# ESSAI : Taïwan sous pression — exercices de guerre, standoff maritime et la léthargie démocratique

> Le 22 juin 2026, à Taoyuan — là où se trouve le plus grand aéroport international de l'île —, des tanks de l'armée taïwanaise ont défilé dans les rues et sur les autoroutes. Ce n'était pas une parade militaire : c'était le lancement des exercices «Immediate Combat Readiness», cinq jours d'entraînement intensif visant à tester la capacité de l'armée à mobiliser rapidement en rép

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Essai
- Publié: 2026-06-27
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/essai-taiwan-sous-pression-exercices-de-guerre-standoff-maritime-et-la-lethargie

## Introduction : cinq jours de tanks dans les rues, et l'Occident «s'inquiète»

### Le lancement des exercices le 22 juin 2026

Le **22 juin 2026**, à **Taoyuan** — là où se trouve le plus grand aéroport international de l'île —, des **tanks de l'armée taïwanaise** ont défilé dans les rues et sur les autoroutes. Ce n'était pas une parade militaire : c'était le lancement des exercices **«Immediate Combat Readiness»**, cinq jours d'entraînement intensif visant à tester la capacité de l'armée à mobiliser rapidement en réponse à une intensification soudaine des tactiques de **zone grise** chinoises.

Selon le **ministère de la Défense de Taïwan**, les exercices — qui couraient jusqu'au **26 juin** — visaient à évaluer **«la vitesse à laquelle les unités militaires pouvaient se mobiliser»**, en réponse aux manœuvres persistantes de l'**Armée populaire de libération (APL)**. Ces tactiques de zone grise — patrouilles navales, opérations de drones, présence de navires garde-côtes — s'arrêtent juste en deçà de la guerre ouverte mais créent une pression constante.

### 23 avions, 7 navires, 5 bâtiments officiels chinois

Entre le dimanche et le lundi précédant les exercices, le **ministère de la Défense de Taïwan** avait recensé **23 avions de l'APL** s'approchant de l'île, accompagnés de **7 navires de guerre** et de **5 bâtiments officiels chinois supplémentaires**. Ce n'est pas une activité exceptionnelle — c'est le niveau de base d'une pression militaire que **Pékin** exerce quotidiennement. La **normalisation de la menace** est elle-même une menace.

Le **Washington Post** rapportait le **23 juin 2026** que ces exercices représentaient un **changement délibéré de paradigme** dans l'entraînement militaire taïwanais : passer d'exercices programmés, prévisibles, à des manœuvres réalistes simulant la phase initiale d'une offensive chinoise. **Taïwan ne prépare plus une guerre hypothétique — elle prépare une guerre possible.**

*Des tanks dans les rues de Taoyuan. Cette image seule devrait suffire à réveiller les chancelleries occidentales. Si Taïwan fait rouler ses blindés en ville pour préparer la guerre, c'est que ses analystes militaires estiment le risque suffisamment sérieux pour justifier de perturber la vie civile. Est-ce que l'Europe en a pris la mesure ? Les signaux que je reçois suggèrent que non.*

## Le standoff maritime : garde-côtes contre garde-côtes

### Les îles Pratas et la confrontation de zone grise

Simultanément aux exercices terrestres, les eaux entourant **Taïwan** étaient le théâtre de confrontations maritimes de plus en plus régulières. La **Garde côtière taïwanaise** a signalé un nouveau **standoff avec des navires garde-côtes chinois** près des îles **Pratas**, dans le nord de la mer de Chine méridionale — le deuxième en deux semaines, selon les informations de **US News** du **5 juin 2026**. Ces standoffs impliquent des patrouilles chinoises dans des eaux que **Taïwan** considère comme sous sa juridiction, des sommations adressées à des navires commerciaux étrangers, et des confrontations directes entre bâtiments des deux garde-côtes.

Plus alarmant encore : début **juin 2026**, selon le **Wall Street Journal**, les garde-côtes chinois avaient commencé à adresser des **injonctions directes à des navires commerciaux étrangers** dans les eaux à l'est de l'île principale de **Taïwan**. Cette opération de cinq jours, qui s'est terminée le **10 juin**, a provoqué des **critiques de la part des États-Unis, de Taïwan et d'autres pays occidentaux**. C'est une escalade qualitative : **Pékin ne se contente plus de patrouiller — il tente d'exercer une autorité juridictionnelle.**

### Taïwan lance des roquettes vers la Chine

Dans ce contexte d'escalade, la **marine taïwanaise** avait fait quelque chose d'inhabituel en début de mois de **juin 2026** : elle avait **lancé des roquettes en direction de la Chine pour la première fois lors d'un exercice militaire**. Un signal fort, délibéré, adressé à **Pékin** : Taïwan ne se contentait plus de défense passive. Les exercices de **juin** incluaient des simulations en temps réel d'une réponse à un débarquement ennemi.

Ces exercices, selon **The Straits Times** du **21 juin**, s'inscrivaient dans des plans de modernisation visant à **«déplacer le focus de l'entraînement des événements programmés vers des exercices plus réalistes simulant la guerre»**. **Taïwan** prépare la phase initiale — celle des premières heures après que la Chine aurait décidé d'agir — comme la plus critique pour sa survie. Les prochains **exercices Han Kuang 42**, prévus en **août 2026**, seront encore plus amples.

*Taïwan lance des roquettes vers la Chine dans le cadre d'un exercice militaire. C'est une première. C'est un message clair. Et la réaction de l'Europe ? Un communiqué de «profonde préoccupation» ? Une déclaration du Conseil de l'UE ? Pendant ce temps, les tanks chinois s'entraînent à traverser le détroit. Il y a un décalage absurde entre l'urgence de la situation et la lenteur de la réponse démocratique.*

## La stratégie chinoise de zone grise : user sans déclarer

### La logique de l'usure progressive

La stratégie que **Pékin** déploie autour de **Taïwan** n'est pas nouvelle — elle est la même que celle utilisée en mer de Chine méridionale depuis des années. L'objectif est de **normaliser la présence militaire chinoise** jusqu'à ce que ce qui était considéré comme une violation devienne la norme. Chaque avion supplémentaire envoyé dans la zone d'identification de défense aérienne de **Taïwan**, chaque navire de patrouille supplémentaire, chaque injonction adressée à un navire commercial — tout cela repousse progressivement le seuil de tolérance.

Cette stratégie est efficace parce qu'elle ne franchit jamais clairement la ligne de la guerre — elle reste dans le flou du **«short of war»** que les Américains appellent zone grise. Elle use l'adversaire psychologiquement et financièrement (maintenir une posture de vigilance permanente coûte cher), sans offrir un casus belli clair qui déclencherait une réponse militaire occidentale.

### L'APL teste et mesure

Les **23 avions et 7 navires** recensés par **Taïwan** dimanche-lundi ne sont pas un coup de bluff aléatoire. Ils sont une collecte de données. **Pékin** observe comment **Taipei** réagit, comment les **États-Unis** repositionnent leurs actifs, comment les alliés régionaux — **Japon**, **Philippines**, **Australie** — alertent leurs forces. Chaque exercice chinois est aussi un exercice d'intelligence sur les réponses adverses.

Le **ministère de la Défense taïwanais** a été explicite : ses exercices visaient à tester la réponse aux tactiques de zone grise **«en temps réel»**. C'est la même logique, mais côté taïwanais : apprendre à réagir vite, à mobiliser dans les premières heures, à ne pas être surpris par une escalade soudaine. Les deux parties s'observent, s'étudient, et se préparent pour un scénario que personne ne veut officiellement nommer.

*La guerre dans le détroit de Taïwan n'est pas inévitable — mais elle est possible. La différence entre «possible» et «inévitable» dépend en partie de la solidité de la dissuasion occidentale. Et la solidité de cette dissuasion dépend de la volonté politique des démocraties de s'engager clairement sur ce qu'elles feront si Pékin passe à l'acte. Ce n'est pas un engagement que j'entends clairement de la part des Européens.*

## Les démocraties occidentales : de l'inquiétude à l'action

### L'écart entre le discours et les capacités

Les démocraties occidentales expriment régulièrement leur **«inquiétude»** face à la situation dans le détroit de **Taïwan**. Les **États-Unis** ont critiqué l'opération des garde-côtes chinois en juin. L'**Union européenne** a adopté des déclarations appelant à la paix dans le détroit. Le **Japon** augmente son budget de défense. Mais entre l'inquiétude exprimée et la capacité d'intervention réelle, l'écart est saisissant.

L'Europe, dont la dépendance économique à la **Chine** est considérable, est particulièrement vulnérable à ce hiatus. Une guerre dans le détroit de **Taïwan** entraînerait une rupture des chaînes d'approvisionnement mondiales d'une ampleur inégalée depuis la **Seconde Guerre mondiale**. Elle couperait l'accès aux **semi-conducteurs taïwanais** — dont dépend toute l'industrie technologique mondiale. Elle déstabiliserait l'ensemble de l'économie asiatique. Et l'Europe n'a pas de plan pour ça.

### TSMC : la dépendance qui rend tout concret

**TSMC** — **Taiwan Semiconductor Manufacturing Company** — fabrique plus de **90%** des puces les plus avancées au monde. Les iPhones, les voitures électriques, les serveurs d'IA, les systèmes d'armes — tout cela dépend des usines à **Hsinchu**. Si ces usines s'arrêtaient — à cause d'une guerre, d'un blocus, ou d'une simple menace crédible — l'économie mondiale s'effondrerait partiellement. C'est la version géopolitique de la théorie du trop grand pour faire faillite. **Taïwan est trop important pour être abandonné — et pourtant, les démocraties tardent à le défendre explicitement.**

C'est précisément ce que **Pékin** exploite. La dépendance occidentale à **TSMC** — et par extension à Taïwan — est à la fois ce qui rend l'île stratégique et ce qui rend les Occidentaux hésitants à s'engager publiquement à la défendre. **La Chine transforme la dépendance économique occidentale en instrument de dissuasion contre l'Occident lui-même.**

*TSMC est l'otage géopolitique involontaire du monde entier. Pékin le sait et joue sur cette dépendance. Les démocraties s'efforcent de diversifier — Intel en Allemagne, nouvelles usines au Japon et en Arizona — mais ces efforts prendront des années. D'ici là, la fragilité est réelle et Pékin n'a aucune intention de laisser l'Occident s'en extraire sans payer un prix politique.*

## Le précédent ukrainien et la leçon taïwanaise

### Ce que la guerre en Ukraine a appris

La guerre en **Ukraine** a fourni une leçon cruciale pour la défense de **Taïwan** : les démocraties peuvent soutenir un pays agressé avec du matériel, du renseignement et de la diplomatie, mais les décisions militaires ultimes appartiennent à l'État attaqué. L'**Ukraine** a pu tenir — et retourner la situation — parce qu'elle avait préparé sa défense, qu'elle disposait d'une armée entraînée, et qu'elle avait la volonté de se battre.

**Taïwan** tire ces leçons. L'entraînement réaliste, les exercices de mobilisation rapide, la simulation des premières heures d'une attaque — tout cela reflète une compréhension que si la guerre vient, **Taipei** devra tenir seule les premiers jours ou semaines avant que tout soutien extérieur arrive. C'est le scénario ukrainien appliqué à la géographie insulaire du détroit.

### L'Europe et le détroit : urgence géopolitique ignorée

Ce qui est frappant dans la couverture médiatique européenne des exercices taïwanais de **juin 2026**, c'est la relative discrétion avec laquelle la presse continentale a traité l'événement. Les tanks dans les rues de **Taoyuan**, les standoffs maritimes, les roquettes tirées vers la Chine — tout cela méritait une couverture en Une. Ce n'était pas le cas dans la plupart des capitales européennes, absorbées par leurs propres crises internes — tarifs de Trump, réforme de l'asile, crises politiques espagnoles et italiennes.

Cette inattention est une forme de négligence stratégique. La stabilité du **détroit de Taïwan** est directement liée à la sécurité économique européenne. **L'Europe n'a pas les moyens militaires d'intervenir dans un conflit dans le Pacifique — mais elle a le devoir politique d'avoir des positions claires, des lignes rouges articulées, et des plans d'urgence économiques pour une perturbation des échanges en Asie de l'Est.**

*L'Europe a été prise par surprise par l'invasion de l'Ukraine en 2022. Elle n'a pas de raison valable d'être surprise par une crise taïwanaise — tous les signaux sont là, clairs, documentés, analysés. Si l'Europe n'a pas de stratégie cohérente sur Taïwan, ce n'est pas un manque d'information — c'est un manque de volonté politique. Et ça, c'est inexcusable.*

## Taïwan et la dissuasion démocratique

### La question centrale : la dissuasion tient-elle ?

La dissuasion repose sur une équation simple : l'attaquant potentiel doit croire que le coût d'une agression dépasse les bénéfices. Pour que la dissuasion fonctionne sur **Taïwan**, il faut que **Pékin** croie que : les forces armées taïwanaises peuvent infliger des pertes suffisantes lors d'un premier assaut pour rendre le succès incertain ; les **États-Unis** interviendront militairement ; les alliés régionaux (**Japon**, **Australie**, **Corée du Sud**) rejoindront ; et les sanctions économiques occidentales seront suffisamment sévères pour dévaster l'économie chinoise.

Chacun de ces éléments est discutable. La capacité défensive de **Taïwan** s'améliore mais reste insuffisante pour tenir seule longtemps. L'engagement américain est réel mais non formalisé comme une garantie de sécurité. Les alliés régionaux sont prudents. Et les sanctions, comme l'ont montré le cas russe, sont efficaces à long terme mais pas dissuasives à court terme. **La dissuasion est fragile. C'est ce que les exercices de juin 2026 cherchent à renforcer.**

### La voie étroite entre dissuasion et escalade

Les exercices taïwanais de **juin 2026** sont conçus pour renforcer la dissuasion en montrant à **Pékin** que **Taipei** peut se mobiliser rapidement et combattre efficacement. Mais cette même démonstration pourrait être interprétée par **Pékin** comme une provocation ou comme un signal d'une volonté croissante de **Taïwan** de résister formellement à la réunification. Dans la logique de **Xi Jinping**, chaque renforcement de la défense taïwanaise peut justifier un renforcement de la pression chinoise. C'est la spirale de la dissuasion mutuelle — chaque côté renforce sa posture, et chaque renforcement augmente le risque d'incident non désiré.

*Je ne prétends pas avoir la réponse à l'équation taïwanaise. C'est l'un des problèmes géopolitiques les plus complexes au monde, avec des dimensions militaires, économiques, identitaires et diplomatiques que je ne maîtrise pas entièrement. Ce que je sais, c'est que regarder sans réagir — comme l'Europe tend à le faire — n'est pas une politique. C'est une absence de politique déguisée en prudence.*

## La dimension économique : pourquoi Taïwan est irremplaçable

### TSMC et les semi-conducteurs : une dépendance mondiale sans équivalent

**Taïwan Semiconductor Manufacturing Company** — **TSMC** — est la plus grande fonderie de semi-conducteurs du monde. Elle fabrique environ **90%** des puces les plus avancées utilisées dans les appareils électroniques mondiaux : téléphones intelligents, serveurs, véhicules autonomes, armements de haute technologie. Sans **TSMC**, l'économie technologique mondiale s'arrêterait — pas progressivement, mais brutalement. Cette réalité donne à **Taïwan** une importance stratégique qui dépasse largement sa taille géographique ou démographique.

Pour les **États-Unis**, une **Chine** qui contrôlerait **TSMC** — et donc la production de puces avancées mondiales — représenterait un avantage stratégique incalculable. C'est pourquoi Washington a investi massivement pour rapatrier une partie de la production de **TSMC** aux États-Unis via le **CHIPS Act**. C'est aussi pourquoi les sanctions technologiques contre la Chine sont si liées à la question taïwanaise : l'objectif américain est de maintenir une avance technologique dans les puces avancées, et cet avantage réside en grande partie à Taïwan.

### Ce qu'une annexion chinoise signifierait pour l'économie mondiale

Dans un scénario d'annexion de **Taïwan** par la **Chine**, les experts économiques s'accordent sur un point : les perturbations seraient catastrophiques, quelle que soit la durée des combats. Même une guerre rapide endommagerait gravement les infrastructures de **TSMC** — installations de production, équipements de précision, chaînes d'approvisionnement en composants. Une réponse économique occidentale sous forme de sanctions sur la **Chine** créerait un découplage brutal de deux économies profondément intégrées. Le coût mondial d'une telle crise est estimé par certaines études à plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars.

C'est précisément ce calcul économique qui constitue l'argument le plus fort pour la dissuasion : **Pékin** lui-même souffrirait massivement d'une telle crise. L'économie chinoise dépend des marchés d'exportation occidentaux, des technologies étrangères et des capitaux internationaux. Une invasion de **Taïwan** déclencherait des sanctions sans précédent qui détruiraient une grande partie des gains économiques des quarante dernières années. **C'est le calcul que Xi Jinping doit intégrer.**

*L'argument économique pour la paix dans le détroit de Taïwan est puissant, mais il a ses limites. Les guerres se déclenchent souvent malgré les calculs économiques rationnels — parce que les dirigeants autoritaires pondèrent différemment les facteurs nationalistes, idéologiques et de survie politique. Xi Jinping peut savoir que l'invasion serait économiquement catastrophique et la décider quand même si les conditions politiques intérieures l'y poussent. L'économie est un frein, pas une garantie.*

## La réponse diplomatique internationale : insuffisante mais non nulle

### Les déclarations occidentales et leur poids réel

Les démocraties occidentales ont progressivement durci leur rhétorique sur **Taïwan** depuis 2020. Les déclarations du G7, les communiqués de l'**OTAN**, les positions bilatérales américaines, japonaises et australiennes — tout cela dessine un soutien diplomatique croissant à la stabilité du détroit. Mais «soutien diplomatique» est loin d'être équivalent à «garantie de sécurité». Les États-Unis n'ont toujours pas de traité d'alliance formel avec **Taïwan** — le **Taiwan Relations Act** de 1979 est délibérément ambigu sur l'obligation militaire américaine en cas d'agression.

Cette ambiguïté stratégique est maintenue intentionnellement pour dissuader à la fois une action chinoise (en suggérant une possible intervention américaine) et une déclaration d'indépendance taïwanaise (en ne s'engageant pas formellement à défendre un changement de statut). C'est un équilibre délicat que les administrations américaines successives ont préservé — mais dont les limites deviennent plus apparentes à mesure que la pression militaire chinoise augmente.

### La voie étroite entre dissuasion et escalade

Les exercices taïwanais de **juin 2026** sont conçus pour renforcer la dissuasion en montrant à **Pékin** que **Taipei** peut se mobiliser rapidement et combattre efficacement. Mais cette même démonstration pourrait être interprétée par **Pékin** comme une provocation ou comme un signal d'une volonté croissante de **Taïwan** de résister formellement à la réunification. Dans la logique de **Xi Jinping**, chaque renforcement de la défense taïwanaise peut justifier un renforcement de la pression chinoise. C'est la spirale de la dissuasion mutuelle — chaque côté renforce sa posture, et chaque renforcement augmente le risque d'incident non désiré.

Les incidents maritimes impliquant les garde-côtes chinois et les navires taïwanais ou américains représentent ce risque d'escalade involontaire. Un incident mal géré, une réaction trop rapide, une mauvaise communication — et une crise diplomatique peut dégénérer en confrontation militaire que personne n'a réellement voulue. **C'est dans ces moments-là que l'absence de lignes de communication directes entre Pékin et Taipei devient dangereuse.**

*Je ne prétends pas avoir la réponse à l'équation taïwanaise. C'est l'un des problèmes géopolitiques les plus complexes au monde, avec des dimensions militaires, économiques, identitaires et diplomatiques que je ne maîtrise pas entièrement. Ce que je sais, c'est que regarder sans réagir — comme l'Europe tend à le faire — n'est pas une politique. C'est une absence de politique déguisée en prudence.*

## Conclusion : l'heure des choix approche

### Le temps de l'inquiétude passive est révolu

Les exercices taïwanais de cinq jours, les standoffs maritimes, les roquettes tirées en direction de la Chine — tout cela dessine un tableau clair : la situation dans le détroit de **Taïwan** se détériore. Pas catastrophiquement, pas immédiatement — mais inexorablement. La pression chinoise augmente chaque année. Les capacités militaires de **Pékin** s'améliorent. Et l'heure à laquelle **Xi Jinping** pourrait estimer que la fenêtre d'opportunité pour une action est optimale se rapproche.

Les démocraties occidentales ont besoin de passer de l'inquiétude à l'action : renforcer les livraisons d'armements à **Taïwan**, clarifier leurs engagements, développer des plans d'urgence économiques, et surtout, cesser de traiter la question taïwanaise comme un problème lointain qui ne les concerne pas directement. **Elle les concerne. Profondément. Économiquement. Stratégiquement. Et moralement.**

### Ce que l'Occident doit décider

La question qui se posera aux démocraties n'est pas «si» mais «quand» et «comment». Si une crise dans le détroit éclate, seront-elles prêtes ? Auront-elles des positions claires ? Seront-elles capables de répondre de manière coordonnée ? L'expérience ukrainienne — où la réponse occidentale a été tardive, fragmentée, et insuffisante dans ses premières phases — n'est pas encourageante. **Taïwan mérite mieux qu'une répétition de la même improvisation.**

*Cinq jours d'exercices militaires à Taïwan. Des garde-côtes chinois qui bloquent des navires. Et l'Occident «surveille avec inquiétude». À quel moment l'inquiétude se transforme-t-elle en action préventive ? À quel moment décide-t-on d'armer Taïwan suffisamment pour que l'invasion soit clairement trop coûteuse pour Pékin ? Ces questions ne sont pas confortables. Mais l'inconfort d'y répondre maintenant est infiniment préférable à celui de gérer une crise ouverte demain.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [The Straits Times — Taïwan s'apprête à conduire cinq jours d'exercices de disponibilité au combat — 21 juin 2026](https://www.straitstimes.com/asia/east-asia/taiwan-to-stage-five-days-of-combat-readiness-drills)

- [Washington Post — Taïwan commence des exercices militaires de 5 jours avec des tanks dans les rues — 23 juin 2026](https://www.washingtonpost.com/world/2026/06/22/taiwan-hosts-military-drills-readiness-china/0c4d53a2-6e13-11f1-8730-e7fd0e2a6404_story.html)

- [US News — Les garde-côtes de Taïwan et de Chine dans un nouveau standoff en mer de Chine méridionale — 5 juin 2026](https://www.usnews.com/news/world/articles/2026-06-05/taiwan-china-coast-guards-in-renewed-standoff-at-top-of-south-china-sea)

### Sources secondaires

- [Wall Street Journal — Les revendications chinoises d'autorité sur des navires étrangers près de Taïwan provoquent une rebuffade américaine — 24 juin 2026](https://www.wsj.com/world/asia/chinas-assertions-of-authority-over-foreign-ships-near-taiwan-draw-u-s-rebuke-d0546eb0)

- [Institute for the Study of War — Mise à jour Corée/Chine-Taïwan — 23 juin 2026](https://understandingwar.org/research/china-taiwan/korean-peninsula-update-june-23-2026/)

- [Stars and Stripes — Affrontement entre garde-côtes chinois et taïwanais en mer de Chine du Sud — 26 mai 2026](https://www.stripes.com/branches/coast_guard/2026-05-26/taiwan-china-coast-guard-standoff-21782158.html)

---

Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/essai-taiwan-sous-pression-exercices-de-guerre-standoff-maritime-et-la-lethargie
