# ENQUÊTE : Ormuz après 60 jours — l'Iran veut des péages, Rubio dit non

> Le détroit d'Ormuz est l'un des points de passage maritime les plus stratégiques de la planète. Large d'environ 33 kilomètres en son point le plus étroit entre la péninsule d'Arabie et le territoire iranien, ce corridor maritime concentre environ un cinquième du commerce mondial

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Enquête
- Publié: 2026-06-24
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/enquete-ormuz-apres-60-jours-l-iran-veut-des-peages-rubio-dit-non

## Introduction : Le détroit qui fait trembler l'économie mondiale

### Un bras de mer, une fracture de fond

Le **détroit d'Ormuz** est l'un des points de passage maritime les plus stratégiques de la planète. Large d'environ **33** kilomètres en son point le plus étroit entre la péninsule d'Arabie et le territoire iranien, ce corridor maritime concentre environ **un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié**. Pendant plus de trois mois, de fin février à la mi-juin **2026**, l'**Iran** avait bloqué ou sévèrement restreint ce transit, provoquant une crise énergétique globale dont les effets ont été ressentis depuis les stations-service de l'Iowa jusqu'aux usines d'Asie du Sud-Est. La signature du MoU le **17** juin a rouvert ce corridor. Mais la question de qui contrôle ce détroit — et à quel coût — est devenue la ligne de fracture la plus dangereuse de l'après-accord.

Le mémorandum d'entente du **17** juin **2026** prévoyait explicitement la réouverture du détroit d'**Ormuz** avec **passage gratuit pour tous les navires commerciaux pendant une période initiale de 60 jours**. Après ces **60** jours, le texte prévoit que l'**Iran** et les nations côtières du Golfe — notamment Oman — négocieront « l'avenir de l'administration et des services maritimes dans le détroit d'**Ormuz** », conformément au droit international applicable. Cette formulation, délibérément ambiguë, a été interprétée par l'**Iran** comme ouvrant la porte à des frais de transit après les **60** jours. Les **États-Unis** et le secrétaire d'État Marco Rubio ont une lecture radicalement différente.

### Rubio à Abu Dhabi : une ligne rouge tracée publiquement

Le **23 juin 2026**, lors d'une conférence de presse à Abu Dhabi en marge d'une tournée dans les pays du Golfe, le secrétaire d'État américain **Marco Rubio** a tracé une ligne rouge publique et sans équivoque : « C'est une voie maritime internationale. Aucun pays n'est autorisé à percevoir des droits de péage ou des frais sur une voie maritime internationale. C'est le droit international existant. C'est ainsi que cela fonctionne pour les voies maritimes internationales dans le monde entier, et c'est ce que nous attendons ici. » Cette déclaration, rapportée par The Guardian du **23** juin, The National du **24** juin et de nombreux autres médias, représentait la position officielle la plus ferme de **Washington** sur cette question depuis la signature du MoU.

La réaction iranienne ne s'est pas fait attendre. Le **24 juin**, l'**Iran** et Oman ont publié une déclaration conjointe annonçant la création d'un groupe de travail pour « étudier l'administration du détroit d'**Ormuz** et les coûts à facturer pour les services », selon Times of Israel du **24** juin. Ce groupe de travail, présenté comme une initiative d'études et de planification, était en réalité un signal politique clair : **Téhéran** n'avait pas renoncé à la perspective de percevoir des frais à long terme, et cherchait à construire une coalition régionale avec Oman pour légitimer cette position.

*Un détroit de 33 kilomètres. Et autour de lui, une guerre de définitions — un détroit « international » pour Rubio et le droit de la mer, un « territoire souverain » dont l'Iran veut une compensation économique. Ces deux positions ne sont pas simplement différentes. Elles sont incompatibles. Et cette incompatibilité sera, selon moi, l'une des questions les plus explosives des 60 jours de négociation — peut-être plus compliquée encore que le nucléaire, parce qu'elle touche directement à la souveraineté iranienne et aux intérêts économiques de toutes les puissances qui dépendent de ce corridor.*

## Ce que dit le droit international : la Convention UNCLOS

### Le cadre juridique du transit dans les détroits

Le droit international sur le transit dans les détroits est principalement défini par la **Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS)**, adoptée en **1982**. L'article **38** de l'**UNCLOS** établit le principe du « droit de transit » dans les détroits utilisés pour la navigation internationale : tous les navires — commerciaux et militaires — ont le droit de transit dans de tels détroits, sans interruption et sans entrave. Ce droit est distinct du droit de passage inoffensif applicable dans les eaux territoriales ; il est plus fort, plus absolu, et ne permet pas à l'État côtier de subordonner ce transit à une autorisation préalable ni à des frais.

L'**UNCLOS** ne stipule pas explicitement que les États côtiers ne peuvent pas facturer des « services » — pilotage, surveillance environnementale, services d'urgence — pour les navires en transit. Cette nuance juridique est précisément la porte d'entrée qu'utilisent l'**Iran** et Oman dans leur déclaration du **24** juin : parler de « coûts pour les services » plutôt que de « frais de transit ». La distinction est subtile, mais elle a une importance juridique réelle. Rubio, en répondant que « aucun pays n'est autorisé à percevoir des frais ou des droits de péage sur une voie maritime internationale », a utilisé un langage qui couvre les frais directs de transit — mais qui pourrait être contesté si l'**Iran** reformule sa demande comme des frais de services spécifiques.

### L'Iran n'a pas ratifié l'UNCLOS

Un détail juridique d'importance : **l'Iran n'a pas ratifié l'UNCLOS**. **Téhéran** considère que le droit de transit dans le détroit d'**Ormuz** est régi par des accords bilatéraux et par le principe de **souveraineté** nationale sur les eaux territoriales iraniennes et omanaises que traverse la route de navigation. Cette non-ratification n'est pas anodine : elle permet à l'**Iran** de contester l'application directe des articles de l'**UNCLOS** à sa situation, et de revendiquer un régime juridique différent fondé sur sa **souveraineté** côtière.

Les **États-Unis**, de leur côté, n'ont pas non plus ratifié l'**UNCLOS** — mais ils en appliquent les principes comme droit coutumier international. Cette double non-ratification signifie que le différend sur les péages d'**Ormuz** se joue dans un espace juridique international partiellement non défini — ce qui avantage la partie qui préfère l'ambiguïté. Et dans les négociations actuelles, l'**Iran** est le pays qui a intérêt à maintenir l'ambiguïté sur ses droits à long terme sur le détroit.

*L'Iran n'a pas signé l'UNCLOS. Les États-Unis non plus. Et les deux pays se disputent publiquement sur les droits dans un détroit dont le régime juridique est partiellement défini par une convention que ni l'un ni l'autre n'a ratifiée. Si cette situation était un examen de droit international, elle obtiendrait la mention « complexité maximale ». Dans la réalité géopolitique, elle signifie que la question des péages d'Ormuz ne se résoudra pas dans les traités — elle se résoudra dans les rapports de force. Et les rapports de force dans un détroit de 33 kilomètres, ce sont des navires de guerre américains et des mines iraniennes.*

## Les mines iraniennes : Rubio l'avait dit en juin

### La déclaration du 2 juin 2026

Le **2 juin 2026**, témoignant devant la commission des Relations étrangères du **Sénat**, Marco Rubio avait révélé que l'**Iran** avait **miné « de larges segments » du détroit d'Ormuz**. Sa déclaration exacte, rapportée par **CNBC** du **2** juin **2026** : « Ils tirent sur des navires et ont miné des segments d'**Ormuz** — des eaux internationales. Ce qu'ils font est illégal. » Cette révélation a souligné que la **menace** iranienne sur le détroit ne se limitait pas à un blocus passif, mais impliquait une action militaire active — le mouillage de mines — dans des eaux que le droit international qualifie d'internationales.

La présence de mines dans le détroit pose une question opérationnelle importante : qui procédera au déminage, et sur quel calendrier ? Le MoU du **17** juin ne mentionne pas explicitement les mines. Il stipule que l'**Iran** « prendra des mesures utilisant tous ses efforts » pour assurer le passage sécurisé des navires commerciaux — une formulation vague qui pourrait inclure ou exclure le déminage selon l'interprétation retenue. Rubio avait précisé en juin que tout accord devait inclure l'engagement de l'**Iran** à « ne pas facturer de frais de transit, ne pas attaquer des navires commerciaux, et aider au retrait des mines qu'il a placées ».

### L'état du déminage au 24 juin 2026

Au moment de la rédaction de cet article, aucun communiqué officiel ne confirme que des opérations de déminage systématiques sont en cours dans le détroit d'**Ormuz**. Le trafic maritime a repris et s'est intensifié — selon MarineTraffic cité par **Iran** International du **23** juin, les traversées avaient presque triplé en une semaine. Mais la reprise du trafic n'implique pas nécessairement que les mines ont été retirées : les navires pourraient naviguer sur des routes balayées ou guidées par les autorités de transit iraniennes, sans que les champs de mines dans d'autres zones du détroit aient été éliminés.

Cette incertitude sur les mines représente un risque persistant pour la navigation commerciale dans le détroit. Un incident impliquant un navire civil — une mine qui explose, même accidentellement — pourrait déclencher une crise diplomatique et relancer une spirale d'**escalade** que le MoU avait précisément pour but d'éviter. La question du déminage devrait figurer en haut des priorités des négociations techniques des **60** jours. Elle semble être, à ce stade, traitée avec une discrétion qui ne reflète pas son urgence réelle.

*Des mines dans un détroit où 93 navires ont transitéla semaine du 19-21 juin. Je dis cela clairement parce que les communiqués diplomatiques le disent en langage de coton : « mesures pour assurer le passage sécurisé ». Mais des mines ne se désamorcent pas avec des mémorandums d'entente. Elles se désamorcent avec des plongeurs, des dragueurs de mines, des coordonnées GPS précises et la coopération de celui qui les a posées. Est-ce que l'Iran coopère au déminage ? Est-ce que les opérations sont en cours ? Je ne le sais pas avec certitude — et c'est précisément le problème.*

## L'initiative Iran-Oman : défi au droit international ou diplomatie créative ?

### La déclaration conjointe du 24 juin

La déclaration conjointe iraniano-omanaise du **24 juin 2026** a été publiée après une rencontre à Mascate entre le président du Parlement iranien **Mohammad Bagher Ghalibaf**, le ministre iranien des Affaires étrangères **Abbas Araghchi**, le sultan Haitham d'Oman, et le ministre omanais des Affaires étrangères **Badr Al Busaidi**. Selon Times of Israel du **24** juin, la déclaration annonçait que les deux pays « étudieraient l'administration de la route commerciale et les coûts à facturer pour les services, en insistant sur leur **souveraineté** sur le détroit ».

La formulation est calculée : elle parle de « **souveraineté** » (qui est réelle — les deux pays ont des eaux territoriales qui se chevauchent dans le détroit), elle parle de « services » plutôt que de « transit », et elle cadre l'initiative comme une étude préliminaire plutôt qu'une décision finale. Ces choix de langage sont conçus pour résister aux objections juridiques américaines tout en signalant clairement l'intention politique : **Téhéran** prépare le terrain pour des frais de transit après les **60** jours, et construit un front commun avec Oman pour lui donner une légitimité régionale.

### Oman comme acteur clé

**Oman** occupe une position unique dans cette configuration. Le Sultanat est l'un des États du Golfe les plus proches diplomatiquement de l'**Iran** — il a servi d'intermédiaire dans plusieurs crises précédentes, notamment dans les négociations secrètes qui ont précédé l'accord **nucléaire** de **2015**. Oman partage la rive sud du détroit d'**Ormuz** avec l'**Iran** et a des intérêts économiques directs dans toute discussion sur le régime de gouvernance du corridor maritime. Sa participation à cette initiative avec **Téhéran** donne à la position iranienne sur les péages une légitimité régionale qu'elle n'aurait pas si l'**Iran** agissait seul.

Mais Oman est aussi membre du Conseil de coopération du Golfe (**CCG**) et entretient des relations étroites avec les **États-Unis**. Sa position de médiateur habituel lui confère un intérêt à ne pas être perçu comme prenant parti contre **Washington**. La déclaration conjointe du **24** juin, en parlant de « services » plutôt que de « péages », offre à Mascate une couverture politique : Oman peut soutenir la position iranienne sans se heurter directement à la ligne rouge américaine sur les « frais de transit ». C'est de la diplomatie sur le fil du rasoir.

*Oman est le pays pivot de cette affaire. Il fait des affaires avec tout le monde — avec l'Iran, avec les États-Unis, avec les États du Golfe. Sa participation à la déclaration du 24 juin n'est pas un acte hostile à Washington. C'est un acte de positionnement calculé pour s'assurer une place à la table de la future négociation sur l'Ormuz. Mascate sait qu'un accord sur le détroit qui ignore les droits souverains d'Oman serait inacceptable pour le Sultanat. Ce mouvement, aussi, mérite d'être compris pour ce qu'il est : de la protection d'intérêts nationaux, pas de la complicité avec Téhéran.*

## La position des États du Golfe : otages d'une négociation qu'ils ne contrôlent pas

### Arabie Saoudite et Émirats : une exposition maximale

L'**Arabie Saoudite** et les **Émirats arabes unis** sont les pays qui ont le plus à perdre si le régime de gouvernance d'**Ormuz** se dégrade. Leurs exportations de pétrole transitent massivement par ce corridor. Si l'**Iran** venait à imposer des frais de transit — même modestes — ou des procédures d'autorisation préalable pesantes, le coût pour leurs exportations et pour la viabilité de leurs modèles économiques dépendants des hydrocarbures serait considérable. Ces deux pays ont donc un intérêt direct et immédiat à ce que la position de Rubio — pas de frais, jamais — soit préservée dans l'accord final.

Mais les États du Golfe sont aussi dans la position inconfortable d'être les financeurs potentiels du fonds de reconstruction iranien de **300 milliards** évoqué dans le MoU. Si ce fonds est perçu à Riyad et Abu Dhabi comme finançant les capacités militaires iraniennes futures — **missiles**, proxies régionaux — leur enthousiasme sera proportionnellement limité. La visite de Rubio dans la région le **23** juin avait précisément pour but de rassurer les partenaires du Golfe sur ces deux points : pas de frais à **Ormuz**, et le fonds de **300 milliards** conditionné au comportement iranien. Ces deux engagements verbaux sont nécessaires mais pas suffisants pour les capitales de la région.

### Les pipelines de rechange et les limites de la diversification

Dans les années précédant la **guerre** de **2026**, des projets de pipelines alternatifs avaient été développés précisément pour réduire la dépendance au détroit d'**Ormuz**. L'Arabie Saoudite dispose du pipeline **Petroline (East-West Pipeline)**, capable de transporter une partie du pétrole saoudien vers la mer Rouge et la côte méditerranéenne sans passer par **Ormuz**. Les Émirats ont construit le pipeline **Abu Dhabi Crude Oil Pipeline (ADCOP)**, qui permet d'exporter du pétrole via le port de Fujairah sur la côte de l'Océan Indien.

Mais ces alternatives ont des capacités limitées qui couvrent seulement une partie des exportations de la région. Le pétrole koweïtien, le gaz qatari, le pétrole irakien — ils n'ont pas d'alternatives comparables et dépendent entièrement du transit par **Ormuz**. Ce qui signifie que même si l'Arabie Saoudite et les Émirats peuvent théoriquement contourner le détroit pour une partie de leurs exportations, le reste de la région reste structurellement otage de la volonté iranienne sur ce corridor. Cette réalité géographique irréductible donne à **Téhéran** un levier de négociation permanent que ni le MoU ni les négociations des **60** jours ne pourront éliminer.

*La géographie ne se négocie pas. L'Ormuz est où il est. L'Iran est de quel côté il est. Et cette réalité physique — un détroit de 33 kilomètres entre deux côtes dont l'une appartient à l'Iran — est le fondement de tout levier iranien dans cette négociation. Aucun accord diplomatique ne peut changer la géographie. Ce que les négociateurs peuvent faire, c'est créer des règles et des mécanismes d'application suffisamment robustes pour que l'Iran n'ait pas intérêt à exploiter ce levier géographique. Si ces règles sont vagues — comme dans le MoU actuel — la géographie gagne. Toujours.*

## La menace des frais : chiffres et implications économiques

### Quel serait le coût réel de péages dans le détroit ?

L'**Iran** n'a pas publié de tarifs officiels pour d'éventuels frais de transit dans le détroit d'**Ormuz**. Mais des estimations circulent parmi les experts maritimes sur ce que des frais « pour services » pourraient représenter. Un système de frais basé sur le tonnage des navires — similaire à ce qui existe pour d'autres canaux maritimes comme Suez ou Panama — pourrait rapporter à l'**Iran** entre **1 et 5 milliards de dollars par an**, selon les taux appliqués et les volumes de trafic. Ces estimations sont agrégées et leur source précise n'est pas établie — mais elles illustrent l'enjeu économique potentiel.

Pour les pays exportateurs de pétrole du Golfe, l'implication de tels frais serait directe : une augmentation des coûts d'exportation qui se répercuterait soit sur les profits des entreprises pétrolières, soit sur les prix du pétrole pour les consommateurs finals, soit sur les deux. Pour les pays importateurs — **Europe**, Asie — le coût se traduirait par une légère hausse du prix du baril intégrée dans les contrats à terme. Ces effets ne seraient pas catastrophiques à des niveaux modérés, mais ils constitueraient un avantage économique direct pour l'**Iran** et une fuite de revenus permanente pour les exportateurs du Golfe — qui, rappelons-le, sont les financeurs potentiels du fonds de **300 milliards** pour reconstruire l'**Iran**.

### La précédente expérience du Canal de Suez

La question des frais dans le détroit d'**Ormuz** évoque inévitablement la crise de Suez de **1956**, lorsque l'Égypte de **Nasser** avait nationalisé le Canal de Suez — propriété jusqu'alors d'une compagnie franco-britannique — et avait revendiqué le droit de percevoir les frais de transit. La crise avait conduit à une intervention militaire franco-britannique, une humiliation diplomatique pour les deux pays, et finalement à la reconnaissance internationale du droit égyptien à percevoir les frais du canal. La comparaison n'est pas parfaite — le détroit d'**Ormuz** est géologiquement et juridiquement différent du canal de Suez — mais elle illustre comment une dispute sur les frais dans un corridor maritime peut mener à une crise diplomatique majeure.

La différence fondamentale avec Suez est que le Canal de Suez est un canal artificiel construit et administré par l'Égypte, ce qui donne à ce pays des droits de propriété et d'administration plus clairs. Le détroit d'**Ormuz** est un corridor naturel dont les rives appartiennent à l'**Iran** et à Oman, mais qui est considéré par le droit international comme une voie de transit international. Cette distinction juridique est essentielle — et c'est exactement elle qui est au cœur du différend Rubio-**Téhéran** du **23**-**24** juin.

*L'Iran regarde Suez et pense : « Nasser a réussi. » L'Occident regarde Suez et pense : « On n'a pas voulu recommencer la même erreur. » Ces deux lectures parallèles de l'histoire nourrissent le différend actuel. Et si l'Iran réussit à imposer même une forme limitée de frais « pour services » dans le détroit, ce sera perçu à Téhéran comme une victoire comparable à celle de Nasser sur Suez. Avec toutes les incitations que cela créerait pour d'autres acteurs régionaux de tenter des approches similaires.*

## La doctrine de la liberté de navigation américaine : une posture centrale

### Ce que les États-Unis défendent et pourquoi

La liberté de navigation — le droit pour les navires militaires et commerciaux de transiter librement dans les eaux internationales — est l'une des priorités de politique étrangère les plus constantes des **États-Unis**, tous présidents et tous partis confondus. Elle sous-tend la projection de puissance militaire américaine (les porte-avions doivent pouvoir naviguer partout), les intérêts économiques américains (les exportations et importations américaines dépendent des routes maritimes libres), et l'ordre international libéral que **Washington** a contribué à construire après **1945**.

La position de Rubio sur **Ormuz** s'inscrit dans cette doctrine de longue date. « Aucun pays n'est autorisé à percevoir des droits de péage sur une voie maritime internationale » n'est pas seulement une position sur l'**Iran** en **2026** — c'est une affirmation de principe qui s'applique à tous les détroits du monde. Toute exception accordée à l'**Iran** créerait un précédent que d'autres pays pourraient invoquer : la Turquie sur le Bosphore, la **Chine** sur la mer du Sud de la **Chine**, d'autres sur d'autres détroits stratégiques. La **défense** de la liberté de navigation est, dans cette perspective, bien plus large que le seul cas iranien.

### Les opérations de liberté de navigation et leurs limites

Depuis des décennies, la Marine américaine conduit des **« Freedom of Navigation Operations » (FONOPS)** — des transits délibérés dans des zones revendiquées par d'autres États pour contester ces revendications et maintenir le principe de liberté de navigation. Ces opérations, couramment pratiquées en mer de **Chine** méridionale face aux revendications chinoises, pourraient théoriquement être utilisées dans le détroit d'**Ormuz** si l'**Iran** tentait d'imposer des procédures d'autorisation ou des frais pour les navires militaires américains.

Mais une **FONOP** dans le détroit d'**Ormuz** en pleine négociation avec l'**Iran** — pendant les **60** jours du MoU — aurait un coût diplomatique considérable. Elle pourrait être perçue comme une provocation, relancer les tensions, et mettre en péril un processus de paix fragile. Ce dilemme entre **défense** des principes et pragmatisme diplomatique est celui que Rubio doit naviguer : il peut tracer une ligne rouge verbale sur les péages, mais il ne peut pas nécessairement l'appliquer militairement sans risquer de faire dérailler l'accord qu'il est en train de négocier.

*Il y a une limite à ce que les lignes rouges verbales peuvent faire. Rubio peut dire « jamais de frais à Ormuz » aussi fort et aussi souvent qu'il veut. Mais si l'accord final ne contient pas de mécanisme contraignant pour empêcher ces frais — avec des conséquences automatiques en cas d'imposition, pas seulement des déclarations politiques — alors la ligne rouge est en carton. Et l'Iran, qui a passé 40 ans à tester les limites des lignes rouges américaines, le sait mieux que personne.*

## L'autorité iranienne sur le détroit et ses nouvelles règles

### La Persian Gulf Strait Authority

Après la signature du MoU, l'**Iran** a annoncé la création d'une **Persian Gulf Strait Authority** — une nouvelle entité gouvernementale chargée de superviser le trafic dans le détroit d'**Ormuz**. Cette autorité, mentionnée par **NBC** News du **19** juin, avait publié de nouvelles directives : les navires souhaitant transiter devaient soumettre leur demande **48 heures à l'avance**. L'autorité précisait que « pendant 60 jours, aucun frais ne sera prélevé des demandeurs » — une formulation qui établissait clairement que les frais étaient une option après les 60 jours.

La création de cette autorité est un développement institutionnel significatif. En établissant une bureaucratie dédiée à la gestion du transit dans le détroit, l'Iran crée une infrastructure administrative qui préfigure un régime de contrôle à long terme. Les bureaucraties, une fois créées, tendent à persister et à chercher à étendre leur mandat. La Persian Gulf Strait Authority est, dans cette lecture, non pas seulement un mécanisme opérationnel temporaire, mais une institution politique destinée à assoir la légitimité du contrôle iranien sur le passage dans le long terme.

### L'exigence d'autorisation préalable et ses implications

La règle des **48 heures de préavis** pour les navires souhaitant transiter est, en elle-même, une limitation du droit de passage libre qui existait avant la guerre. Avant le conflit de 2026, les navires commerciaux pouvaient transiter dans le détroit sans demande d'autorisation préalable — c'était la nature même du « droit de transit » prévu par l'UNCLOS. L'introduction d'une procédure de demande préalable — même si elle est actuellement gratuite et semble être accordée systématiquement — constitue un changement de régime.

Ce changement n'a pas été contesté publiquement par Rubio dans sa déclaration du 23 juin — qui portait sur les frais, pas sur les procédures d'autorisation. Cette nuance est importante : si l'exigence d'autorisation préalable s'institutionnalise et devient permanente après les 60 jours, l'Iran aura réussi à établir un contrôle procédural sur le détroit même sans percevoir de frais nominaux. Ce contrôle procédural — la capacité de retarder, refuser ou conditionner le transit — est une forme de pouvoir sur le passage qui va au-delà des simples redevances financières.

*La Persian Gulf Strait Authority. Une autorité. Un délai de 48 heures. Des formulaires à remplir. Ce n'est pas une taxe. C'est quelque chose de plus subtil : de la bureaucratie souveraine. Et la bureaucratie souveraine, une fois établie, a sa propre logique d'expansion. Aujourd'hui, 48 heures de préavis, gratuit. Dans six mois, 72 heures, avec des frais d'étude de dossier. Dans un an, des refus conditionnels pour certains pavillons. Ce scénario n'est pas inévitable. Mais il est possible. Et personne dans les communiqués diplomatiques n'en parle.*

## Les intérêts en jeu : l'Asie, l'Europe, et la sécurité mondiale

### La Chine et le Japon face au détroit

Les pays asiatiques sont parmi les plus grands importateurs de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitant par le détroit d'Ormuz. La **Chine** importe environ **40 % de son pétrole** via Ormuz. Le **Japon** et la **Corée du Sud** dépendent massivement du GNL qatari et du pétrole saoudien qui transitent par ce corridor. Ces trois pays ont donc un intérêt direct et massif dans le régime de gouvernance du détroit après les 60 jours. Pourtant, ils ne sont pas parties prenantes aux négociations entre les États-Unis et l'Iran — leurs intérêts sont représentés indirectement par Washington ou par les États du Golfe, pas directement.

Cette absence des grands consommateurs asiatiques à la table de négociation est une lacune structurelle du processus actuel. Si l'Iran impose des frais « pour services » après les 60 jours, ce sont Tokyo, Séoul et Pékin qui les paieront en partie — mais ils n'ont pas voix au chapitre dans les négociations qui détermineront si ces frais existent ou non. Cette configuration renforce le levier iranien : Téhéran peut menacer de facturer des frais à des pays qui ne peuvent pas s'opposer directement à lui, en sachant que leur dépendance crée une pression sur Washington pour accepter un compromis plutôt que de risquer une rupture.

### L'Europe et la diversification énergétique

L'**Europe**, qui avait massivement réduit sa dépendance au gaz russe après 2022, s'était tournée vers les terminaux de GNL du Golfe — notamment du Qatar, dont les exportations transitent par Ormuz — comme alternative principale. Le blocage du détroit pendant plus de trois mois avait gravement affecté les importations européennes de GNL, contribuant à la hausse des prix de l'énergie sur le continent. La réouverture du détroit est donc un soulagement direct pour les économies européennes.

Un régime de frais permanent dans le détroit représenterait pour l'Europe une augmentation structurelle du coût de son approvisionnement énergétique — venant s'ajouter aux coûts de la transition énergétique et de la reconstruction de la défense. Cette dimension européenne n'est pas suffisamment présente dans les débats américano-iraniens sur l'Ormuz, mais elle devrait être intégrée dans toute discussion sur le régime de gouvernance à long terme du détroit. L'Europe a un intérêt objectif à soutenir la position américaine de Rubio sur l'absence de frais — et pourrait exercer une pression diplomatique supplémentaire dans ce sens si elle choisit de s'engager activement dans ce dossier.

*L'Europe dépend de ce détroit depuis qu'elle a tourné le dos au gaz russe. Et pourtant, l'Europe n'est pas à la table des négociations sur son avenir. Washington négocie, Téhéran négocie, Oman fait des déclarations — et les capitales européennes regardent en espérant que le résultat protégera leurs intérêts énergétiques. C'est un peu comme participer à une partie de poker où quelqu'un d'autre joue vos cartes à votre place. Ça peut marcher. Ça peut aussi très mal tourner. Et si ça tourne mal, les factures de chauffage des ménages européens en paieront le prix.*

## Le scénario après 60 jours : trois possibilités

### Scénario 1 : accord solide sur la liberté de navigation

Dans le meilleur scénario, les négociations des 60 jours aboutissent à une disposition claire, juridiquement contraignante, et incluse dans un accord final entériné par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU : le détroit d'Ormuz est défini comme une voie de transit international, le droit de transit est garanti sans frais ni procédure d'autorisation préalable, et tout État cherchant à modifier ce régime doit obtenir l'accord de l'ensemble de la communauté internationale. Dans ce scénario, la Persian Gulf Strait Authority serait dissoute ou cantonnée à des fonctions de service maritime (aide à la navigation, services d'urgence) sans pouvoir de contrôle sur le transit.

Ce scénario est théoriquement possible mais politiquement difficile pour l'Iran : il exigerait de Téhéran de renoncer explicitement à un levier de négociation permanent. L'Iran devrait être convaincu que les avantages de cet accord — levée des sanctions, fonds de reconstruction, normalisation économique — valent plus que le levier géographique d'Ormuz. Cette équation est possible, mais elle nécessite une pression diplomatique américaine soutenue et cohérente, des garanties économiques attractives pour Téhéran, et un soutien régional et international à la position américaine.

### Scénario 2 : ambiguïté perpétuée — le statu quo dangereux

Dans un deuxième scénario, les négociations des 60 jours aboutissent à un accord final dont la disposition sur l'Ormuz reproduit l'ambiguïté du MoU actuel : des formulations vagues sur la « libre navigation » et les « droits souverains » qui permettent à chaque partie d'interpréter le texte à sa façon. L'Iran maintient sa Persian Gulf Strait Authority, continue à exiger des préavis de 48 heures, et commence à facturer des frais « pour services » que Rubio conteste comme illégaux mais ne peut pas empêcher sans risquer la rupture de l'accord global.

Ce scénario — le plus probable dans une négociation où les deux parties veulent signer un accord mais ne s'entendent pas sur les termes fondamentaux — perpétuerait une tension permanente sur le détroit. Chaque incident maritime, chaque tentative de collecte de frais, chaque procédure d'autorisation refusée serait un point de friction potentiel pouvant dégénérer en crise. Ce serait une « paix » selon la définition minimale du terme — absence de frappes aériennes — mais ce ne serait pas une résolution du problème structurel.

### Scénario 3 : rupture et retour à la crise

Dans le pire scénario, le différend sur l'Ormuz fait partie d'un ensemble de désaccords — nucléaire, inspections, missiles — qui s'accumulent jusqu'à faire éclater les négociations. L'Iran impose des frais, Washington considère cela comme une violation du MoU, Trump menace de « repartir bombarder » comme il l'a dit le 17 juin, et la spirale de l'escalade repart. Ce scénario est improbable dans le court terme — les deux parties ont des incitations économiques et politiques puissantes à maintenir le processus — mais il reste possible si les lignes rouges des deux côtés sont franchies sans mécanisme de désescalade disponible.

La prévention de ce scénario exige précisément ce que le MoU actuel ne fournit pas : des mécanismes de résolution des différends clairs, des lignes de communication directes entre les parties (au-delà de la « ligne de déconfliction » établie en Suisse), et une définition précise des comportements qui constitueraient une violation de l'accord susceptible de déclencher des conséquences prédéfinies. Sans ces mécanismes, l'accord repose sur la bonne volonté continue des deux parties — une fondation insuffisante pour une paix durable.

*Trois scénarios. L'accord solide, le flou dangereux, la rupture. Et je ne sais pas lequel va se réaliser. Ce que je sais, c'est que le différend sur l'Ormuz ne sera pas résolu dans les premières semaines des 60 jours — il sera probablement renvoyé aux dernières 48 heures avant la date limite, comme dans toutes les grandes négociations. Et dans ces 48 heures, sous pression maximale, avec des positions publiquement établies que les deux parties ne peuvent pas abandonner sans perdre la face, les compromis seront douloureux. Si tant est qu'ils soient possibles.*

## Ce que Trump a dit à Rubio sur l'Ormuz

### Le tweet du 20 juin et sa portée

Le **20 juin 2026**, selon le New York Times du 22 juin, Trump avait publié sur les réseaux sociaux que les péages dans le détroit d'Ormuz « ne seraient pas autorisés — jamais, ni maintenant ni après les 60 jours, et ce texte les interdit ». Cette déclaration présidentielle directe, plus ferme encore que celle de Rubio, signifiait que la Maison-Blanche considérait déjà que le MoU du 17 juin interdisait implicitement les frais après les 60 jours — une lecture que l'Iran et Oman ont clairement rejetée par leur déclaration du 24 juin.

La contradiction entre la lecture américaine (les frais sont interdits par le MoU) et la lecture iraniano-omanaise (les frais après 60 jours sont ouverts à négociation) est documentée et publique. Cette contradiction n'a pas été résolue dans les pourparlers de Suisse du 20-22 juin, où la priorité était d'établir un cadre général et des lignes de communication. Elle sera donc au centre des prochaines rounds de négociation — et constituera l'un des tests les plus difficiles de la volonté des deux parties de parvenir à un accord substantiel plutôt que symbolique.

### La cohérence du message américain

La cohérence du message américain sur l'Ormuz — entre Trump sur les réseaux sociaux, Rubio lors de sa tournée du Golfe, et les équipes de négociation en Suisse — est un atout pour Washington dans cette négociation. Quand les trois niveaux de la hiérarchie américaine disent la même chose, le message est difficile à ignorer ou à redéfinir. Téhéran sait que cette fois, la ligne rouge américaine sur les péages est portée par l'ensemble de l'administration — ce n'est pas un propos isolé d'un sous-secrétaire d'État.

Ce que Washington ne peut pas encore mesurer, c'est la solidité de la position iranienne. Est-ce que la déclaration conjointe Iran-Oman du 24 juin est la position finale de Téhéran sur ce sujet, ou est-ce une ouverture tactique pour obtenir des concessions dans d'autres domaines en échange d'un abandon de la demande de frais ? La réponse à cette question déterminera en grande partie si les 60 jours aboutissent à un accord ou à une impasse. Et cette réponse ne sera connue qu'à la table de négociation — pas dans les communiqués de presse.

*Je pense souvent, dans les négociations complexes, que la vérité de ce qu'une partie veut vraiment n'apparaît pas dans ses premières déclarations publiques. Elle apparaît dans ses comportements quand la pression monte. Est-ce que l'Iran veut vraiment des frais dans l'Ormuz — au point de risquer l'échec de l'accord global — ou est-ce qu'il utilise cette demande comme monnaie d'échange pour obtenir autre chose ? Les 60 jours qui suivent répondront à cette question. Et cette réponse dira beaucoup sur la vraie nature des intentions iraniennes dans cette négociation.*

## Les mines, les marins et la responsabilité humanitaire

### Le déminage : une obligation non écrite mais urgente

Au-delà des questions économiques et diplomatiques, la présence de mines dans le détroit d'Ormuz constitue une menace humanitaire directe pour les marins civils qui y naviguent. Selon Rubio le 2 juin 2026, l'Iran avait miné « de larges segments » du détroit. Si ces mines n'ont pas toutes été désamorcées ou retirées — et aucune confirmation publique n'existe à ce sujet au 24 juin —, chaque navire civil qui traverse le détroit prend un risque réel et documenté.

La responsabilité humanitaire et légale pour les dommages causés par ces mines est une question ouverte. Si un pétrolier civil est endommagé ou coulé par une mine iranienne dans le détroit — même après la signature du MoU —, qui est responsable ? L'Iran, qui a posé les mines ? Washington, qui a accepté un accord qui ne garantit pas explicitement leur retrait ? Les compagnies maritimes qui ont décidé de reprendre le transit ? Cette question de responsabilité n'est pas théorique — elle pourrait devenir très concrète lors du premier incident maritime dans le détroit post-MoU.

### Le sort des 11 000 marins et la normalisation progressive

L'Organisation maritime internationale avait lancé une opération pour libérer environ **11 000 marins** bloqués dans le Golfe Persique depuis le début du conflit, selon Iran International du 23 juin. Ces marins, coincés dans une zone de guerre depuis des mois, représentent la dimension humaine la plus concrète de ce conflit. Leur libération progressive — liée à la réouverture du détroit — est l'un des accomplissements humains les plus directs du MoU du 17 juin.

Mais leur situation illustre aussi la vulnérabilité des travailleurs maritimes face aux crises géopolitiques. Ces 11 000 personnes n'ont pas choisi d'être prises en otages d'une guerre américano-iranienne. Ils se trouvaient là pour faire leur travail. L'absence de mention explicite de leur situation dans le MoU — et la lenteur de leur libération dans les jours suivant la signature — dit quelque chose sur les priorités qui gouvernent les négociations diplomatiques. Les chiffres de la production pétrolière et les positions sur les péages méritent des discussions dans des salles de conférence en Suisse. Les 11 000 marins, eux, attendaient à bord.

*Onze mille marins. Ce chiffre me revient souvent quand je pense à cet accord. Pas les 300 milliards, pas les 60 jours, pas les lignes rouges sur les péages. Onze mille travailleurs maritimes qui attendaient depuis des mois de savoir si leur vie avait de la valeur dans le calcul diplomatique de deux superpuissances. Et ce qui les a libérés, ce n'est pas la diplomatie de haute altitude — c'est que Washington et Téhéran avaient finalement plus d'intérêt à ouvrir le pétrole qu'à garder le détroit fermé. Pragmatisme, pas humanisme. Mais je prends.*

## Ce que Rubio n'a pas dit : les missiles iraniens

### L'angle mort stratégique

Dans toutes ses déclarations publiques lors de sa tournée du Golfe le 23-24 juin, Rubio a longuement développé la position américaine sur l'Ormuz. Ce qu'il n'a pas mentionné publiquement : les **missiles balistiques iraniens**. Le programme de missiles iranien — qui comprend des missiles capables d'atteindre Israël, les bases américaines dans la région, et potentiellement l'Europe du Sud — n'est pas mentionné dans le MoU du 17 juin. Les alliés du Golfe ont demandé à Rubio lors de sa tournée que cet aspect soit inclus dans les négociations de l'accord final.

L'absence des missiles iraniens du MoU est une décision politique — pas une omission accidentelle. Les négociateurs américains ont calculé que tenter d'inclure les missiles dans le texte aurait rendu l'accord impossible à signer pour l'Iran. C'est une concession pragmatique qui sera âprement défendue par Téhéran lors des 60 jours : l'Iran considère son programme de missiles comme un attribut de souveraineté nationale et une capacité de dissuasion non négociable. Pour les alliés du Golfe et pour Israël, cette omission est une lacune stratégique majeure qui rend tout accord insuffisant sur la sécurité régionale.

### La connexion entre Ormuz et les missiles

Il existe un lien stratégique direct entre la menace de fermer le détroit d'Ormuz et le programme de missiles iranien : les deux sont des instruments de dissuasion que l'Iran utilise pour maintenir son levier dans les négociations avec l'Occident. En acceptant de ne pas aborder les missiles dans le MoU, Washington a préservé le principal instrument de pression militaire régionale de Téhéran intacte. Si l'Iran perçoit que sa capacité de missile est menacée par les négociations futures, il peut utiliser la menace des péages d'Ormuz — ou la réouverture d'Ormuz — comme contre-poids. Ces deux instruments de pression se renforcent mutuellement.

Cette interconnexion des dossiers — Ormuz, missiles, nucléaire, inspections — signifie que les 60 jours de négociation ne peuvent pas traiter ces questions de façon isolée. Un progrès sur l'Ormuz peut n'être acceptable pour l'Iran que s'il est compensé par un recul américain sur les missiles. Un progrès sur le nucléaire peut n'être acceptable pour Téhéran que si l'Ormuz reste sous son contrôle. Cette interdépendance des dossiers est la réalité d'une négociation complexe — et elle rend toute évaluation d'un accord final aussi difficile pour l'observateur extérieur que pour les négociateurs eux-mêmes.

*Les missiles ne sont pas dans le MoU. La prochaine fois que l'Iran tirera un missile d'exercice — ou d'avertissement — en direction de la mer d'Arabie, il ne violera aucune disposition de cet accord. Parce qu'il n'y en a pas sur les missiles. Et si cela arrive pendant les 60 jours de négociation, Washington devra choisir entre protester (et fragiliser les pourparlers) et ignorer (et normaliser une menace persistante). Ce n'est pas un choix facile. C'est une lacune du MoU qui pourrait coûter cher.*

## Conclusion : le détroit ne se partage pas, il se négocie

### Le fond du problème reste entier

Le différend sur les péages dans le détroit d'Ormuz n'est pas une querelle sur 33 kilomètres de mer. C'est une querelle sur la souveraineté, l'influence économique, et le droit à utiliser la géographie comme instrument de politique étrangère. L'Iran considère le détroit comme un attribut de sa puissance régionale — un levier qui lui a permis de tenir tête à la première puissance militaire du monde pendant plus de trois mois en 2026. Renoncer à ce levier sans contrepartie substantielle serait, pour Téhéran, une concession stratégique majeure.

Washington, de son côté, ne peut pas accepter un régime de frais dans le détroit sans ouvrir une brèche dans la doctrine de liberté de navigation qui est le fondement de la projection de puissance américaine dans le monde. Si l'Iran peut facturer des frais à Ormuz, d'autres États invoqueront le précédent. La position de Rubio n'est donc pas seulement une question iranienne — c'est une défense de l'architecture globale de l'ordre maritime international.

*Entre ces deux positions — la souveraineté iranienne sur ses eaux et la liberté de navigation internationale — il y a un espace pour un accord. Cet espace existe parce que l'Iran a besoin des revenus pétroliers et de la levée des sanctions plus que des frais d'Ormuz, et Washington a besoin de la paix plus que de gagner chaque principe au maximum. La question est de savoir si les négociateurs vont trouver cet espace dans les 60 jours, ou si l'ambition de chaque partie de garder ses positions maximales rendra cet espace inaccessible. C'est la question centrale du détroit d'Ormuz pour les prochaines semaines.*

## Conclusion : 33 kilomètres qui tiennent l'économie mondiale en otage

### La résolution qui doit venir

Le détroit d'Ormuz sera l'un des tests les plus précis de la capacité des États-Unis et de l'Iran à transformer un mémorandum d'entente imparfait en une paix réelle. Si les deux parties trouvent un accord sur un régime de gouvernance clair, sans frais et avec des mécanismes de mise en application robustes, cela constituera une avancée concrète et mesurable pour la sécurité économique mondiale. Si elles échouent — si l'ambiguïté du MoU actuel se perpétue dans l'accord final — le monde vivra avec un détroit sous tension permanente, avec une Prime de risque géopolitique intégrée dans chaque baril de pétrole et chaque conteneur de gaz naturel liquéfié.

Rubio a dit « jamais de frais ». L'Iran a dit « nous étudions les services ». Quelque part entre ces deux positions, il faut trouver une formulation que les deux parties peuvent accepter publiquement et appliquent réellement. Trente-trois kilomètres de mer. Des milliards de dollars de commerce mondial. Et la question fondamentale de savoir si une voie maritime internationale peut être gouvernée par un seul pays au détriment de tous les autres. La réponse à cette question dépasse largement l'Iran. Elle définira les règles de l'ordre maritime mondial pour les décennies à venir.

*Je ne sais pas comment l'histoire d'Ormuz finit. Personne ne le sait au 24 juin 2026. Ce que je sais, c'est que 33 kilomètres de mer ont paralysé 20 % du commerce mondial d'énergie pendant trois mois — et qu'ils peuvent le faire à nouveau si l'accord qui se négocie maintenant échoue. Cette réalité physique et économique est le meilleur argument pour que les deux parties trouvent un accord solide. Pas les principes. Pas les lignes rouges verbales. L'interdépendance économique brute. Parce que l'Iran a besoin de vendre son pétrole autant que le monde a besoin de le recevoir. Et ce détroit est la seule route viable pour les deux. Parfois, les intérêts économiques font ce que la diplomatie ne peut pas.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

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Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

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**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

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### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [The Guardian — Rubio rencontre les alliés du Golfe face aux divisions sur l'accord de cessez-le-feu US-Iran — 23 juin 2026](https://www.theguardian.com/world/2026/jun/23/marco-rubio-gulf-allies-us-iran-ceasefire-deal)

- [The National — Rubio arrive aux Émirats avec une mise en garde ferme à l'Iran sur le détroit d'Ormuz — 24 juin 2026](https://www.thenationalnews.com/news/gulf/2026/06/24/rubio-uae-gulf-tour-iran-us-deal-strait-of-hormuz/)

- [Times of Israel — Rubio : l'Iran ne sera pas autorisé à percevoir des frais à Ormuz sous l'accord final — 24 juin 2026](https://www.timesofisrael.com/rubio-iran-will-not-be-allowed-to-charge-tolls-in-strait-of-hormuz-under-any-final-deal/)

- [CNBC — L'Iran a miné de larges segments du détroit d'Ormuz, dit Rubio — 2 juin 2026](https://www.cnbc.com/2026/06/02/iran-war-strait-hormuz-marco-rubio-mine.html)

### Sources secondaires

- [Iran International — L'Iran ne pourra pas imposer de péages à Ormuz sous un accord final, dit Rubio — 23 juin 2026](https://www.iranintl.com/en/202606235809)

- [New York Times — Première ronde des pourparlers US-Iran conclue, déclarent les médiateurs — 22 juin 2026](https://www.nytimes.com/live/2026/06/21/world/iran-us-trump-lebanon)

- [NBC News — Pourparlers US-Iran reportés ; Vance annule son voyage ; Israël frappe le Liban — 19 juin 2026](https://www.nbcnews.com/world/iran/us-iran-talks-postponed-vance-cancels-trip-israel-strikes-lebanon-rcna350830)

- [Al Jazeera — Les États-Unis et l'Iran s'accordent sur une feuille de route lors des pourparlers en Suisse — 22 juin 2026](https://www.aljazeera.com/news/2026/6/22/us-iran-agree-on-roadmap-towards-final-deal-in-switzerland-talks)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/enquete-ormuz-apres-60-jours-l-iran-veut-des-peages-rubio-dit-non
