# ESSAI : Zelensky serre l'étau — les sanctions ukrainiennes qui étouffent la machine de guerre russe

> Il y a une guerre qui se fait sans bruit de canons. Sans images de drones. Sans colonnes de fumée noire au-dessus des raffineries. C'est la guerre des sanctions — et Volodymyr Zelensky est en train de la gagner avec une méthode clinique, obstinée, terriblement efficace. Fin mars 2026, il a signé deux décrets du Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine (RNSD). Pre

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Essai
- Publié: 2026-06-29
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/essai-zelensky-serre-l-etau-les-sanctions-ukrainiennes-qui-etouffent-la-machine-

## Introduction : L'arme silencieuse qui fait plus de dégâts que les obus

### Un président qui signe des décrets comme d'autres lancent des missiles

Il y a une guerre qui se fait sans bruit de canons. Sans images de drones. Sans colonnes de fumée noire au-dessus des raffineries. C'est la guerre des sanctions — et **Volodymyr Zelensky** est en train de la gagner avec une méthode clinique, obstinée, terriblement efficace. Fin mars **2026**, il a signé deux décrets du **Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine** (RNSD). Premier décret : **26 individus** et **31 entités juridiques** visés — fabricants de drones, systèmes de guerre électronique, blindés, sous-marins, hélicoptères des familles **Mi-8, Mi-17, Mi-171, Mi-172 et Mi-14**. Deuxième décret : **7 individus** et **11 entités** liées à la contournement de sanctions — dont des fournisseurs de composants pour les missiles **Kh-101, Kh-59M2/M2A** et **Iskander-K**, et des sociétés impliquées dans la construction du **pont de Crimée**.

Ces chiffres paraissent secs. Ils ne le sont pas. Derrière chaque nom sur ces listes, il y a une entreprise qui perd l'accès aux marchés internationaux, une chaîne d'approvisionnement qui se dénoue, un ingénieur de **Moscou** qui ne peut plus commander une puce **STMicroelectronics** pour assembler le prochain **Shahed**. **Vladyslav Vlasiuk**, commissaire présidentiel ukrainien à la politique des sanctions, a résumé la doctrine en une phrase : « Ces sanctions frappent au cœur du complexe militaro-industriel russe — des fabricants d'armes aux fournisseurs de composants critiques, en passant par les réseaux permettant le contournement des sanctions. »

### La stratégie derrière les listes

Ce n'est pas du symbolisme. Ce n'est pas de la communication politique pour rassurer les alliés. C'est une architecture de pression systémique construite sur un principe simple : **la Russie ne fabrique pas ses propres composants critiques**. Selon des données compilées par l'Ukraine et ses partenaires, **60 % des composants critiques** pour l'industrie de défense russe viennent de **Chine**. Les **40 % restants** doivent être obtenus via des circuits de contournement — ce qui augmente les coûts, allonge les délais et dégrade la qualité des produits finis. En ciblant précisément ces chaînes, **Kyiv** ne cherche pas à humilier **Poutine** — elle cherche à l'asphyxier.

En **juin 2026**, une deuxième vague de sanctions a touché **67 individus** — dont des pseudo-ministres, des juges et des parlementaires des territoires occupés — ainsi qu'une entité juridique. Parmi eux : **Raisa Prylypko**, directrice de maternelle accusée d'avoir aidé à deporter des enfants ukrainiens vers la **Russie**. Et **Soyuzmetalservis**, société qui soutient les opérations métallurgiques dans les zones occupées du **Donbass**. Ces noms racontent quelque chose d'important : le filet se resserre aussi sur les collaborateurs, pas seulement sur les ingénieurs de la guerre.

*Ce que Zelensky fait avec les sanctions, c'est construire une digue qu'on ne voit pas mais que la Russie ressent. Chaque décret est une brique de plus dans un mur d'isolement que Moscou sera incapable de percer avec du lobbying ou de la corruption — du moins pas aussi vite qu'il faudrait pour gagner cette guerre.*

## Le complexe militaro-industriel russe — une forteresse aux pieds d'argile

### Drones, missiles, hélicoptères : l'anatomie d'une dépendance

Pour comprendre pourquoi les sanctions ukrainiennes font mal, il faut comprendre comment la **Russie** fabrique ses armes. Ce n'est pas une industrie autonome, hermétique, autarcique. C'est une industrie d'assemblage qui dépend, pour ses pièces les plus sensibles, de fournisseurs étrangers. Les drones **Geran-2** — la version russe du **Shahed-136** iranien — contiennent des microprocesseurs de **Texas Instruments**, des capteurs **STMicroelectronics**, des composants **Xilinx** et **NXP Semiconductors**. Des pièces fabriquées en **Suisse, Allemagne, Japon, États-Unis, Taïwan et Royaume-Uni** — certaines avec des dates de production de **2025**, donc après l'imposition des sanctions. **Vlasiuk** l'a confirmé lors d'une présentation aux ambassadeurs européens en **mai 2026** : les drones qui ont frappé l'**Ukraine** la semaine précédente contenaient des pièces neuves, fraîches de **2025**.

C'est là le paradoxe central : les sanctions existent. Elles sont nombreuses. Elles sont coordonnées entre l'**UE**, les **États-Unis**, le **Royaume-Uni**, le **Canada** et le **Japon**. Et pourtant, les pièces continuent d'arriver. Comment ? Par des réseaux de contournement sophistiqués — via des intermédiaires en **Émirats arabes unis**, au **Kazakhstan**, en **Turquie**, en **Arménie**. Les décrets du **RNSD** ciblent précisément ces noeuds : les sociétés-écrans, les négociants, les faux exportateurs qui transforment une sanction en papier en une livraison effective à l'usine d'armement.

### Les fabricants de missiles dans le collimateur

Le deuxième décret signé en mars **2026** a introduit quelque chose de particulièrement significatif : des sanctions contre les fournisseurs de composants pour les missiles **Kh-101** — le missile de croisière à longue portée que la **Russie** tire sur les villes ukrainiennes — et pour l'**Iskander-K**, version cruise du système balistique qui frappe régulièrement **Kharkiv** et **Zaporizhzhia**. Frapper ces chaînes d'approvisionnement, c'est frapper directement la capacité de **Moscou** à soutenir ses campagnes de terreur aérienne à moyen et long terme. Les missiles sont complexes. Ils demandent des composants de précision. Et la **Russie** ne peut pas les improviser avec des pièces chinoises de basse qualité — pas pour les systèmes de guidage terminal, pas pour les têtes chercheuses.

La **Corée du Nord** livre des obus d'artillerie, de l'**Iran** viennent les drones bon marché. Mais pour les armes de précision — celles qui font vraiment peur, celles qui visent les ponts, les hôpitaux, les centres de commandement — la **Russie** reste dépendante de technologies occidentales. C'est cette dépendance que les sanctions ukrainiennes cherchent à éroder, méthodiquement, décret après décret. Depuis le début **2026**, l'**Ukraine** a synchronisé **13 paquets de sanctions** avec ses partenaires — **Royaume-Uni, Canada, États-Unis, Japon et Union européenne**.

*Il y a quelque chose de presque poétique dans le fait que la Russie, cette prétendue puissance autosuffisante qui méprise l'Occident, soit aussi profondément accrochée aux puces fabriquées à Grenoble, à Tokyo, à Austin. L'arrogance stratégique de Poutine repose sur une dépendance technologique qu'il ne peut pas avouer.*

## Vlasiuk — l'architecte discret de la guerre économique

### Un homme, une mission : fermer les robinets

**Vladyslav Vlasiuk** n'est pas un général. Il ne commande pas de chars. Il ne pilote pas de drone. Mais dans la guerre que mène l'**Ukraine**, son rôle est peut-être aussi déterminant que celui d'un commandant de corps d'armée. Commissaire présidentiel à la politique des sanctions depuis le début de l'invasion à grande échelle, il est l'architecte discret d'une stratégie d'étranglement économique qui commence à produire des effets mesurables. **Zelensky** l'a dit lui-même en **mai 2025** : à partir de l'été **2026**, l'économie russe commencera à ressentir fortement l'impact des sanctions déjà imposées. Les réserves ne croîtront plus — elles diminueront. Et elles continueront de diminuer.

Ce que fait **Vlasiuk** concrètement, c'est cartographier les chaînes d'approvisionnement. Quand un drone russe est abattu au-dessus de **Kyiv**, ses équipes en analysent les composants — chaque puce, chaque circuit imprimé, chaque capteur. Ils identifient le fabricant, le distributeur, le revendeur intermédiaire. Ils transmettent l'information aux partenaires. Ils proposent des noms à ajouter aux listes de sanctions. C'est un travail de fourmi, systématique, sans glamour. Et il fonctionne. Preuve concrète : **Vlasiuk** a noté que les drones russes contiennent désormais pratiquement zéro composant venant des **Pays-Bas** — résultat d'un travail ciblé avec les autorités néerlandaises. Un canal fermé. Un autre à fermer.

### Les sanctions à longue portée — une doctrine en évolution

Mais **Vlasiuk** a introduit quelque chose de plus audacieux encore dans le lexique ukrainien : les **« sanctions à longue portée »**. Ce terme, initialement utilisé par **Zelensky** pour désigner les frappes de drones sur les raffineries russes, a pris une double signification. La frappe physique ET la sanction économique sont toutes deux des instruments de la même stratégie : réduire les ressources que la **Russie** consacre à sa machine de guerre. Dans la nuit du **27 au 28 juin 2026**, deux raffineries russes ont été frappées — la raffinerie de **Slavyansk** dans le **Krai de Krasnodar** et une raffinerie dans l'**Oblast de Yaroslavl**, à **700 km** de la frontière ukrainienne. **Zelensky** a commenté : « Chacune de nos sanctions à longue portée signifie moins de ressources pour la machine de guerre russe, et un pas de plus vers la paix. »

Les « sanctions à longue portée » économiques, elles, visent les secteurs pétroliers et gaziers. En **novembre 2025**, le décret No. 870/2025 a imposé des sanctions sur **26 entités juridiques** russes du secteur énergétique — dont **Rosneft**, ses filiales, et des sociétés du groupe **Lukoil**. Ces entités sont responsables de **55 % de la production pétrolière russe**. Les frapper légalement, c'est envoyer un signal aux banques, aux assureurs, aux transporteurs maritimes : chaque transaction avec ces entités porte un risque de sanctions secondaires. La **Russie** exporte moins facilement son pétrole. Elle gagne moins d'argent. Elle a moins pour financer la guerre.

*Vlasiuk est l'homme le moins connu de la guerre la plus couverte de notre époque. Pendant que le monde regarde les drones et les missiles, lui ferme des robinets. Et les robinets qu'il ferme ne se rouvrent pas facilement.*

## La synchronisation internationale — l'arme collective

### L'Ukraine ne sanctionne pas seule

La force de la stratégie ukrainienne tient à sa dimension collective. L'**Ukraine** n'impose pas des sanctions dans le vide — elle les synchronise avec ses partenaires. Depuis début **2026**, treize paquets ont été alignés avec les **États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon et l'Union européenne**. Le décret du **30 mai 2026** (décrets No. **447/2026** et No. **448/2026**) a synchronisé les sanctions avec le **20e paquet européen** — ajoutant **16 citoyens russes** et **31 entreprises** provenant de **Russie, Biélorussie, Émirats arabes unis, Kirghizistan, Kazakhstan, Ouzbékistan** et des territoires occupés. Y figurent notamment **Atlant Aero LLC**, fabricant aérospatial et de composants de drones, et **Irz-Svyaz LLC**, fabricant de composants de communications, UAVs et missiles.

Cette synchronisation a une valeur pratique immense. Quand l'**Ukraine** sanctionne une entreprise, celle-ci peut encore commercer avec des pays tiers. Quand l'**UE** la sanctionne, l'accès au marché européen — et à l'euro — lui est coupé. Quand les **États-Unis** font de même, l'accès au dollar et au système bancaire international est gravement compromis. Ensemble, ces sanctions créent une cage financière quasi-hermétique. En **juillet 2025**, une vague de sanctions coordonnée a visé **45 ressortissants russes et 50 sociétés** liées au complexe militaro-industriel — le tout en alignement avec les **18 paquets européens** alors en vigueur.

### Le 21e paquet en préparation

La machine ne s'arrête pas. **Vlasiuk** l'a confirmé en **mai 2026** : son équipe finalise déjà les travaux conjoints sur le prochain **21e paquet de sanctions européen**. Les priorités ? Davantage de pression sur les banques russes. Le démantèlement définitif du contournement des sanctions via les cryptomonnaies et les stablecoins — une infrastructure que la **Russie** a mise en place pour des transactions évaluées à **plusieurs milliards de dollars**. Et un renforcement des mesures contre la **flotte fantôme** russe — ces pétroliers qui transportent le pétrole sanctionné sous des pavillons de complaisance.

La **Chine** représente un défi particulier. **Kyiv** a sanctionné plusieurs sociétés chinoises depuis **2025** — dont **Ningbo BLIN Machinery** et **Suzhou ECOD Precision Manufacturing**, trouvées dans les débris de drones russes abattus en **juillet 2025**. Mais **Pékin** continue de fournir à **Moscou** des biens à double usage. La **Chine** représente désormais la source principale des composants critiques russes — jusqu'à **60 % du total**. Tant que cette dépendance persistera, les sanctions occidentales et ukrainiennes devront compenser. C'est une course entre la fermeture des circuits et leur réouverture créative.

*La synchronisation multilatérale des sanctions est peut-être la forme la plus sophistiquée de coopération militaire que l'Occident ait jamais mise en place. Pas des chars, pas des missiles — mais une architecture financière qui étouffe un agresseur. Je ne suis pas certain qu'on mesure encore pleinement ce que ça représente historiquement.*

## Les collaborateurs sous le feu — une dimension souvent oubliée

### Les pseudo-ministres et les directeurs de maternelle

Les sanctions ukrainiennes ne ciblent pas uniquement des ingénieurs et des industriels. Elles visent aussi — et de plus en plus — les collaborateurs civils dans les territoires occupés. Le décret de **juin 2026** ciblant **67 individus** est révélateur de cette évolution. **Raisa Prylypko**, directrice de maternelle dans les territoires occupés de **Donetsk**, est désormais sanctionnée pour avoir aidé à l'enlèvement et au transfert illégal d'enfants ukrainiens vers la **Russie**. C'est peut-être le nom le plus banal de toutes les listes de sanctions ukrainiennes. Et pourtant, c'est aussi l'un des plus importants symboliquement.

**Ivan Dotsenko**, directeur de la société agricole **MIR**, également sanctionné — il aurait encouragé des agriculteurs de l'**Oblast de Kherson** à servir la **Russie**. **Soyuzmetalservis**, qui soutient les opérations métallurgiques dans les zones occupées du **Donbass**. Ces noms disent quelque chose d'essentiel : la collaboration est un crime, qu'elle soit armée ou administrative. Et l'**Ukraine** construit un dossier pour chacun de ces criminels — un dossier qui servira aussi dans les procédures judiciaires internationales qui viendront inévitablement.

### Le message aux potentiels collaborateurs

**Vlasiuk** a été clair sur ce point dans son communiqué de **juin 2026** : « Quiconque aide la Russie à faire la guerre à l'Ukraine — que ce soit sur le champ de bataille, dans les bureaux des administrations d'occupation, ou dans les médias — doit se préparer à de nouvelles sanctions. La pression sur ces personnes ne cessera d'augmenter, tant de notre côté que de celui de nos partenaires. » C'est un message dissuasif autant que punitif. Pour ceux qui hésitent encore, dans les villes grises de l'**Est ukrainien**, entre résistance et compromis, ces mots ont une résonance concrète : collaborer, c'est se condamner à l'isolement financier international. C'est voir son nom apparaître dans une base de données partagée avec **Washington, Bruxelles et Londres**.

Il y a une logique de territoire moral dans cette approche. L'**Ukraine** ne peut pas, militairement, contrôler tous les territoires occupés. Mais elle peut construire un régime de responsabilité qui s'appliquera le jour de la libération — et qui s'applique déjà dans les systèmes financiers internationaux. C'est une forme de souveraineté projetée, exercée par les instruments du droit international dans les espaces physiques qu'elle ne contrôle pas encore.

*On a tendance à oublier que la collaboration active d'une partie de la population occupée est un élément central de la stratégie russe. Les sanctions contre ces individus ne sont pas symboliques — elles rendent la collaboration économiquement suicidaire, ce qui est exactement le signal qu'il faut envoyer.*

## La contrebande technologique — l'autre front

### Des puces qui traversent sept frontières pour finir dans un missile

Comment une puce fabriquée à **Austin, Texas** finit-elle dans un missile russe qui frappe **Kharkiv**? La réponse tient en un mot : contournement. La **Russie** a construit, depuis **2022**, un réseau logistique d'une sophistication remarquable pour importer les composants dont elle a besoin malgré les sanctions. Le chemin typique : un grossiste à **Dubaï** achète des semiconducteurs à un distributeur agréé, les revend à une société écran au **Kazakhstan**, qui les vend à une autre société en **Biélorussie**, qui les livre finalement à une usine de drones à **Yelabuga** ou **Alabuga**. Chaque étape a l'air légale. L'ensemble ne l'est pas.

C'est précisément pour couper ces circuits que les décrets ukrainiens ciblent des entités situées aux **Émirats arabes unis, au Kirghizistan, au Kazakhstan et en Ouzbékistan**. Ces pays ne sont pas des ennemis de l'**Ukraine** — mais certaines de leurs entreprises jouent un rôle actif dans le contournement des sanctions. En les mettant sous pression, via la synchronisation avec les listes européennes et américaines, l'**Ukraine** et ses alliés envoient un message à ces gouvernements : ferme les yeux et tu deviendras toi-même une cible des restrictions financières internationales.

### L'activation de l'unité «Transit Brd» — un nouveau signal d'alarme

En **mai 2026**, **Vlasiuk** a signalé un fait nouveau et troublant : pour la première fois, les drones russes abattus au-dessus de l'**Ukraine** contenaient un élément qu'on n'avait jamais vu auparavant — une unité d'activation étiquetée **« Transit Brd »**. Ce composant représente une évolution dans l'architecture des drones russes, probablement conçu pour contourner certains protocoles de détection ou de brouillage. Sa présence dans les débris d'un drone qui venait de traverser les défenses ukrainiennes confirme que la **Russie** ne se contente pas d'importer des pièces existantes — elle adapte, modifie, innove, en s'appuyant sur sa capacité à se procurer des composants frais malgré les sanctions. Toutes les données ont été transmises aux partenaires, a dit **Vlasiuk**. Mais le défi s'accélère.

La course est là : l'**Ukraine** et ses alliés ferment des circuits d'approvisionnement. La **Russie** en ouvre de nouveaux. La capacité à fermer ces circuits plus vite qu'ils ne s'ouvrent déterminera, en partie, l'issue de la guerre. Et dans cet espace invisible — réseaux bancaires, listes noires douanières, alertes de conformité chez les exportateurs européens — l'**Ukraine** mène un combat aussi déterminant que celui qui se joue dans les rues de **Kostyantynivka**.

*Le « Transit Brd » m'a frappé. Ce n'est pas qu'un composant. C'est la preuve que la Russie adapte ses drones en temps réel pour contourner les systèmes que l'Ukraine développe pour les abattre. C'est une guerre technologique en boucle fermée, et elle ne s'arrêtera pas avec un cessez-le-feu.*

## L'impact économique — ce que les chiffres disent

### 7 milliards de dollars de pertes — et le compte continue

**Vlasiuk** a avancé un chiffre en **mai 2026** : les sanctions à longue portée ukrainiennes ont déjà coûté à la **Russie** au moins **7 milliards de dollars** en pertes. Ce chiffre mérite d'être mis en contexte. Le budget de guerre russe pour **2026** est estimé à plus de **40 % du budget fédéral**. L'économie russe est sous pression structurelle — inflation élevée, taux d'intérêt directeur à des niveaux record, réserves qui s'amenuisent. Les sanctions occidentales ont déjà modifié le comportement de nombreuses banques étrangères, même celles qui n'y sont pas légalement obligées. La peur des sanctions secondaires est un puissant régulateur du comportement financier mondial.

Zelensky l'avait prédit en **mai 2025** : à partir de l'été **2026**, la **Russie** commencerait à ressentir fortement l'impact cumulé des sanctions déjà imposées. **Juin 2026** est là. Nous y sommes. L'économie russe n'est pas effondrée — mais elle est en train de se transformer en économie de guerre totale, incapable de croître, incapable d'investir dans autre chose que les chars et les drones. C'est une victoire incomplète. Mais c'est une victoire.

### Les raffineries — le nerf de la guerre

Les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ajoutent une dimension physique à la guerre économique. La raffinerie de **Kapotnya** à **Moscou** — mise hors service jusqu'en **2027** après deux frappes en **juin 2026**, couvrant **40 % des besoins en carburant de Moscou** et traitant **11 millions de tonnes** par an. La raffinerie de **Slavyansk** en **Krasnodar** — frappée dans la nuit du **27 au 28 juin 2026**. Celle de **Yaroslavl** — à **700 km** de la frontière, touchée dans la même nuit. Ces frappes ne sont pas des exploits militaires isolés. Elles s'inscrivent dans la même logique : réduire les ressources que la **Russie** peut mobiliser pour financer et alimenter sa guerre.

La combinaison sanctions légales et frappes physiques crée une pression double sur le secteur énergétique russe — qui représente, selon les estimations, entre **40 et 50 %** des recettes budgétaires fédérales de **Moscou**. Réduire ces recettes, c'est réduire la capacité de **Poutine** à payer ses soldats, à financer ses missiles, à acheter la complaisance des élites. C'est la stratégie dans sa globalité. Et elle s'applique avec une cohérence remarquable.

*Je me souviens des premières discussions, en 2022, sur les sanctions contre la Russie. On nous disait qu'elles ne fonctionneraient pas, que l'économie russe était trop diversifiée, que Poutine avait constitué des réserves. Ces personnes avaient tort. Pas sur l'existence des réserves — sur le temps qu'il faudrait pour les épuiser. Ce temps est venu.*

## La dimension judiciaire — bâtir le dossier pour demain

### Les listes de sanctions comme archives de la culpabilité

Il y a une dimension moins souvent discutée dans les sanctions ukrainiennes : leur valeur d'archive. Chaque individu inscrit sur une liste, chaque entité ciblée, représente un dossier constitué — avec des preuves, des sources, des chaînes documentaires. Ces dossiers ne servent pas uniquement à bloquer des comptes bancaires aujourd'hui. Ils servent à documenter les crimes pour les procédures judiciaires internationales de demain. La **Cour pénale internationale**, les tribunaux spéciaux créés ou en cours de création pour juger l'agression russe, auront besoin de preuves solides. Les listes de sanctions ukrainiennes sont une partie de cette architecture probatoire.

**Vlasiuk** l'a dit explicitement : « L'Ukraine fournira toutes les informations pertinentes à ses partenaires pour soutenir les efforts visant à aligner les sanctions dans les différentes juridictions internationales. » Ce n'est pas seulement de la coopération administrative. C'est la construction d'un réseau d'acteurs juridiques nationaux et internationaux qui partagent les mêmes bases de données, les mêmes preuves, les mêmes listes. Quand **Poutine** perdra, les fondations du jugement seront déjà posées.

### La responsabilité individuelle comme principe

La décision de cibler des individus — pas seulement des entreprises — est philosophiquement importante. Elle affirme le principe de responsabilité individuelle qui est au coeur du droit pénal international depuis **Nuremberg**. Un ingénieur qui conçoit un composant de drone sachant qu'il sera utilisé pour frapper des civils ukrainiens est complice. Un directeur de maternelle qui facilite la déportation d'enfants est un criminel. Un juge qui prononce des condamnations politiquement motivées dans un territoire occupé est un acteur de l'oppression. En les nommant, en les sanctionnant, l'**Ukraine** refuse la dépersonnalisation du crime. Elle dit : ce sont des personnes qui ont fait des choix. Et ces choix auront des conséquences.

C'est une position morale forte, et elle est juste. Elle tranche avec la tendance, dans certains chancelleries occidentales, à traiter la **Russie** comme un monolithe abstrait — « le peuple russe » ou « le régime russe » — sans distinguer ceux qui obéissent passivement et ceux qui participent activement. L'**Ukraine**, elle, distingue. Et elle documente.

*La responsabilité individuelle n'est pas un concept abstrait dans ce contexte. C'est un outil. Chaque nom sur une liste est une affirmation : tu as choisi de participer à cette guerre. Cette affirmation survivra à la fin du conflit. Et cette survie a de la valeur.*

## La Chine dans le collimateur — la bataille qui vient

### Le grand fournisseur qui échappe encore aux sanctions

Le grand problème non résolu des sanctions anti-russses, c'est la **Chine**. **Pékin** fournit à **Moscou** l'essentiel des composants critiques dont son industrie de défense a besoin — on parle de **60 %** du total. Mais contrairement à des sociétés européennes ou américaines qui fournissent leurs composants via des circuits civils et des revendeurs, les sociétés chinoises le font souvent avec une connaissance claire de la destination finale. **Zelensky** l'a dit en **mai 2025** : **Pékin** a bloqué la vente de drones à l'**Ukraine** tout en continuant à en fournir à la **Russie**. Ce n'est pas de la naïveté. C'est un choix stratégique.

L'**Ukraine** a répondu en sanctionnant plusieurs sociétés chinoises directement : **Ningbo BLIN Machinery, Suzhou ECOD Precision Manufacturing, Shenzhen Royo Technology, Shenzhen Jinduobang Technology** et d'autres. Ces sanctions n'ont pas de valeur directe puisque ces sociétés n'ont pas d'actifs en **Ukraine**. Mais elles envoient un signal aux partenaires occidentaux : voici les noms, voici les preuves, voici les chaînes. À vous de jouer. Et de plus en plus, certains partenaires jouent — notamment les **États-Unis** et l'**Union européenne**, qui ont commencé à imposer des restrictions aux exportateurs chinois qui fournissent des biens à double usage à la **Russie**.

### L'équation impossible de Pékin

La **Chine** joue un jeu périlleux. Elle veut le maintien de la **Russie** comme contre-poids à la puissance américaine. Elle ne veut pas voir **Moscou** effondré militairement. Mais elle ne veut pas non plus subir de sanctions secondaires massives qui fragiliseraient son économie et ses exportations vers les marchés occidentaux. Ce calcul la contraint à maintenir le soutien à la **Russie** sous un certain seuil de visibilité. Ce seuil recule à mesure que les preuves documentées — comme celles que **Vlasiuk** présente régulièrement aux ambassadeurs — s'accumulent.

La pression internationale sur la **Chine** est réelle mais insuffisante. Le prochain grand combat diplomatique de cette guerre se jouera sur cette frontière-là : jusqu'où les démocraties occidentales sont-elles prêtes à aller dans leur confrontation avec **Pékin** pour couper le dernier cordon ombilical technologique de la machine de guerre russe ? Ce n'est pas une question à laquelle **Zelensky** seul peut répondre. C'est une question pour **Washington, Bruxelles et Tokyo**.

*La Chine est le test ultime de la sérieux des sanctions. Tant qu'elle peut continuer à alimenter la machine de guerre russe sans conséquences économiques réelles pour elle-même, les listes de sanctions resteront incomplètes. C'est une vérité inconfortable que trop peu d'alliés ont le courage de nommer clairement.*

## Le pont de Crimée — symbole et cible

### Sanctionner les bâtisseurs d'une violation du droit international

Le deuxième décret signé en **mars 2026** cible notamment des sociétés impliquées dans la **construction du pont de Crimée** — cette infrastructure que **Poutine** a construite pour relier physiquement la **Russie** à une péninsule ukrainienne illégalement annexée depuis **2014**. Le pont est à la fois un symbole politique — **Poutine** l'a inauguré personnellement au volant d'un camion — et une infrastructure militaire essentielle, utilisée pour acheminer des troupes et du matériel vers la **Crimée** et le front sud.

Le sanctionner n'est pas une question de logistique militaire uniquement. C'est une affirmation juridique : ce pont a été construit en violation du droit international, sur un territoire ukrainien occupé, par des sociétés qui savaient ce qu'elles faisaient. En les ciblant, l'**Ukraine** pose une balise pour l'après-guerre : les infrastructures construites sur des territoires illégalement occupés ne sont pas légitimes, et ceux qui les ont construites le savent et en portent la responsabilité. C'est la doctrine de la non-reconnaissance portée à son terme logique.

### Frappes physiques et pression légale — la tenaille

Le pont de **Crimée** a déjà été frappé à deux reprises par des missiles ukrainiens en **2022** et **2023**, causant des dommages significatifs et perturbant son fonctionnement. Depuis lors, la **Russie** a renforcé ses défenses autour du pont. Les sanctions contre les sociétés de construction participantes constituent un autre front : elles rendent plus difficile et plus coûteux pour la **Russie** de réparer et de maintenir cette infrastructure, en ciblant les fournisseurs de matériaux et d'équipements spécialisés dont les réparations nécessiteraient l'importation.

La tenaille — frappes physiques et pression légale — est la signature de la stratégie ukrainiennes. Elle ne laisse pas de répit. Elle ne permet pas à la **Russie** de stabiliser une situation en se contentant de réparer ses pertes. Elle crée une pression multi-axes constante qui oblige **Moscou** à dépenser des ressources dans plusieurs directions simultanément, l'empêchant de concentrer ses efforts là où ils seraient le plus efficaces militairement.

*Le pont de Crimée n'est pas qu'une infrastructure. C'est le symbole de toute l'arrogance de Poutine — l'idée qu'il pouvait annexer un territoire, y construire un pont monumental et que le monde l'accepterait. Chaque sanction contre ses bâtisseurs, chaque missile qui l'endommage, est une réponse à cette arrogance.*

## L'avenir des sanctions — plus vite, plus large, plus profond

### Accélérer la cadence

Les sanctions ne sont pas un instrument statique. Elles doivent évoluer en fonction de l'évolution des comportements de ceux qu'elles ciblent. La **Russie** adapte ses circuits de contournement. Les entités sanctionnées créent de nouvelles sociétés écrans. Les réseaux bancaires informels et les cryptomonnaies créent de nouveaux canaux pour des transactions illicites. Face à cette adaptabilité, la réponse doit être l'accélération : plus de décrets, plus fréquents, ciblant des acteurs plus rapidement après leur identification.

**Vlasiuk** a annoncé en **juillet 2025** que l'**Ukraine** travaillait à un nouveau paquet du **RNSD** couvrant « un des secteurs hautement spécialisés » de l'industrie de défense russe. Le secteur n'a pas été précisé, mais les priorités connues incluent les raffineries d'équipement, les systèmes de guidage de précision, et les technologies de propulsion pour missiles de croisière. Cette précision chirurgicale dans le ciblage est la clef : frapper ce qui fait le plus mal, là où la **Russie** est le plus vulnérable, au moment où l'effet marginal est le plus grand.

### Le modèle ukrainien — une leçon pour l'Occident

Il y a quelque chose que les démocraties occidentales devraient apprendre de l'approche ukrainienne des sanctions. L'**Ukraine** ne se contente pas d'adopter les listes de ses partenaires. Elle les enrichit, les affine, les complète avec des renseignements de terrain que seule une nation qui combat peut obtenir. Elle extrait des débris de drones des preuves que les services de renseignement occidentaux ne pourraient pas obtenir autrement. Elle construit des dossiers individuels sur des milliers de personnalités qui seront essentiels dans les procédures judiciaires futures. Elle fait de la guerre économique avec l'intensité et la précision qu'elle applique à sa guerre militaire.

C'est un modèle. Un modèle d'engagement total dans tous les domaines du conflit, sans hiérarchie entre l'arme et la loi, entre le missile et le décret. **Zelensky** ne choisit pas entre « faire la guerre » et « imposer des sanctions ». Il fait les deux, simultanément, avec la même intensité, parce qu'il comprend que cette guerre se gagne ou se perd sur plusieurs fronts à la fois. C'est peut-être la leçon stratégique la plus importante que cette guerre ait produite.

*L'Ukraine a réinventé ce que veut dire se défendre. Ce n'est pas simplement tenir les lignes de front. C'est agir simultanément dans tous les espaces où un adversaire peut être affaibli — économique, juridique, informationnel, physique. Le reste du monde démocratique devrait prendre des notes.*

## La résistance russe aux sanctions — les limites de l'adaptation

### Ce que la Russie ne peut pas substituer

Il serait faux de prétendre que les sanctions ont déjà vaincu la **Russie**. Elles ne l'ont pas fait. **Moscou** continue de produire des drones et des missiles, en quantités suffisantes pour maintenir ses campagnes de terreur aériennes. L'économie russe ne s'est pas effondrée — elle a résisté mieux que beaucoup ne l'espéraient, en partie grâce aux revenus pétroliers maintenus par la flotte fantôme et les acheteurs comme l'**Inde** et la **Chine**. Ces faits sont réels et ne doivent pas être minimisés.

Mais il y a des limites à l'adaptation russe. Certains composants ne se substituent pas facilement. Les semiconducteurs de haute précision pour les systèmes de guidage, les matériaux composites pour les structures de missiles à longue portée, les optiques de précision pour les drones de reconnaissance — ces éléments ne peuvent pas être fabriqués à **Ielabuga** ou dans n'importe quelle usine de substitution soviétique rénovée. La **Russie** peut improviser pour les armes grossières. Elle ne peut pas improviser pour ses armes de précision. Et c'est là que les sanctions mordentle plus profondément.

### L'horizon 2026-2027 — la pression qui arrive

Les experts et **Zelensky** lui-même l'ont prédit : l'impact cumulatif des sanctions devrait devenir significativement plus visible dans la seconde moitié de **2026**. Les réserves russes s'amenuisent. Les circuits de contournement deviennent progressivement plus coûteux et moins fiables. Les entreprises étrangères qui continuent de commercer avec la **Russie** font face à une pression croissante de leurs gouvernements et de leurs actionnaires. Les délais de livraison des composants critiques s'allongent. La qualité des substituts se dégrade. Tout cela se traduit, in fine, par des drones moins précis, des missiles moins fiables, des défenses moins efficaces.

Ce n'est pas la fin. C'est le début de la fin. Et cette fin sera en partie l'oeuvre silencieuse de **Vladyslav Vlasiuk** et de ses équipes, de **Volodymyr Zelensky** qui signe les décrets, des partenaires occidentaux qui alignent leurs listes — et de tous ces ingénieurs, diplomates, juristes et analystes financiers qui mènent, dans l'ombre, une guerre économique aussi intense que celle qui se joue sur les champs de bataille.

*On ne voit pas les sanctions sur les écrans radar. On ne les filme pas depuis un drone. Mais elles sont là, à travailler dans les circuits financiers, les douanes, les services de conformité bancaire. Lentes, parfois frustrantes, mais inexorables. C'est cette inexorabilité qui m'inspire de l'espoir.*

## Les sanctions et le secteur financier russe — cryptomonnaies et stablecoins

### La nouvelle frontière du contournement financier

La **Russie** a développé depuis **2022** une infrastructure parallèle de paiements pour contourner les sanctions **SWIFT**. Cette infrastructure repose sur les **cryptomonnaies** et les **stablecoins** — des actifs numériques adossés à des devises stables. **Vlasiuk** a estimé l'ampleur de ces transactions à plusieurs **milliards de dollars**, soulignant que ce domaine est paradoxalement plus transparent que le secteur de la défense. Des **exchanges** cryptographiques dans des pays non-sanctionnants servent d'intermédiaires. Des sociétés fantômes échangent des cryptomonnaies contre des devises locales dans des pays tiers, puis utilisent ces devises pour des achats légaux de biens à double usage. **Kyiv** et ses partenaires ont commencé à travailler sur des mesures ciblant ces circuits — le **21e paquet de sanctions européen** devrait inclure des dispositions dans ce sens.

Ce n'est pas une menace abstraite. Des données partagées entre le renseignement financier ukrainien et ses partenaires occidentaux ont permis d'identifier des flux de plusieurs dizaines de millions de dollars par mois transitant par ces canaux pour financer des achats de composants destinés à l'industrie de défense russe. La **Chine**, l'**Inde** et certains pays d'**Asie centrale** hébergent une partie significative de cette infrastructure parallèle. Neutraliser ces flux exige une coordination entre les régulateurs financiers de plusieurs pays — une coordination qui n'est pas encore à la hauteur du défi.

### Cibler les artères bancaires russes — la prochaine étape

Malgré les multiples paquets de sanctions, plusieurs grandes banques russes maintiennent un accès partiel au système financier international via des filiales dans des pays non-sanctionnants. La **Sberbank**, la **VTB** et d'autres institutions financières majeures ont des opérations dans des pays qui n'ont pas rejoint le régime de sanctions occidental. La prochaine étape de la stratégie ukrainienne est de cibler ces artères plus agressivement — en convaincant les partenaires de créer des mécanismes de sanctions secondaires qui dissuadent les institutions financières de pays tiers de traiter avec les banques russes sanctionnées.

Ce n'est pas simple : cela implique des négociations diplomatiques complexes avec des pays comme l'**Inde, les Émirats arabes unis** et la **Turquie**, qui ont des intérêts commerciaux significatifs avec la **Russie**. Mais c'est la direction dans laquelle **Vlasiuk** pousse ses partenaires — parce que sans couper les artères financières, les autres sanctions restent poreuses. L'architecture financière de la guerre de **Poutine** n'est pas monolithique. Elle a des points de vulnérabilité que des sanctions ciblées, coordonnées et bien documentées peuvent exploiter avec une efficacité croissante.

*Le front financier est le plus difficile à expliquer au grand public. Pas d'images dramatiques, pas de drones, pas d'explosions. Mais c'est peut-être le front décisif. Couper les artères financières de la Russie, c'est la priver de l'oxygène dont toute économie de guerre a besoin. Et cet oxygène, contrairement aux missiles, ne se substitue pas facilement.*

## La dimension morale — le sens de la pression économique

### Punir n'est pas suffisant — il faut changer les calculs

La justification morale des sanctions va au-delà de la punition. Elles sont une tentative de modifier les calculs rationnels d'acteurs qui participent à une guerre d'agression. Quand un ingénieur de **Moscou** sait que sa société est sanctionnée, qu'il ne pourra pas voyager en **Europe**, que ses avoirs à l'étranger sont gelés, qu'il risque des poursuites judiciaires internationales — il commence à reconsidérer sa participation. Ce calcul n'est pas immédiat. Il ne garantit pas une démission collective. Mais il crée une friction, une résistance interne, qui à la marge réduit l'efficacité du système.

Il y a aussi une dimension de justice — imparfaite, incomplète, mais réelle. Les victimes des bombardements russes à **Kyiv, Kharkiv, Odesa, Zaporizhzhia** ne peuvent pas être compensées par des sanctions financières. Leurs morts ne se comptabilisent pas en décrets. Mais il y a quelque chose de fondamentalement juste dans le fait de nommer ceux qui les ont tués, de tracer une ligne entre les auteurs et les victimes, d'inscrire leurs crimes dans des archives internationales qui survivront à la fin du conflit. C'est une forme de justice transitionnelle en temps réel — imparfaite, mais préférable au silence.

### Sanctions et paix — une tension à résoudre

Une question se pose inévitablement : les sanctions peuvent-elles coexister avec un processus de paix ? La réponse de **Zelensky** est nuancée mais claire. Les sanctions ne sont pas une fin en soi. Elles sont un instrument de pression. Si la **Russie** retire ses troupes des territoires ukrainiens et respecte des garanties de sécurité crédibles, certaines sanctions pourraient être levées — progressivement, conditionnellement, en échange de comportements vérifiables. Mais la levée des sanctions ne peut pas précéder la paix. Elle ne peut pas être une condition imposée avant même que les négociations commencent, comme certains acteurs internationaux ont parfois laissé entendre.

**Zelensky** a averti ses alliés : lever des sanctions sur la **Russie** maintenant permettrait à **Moscou** de continuer la guerre. C'est un fait que certains gouvernements, tentés par la normalisation commerciale avec la **Russie**, préfèrent ne pas entendre. Mais la réalité géopolitique est sans ambiguïté : tant que la **Russie** n'aura pas accepté des conditions de paix justes et vérifiables, les sanctions sont la contrepartie nécessaire à l'absence de solutions militaires décisives. Elles maintiennent le coût de l'agression à un niveau suffisamment élevé pour que la paix reste l'option rationnelle la plus attractive.

*La question « les sanctions ou la paix » est un faux dilemme. Sans sanctions, la Russie n'a aucune raison de négocier. Avec des sanctions qui mordent vraiment, chaque mois de guerre est une hémorragie économique supplémentaire que Poutine devra justifier à ses oligarques et à ses généraux. C'est là que se joue, ultimement, la décision de faire la paix.*

## Conclusion : L'arme que l'histoire retiendra

### Quand les décrets valent des batailles

L'histoire de cette guerre ne s'écrit pas seulement dans les champs de bataille de l'**Est ukrainien**. Elle s'écrit aussi dans les bureaux de **Kyiv** où **Vladyslav Vlasiuk** cartographie les chaînes d'approvisionnement. Dans les salles du **Conseil national de sécurité et de défense** où des décrets sont préparés, argumentés, signés. Dans les capitales européennes et américaines où ces décrets deviennent des contraintes financières réelles pour des industriels et des marchands qui espéraient que la guerre de **Poutine** passerait inaperçue.

Ces décrets — **26 individus, 31 entités, 7 autres, 11 autres encore, 67 collaborateurs** — ne sont pas des chiffres abstraits. Ce sont les contours d'un régime de pression systémique qui érode, lentement mais sûrement, la capacité de la **Russie** à financer, équiper et maintenir sa guerre d'agression. **Zelensky** l'a compris dès le début : la victoire ne vient pas d'une seule arme. Elle vient de la combinaison de toutes les armes disponibles — militaires, économiques, juridiques, diplomatiques. Et dans cette combinaison, les sanctions jouent un rôle que seuls ceux qui n'ont jamais été à court de carburant, de puces électroniques ou de crédits internationaux peuvent se permettre de négliger.

### Ce que le monde doit retenir

Le modèle ukrainien des sanctions méritera une étude sérieuse quand cette guerre sera terminée. Pour la première fois dans l'histoire moderne, une nation directement attaquée a utilisé les instruments du droit économique international non seulement pour se défendre, mais pour construire simultanément les fondements d'une paix post-conflit basée sur la responsabilité individuelle et la justice documentée. C'est une innovation stratégique. Et si l'**Occident** est sage, il s'en souviendra pour les crises qui viendront — parce qu'elles viendront, et que la **Chine, l'Iran, la Corée du Nord** observent avec attention ce que leurs alliés russes ont enduré.

Les sanctions ukrainiennes ne remplaceront jamais les Patriot, les F-16 ou les missiles de croisière. Mais elles sont le bras long de la justice dans un monde où la géographie empêche encore la justice de se faire les armes à la main. Et ce bras allonge chaque mois. Chaque décret le rallonge un peu plus. Jusqu'au moment où il sera assez long pour atteindre la paix.

*Les sanctions ne font pas le bruit des missiles. Elles ne produisent pas les images qui remplissent les écrans. Mais dans dix ans, quand les historiens écriront l'histoire de cette guerre, ils noteront que l'Ukraine a combattu sur tous les fronts — et que sur le front économique, elle a peut-être été la plus innovante, la plus déterminée, et finalement la plus décisive.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Ukrinform — Zelensky impose des sanctions sur les entités soutenant l'industrie de défense russe, décrets 294/2026 et 295/2026 — avril 2026](https://www.ukrinform.net/rubric-polytics/4109048-zelensky-imposes-sanctions-on-entities-supporting-russias-defense-industry.html)

- [Ukrainska Pravda — Zelenskyy sanctionne près de 70 collaborateurs et entreprises travaillant pour la Russie — 26 juin 2026](https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/06/26/8041254/)

- [Euromaidan Press — Des composants de 2025 fabriqués en Allemagne, Japon, Suisse, États-Unis, Taïwan, Royaume-Uni trouvés dans des drones russes, Vlasiuk — mai 2026](https://euromaidanpress.com/2026/05/02/german-japanese-swiss-american-taiwanese-british-all-2025-made-parts-found-in-russian-drones-vlasiuk-says/)

- [Ukrinform — Zelensky aligne les sanctions avec l'UE, ciblant des citoyens russes, iraniens et soudanais, 20e paquet — mai 2026](https://www.ukrinform.net/amp/rubric-polytics/4128807-zelensky-aligns-sanctions-with-eu-targeting-russian-iranian-sudanese-citizens-and-companies.html)

### Sources secondaires

- [Kyiv Independent — L'Ukraine sanctionne près de 100 entités liées à l'industrie de défense russe — juillet 2025](https://kyivindependent.com/ukraine-sanctions-nearly-100-entities-tied-to-russian-defense-industry/)

- [Kyiv Independent — L'Ukraine sanctionne 66 entreprises et individus russes liés au complexe militaro-industriel — mai 2026](https://kyivindependent.com/ukraine-sanctions-66-russian-companies-individuals-linked-to-russias-military-industrial-complex/)

- [Ukrainska Pravda — Zelenskyy : les « sanctions à longue portée » ont frappé deux autres raffineries de pétrole russes — 28 juin 2026](https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/06/28/8041449/)

- Kyiv Independent — Des pièces occidentales continuent de se retrouver dans les armes russes et iraniennes — mars 2026

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/essai-zelensky-serre-l-etau-les-sanctions-ukrainiennes-qui-etouffent-la-machine-
