépenses atteint **31,7 milliards de dollars**, avec la **Pologne** seule représentant **10,2 milliards** pour les MLRS.

Ces chiffres montrent que les membres de l'**OTAN** ont voté avec leur portefeuille en faveur des équipements coréens quand ils avaient le choix libre. La **K-défense** n'a pas conquis ces marchés par favoritisme ou par pression politique — elle les a gagnés sur leurs mérites de prix, de délai de livraison et de performance. Ce bilan objectif rend d'autant plus difficile à défendre une politique qui consiste à exclure ces mêmes fournisseurs des prochains appels d'offres pour des raisons de préférence institutionnelle.

### La question des capacités manquantes en Europe

La vraie question que les décideurs européens devraient se poser est la suivante : quelles capacités industrielles l'**Europe** est-elle réellement capable de développer à court et moyen terme ? Si l'**Europe** peut produire des sous-marins compétitifs en temps voulu — avec des coûts, des délais et des performances comparables — alors le protectionnisme industriel a une justification fonctionnelle. Si elle ne le peut pas, le protectionnisme ne renforce pas la défense collective — il la fragilise.

L'honnêteté intellectuelle oblige à reconnaître que dans certains domaines — notamment les sous-marins conventionnels et les systèmes d'artillerie de roquettes multiples — les industries européennes existent et ont des capacités réelles. Dans d'autres domaines, les lacunes sont importantes. La décision de financer du **« Made in Europe »** quand les alternatives sont indisponibles localement revient à payer plus pour moins de capacités — un mauvais calcul pour la sécurité collective.

*Je ne suis pas opposé à construire une industrie de défense européenne solide. Je suis opposé à l'hypocrisie qui consiste à appeler protectionnisme industriel « autonomie stratégique » et à prétendre que ce faisant, on renforce la défense collective. Si les armes européennes sont meilleures et moins chères, achète les. Si elles ne le sont pas, le contribuable a le droit de savoir pourquoi il paie plus pour moins.*

## Rheinmetall dans la tempête : les limites de l'acteur dominant

### Le programme F126 annulé : un signal de dysfonctionnement

Ironiquement, pendant que l'**Europe** érige des barrières contre la **K-défense**, son champion industriel en théorie — **Rheinmetall** — traverse sa propre crise. En **juin 2026**, l'**Allemagne** a annulé le programme de **frégates F126**, qui aurait représenté plus de **12 milliards d'euros** pour **Rheinmetall** si elle en était devenue le sous-traitant principal. Les raisons : **délais significatifs, dépassements de coûts**, et risques liés au changement de maître d'œuvre. Au lieu des six F126, l'**Allemagne** achète huit frégates plus petites **Meko A-200** à **TKMS**.

L'action **Rheinmetall** a plongé de **19%** en une seule séance — la plus grande baisse journalière depuis avril 2025. Des analystes de **JP Morgan** ont conclu que **Rheinmetall** ne remplirait probablement pas son objectif d'entrées de commandes de **80 milliards d'euros** en 2026. Cette défaillance d'un des fleurons industriels du réarmement européen illustre que le **« Made in Europe »** n'est pas synonyme de fiabilité, de compétitivité et d'exécution irréprochable. C'est un contrepoint important à la rhétorique de l'autonomie stratégique.

### La concentration du marché : un autre risque

Des alertes antitrust ont émergé en **juin 2026** à propos de la domination croissante de **Rheinmetall** sur le marché de défense européen. Le groupe a remporté le contrat roumain des IFV malgré une offre plus chère, obtenu des contrats allemands en Bundeswehr, et s'est positionné sur de nombreux appels d'offres OTAN. Cette concentration crée des risques de dépendance qu'un écosystème sain de défense devrait éviter — précisément les risques que la diversification avec des fournisseurs coréens permettrait de mitiger.

La logique est circulaire et paradoxale : le **SAFE** favorise les fournisseurs européens pour construire l'autonomie stratégique, mais il concentre les marchés sur quelques grands acteurs européens, créant une nouvelle dépendance — à l'échelle continentale plutôt que nationale. Ce n'est pas nécessairement une amélioration significative en termes de résilience.

*Rheinmetall en difficulté sur un programme naval majeur, des alertes antitrust sur sa domination du marché, et une action en chute libre : voilà ce que produit le protectionnisme industriel non accompagné d'une politique de compétition saine. Protéger un marché sans le discipliner, c'est nourrir les inefficacités qui menacent la défense collective.*

## Le Canada dans l'équation : un test décisif

### Douze sous-marins et l'adhésion au SAFE

Le contrat canadien pour **12 sous-marins** est un test crucial pour la question centrale de cette chronique. **Hanwha Ocean** propose de livrer **quatre sous-marins entre 2032 et 2035** — une rapidité de livraison remarquable pour un programme de cette ampleur. **TKMS** propose quatre sous-marins d'ici **2036**, en réaffectant des sous-marins commandés par la **Norvège**, avec une stratégie de mutualisation logistique avec d'autres marines nord-européennes. Les deux offres ont des mérites réels et différents.

L'adhésion récente du **Canada au programme SAFE** est un signal fort. Si **Ottawa** utilise ce financement pour son achat de sous-marins, **TKMS** a un avantage prix institutionnel que **Hanwha Ocean** ne peut pas compenser. La décision canadienne est attendue autour du **Sommet de l'OTAN** — les observateurs notent que le gouvernement canadien pèse entre ses propres objectifs de coopération industrielle avec l'**Europe** et les arguments de performance pure de l'offre coréenne.

### La dimension OTAN de la compétition

Ce qui rend le cas canadien particulièrement révélateur est sa dimension explicitement **OTAN**. **TKMS** a proposé une intégration des sous-marins canadiens dans un système multinational de logistique, de maintenance et d'entraînement avec l'**Allemagne** et la **Norvège**. Cette proposition de **pooling and sharing** est exactement le type de coopération que l'**OTAN** cherche à promouvoir. Elle est aussi un argument politique plus qu'industriel — un argument qui dit implicitement que choisir **Hanwha**, c'est se couper d'une intégration plus profonde dans l'écosystème de défense euro-atlantique.

Cet argument est puissant, mais il mérite d'être examiné critiquement. La valeur de l'interopérabilité dépend de la qualité des systèmes intégrés. Si les sous-marins coréens sont techniquement meilleurs ou livrés plus rapidement, une interopérabilité un peu plus complexe est peut-être un prix raisonnable à payer. Ce calcul — et c'est le cœur du problème — n'est pas purement technique. Il est aussi politique, économique et géopolitique. Et dans ces domaines, la **K-défense** part avec un désavantage structurel face au lobbying du bloc industriel européen.

*Le Canada devrait choisir ses sous-marins en fonction de ce dont sa marine a besoin, à quel prix et dans quel délai — pas en fonction de ce que Brussels ou Berlin préfèrent qu'il achète. C'est une question de souveraineté industrielle canadienne autant qu'une question d'efficacité militaire. Espérons que les décideurs d'Ottawa gardent cela en tête.*

## Le paradoxe du soutien coréen à l'Ukraine

### Seoul livre à l'Ukraine, Bruxelles écarte Séoul

Le paradoxe de la situation est saisissant. La **Corée du Sud** a été l'un des fournisseurs les plus actifs d'équipements militaires aux pays qui soutiennent l'**Ukraine** depuis 2022 — officiellement pas à l'Ukraine directement, mais à la **Pologne** et à d'autres pays de l'**OTAN** qui ont vidé leurs stocks pour les envoyer à **Kyiv**. Des centaines de milliers d'obus d'artillerie, des obusiers **K9**, des systèmes **Chunmoo** — l'industrie coréenne a contribué significativement à l'effort de guerre ukrainien par ricochet.

La **déclaration conjointe australo-britannique de juin 2026** — même si elle ne cite pas directement la **Corée du Sud** — souligne l'importance de tous les partenaires qui soutiennent l'**Ukraine** et condamne le rôle des pays tiers qui soutiennent la **Russie**. Dans ce contexte, l'industrie coréenne de défense devrait être accueillie comme un **partenaire précieux** dans l'effort de réarmement OTAN — pas évincée par des mécanismes de préférence institutionnelle.

### La question des munitions : un exemple concret

Dans le domaine des munitions d'artillerie — où la demande ukrainienne a créé des pénuries sévères en Europe — la **Corée du Sud** a joué un rôle salvateur. Sa capacité industrielle à produire des obus de **155mm** compatibles avec les normes OTAN, à des rythmes élevés et à des prix compétitifs, a été un appoint décisif quand les industries européennes étaient saturées. Le fait que cette contribution ne se traduise pas par une meilleure position dans les futurs appels d'offres européens est une illustration de la façon dont les dynamiques politiques et institutionnelles peuvent contredire la logique de la sécurité collective.

Si le **SAFE** avait une clause de reconnaissance des contributions passées ou des mérites opérationnels démontrés, la situation serait différente. Une règle qui permettrait aux équipements de pays ayant contribué significativement à l'effort de défense européen d'être éligibles au financement SAFE — même s'ils ne sont pas de fabrication européenne — serait plus cohérente avec l'esprit de la défense collective que le strict critère géographique actuel.

*Il y a une ingratitude institutionnelle dans le fait que l'Europe bénéficie de l'industrie coréenne quand elle en a urgence besoin, puis l'écarte quand vient le temps de distribuer les contrats de réarmement à long terme. Je comprends la politique industrielle, mais les alliances reposent aussi sur la réciprocité et la confiance. Éléments qui s'usent sous ce genre de traitement.*

## Vers une réforme du SAFE : est-ce possible ?

### Les principes d'une réforme équitable

Si l'objectif premier du **SAFE** est de renforcer la **défense collective de l'OTAN** — et non pas uniquement l'industrie de défense européenne — il y aurait des moyens de le réformer sans abandonner ses objectifs fondamentaux. Une option serait d'introduire une **clause de réciprocité des alliés** : les équipements de pays non membres de l'UE mais membres de l'OTAN ou partenaires de sécurité étroits — **Corée du Sud, Japon, Australie** — seraient éligibles sous conditions, notamment le respect des standards OTAN, des délais de livraison, et un engagement dans des contrats de co-production ou de transfert technologique avec des industries européennes.

Une autre option serait un mécanisme d'**exception opérationnelle d'urgence** : quand les industries européennes ne peuvent pas livrer ce dont l'**OTAN** a besoin dans le délai requis, des fournisseurs alliés extérieurs peuvent être éligibles au financement SAFE. Cela permettrait de maintenir la priorité au **« Made in Europe »** quand c'est possible, sans sacrifier la disponibilité opérationnelle quand ce n'est pas le cas. Ces réformes seraient politiquement difficiles à adopter — elles résisteraient aux lobbies industriels européens qui bénéficient du système actuel. Mais elles rendraient le système plus cohérent avec sa mission déclarée.

### La réalité politique : les intérêts industriels nationaux gagnent

En l'absence d'une réforme, l'**industrie coréenne de défense** devra s'adapter à une réalité dans laquelle les marchés européens de réarmement sont de plus en plus inaccessibles sauf en tant que partenaires juniors dans des consortiums à direction européenne. C'est une position viable — la **K-défense** a déjà commencé à emprunter cette voie avec des MOU et des partenariats avec **Rheinmetall, Diehl, Leonardo**. Mais ce n'est pas la position qu'une industrie de défense qui a démontré sa supériorité dans certains créneaux devrait se contenter d'occuper.

La vraie perte n'est pas seulement pour la **Corée du Sud** — c'est pour l'**OTAN** dans son ensemble. Une alliance qui se prive des meilleurs équipements disponibles au meilleur prix pour des raisons de politique industrielle régionale n'optimise pas sa défense collective. Elle optimise ses industries nationales. Ces deux objectifs ne sont pas toujours alignés — et quand ils ne le sont pas, c'est la sécurité collective qui devrait primer.

*Le protectionnisme industriel en temps de guerre est un luxe que nous ne pouvons pas vraiment nous payer. Pendant que l'Europe construit son industrie de défense pour dans dix ans, la Russie fait la guerre maintenant. Et la Corée du Sud produit des armes maintenant. L'Europe devrait s'en souvenir avant de fermer définitivement ces portes.*

## L'avenir de la K-défense : pivotement ou résistance ?

### Les marchés hors OTAN comme alternative

Face aux barrières croissantes en Europe, l'industrie coréenne de défense se tourne vers d'autres marchés. Le **Moyen-Orient**, l'**Asie du Sud-Est**, l'**Amérique du Sud** et l'**Australie** (dans le cadre d'**AUKUS**) représentent des opportunités importantes. **Hanwha Systems** et d'autres acteurs coréens participent à des appels d'offres au-delà du seul espace OTAN européen, capitalisant sur leur réputation de fiabilité, leurs délais de livraison et leurs prix compétitifs.

L'intégration dans les discussions **AUKUS** est une piste explorée — le partenariat de défense entre l'**Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis** cherche des fournisseurs industriels et technologiques pour ses programmes de drones, de sous-marins et de systèmes avancés. La **Corée du Sud** pourrait y trouver des opportunités industrielles qui compensent partiellement les pertes en Europe. Mais cela nécessite une diplomatie industrielle active et des partenariats technologiques crédibles dans des domaines plus avancés que l'artillerie conventionnelle.

### Le défi de la R&D civile-militaire

Le rapport du **National Assembly Futures Institute coréen** souligne une faiblesse structurelle : dans le budget de **R&D de défense de 2019**, **49% allait à l'agence gouvernementale de développement de défense**, **40-45% aux grandes entreprises de défense**, et seulement **5-10% aux universités, instituts de recherche et entreprises civiles**. Cette fermeture du secteur de défense aux technologies civiles est un frein à l'innovation dans les domaines où l'**Europe** n'a pas de supériorité claire — l'**IA**, les drones autonomes, les systèmes de guerre électronique avancés.

La chercheuse **Yoo Hee-soo** cite la leçon ukrainienne : **« Alors que la guerre en Ukraine a montré que l'IA, les drones et les systèmes autonomes deviennent décisifs dans la guerre, l'environnement coréen reste fermé à la participation des entreprises technologiques civiles à la R&D de défense. »** Cette réforme intérieure — ouvrir la défense à l'innovation civile — est peut-être plus importante pour l'avenir de la **K-défense** que tous les appels d'offres européens combinés.

*L'avenir de la défense se joue à l'intersection de l'intelligence artificielle, des drones autonomes et des systèmes de commandement numériques. Ce sont des domaines où les entreprises technologiques civiles coréennes — Samsung, LG, Kakao, Naver — ont des capacités impressionnantes. Faire tomber le mur entre la défense et ces géants technologiques est une réforme nationale prioritaire pour Séoul.*

## L'industrie de défense coréenne et les leçons de la guerre en Ukraine

### Pourquoi Hanwha est devenu un fournisseur privilégié de l'OTAN

La montée en puissance de **Hanwha Defense** et plus largement de l'industrie de défense coréenne (**Hyundai Rotem**, **LIG Nex1**, **Korea Aerospace Industries**) sur les marchés européens n'est pas le résultat d'une campagne commerciale opportuniste — c'est la conséquence directe des enseignements de la guerre en **Ukraine**. Les armées ukrainiennes ont démontré que l'**obusier automoteur K9 Thunder**, produit par **Hanwha**, offrait une combinaison de cadence de tir, de fiabilité mécanique en conditions hivernales difficiles et de coût de maintenance qui surpassait plusieurs équivalents occidentaux en conditions de combat réel. Cette réputation gagnée sur le terrain ukrainien a transformé la perception des officiers d'acquisition européens.

Les contrats signés par la **Pologne** (**648 K9** et **K2 Black Panther**), la **Norvège**, la **Finlande**, l'**Estonie** et l'**Australie** ne relèvent pas uniquement du rapport qualité-prix — même si celui-ci est réel. Ils reflètent une réorientation stratégique : l'**OTAN** a besoin de fournisseurs capables de livrer en volumes importants et dans des délais courts. L'industrie de défense coréenne, dont les lignes de production sont optimisées pour une cadence élevée depuis des décennies en raison de la menace nord-coréenne permanente, répond à cette exigence d'une manière que beaucoup d'industriels européens, habitués aux petites séries et aux délais longs, ne peuvent pas encore égaler.

### Les transferts de technologie comme condition des grands contrats

Les États européens qui signent de grands contrats avec **Hanwha** ou **Hyundai Rotem** négocient systématiquement des accords de **transfert de technologie** et de **production localisée**. La **Pologne** a obtenu le droit de produire sous licence des éléments des systèmes K2 et K9 sur son territoire — un modèle qui permet à l'acheteur de commencer à construire la compétence industrielle locale tout en bénéficiant de l'urgence de la livraison coréenne. Cette hybridation entre rapidité coréenne et ancrage industriel européen pourrait devenir le modèle dominant des acquisitions de défense européennes pour la prochaine décennie.

Le défi de ces transferts est réel : la technologie transférée est souvent moins avancée que les systèmes de pointe que la **Corée du Sud** conserve pour elle-même ou pour ses alliés les plus proches. Les ingénieurs européens qui reçoivent ces transferts commencent souvent à construire des compétences sur des plateformes qui pourraient être dépassées dans dix ans par les versions améliorées que **Séoul** développe en parallèle. Cette asymétrie technologique est inhérente aux accords de transfert — elle n'invalide pas leur valeur à court terme, mais elle souligne la nécessité pour les États européens de ne pas se contenter d'être des assembleurs sous licence, mais d'investir dans leurs propres capacités de R&D.

*La Corée du Sud exporte de la défense parce qu'elle a été contrainte de construire une industrie militaire sérieuse face à une menace existentielle permanente. L'Europe, qui a profité de décennies de dividendes de paix, apprend maintenant ce que coûte réellement l'atrophie industrielle militaire. La leçon coréenne n'est pas seulement technologique — elle est philosophique : la sécurité ne s'achète pas à la dernière minute. Elle se prépare pendant les décennies de calme apparent.*

## Le programme SAFE et les contradictions du réarmement européen

### L'ambition de SAFE face aux réalités budgétaires nationales

Le programme **SAFE (Security Action for Europe)** — **150 milliards d'euros** annoncés, dont seulement **1,4 milliard engagés** à la mi-**2026** — illustre de manière presque parfaite le fossé entre l'ambition politique européenne et la réalité des contraintes budgétaires nationales. La **Commission européenne** a conçu **SAFE** comme un mécanisme permettant aux États membres de financer en commun des acquisitions de défense, réduisant les coûts par des économies d'échelle et standardisant les équipements pour améliorer l'interopérabilité de l'OTAN. Sur le papier, c'est une idée excellente. Dans la pratique, sa mise en œuvre se heurte à la souveraineté jalousement gardée des décisions d'acquisition nationales.

Chaque État membre de l'**UE** a ses propres priorités industrielles, ses propres champions nationaux de la défense, ses propres contraintes parlementaires sur les dépenses militaires. La **France** protège **Nexter** et **MBDA**. L'**Allemagne** défend **Rheinmetall** et **KNDS**. L'**Espagne** favorise **Indra**. Dans ce contexte, créer un mécanisme d'achat commun qui redistribue les marchés de manière optimale économiquement mais pas nécessairement avantageuse pour chaque champion industriel national est un exercice politique extraordinairement difficile. Les **1,4 milliard engagés** sur **150 annoncés** reflètent non pas un manque de volonté, mais la complexité réelle de faire fonctionner un tel mécanisme dans le cadre politique européen.

### La question de la préférence européenne dans les achats de défense

La montée en puissance de fournisseurs non européens comme **Hanwha** dans les contrats de défense de l'**UE** soulève une question de fond : l'**Europe** doit-elle instaurer une forme de préférence européenne dans ses achats militaires, similaire au **Buy American Act** américain, pour protéger sa base industrielle de défense naissante ? Les arguments en faveur sont solides : une industrie de défense européenne robuste nécessite des marchés garantis pour financer les investissements en R&D à long terme. Les arguments contre le sont aussi : la préférence européenne ralentirait les acquisitions urgentes et pourrait maintenir sous perfusion artificielle des industries qui ne sont pas compétitives.

Le débat au sein des institutions européennes sur cette question est intense et non résolu. La **Commission** a proposé des mécanismes incitatifs plutôt que des obligations — des bonus financiers pour les équipements produits en **Europe**, des conditions de partage de technologie renforcées pour les fournisseurs extra-européens. Cette approche de compromis reflète la difficulté politique de trouver un équilibre entre l'urgence de se réarmer rapidement et la nécessité de construire une capacité industrielle européenne durable. Il n'y a pas de solution facile — et les décisions prises dans cette fenêtre de **2025-2027** détermineront la forme de l'industrie de défense européenne pour une génération.

*La tension entre acheter rapidement pour répondre à la menace russe et acheter européen pour construire une industrie de défense autonome n'est pas seulement économique — elle est géopolitique. Une Europe qui dépend structurellement de fournisseurs extérieurs pour ses équipements militaires reste stratégiquement vulnérable, même si ces équipements sont techniquement excellents. SAFE est imparfait. Mais l'alternative — laisser chaque État acheter séparément selon ses seuls intérêts nationaux — est pire.*

## Le rôle de la Russie comme catalyseur involontaire du réarmement occidental

### L'invasion de 2022 comme tournant dans les budgets de défense européens

L'histoire retiendra une ironie cruelle : c'est **Vladimir Poutine** qui, par son invasion de l'**Ukraine** en **février 2022**, a provoqué le réarmement occidental le plus substantiel depuis la **Guerre froide**. Les budgets de défense des membres européens de l'**OTAN** ont augmenté de manière spectaculaire depuis **2022** : l'**Allemagne** a adopté un **Sondervermögen** (fonds spécial) de **100 milliards d'euros** dédiés à la Bundeswehr, la **Pologne** consacre désormais plus de **4 % de son PIB** à la défense — le taux le plus élevé de l'OTAN — et même des pays comme la **Belgique** et l'**Espagne**, longtemps en deçà du seuil de **2 %**, ont accéléré leurs plans de rattrapage.

Ces augmentations budgétaires créent une demande massive pour les équipements militaires — une demande que l'industrie de défense européenne existante ne peut pas satisfaire seule dans les délais requis. C'est dans cette fenêtre d'opportunité que **Hanwha**, **Hyundai Rotem** et d'autres fournisseurs coréens ont su s'imposer : ils offraient les volumes, les délais et la disponibilité que les industriels européens, dont les capacités de production avaient été réduites après des décennies de sous-investissement, ne pouvaient garantir. La leçon est claire : la désindustrialisation militaire a un coût, et ce coût se paie en perte de souveraineté industrielle au moment le plus critique.

### Les tensions au sein de l'Alliance atlantique sur la charge du réarmement

Le réarmement européen accéléré n'a pas supprimé les tensions internes à l'**OTAN** sur le partage du fardeau — il les a transformées. La pression de l'administration **Trump** pour que les Européens atteignent non plus **2 %** mais **3 à 5 % du PIB** en dépenses de défense a provoqué des débats intenses dans les capitales européennes. Ces exigences, jugées non réalistes à court terme par plusieurs gouvernements, s'inscrivent dans une tension plus fondamentale : les **États-Unis** veulent que l'**Europe** prenne davantage en charge sa propre défense, mais tout mouvement européen vers une autonomie stratégique plus grande suscite des inquiétudes américaines sur la cohésion de l'Alliance.

Cette contradiction — "dépensez plus, mais ne devenez pas trop indépendants" — est au cœur de l'architecture de sécurité atlantique contemporaine. Elle explique en partie la prudence avec laquelle certains États européens abordent le développement d'une **défense européenne autonome** au sein du cadre **SAFE** et des initiatives de coopération industrielle de l'**UE**. Naviguer entre la nécessité de satisfaire l'allié américain et la nécessité de construire une capacité européenne indépendante est le défi diplomatique et stratégique central de l'**Europe** pour la prochaine décennie.

*Poutine voulait affaiblir l'OTAN et diviser l'Europe. Il a obtenu l'exact contraire : un réarmement sans précédent depuis 1990, une cohésion atlantique renforcée et une industrie de défense européenne en voie de renaissance. C'est une démonstration supplémentaire que les calculs des autocrates, même les plus sophistiqués, peuvent se retourner contre eux de manière spectaculaire. L'histoire a un sens de l'ironie que les dictateurs sous-estiment régulièrement.*

## L'interopérabilité comme défi systémique pour la défense continentale

### La multiplication des systèmes : une richesse ou une fragmentation ?

Le paradoxe du réarmement européen des années **2022-2026** est visible dans les listes d'équipements des armées alliées : chaque pays a tendance à acquérir les systèmes les mieux adaptés à ses contraintes spécifiques et les plus rapidement disponibles, créant une prolifération de plateformes qui complique l'**interopérabilité logistique**. Les armées qui combinent des **K9** coréens, des **Leopard 2** allemands, des **CV90** suédois, des **AS90** britanniques et des **CAESAR** français dans le même théâtre d'opérations doivent gérer des chaînes d'approvisionnement en pièces détachées, des protocoles de maintenance et des systèmes de commandement et contrôle qui diffèrent sur des points critiques.

L'**OTAN** a développé des standards d'interopérabilité — les **STANAG (Standardization Agreements)** — mais leur application effective est inégale. La standardisation des munitions d'artillerie (**155mm NATO**), des carburants (**F-34 / JP-8**) et des protocoles de communication représente le socle minimal de l'interopérabilité. Au-delà de ce socle, la diversité des plateformes est à la fois une force — pas de point de défaillance unique dans la chaîne logistique — et une faiblesse : la complexité de soutien logistique d'une coalition multi-plateforme est exponentiellement plus grande que celle d'une armée standardisée.

### Les investissements dans les architectures numériques communes

La réponse de l'**OTAN** et de l'**UE** à ce défi d'interopérabilité passe de plus en plus par les **architectures numériques communes** : des systèmes de gestion de l'espace de bataille (**C2**), de partage de renseignement en temps réel et de logistique intégrée qui permettent à des plateformes différentes de fonctionner comme un tout cohérent. Le programme américain **JADC2 (Joint All-Domain Command and Control)** et son équivalent européen émergent, l'initiative **Combat Cloud** de l'**EDA (Agence européenne de défense)**, visent à créer cette couche numérique d'intégration.

**Hanwha** et les autres fournisseurs coréens ont compris que leur accès durable aux marchés européens dépendra de leur capacité à intégrer leurs plateformes dans ces architectures numériques communes. Leurs systèmes de commandement et contrôle doivent être compatibles avec les standards **NATO**. Leurs radios doivent respecter les protocoles **Link 16** et **SATURN**. Cette intégration numérique est aujourd'hui une condition non négociable des contrats majeurs — et elle représente pour les fournisseurs non membres de l'**OTAN** un investissement considérable d'adaptation et de certification.

*L'interopérabilité n'est pas un détail technique — c'est la condition de l'efficacité collective. Une alliance qui possède les meilleurs équipements du monde mais qui ne peut pas les faire fonctionner ensemble sur le même réseau numérique est une alliance incomplète. Les milliards investis dans le réarmement ne produiront leur plein effet stratégique que si les architectures numériques communes suivent. C'est la priorité que les conférences de défense répètent à chaque réunion — et qui reçoit encore trop peu d'investissements concrets.*

## Conclusion : une contradiction structurelle dans la défense OTAN

### Quand l'intérêt industriel contredit la sécurité collective

Cette chronique arrive à une conclusion inconfortable mais nécessaire. Il existe une contradiction structurelle dans la politique de réarmement de l'**OTAN** et de l'**UE** : elle affirme vouloir renforcer la défense collective le plus rapidement et au meilleur coût possible, tout en appliquant des mécanismes de préférence industrielle qui excluent certains des fournisseurs les plus compétitifs, les plus fiables et les plus rapides disponibles. Cette contradiction n'est pas accidentelle — elle reflète la tension réelle entre deux objectifs légitimes mais partiellement incompatibles : la sécurité collective et l'autonomie industrielle.

La bonne politique n'est pas de choisir entre les deux — c'est de les hiérarchiser correctement. Dans le contexte d'une guerre en cours en **Europe** et d'une menace militaire russe durable, l'**efficacité opérationnelle immédiate** doit primer sur les objectifs industriels à moyen terme. Les mécanismes de préférence comme le **SAFE** devraient être réformés pour ne pas exclure des alliés stratégiques qui ont prouvé leur valeur. Pas parce que c'est agréable politiquement pour les lobbies industriels européens — mais parce que c'est nécessaire pour la sécurité collective que l'**OTAN** affirme défendre.

### Ce que la K-défense a gagné et ce qu'elle perd

La **K-défense** a gagné la bataille de la compétitivité industrielle. Elle continue de la perdre dans la bataille politique. Ce n'est pas une situation unique en son genre dans le commerce international. Mais en matière de défense, où les enjeux sont la survie collective des nations et la protection des millions de personnes menacées par l'agression russe, cette logique de compromis politique mérite une remise en question fondamentale. L'alliance qui favorise ses industries plutôt que ses armes les plus efficaces joue contre elle-même. Et dans un contexte géopolitique aussi sérieux que celui de **2026**, ce n'est pas une erreur que l'on peut se permettre.

Je suis chroniqueur, pas lobbyiste de l'industrie coréenne de défense. Mais quand les faits plaident clairement dans un sens — des armes meilleures, livrées plus vite, moins chères, écartées pour des raisons politiques — mon travail est de le dire clairement. La **défense de l'Europe** mérite mieux que ça.

*Cette analyse ne prétend pas avoir dit le dernier mot. Les crises que nous couvrons évoluent chaque semaine. Ce qui compte, c'est de maintenir l'attention sur les faits, de refuser la normalisation de l'inacceptable, et de nommer les responsabilités avec clarté. C'est tout ce que je peux offrir : de la lucidité, des sources, et une conviction que l'information honnête est un bien commun à défendre.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Chosun Daily : K-Defense Struggles Against Europe's Defense Bloc — 24 juin 2026](https://www.chosun.com/english/industry-en/2026/06/24/WQ7YUK5M3RDU7HBBPXN36GPSWM/)

- [EU Perspectives : SAFE but slow — Commission explains why defence loans miss target — 24 juin 2026](https://euperspectives.eu/2026/06/safe-but-slow-why-defence-loans-miss-target/)

- [Nate News : NATO looms over Canada's Korea-Germany submarine choice — 22 juin 2026](https://news.nate.com/view/20260622n27977)

### Sources secondaires

- [CNBC : Defense stocks slide as Germany's naval U-turn shakes confidence — 25 juin 2026](https://www.cnbc.com/2026/06/25/rheinmetall-defense-stocks-germany-f126.html)

- [Seoul Economic Daily : Korea Defense Firms Accelerate Overseas Production — 24 juin 2026](https://en.sedaily.com/finance/2026/06/24/korea-defense-firms-accelerate-overseas-production-to-win)

- [EU Perspectives : Paris saw the future of defence — Can Europe keep pace? — 22 juin 2026](https://euperspectives.eu/2026/06/paris-saw-the-future-of-defence-can-europe-keep-pace/)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/hanwha-evincee-des-contrats-otan-le-protectionnisme-europeen-deguise-en-rearmeme
