# ESSAI : Pékin blackliste le Japon — quand les terres rares deviennent une arme de destruction économique

> Le 29 juin 2026, le Ministère du Commerce chinois (MOFCOM) a inscrit 20 entités japonaises sur sa liste de contrôle des exportations

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Essai
- Publié: 2026-07-01
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/essai-pekin-blackliste-le-japon-quand-les-terres-rares-deviennent-une-arme-de-de

## Introduction : Un blacklist qui n'est pas une surprise, mais qui fait mal quand même

### Le 29 juin 2026 : un geste calculé, pas impulsif

Le **29 juin 2026**, le **Ministère du Commerce chinois (MOFCOM)** a inscrit **20 entités japonaises** sur sa liste de contrôle des exportations de biens à double usage. Quarante entités supplémentaires ont été placées sous surveillance, soumises à des évaluations de risque obligatoires. La mesure intervient six mois après une première série de restrictions similaires, en **janvier 2026**. Ce n'est pas une improvisation. C'est une stratégie qui s'articule patiemment depuis des mois, et qui dit quelque chose de fondamental sur la façon dont la **Chine** utilise son contrôle des **terres rares** et des matériaux stratégiques comme levier géopolitique.

**Pékin** accuse **Tokyo** d'accélérer sa **« remilitarisation »**, de déployer des armes offensives et de lancer des missiles offensifs à l'étranger. Le ministre en chef du cabinet japonais **Minoru Kihara** a qualifié ces mesures d'**« inacceptables »** et demandé leur révocation. La **Chine** a répondu que les mesures étaient **« entièrement légitimes, raisonnables et légales »** et qu'elles n'affectaient pas **« les échanges commerciaux normaux sino-japonais »**. Traduction : le commerce des chaussures et des voitures peut continuer. Mais si vous voulez des composants pour vos industries de défense, c'est terminé.

*Ce que la Chine fait au Japon avec ces listes d'exportation, c'est précisément ce qu'elle fait depuis des années à d'autres partenaires commerciaux : weaponiser l'interdépendance économique. Le mot a été créé pour décrire exactement cela — transformer un partenariat commercial en levier de coercition. Et comme toujours avec Pékin, la façade légale est impeccable.*

## Les entités visées : un inventaire révélateur

### Sur la liste noire : des noms qui disent tout

Les entités inscrites sur la liste de contrôle stricte révèlent la cible réelle des mesures chinoises. Parmi elles : le **National Institute for Defence Studies** (institution de recherche stratégique d'État), le **Naval Systems Research Center**, le **Ground Systems Research Center**, **Mitsubishi Precision** et **MHI Logitech** — une filiale de **Mitsubishi Heavy Industries**, le géant de l'industrie de défense japonaise — ainsi que **Kawajyu Gifu Manufacturing**. Ce sont des noms qui ne laissent aucun doute sur l'intention : il ne s'agit pas de protéger la Chine de technologies civiles sensibles. Il s'agit de paralyser des programmes militaires japonais spécifiques.

Sur la liste de surveillance, avec obligation de soumettre des évaluations de risque et des assurances écrites de non-contribution aux capacités militaires japonaises : **Mitsui E&S**, **Terra Drone** et **Hitachi Advanced Systems**. Ces trois entreprises opèrent dans des secteurs qui couvrent la robotique maritime, les drones et les systèmes électroniques avancés — précisément les domaines où le **Japon** cherche à développer des capacités nouvelles. Les contraindre par des obligations déclaratives est une façon d'en faire des acteurs involontaires du renseignement industriel chinois.

### Ce que la liste ne dit pas

Les mesures du **MOFCOM** couvrent les biens à **double usage** — terme juridique qui désigne les technologies pouvant servir à la fois à des fins civiles et militaires. Cette catégorie inclut les **terres rares**, les composants électroniques de précision, les matériaux de haute performance et les logiciels avancés. La Chine contrôle entre **60 %** et **90 %** de la production mondiale de nombreuses terres rares critiques. Pour des programmes de défense comme le **Patriot** de **Mitsubishi/Raytheon** — conçu pour soulager la production américaine de missiles antimissiles — la dépendance aux composants d'origine ou de transit chinois est une vulnérabilité structurelle.

Entre **janvier et avril 2026**, les premières restrictions imposées en **janvier** ont déjà produit une baisse de **34 %** des exportations chinoises de terres rares vers le **Japon**, avec des effondrements allant jusqu'à **88 %** en **mars**. Ces chiffres ne sont pas des estimations. Ce sont des données douanières qui documentent l'effet réel d'une arme économique déjà déployée. La mesure du **29 juin** est une escalade sur cette trajectoire.

*Je veux être précis sur ce que représente un effondrement de 88 % des exportations de terres rares en un mois : ce n'est pas une perturbation commerciale. C'est une interruption de chaîne d'approvisionnement qui peut mettre en arrêt des lignes de production entières. Dans l'industrie de défense, les délais se mesurent en années, pas en semaines. Chaque trimestre de pénurie se traduit en retards de programmes qui se chiffrent en années.*

## Le programme Patriot en péril : la chaîne de valeur transatlantique sous pression

### Mitsubishi et Raytheon : une coopération stratégique bloquée

Le cas du programme **Patriot** est particulièrement révélateur. Le **Japon** avait développé, via **Mitsubishi Heavy Industries** en partenariat avec l'américain **Raytheon**, une capacité de production de systèmes **Patriot** destinée à soulager la chaîne d'approvisionnement américaine — qui peine à satisfaire simultanément les besoins de l'armée américaine, les engagements envers l'**Ukraine**, et les commandes de pays tiers comme la **Pologne**, l'**Allemagne** et Israël. Ce programme avait une valeur stratégique double : renforcer les capacités japonaises et décongestionner la production américaine d'un système dont la demande mondiale a explosé depuis **2022**.

Avec **MHI Logitech** et **Mitsubishi Precision** maintenant sur la liste noire du **MOFCOM**, ce programme est dans une zone d'incertitude sévère. Les composants à double usage qui pouvaient transiter ou provenir de fournisseurs ayant des liens avec la chaîne d'approvisionnement chinoise sont désormais soumis à des restrictions. Il ne suffit pas que les entreprises japonaises elles-mêmes soient sur liste : si leurs fournisseurs de composants ont des liens avec des chaînes touchées, l'effet de contamination est réel.

### La doctrine japonaise en mutation

Ce que la **Chine** qualifie de **« remilitarisation »** est, dans la doctrine japonaise, une rupture historique avec l'article **9** de la constitution pacifiste héritée de **1947**. La première ministre **Sanae Takaichi** a porté les dépenses militaires japonaises à **2 % du PIB** et milite pour amender cet article constitutionnel. Le **Japon** s'est doté d'une capacité de frappe à longue portée — les missiles **Type 12** modernisés — capables de frapper des cibles à **1 500 km**. C'est une révolution doctrinale pour un pays qui s'était interdit toute posture offensive depuis la Seconde Guerre mondiale.

Pour **Pékin**, cette évolution est inacceptable. Le **Japon** armé offensivement, allié aux **États-Unis** et maintenant partenaire du **GCAP** (avec le **Royaume-Uni** et l'**Italie**) représente une constellation de puissance dans l'**Indo-Pacifique** que la **Chine** cherche à éroder. Les mesures d'exportation sont une façon de ralentir ce mouvement sans confrontation directe — la guerre économique comme substitut à la guerre militaire.

*Quelqu'un doit dire clairement ce que fait la Chine : elle punit le Japon d'avoir décidé de se défendre. Après des décennies à bénéficier du pacifisme japonais forcé par la constitution de 1947, Pékin découvre que Tokyo commence à prendre ses responsabilités stratégiques. Et sa réponse, c'est le chantage aux terres rares. C'est aussi répugnant stratégiquement que logique du point de vue de Pékin.*

## L'arme des terres rares : six mois de chantage documenté

### Janvier 2026 : le précédent qui annonçait juin

La mesure du **29 juin 2026** ne vient pas de nulle part. En **janvier 2026**, la **Chine** avait déjà imposé des restrictions similaires sur les exportations de terres rares vers le **Japon**. Les données qui ont suivi sont édifiantes : entre **janvier et avril 2026**, les exportations chinoises de terres rares vers le **Japon** ont chuté de **34 %** en cumulé, avec une chute de **88 %** en **mars** — le mois où les restrictions ont été le plus activement appliquées. Cette chute est sans précédent dans les échanges sino-japonais d'après-guerre.

Ce pattern est celui d'une arme économique testée, affinée, puis redéployée avec davantage de précision. La liste de **juin** cible des entités plus spécifiques, dans des secteurs plus précis. L'escalade est délibérée. Elle signale à **Tokyo** — et aux capitales occidentales qui observent — que la **Chine** est prête à monter encore dans l'intensité si ses demandes ne sont pas prises en compte.

### L'effet de diffusion sur les alliés du Japon

Les restrictions chinoises sur les terres rares japonaises ont des répercussions qui dépassent le **Japon**. Le programme **Patriot** en est l'exemple le plus visible : des retards dans la production japonaise impactent la disponibilité mondiale d'un système critique pour la défense de l'**Europe** et de l'**Ukraine**. Plus largement, la chaîne d'approvisionnement de l'industrie de défense occidentale est interconnectée d'une façon que beaucoup de responsables politiques ont longtemps préféré ne pas regarder en face.

Les **États-Unis**, l'**Europe** et leurs alliés dans l'**Indo-Pacifique** ont entrepris depuis **2022** un effort de **« dé-risquage »** vis-à-vis de la **Chine** — notamment pour réduire la dépendance aux composants critiques. Mais ces efforts prennent du temps. Les chaînes d'approvisionnement alternatives nécessitent des années d'investissement et de qualification. En attendant, la vulnérabilité reste réelle — et la **Chine** le sait.

*Il y a une ironie cruelle dans le fait que les démocraties qui ont le plus besoin de terres rares pour leurs industries de défense soient précisément celles qui ont le moins investi dans des sources alternatives. C'était confortable de laisser la Chine fournir ces matériaux. C'est désormais une vulnérabilité stratégique documentée. Et les mesures de juin 2026 en sont la preuve la plus récente.*

## Taïwan et la diaspora dans le viseur

### Le signal envoyé à Taïwan

Il serait naïf de considérer les mesures contre le **Japon** en isolation. Elles s'inscrivent dans une semaine particulièrement chargée pour la politique expansionniste chinoise : le **1er juillet 2026**, la **Loi sur la promotion de l'unité ethnique et du progrès** est entrée en vigueur en **Chine**, codifiant légalement le droit de **Pékin** à poursuivre des individus et organisations à l'étranger qui **« portent atteinte à l'unité ethnique »** — y compris des personnes à **Taïwan**.

Ce double mouvement — punir économiquement le **Japon** pour son réarmement tout en codifiant des prétentions juridictionnelles sur **Taïwan** — dessine une stratégie cohérente : affaiblir les capacités de défense régionales tout en renforçant l'emprise légale sur les populations que **Pékin** considère comme chinoises. C'est une politique impériale enveloppée dans le langage du droit commercial international. Et elle mérite d'être appelée ce qu'elle est.

### Les secteurs des drones et du nucléaire dans le collimateur

Parmi les secteurs japonais explicitement visés par les mesures : les drones, le nucléaire civil, et les instituts de défense. Le fait que **Terra Drone** — une entreprise japonaise spécialisée dans les drones commerciaux et industriels — figure sur la liste de surveillance indique que **Pékin** surveille de très près le développement des capacités de drones japonaises. Après ce que les drones ont démontré en **Ukraine**, aucune puissance militaire sérieuse n'ignore ce secteur.

L'inclusion d'entités liées au nucléaire civil dans les mesures de surveillance est plus complexe : le **Japon** a un programme nucléaire civil important et des ambiguïtés historiques sur sa capacité potentielle à développer des armes nucléaires. Pour la **Chine**, tout équipement pouvant servir à maintenir et renforcer l'industrie nucléaire japonaise est potentiellement suspect. Cette logique n'est pas entièrement irrationnelle — mais appliquée aussi largement, elle équivaut à un chantage sur l'ensemble du secteur énergétique et industriel japonais avancé.

*Le ciblage de Terra Drone — une entreprise de drones commerciaux — me frappe particulièrement. Cela dit que Pékin regarde non seulement les programmes militaires officiels du Japon, mais aussi les entreprises qui pourraient, un jour, basculer vers des applications de défense. C'est de la surveillance industrielle préventive. Et c'est une méthode dont l'Occident devrait s'inquiéter beaucoup plus qu'il ne le fait.*

## La réponse japonaise et la solidarité occidentale

### Tokyo : protestation ferme mais options limitées

La réaction du gouvernement japonais est mesurée mais ferme. Le secrétaire général du cabinet **Minoru Kihara** a qualifié les mesures d'**« inacceptables »** et exigé leur révocation. Mais au-delà de la protestation diplomatique, les options immédiates de **Tokyo** sont limitées. Le **Japon** ne peut pas rapidement remplacer des composants ou matériaux dont la **Chine** est le principal fournisseur mondial. Les alternatives — **Australie**, **Canada**, **États-Unis** pour les terres rares ; **Europe** pour certains composants — existent mais sont encore en développement ou en deçà de la capacité nécessaire.

La **Japan Organization for Metals and Energy Security (JOGMEC)** et le gouvernement japonais ont accéléré depuis **2023** leurs investissements dans des projets miniers alternatifs en **Australie**, au **Canada** et en **Afrique**. Mais ces projets ont des délais de développement de cinq à dix ans. En attendant, chaque restriction chinoise fait mal — même si elle stimule en parallèle la diversification que **Pékin** cherche précisément à retarder.

### Le calcul américain face aux mesures chinoises

Les **États-Unis** observent cette escalade avec une attention particulière. Le programme **Patriot** en partenariat nippo-américain n'est pas un projet défensif japonais isolé — c'est un élément de la stratégie américaine pour maintenir des chaînes d'approvisionnement robustes en systèmes de défense antimissile. Si les restrictions chinoises paralysent effectivement cette collaboration, c'est la capacité globale des alliés à se défendre qui est affectée.

L'administration **Trump** se trouve dans une position paradoxale : elle a engagé des politiques commerciales agressives vis-à-vis de la **Chine** sur d'autres sujets, mais la question des terres rares critiques pour la défense touche à une vulnérabilité structurelle que les droits de douane ne peuvent pas résoudre. Ce qui est nécessaire, c'est un investissement massif et coordonné entre alliés pour reconstruire des chaînes d'approvisionnement indépendantes de la **Chine**. Ce plan n'existe pas encore dans sa forme complète.

*Je trouve révélateur que personne dans les capitales occidentales ne parle ouvertement d'un plan d'urgence pour les terres rares critiques à la défense. Les discours de dé-risquage existent. Les financements partiels existent. Mais un vrai plan de mobilisation industrielle pour sortir de la dépendance chinoise dans un délai de trois à cinq ans ? Je n'en vois pas. Et cette absence est une invitation pour Pékin à continuer.*

## Conclusion : Le chantage aux minerais comme doctrine de puissance

### Ce que cette escalade dit de la stratégie chinoise

La série de mesures de contrôle des exportations contre le **Japon** — **janvier 2026**, puis **juin 2026**, avec une escalade visible dans la précision des cibles — illustre une doctrine de puissance chinoise qui mérite un nom : l'utilisation systématique des dépendances économiques comme substitut aux moyens militaires. **Pékin** ne peut pas — pour l'instant — s'opposer directement au réarmement japonais par la force. Mais il peut le ralentir, le renchérir et le compliquer en coupant les chaînes d'approvisionnement qui l'alimentent. C'est de la guerre économique à basse intensité.

Cette doctrine n'est pas nouvelle. La **Chine** l'a utilisée contre l'**Australie** après la demande d'enquête sur les origines de la **COVID-19**, contre la **Corée du Sud** après le déploiement des missiles **THAAD**, contre la **Lituanie** après l'ouverture d'une représentation taïwanaise. Chaque fois, la mécanique est la même : identifier une dépendance, l'activer comme levier, présenter l'ensemble comme une décision légitime de politique commerciale nationale. Et chaque fois, les démocraties ciblées tardent à développer des réponses systémiques.

### Ce que l'Occident doit comprendre

La menace chinoise n'est pas seulement militaire. Elle est économique, technologique, juridique et informationnelle — et elle opère simultanément sur tous ces registres. La liste du **29 juin 2026** est un exemple de sa dimension économique. La **Loi sur l'unité ethnique** du **1er juillet** est un exemple de sa dimension juridique. Les deux ensemble dessinent une puissance qui a compris que la domination au **XXIe siècle** ne se construit pas uniquement avec des missiles et des porte-avions, mais avec des brevets, des réseaux d'approvisionnement, des lois extraterritoriales et des listes d'exportation.

L'**Occident** doit apprendre à répondre sur ces mêmes registres. Non pas en copiant les méthodes chinoises — nous avons des valeurs à défendre —, mais en construisant des alternatives économiques robustes, des réseaux d'approvisionnement diversifiés, des cadres légaux coordonnés entre alliés pour contrer la coercition économique. Cette guerre-là est déjà commencée. Et pour l'instant, nous ne la gagnons pas.

*Je pose cette question en terminant cet essai : si la Chine peut paralyser le programme Patriot nippo-américain avec une liste d'exportation, que fera-t-elle si la crise de Taïwan devient une crise militaire ? La réponse est peut-être la chose la plus effrayante à laquelle je puisse penser. Et c'est précisément pourquoi la diversification des chaînes d'approvisionnement stratégiques n'est pas un luxe. C'est une urgence existentielle.*

## Bilan de l'essai : une arme économique dans un conflit de valeurs

### Ce que ce blacklist révèle sur la nature du conflit sino-occidental

En inscrivant **20 entités japonaises** sur une liste de contrôle des exportations, la **Chine** fait plus que protéger ses intérêts de sécurité nationale — elle envoie un signal à toute l'**Asie-Pacifique** et à l'ensemble de l'**Occident** : les pays qui choisissent de se défendre, de s'armer, de s'allier avec les **États-Unis** paieront un prix économique. Ce signal n'est pas subtil. Il est délibérément visible.

La question est de savoir si les démocraties ciblées — **Japon**, **Australie**, **Europe**, **États-Unis** — ont la cohérence politique pour maintenir le cap sur leur modernisation défensive malgré ce prix. L'histoire suggère que certains fléchiront, que certains négocieront en privé des arrangements accommodants avec **Pékin**, que la pression économique produira des fractures dans la solidarité occidentale. Éviter ce scénario requiert une clarté d'analyse et une volonté politique que nous n'avons pas encore pleinement démontrée.

### Le Japon comme avant-poste d'un conflit plus large

Le **Japon** est en première ligne de ce conflit — géographiquement, économiquement, stratégiquement. Sa transformation en acteur de défense actif, sa rupture avec le pacifisme constitutionnel d'après-guerre, son engagement dans le **GCAP** avec le **Royaume-Uni** et l'**Italie**, son partenariat avec les **États-Unis** sur le **Patriot** — tout cela représente une recomposition de l'architecture de sécurité dans l'**Indo-Pacifique** que **Pékin** cherche à freiner.

La résistance japonaise à cette pression — maintien du cap sur le réarmement, protestation ferme sur les listes d'exportation, diversification des approvisionnements — est donc un test de la solidité des alliances démocratiques dans l'**Indo-Pacifique**. Ce test se joue maintenant. Et son résultat aura des conséquences qui dépassent largement le sort de **20 entités** inscrites sur une liste bureaucratique à **Pékin**.

*Je pense que nous sous-estimons systématiquement la cohérence stratégique de la Chine. Chaque liste, chaque loi, chaque restriction est une pièce d'un puzzle qui dessine une vision à long terme : affaiblir les démocraties alliées des États-Unis assez pour que l'hégémonie régionale chinoise devienne irréversible sans qu'un coup de feu soit tiré. Nous devons comprendre ce puzzle avant d'en devenir des pièces.*

## Conclusion : L'économie comme champ de bataille

### Résumé d'un essai sur une guerre invisible

Le blacklist chinois du **29 juin 2026** contre **20 entités japonaises** est un épisode parmi d'autres d'une guerre économique que la **Chine** mène méthodiquement depuis des années. Sa particularité, cette fois, est la précision de ses cibles : des programmes de défense spécifiques, des chaînes d'approvisionnement identifiées, des effets cascade documentés par les données des six premiers mois de **2026**. Ce n'est pas de la maladresse diplomatique. C'est de la stratégie.

La réponse doit être à la hauteur. Non pas dans la rhétorique, non pas dans les déclarations d'indignation, mais dans l'action concrète : diversification des chaînes d'approvisionnement, coordination entre alliés sur les contrôles d'exportation à double usage, investissements dans des sources alternatives de terres rares et de composants critiques. Ces actions prennent du temps. Il est urgent de les commencer — ou de les accélérer. Parce que la **Chine**, elle, n'attend pas.

### La cohérence d'une menace que l'Occident préfère encore sous-estimer

La **Chine** est la plus grande menace stratégique pour l'**Occident** — et non la seule. La **Russie**, l'**Iran** et la **Corée du Nord** constituent des menaces réelles et documentées. Mais la **Chine** est unique dans sa capacité à combiner puissance économique, militaire, technologique et normative en une stratégie cohérente de remise en cause de l'ordre libéral international. Le blacklist japonais est une petite pièce de cette stratégie. Et les petites pièces, accumulées, font de grandes structures.

Nous avons encore le choix de comprendre ce qui se passe avant qu'il soit trop tard. La liste du **29 juin 2026** est une occasion de plus de faire ce choix.

*Je ne me réjouis pas d'écrire cet essai. Je préférerais un monde où la Chine et le Japon — deux civilisations extraordinaires — construisent ensemble plutôt que de se menacer mutuellement. Mais je vis dans le monde réel. Et dans ce monde, regarder la réalité en face est la première obligation du chroniqueur et du citoyen.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Reuters — China's commerce ministry adds 20 Japanese entities to export control list — 29 juin 2026](https://www.reuters.com/world/asia-pacific/chinas-commerce-ministry-adds-20-japanese-entities-export-control-list-2026-06-29/)

- [CNBC — China Japan export controls watch list defense entities — 29 juin 2026](https://www.cnbc.com/2026/06/29/china-japan-export-controls-watch-list-defense-entities.html)

- [Al Jazeera — China slaps export controls on dozens of Japanese entities — 29 juin 2026](https://www.aljazeera.com/economy/2026/6/29/china-slaps-export-controls-on-dozens-of-japanese-entities)

### Sources secondaires

- [The Straits Times — China adds 20 Japanese entities to export blacklist — 29 juin 2026](https://www.straitstimes.com/asia/east-asia/china-adds-20-japanese-entities-to-export-blacklist)

- [The Hindu — China imposes export controls on 40 Japanese entities as tensions with Tokyo rise — 29 juin 2026](https://www.thehindu.com/news/international/china-imposes-export-controls-on-40-japanese-entities-as-tensions-with-tokyo-rise/article71160490.ece)

- [George Chen Substack — Export Controls as Strategy: Beijing's Playbook — juin 2026](https://georgechen.substack.com/p/export-controls-as-strategy-beijing)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/essai-pekin-blackliste-le-japon-quand-les-terres-rares-deviennent-une-arme-de-de
