# ENQUÊTE : Les missiles SCALP fabriqués en Ukraine — un deal Franco-Kyiv qui redessine la guerre

> Le 29 juin 2026, le ministre de la Défense ukrainien Mykhailo Fedorov a prononcé un mot qui n'avait jamais été prononcé dans

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Enquête
- Publié: 2026-07-01
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/enquete-les-missiles-scalp-fabriques-en-ukraine-un-deal-franco-kyiv-qui-redessin

## Introduction : Un accord qui dépasse les missiles

### Le mot « progrès » qui change tout

Le **29 juin 2026**, le ministre de la Défense ukrainien **Mykhailo Fedorov** a prononcé un mot qui n'avait jamais été prononcé dans ce contexte : « **progrès** ». Lors d'une conférence de presse commune avec son homologue danois **Jeppe Bruus**, Fedorov a confirmé que les négociations avec la **France** pour l'obtention de licences de production des missiles **SCALP** — les fameux missiles de croisière franco-britanniques à portée de **250 kilomètres** — avaient dépassé le stade des déclarations d'intention pour entrer dans une « **discussion plus détaillée** ». Ce n'est pas encore une signature. Mais c'est bien plus qu'une promesse.

Pour comprendre l'ampleur de ce que représente ce glissement diplomatique, il faut remonter au contexte. Depuis le début de la guerre à grande échelle en **février 2022**, l'**Ukraine** dépend des livraisons de missiles occidentaux pour frapper en profondeur les arrières russes. La **France** a fourni des **SCALP** depuis **juillet 2023**, quand le président **Emmanuel Macron** avait accepté à Vilnius lors du sommet de l'**OTAN** de les transférer directement à Kyiv. Mais des livraisons, ce n'est pas de la production autonome. Et la différence entre les deux pourrait changer l'issue de la guerre.

### Pourquoi la licence vaut plus que le missile

Une **licence de production** n'est pas un missile de plus dans un entrepôt ukrainien. C'est la capacité de fabriquer des missiles à l'infini — ou presque — sur sol ukrainien, indépendamment des aléas politiques dans les capitales occidentales, des délais de livraison, des décisions du **Congrès américain** ou du calendrier électoral français. C'est l'émancipation industrielle de l'**Ukraine** dans le domaine des armes de précision longue portée. C'est, en termes militaires, un changement de paradigme.

**Fedorov** l'a compris et l'a dit : « C'est sans précédent que cela ait même été annoncé, et que de telles conversations aient commencé. » Ce sous-entendu est capital. Avant le **G7 d'Évian-les-Bains** du **17 juin 2026**, aucun pays occidental n'acceptait formellement de discuter des licences de production avec l'Ukraine. Le tabou vient d'être brisé — et les **SCALP** sont en tête de liste.

*Je dois être honnête : je ne sais pas si cet accord se concrétisera. Les négociations sur la propriété intellectuelle dans le domaine de la défense peuvent traîner des années. Mais le fait même que Fedorov puisse dire « progrès » publiquement — sans se faire démentir par Paris — est en soi une victoire diplomatique considérable pour Zelensky.*

## Le missile SCALP : une arme qui a déjà prouvé son efficacité en Ukraine

### De Vilnius à Kyiv : l'histoire d'un transfert

En **juillet 2023**, lors du sommet de l'**OTAN à Vilnius**, le président **Macron** avait accepté de transférer directement des missiles **SCALP** à l'**Ukraine**. La décision avait fait l'effet d'une bombe politique — et d'une aide militaire concrète. Le **SCALP**, aussi connu sous le nom de **Storm Shadow** dans sa version britannique, est un missile de croisière air-sol à longue portée capable de voler en rase-mottes, de contourner les défenses aériennes et de frapper avec précision des cibles durcies à des distances allant jusqu'à **250 kilomètres**. L'Ukraine l'avait immédiatement utilisé contre des cibles militaires en **Crimée occupée** et dans les arrières russes.

Depuis lors, la **France** a continué de livrer des **SCALP** en quantité limitée — y compris un transfert de « presque 10 missiles supplémentaires » annoncé en **novembre 2024** par le ministre de la Défense français de l'époque. Ces livraisons ponctuelles ont une valeur opérationnelle, mais elles ont aussi une limite structurelle : elles dépendent de la volonté politique et du stock disponible du côté français. L'**Ukraine**, elle, a besoin d'une capacité de frappe durable, prévisible, non soumise aux humeurs des partenaires.

### Le contexte du G7 d'Évian : un tournant doctrinal

Le **17 juin 2026**, à l'issue du sommet du **G7 à Évian-les-Bains**, les dirigeants ont publié une déclaration commune qui constitue un glissement doctrinal majeur. « Nous sommes également prêts à envisager d'accorder à l'Ukraine le bénéfice de licences pour permettre une augmentation de la production militaire ukrainienne », indique la déclaration. Le chancelier allemand **Friedrich Merz** avait précisé : « Nous produisons tous actuellement trop peu, et cela peut être remédié en accordant des licences à des entreprises ayant ces capacités de production, y compris celles en Europe et en Ukraine. »

Ce n'est pas encore un engagement ferme. Le texte dit « **prêts à envisager** » — pas « nous accordons ». Un haut responsable européen anonyme avait précisé à l'époque : « Les États-Unis ont dit qu'ils allaient se pencher sur la question, mais il n'y a pas eu de décision. » Cependant, le fait que le **G7** ait acté cette discussion publiquement a ouvert une fenêtre que les Ukrainiens ont immédiatement et méthodiquement exploitée. **Fedorov** s'est précipité pour confirmer que les SCALP étaient déjà dans une « discussion plus détaillée » — bien avant les autres systèmes.

*« Prêts à envisager » — trois mots qui semblent timides, mais qui dans la langue diplomatique du G7, représentent un changement considérable. L'Occident accepte de débattre publiquement de ce qui était tabou il y a encore douze mois : armer industriellement l'Ukraine. Macron et Merz savent ce qu'ils font. Trump, lui, « a réagi positivement » selon Zelensky. Ce qui, dans le langage de Trump, peut vouloir dire beaucoup — ou rien du tout.*

## La conversation Macron-Zelensky : ce que « très bonne conversation » veut dire

### Les coulisses d'Évian-les-Bains

Lors du sommet du **G7**, une réunion bilatérale a eu lieu entre le président **Zelensky** et le président **Macron**. Les détails de cette rencontre n'ont pas été divulgués publiquement. Mais ce que **Fedorov** a confirmé le **29 juin** permet de reconstruire l'essentiel : « Je peux dire que lors de la visite de notre président en France, il y a eu une **très bonne conversation** avec **Macron** sur la possibilité de partager les licences pour les missiles **SCALP** avec notre pays, et maintenant la conversation continue à la fois avec le gouvernement et avec la compagnie à cet égard. » La compagnie en question, c'est **MBDA** — le fabricant européen des SCALP, qui avait par ailleurs signé en **juin 2026** un mémorandum d'entente avec la société ukrainienne **Ukrainian Armored Vehicles** pour développer des capacités de frappe en profondeur.

Zelensky n'était pas à Évian par hasard. Il est apparu dans la salle de la réunion plénière du **G7** assis entre **Macron** et **Trump** — une mise en scène diplomatique qui avait ses propres significations. Cette position physique traduisait une réalité politique : l'**Ukraine** est désormais au cœur de la table des négociations occidentales, pas à sa périphérie. Et les **SCALP** sont le symbole concret de ce que cette présence peut produire.

### L'obstacle de la propriété intellectuelle

Fedorov a été transparent sur les difficultés. Il s'agit d'« un **processus difficile** concernant la propriété intellectuelle, l'ouverture de la production et ainsi de suite. Il y a une certaine bureaucratie à cet égard. » La **propriété intellectuelle** dans le domaine de la défense est un sujet extrêmement sensible. Les technologies qui font la précision d'un missile comme le **SCALP** — son système de guidage terminal, son profil de vol en rase-mottes, sa charge utile — représentent des décennies d'investissements en recherche et développement de la part de **MBDA** et des gouvernements qui la financent. Accorder une licence, c'est accepter de partager ces technologies avec un pays partenaire — avec tous les risques de diffusion que cela implique.

L'Ukraine n'est pas un partenaire ordinaire. C'est un pays en guerre, sur le territoire duquel des infrastructures peuvent être bombardées à tout moment. La question de la **sécurisation des installations de production** sous licence est une vraie préoccupation. Mais c'est aussi, paradoxalement, une raison supplémentaire pour que l'accord se fasse rapidement : chaque mois de délai est un mois pendant lequel l'**Ukraine** reste dépendante de livraisons externes que la Russie tente constamment de perturber diplomatiquement.

*Je comprends les hésitations sur la propriété intellectuelle. Vraiment. Mais il y a quelque chose d'un peu absurde dans le fait de protéger des brevets quand un pays souverain se bat pour sa survie. La bureaucratie peut tuer autant que les missiles. Et dans ce cas précis, c'est la bureaucratie de l'Occident qui ralentit la capacité défensive d'une démocratie assiégée.*

## La stratégie ukrainienne de production : au-delà des SCALP

### L'initiative Brave France et les 23 millions d'euros

Les **SCALP** ne sont que la pointe émergée de l'iceberg. Le **17 juin 2026**, en marge du salon **Eurosatory 2026 à Paris**, les sociétés de défense françaises et ukrainiennes ont signé un accord pour recevoir **20 millions d'euros** (soit environ **23 millions de dollars**) dans le cadre de l'initiative **Brave France**, pour développer des missiles, des systèmes sans pilote et des technologies de contre-mesures aériennes. L'accord a été signé entre le directeur de l'**Agence française de l'innovation de défense (AID)**, **Patrick Aufort**, et la directrice opérationnelle de **Brave1**, **Iryna Zabolotna**, en présence de la ministre française des Forces armées **Catherine Vautrin**.

Les **10 millions d'euros** apportés par chaque côté, avec des subventions individuelles pouvant atteindre **1 million d'euros**, représentent un mécanisme concret de co-développement industriel. Le premier appel à candidatures est prévu pour **septembre 2026**. Ce n'est pas de l'aide humanitaire. C'est un partenariat d'affaires entre deux industries de défense — l'une des plus sophistiquées du monde, celle de la **France**, et l'une des plus innovantes en conditions de guerre, celle de l'**Ukraine**.

### MBDA, KNDS et le tournant industriel franco-ukrainien

Le mémorandum **MBDA-Ukrainian Armored Vehicles** de **juin 2026** est un autre signal fort. **MBDA** est le fabricant du **SCALP**, mais aussi des missiles **Storm Shadow**, **Taurus**, **Meteor** et **Aster**. Le fait que cette entreprise signe un mémorandum d'entente avec un partenaire ukrainien pour des projets de « **deep strike** » et de contre-drones n'est pas une coïncidence calendaire. C'est une étape préparatoire au type de coopération industrielle que les négociations sur les licences **SCALP** visent à formaliser.

La société française **KNDS**, producteur des chars **Leopard** et des obusiers autoportés **Caesar**, avait annoncé en **juin 2025** l'établissement d'une filiale en Ukraine. Des représentants d'entreprises ukrainiennes et françaises avaient signé un accord à Paris pour créer une installation de production de munitions sous licence **KNDS**. Ces accords constituent l'ossature d'un partenariat industriel de défense franco-ukrainien qui va bien au-delà des livraisons ponctuelles d'équipements.

*Ce que l'on voit se construire entre la France et l'Ukraine en 2026, c'est une relation industrielle de défense qui ressemble à ce que les États-Unis ont développé avec l'Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale. Un tissu d'accords, de co-développements, de partages technologiques qui crée une interdépendance stratégique. Macron a peut-être trouvé là la forme concrète de son ambition d'autonomie stratégique européenne.*

## La dimension américaine : Trump, les licences Patriot et le facteur d'incertitude

### Zelensky et Trump à Évian : un « positif » qui engage peu

Lors du **G7 d'Évian**, le président **Zelensky** a eu sa première rencontre en personne avec **Trump** depuis plusieurs mois. Il a demandé des licences pour produire des missiles des systèmes **Patriot** en Ukraine. La réponse de Trump ? « **Positif** », selon Zelensky lui-même. « Quand le président Trump est positif, j'espère que ça veut dire oui », a déclaré Zelensky lors d'une conférence avec **Reuters**. L'espoir, mais aussi la prudence — exprimés dans la même phrase.

Le **21 juin 2026**, **Zelensky** a précisé : « **Trump** prévoit de demander aux entreprises de défense américaines de fabriquer des missiles pour les systèmes de défense aérienne sous licences en Europe et en Ukraine. » C'est une déclaration de la part du président ukrainien, pas de la Maison-Blanche. Les consultations étaient censées commencer avec **Raytheon**, d'autres fabricants et au sein de l'administration américaine. Le problème : entre l'intention de Trump et une licence signée, il peut s'écouler des années — surtout dans un système américain où les enjeux de **propriété intellectuelle** et de protection industrielle sont d'une complexité redoutable.

### Pourquoi les SCALP ont une longueur d'avance sur les Patriot

Les négociations sur les **SCALP** sont à un « **stade plus avancé** » que les discussions générales sur la production d'armes occidentales en Ukraine — c'est Fedorov lui-même qui l'a précisé. Pourquoi ? Plusieurs raisons convergent. D'abord, la **France** est un acteur plus centralisé en matière de décision de défense que les États-Unis : l'État français possède une part significative du capital de **MBDA** via sa participation dans **Airbus** et **BAE Systems**, et peut accélérer les décisions de manière plus directe. Ensuite, la relation **Macron-Zelensky** est solidement établie — contrairement à la relation **Trump-Zelensky**, toujours marquée par une tension fondamentale.

Enfin, les **SCALP** ont déjà été transférés à l'Ukraine. Le pas est donc moins grand de « livraisons » à « licence de production » que pour des systèmes jamais encore partagés. La confiance opérationnelle est là. Les Ukrainiens ont prouvé leur capacité à utiliser ces missiles avec précision et discrétion. Ce track record plaide pour l'accord.

*Je suis fasciné par la précision stratégique de Fedorov. Il aurait pu annoncer tous les projets ensemble, créer une grande annonce médiatique. Il a fait l'inverse : il a dit spécifiquement que les SCALP sont « à un stade plus avancé ». C'est calculé. C'est un signal envoyé à Paris pour maintenir la pression sans brûler les ponts. De la diplomatie de défense maîtrisée.*

## L'obstacle bureaucratique : une vraie menace pour l'accord

### La propriété intellectuelle dans la défense : un labyrinthe légal

Les accords de licence de production dans le domaine de la défense ne ressemblent pas à des licences logicielles. Ils impliquent des traités gouvernementaux, des accords de non-divulgation, des clauses de contrôle des exportations, des restrictions d'utilisation des technologies en temps de guerre, des protocoles de sécurité pour les installations de production. La **réglementation ITAR** (International Traffic in Arms Regulations) américaine, qui s'applique à de nombreuses technologies intégrées dans le **SCALP**, ajoute une couche supplémentaire de complexité même pour un accord franco-ukrainien bilatéral — car les composants américains dans le missile peuvent nécessiter l'approbation de Washington.

Ce n'est pas une excuse bureaucratique inventée par des diplomates frileux. C'est une réalité juridique et commerciale. Le commissaire européen à la Défense et à l'Espace, **Andrius Kubilius**, avait récemment décrit l'industrie de défense ukrainienne comme « l'une des plus innovantes d'Europe » et appelé à son intégration plus profonde dans la base industrielle de défense européenne. Mais l'intégration prend du temps. Et le temps, dans cette guerre, se mesure en vies.

### Le modèle danois comme solution de contournement

Fedorov a mentionné lors de sa conférence de presse le « **modèle danois de financement** » comme un mécanisme de soutien aux fabricants de défense ukrainiens. Le **Danemark** a développé un modèle innovant de financement direct des achats ukrainiens d'armes auprès de fabricants internationaux, en contournant certaines des lourdeurs administratives des livraisons gouvernementales classiques. C'est notamment dans ce contexte que **Jeppe Bruus**, le ministre danois de la Défense, était présent aux côtés de Fedorov lors de cette conférence de presse — le **Danemark** ayant annoncé le même jour un **paquet d'aide de 670 millions de dollars** pour l'Ukraine.

Ce modèle de financement pourrait-il s'appliquer aux négociations sur les licences **SCALP** ? Peut-être pas directement, mais le principe — trouver des voies alternatives aux procédures gouvernementales standard pour accélérer le transfert de capacités militaires — est exactement ce dont l'**Ukraine** a besoin. Les négociations en cours impliquent à la fois « le gouvernement et la compagnie » selon Fedorov : c'est une bonne nouvelle. Cela signifie que **MBDA** est directement dans la boucle, pas seulement comme sous-traitant d'une décision gouvernementale.

*Le « modèle danois » est une des belles réussites discrètes de ce conflit : un petit pays qui a trouvé le moyen de contourner les rigidités des gros systèmes bureaucratiques pour livrer plus vite. C'est exactement le genre d'innovation institutionnelle dont l'Occident a besoin face à une Russie qui, elle, n'a pas de comités parlementaires à convaincre avant de lancer une frappe.*

## L'enjeu stratégique : l'autonomie de frappe longue portée de l'Ukraine

### Le cycle de la dépendance et comment en sortir

Depuis le début de la guerre à grande échelle, l'**Ukraine** a connu plusieurs crises d'approvisionnement en munitions et en armes de précision. Les **obus d'artillerie de 155 mm**, les missiles pour les systèmes **Patriot**, les **SCALP** et les **Storm Shadow** — chacune de ces armes a connu des périodes de pénurie qui ont affecté la capacité ukrainienne à se défendre et à contre-attaquer. Ces pénuries ne sont pas dues à un manque de volonté de la part des alliés occidentaux, mais à la réalité d'une industrie de défense occidentale qui n'était pas dimensionnée pour une guerre d'usure à cette échelle.

La production sous licence en Ukraine résoudrait structurellement ce problème pour les armes concernées. Un usine de **SCALP** en Ukraine — protégée, dispersée, camouflée comme les Ukrainiens savent le faire — pourrait produire des missiles à un rythme adapté aux besoins opérationnels de l'armée ukrainienne. Sans dépendre des décisions politiques de Paris, sans subir les délais de la logistique de transport, sans être limitée par les stocks français. C'est l'autonomie. Et l'autonomie, dans ce contexte, c'est la survie.

### La leçon des drones : ce que la production domestique a changé

L'**Ukraine** a déjà prouvé que la production domestique d'armes pouvait changer radicalement la dynamique d'un conflit. Les drones ukrainiens — produits en Ukraine, par des entreprises ukrainiennes, avec un financement partiellement ukrainien — ont transformé le rapport de force logistique contre la Russie. La campagne **Logistics Lockdown** n'aurait pas été possible avec des drones importés et rationnés. Elle a été possible parce que l'Ukraine a investi massivement dans sa propre capacité de production de drones à portée moyenne. Le ministre Fedorov avait contracté **300 % plus de drones de frappe à portée moyenne** au cours des quatre premiers mois de **2026** qu'en **2025** entier — parce que l'industrie ukrainienne peut fournir ce que les partenaires étrangers ne peuvent pas toujours livrer assez vite.

Les **SCALP fabriqués en Ukraine** représenteraient une extension de cette logique à une catégorie d'armes encore plus stratégique : les missiles de croisière longue portée capables de frapper des cibles durcies à **250 kilomètres**. Des missiles qui peuvent atteindre des postes de commandement russes, des dépôts de munitions, des nœuds logistiques bien en arrière du front. Des missiles que la Russie ne peut pas facilement intercepter et qui lui coûtent chaque fois qu'ils sont tirés.

*Je pense souvent à ce que cette guerre a produit comme transformation de l'industrie de défense ukrainienne. En 2022, l'Ukraine dépendait quasi totalement de l'armement soviétique hérité et des livraisons occidentales. En 2026, elle est en train de négocier des licences SCALP et des partenariats avec MBDA. C'est une métamorphose industrielle accélérée par la nécessité. Désagréable. Nécessaire. Impressionnante.*

## La réaction russe : un silence qui en dit long

### Moscou ne peut pas répondre à cette dimension du conflit

La **Russie** a très peu commenté publiquement les négociations sur les licences **SCALP**. Et pour cause : elle ne peut pas vraiment y répondre sur le même terrain. La stratégie russe dans cette guerre a consisté à utiliser la supériorité numérique en hommes, en obus et en blindés pour compenser les déficits technologiques. Mais une **Ukraine** dotée d'une capacité de production autonome de missiles **SCALP** change radicalement l'équation. La supériorité numérique russe ne sert à rien si les postes de commandement, les dépôts d'obus et les aérodromes sont frappés en profondeur de manière répétée et durable.

Ce que la **Russie** peut faire, c'est tenter de ralentir les négociations par des pressions diplomatiques sur la **France** — via des canaux confidentiels, des menaces de représailles économiques, des messages envoyés à travers des pays tiers comme la **Chine** ou des acteurs neutres. Elle peut aussi tenter de frapper préventivement des installations ukrainiennes supposées servir à la production future — ce qu'elle fait déjà systématiquement contre les usines de drones. Mais la production sous licence de **SCALP** peut être dispersée, souterraine, protégée de manière à rendre ces frappes préventives très difficiles à cibler.

### L'axe Paris-Kyiv comme nouvelle réalité stratégique

L'accord potentiel sur les **SCALP** n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une relation franco-ukrainienne qui s'est considérablement approfondie depuis **2022**. La lettre d'intention signée en **février 2026** entre **Fedorov** et la ministre française **Vautrin** avait déjà « ouvert la voie à des projets conjoints à grande échelle dans l'industrie de défense ». L'initiative **Brave France** de **juin 2026** a fourni un mécanisme de financement concret. Les négociations sur les **SCALP** constitueraient l'étape suivante — la plus substantielle.

Le Premier ministre sortant britannique travaillait lui aussi dans la même direction : le plan de défense de **300 milliards de livres sterling** annoncé le **30 juin 2026** intégre explicitement les leçons de la guerre en Ukraine. L'**Europe** est en train de reconstruire sa doctrine et son industrie de défense autour de l'expérience ukrainienne. Et dans cette reconstruction, les **SCALP** fabriqués en Ukraine seraient un symbole autant qu'une réalité opérationnelle.

*Il y a quelque chose de profondément symbolique dans l'idée que la France, qui a longtemps incarné une politique de défense indépendante farouchement nationale, accepte de partager ses technologies de missiles les plus sophistiquées avec l'Ukraine. Ce n'est pas de la générosité — c'est de la lucidité géopolitique. Macron comprend que la sécurité de la France passe par la résistance de l'Ukraine. Les missiles SCALP en Ukraine protègent Paris autant que Kyiv.*

## L'enjeu pour Trump et les États-Unis : spectateurs ou acteurs ?

### La pression croissante sur Washington

Les négociations franco-ukrainiennes sur les **SCALP** créent une pression indirecte mais réelle sur **Washington**. Si la **France** accorde une licence de production de missiles de croisière longue portée à l'Ukraine, les États-Unis ne pourront pas rester en dehors du mouvement sans envoyer un signal politique très négatif à leurs alliés européens et à Kyiv. La logique du précédent joue ici un rôle crucial : si les Français le font, pourquoi pas les Américains pour les Patriot ?

**Zelensky** a compris cette dynamique et l'a stratégiquement cultivée. En annonçant publiquement le **21 juin 2026** que **Trump** « prévoyait » de demander aux entreprises américaines d'accorder des licences, il a créé une attente publique à laquelle il sera difficile pour **Trump** de ne pas donner suite — au moins partiellement. C'est un pari risqué : si **Trump** recule, le revers diplomatique sera cuisant. Mais l'Ukraine est depuis longtemps habituée à prendre des risques calculés.

### Le Danemark comme modèle de soutien actif

En attendant les décisions américaines, le **Danemark** continue d'agir. Le **29 juin 2026**, **Jeppe Bruus** accompagnait **Fedorov** lors de l'annonce sur les **SCALP** — pas par hasard. Quelques heures plus tard, **Copenhague** annonçait un **paquet d'aide de 670 millions de dollars** pour l'Ukraine. Ce n'est pas la taille du paquet qui importe — c'est le signal. Un petit pays de l'**OTAN** qui n'a pas de missiles **SCALP** à livrer, mais qui fait le maximum avec ce qu'il a. Et qui est présent, physiquement, aux côtés de l'Ukraine quand les grandes décisions se prennent.

L'Ukraine signe aussi des accords bilatéraux en dehors des cadres multilatéraux classiques. Le **30 juin 2026**, elle a annoncé un accord d'achat de **16 avions de chasse Gripen E suédois** — une acquisition majeure qui, combinée aux perspectives de production sous licence de **SCALP**, dessine une armée ukrainienne de plus en plus sophistiquée technologiquement et de moins en moins dépendante des incertitudes politiques à Washington.

*Je reviens toujours à cette réalité : l'Ukraine se construit une armée de première puissance, morceau par morceau, accord par accord, sous les bombes russes. Tout le monde attendait qu'elle s'effondre en 2022. Elle est en train de devenir l'une des armées les mieux aguerries et les plus innovantes du monde. C'est une leçon d'histoire vivante que nous avons le privilège — et la responsabilité — d'observer.*

## Les autres partenaires : Suède, Allemagne, Royaume-Uni dans la dynamique

### Stockholm entre dans le jeu des licences

La **Suède** a signé un accord historique avec l'**Ukraine** pour la fourniture de **16 avions de combat Gripen E**, annoncé par **Zelensky** le **30 juin 2026**. Cette acquisition représente un saut qualitatif majeur pour la force aérienne ukrainienne. Mais au-delà de la livraison d'avions, l'accord avec la Suède s'inscrit dans une logique similaire à celle des négociations françaises : développer des capacités militaires ukrainiennes de haut niveau, avec une composante industrielle et technique à long terme.

L'**Allemagne**, de son côté, a vu son chancelier **Merz** plaider pour les licences de production au **G7** avec une clarté inhabituellement directe. Berlin avait levé ses propres restrictions sur les livraisons d'armes à longue portée à l'Ukraine bien avant le **G7**, et sa participation dans **MBDA** à travers sa filiale allemande **MBDA Deutschland** — qui co-produit le missile **Taurus** avec le suédois **Saab** — lui confère un rôle dans les négociations sur les licences. La géographie industrielle de la défense européenne est un atout pour l'Ukraine : elle crée des intérêts multiples à l'accord.

### Le Royaume-Uni et le Storm Shadow dans l'équation

Le **Royaume-Uni** est l'autre co-producteur du **Storm Shadow**, version britannique du **SCALP**. Londres a livré des **Storm Shadow** à l'Ukraine depuis **2023** et a été, avec la **France**, l'un des premiers alliés à franchir le cap des livraisons de missiles à longue portée. Le plan de défense britannique de **300 milliards de livres sterling** annoncé le **30 juin 2026** par le Premier ministre **Keir Starmer** intègre explicitement les leçons de la guerre en Ukraine dans ses priorités technologiques, notamment en matière de drones et de missiles de précision.

Si la **France** accorde une licence **SCALP** à l'Ukraine, la logique voudrait que le **Royaume-Uni** suive pour le **Storm Shadow** — ou que les deux pays coordonnent leurs décisions. Une Ukraine capable de produire **SCALP et Storm Shadow** serait une Ukraine dotée d'une capacité de frappe en profondeur potentiellement illimitée. C'est précisément ce scénario qui alarme **Moscou** — et c'est précisément ce scénario que les négociations actuelles sont en train de rendre possible.

*L'Europe de la défense se construit en temps réel, sous la contrainte de la guerre. Ce n'est pas l'Europe de la défense que les fédéralistes européens rêvaient — celle-là aurait pris vingt ans de processus institutionnels. C'est celle de l'urgence : imparfaite, asymétrique, mais fonctionnelle. Et l'Ukraine en est le catalyseur involontaire mais efficace.*

## Ce que les chiffres révèlent : la montée en puissance de l'industrie de défense ukrainienne

### 300 % de drones supplémentaires : le chiffre qui résume tout

En **2026**, la **Direction de l'Armement ukrainienne** a contracté **300 % plus de drones de frappe à portée moyenne** au cours des quatre premiers mois que sur l'**ensemble de l'année 2025**. Ce chiffre, cité par Fedorov lui-même, illustre la montée en puissance de l'industrie de défense ukrainienne. Il y a deux ans, l'Ukraine importait la quasi-totalité de ses armes de précision. Aujourd'hui, elle produit des milliers de drones par mois, elle prépare des lignes de production pour des missiles et elle négocie des licences pour les missiles de croisière les plus sophistiqués d'Europe.

Le commissaire européen **Andrius Kubilius** avait décrit l'industrie de défense ukrainienne comme « **l'une des plus innovantes d'Europe** ». Ce n'est pas de la flatterie diplomatique. C'est un constat basé sur les performances : l'**Ukraine** a développé sous le feu des drones capables de frapper à **205 kilomètres**, des munitions rôdeuses capables de cibler des chars russes à grande distance, des systèmes de guerre électronique qui surprennent les ingénieurs russes. Cette base d'innovation est exactement ce dont un accord de licence **SCALP** a besoin du côté ukrainien pour fonctionner.

### Les projets conjoints déjà en cours

Fedorov a précisé lors de la conférence du **29 juin** que des « **projets de production conjointe d'armes avec des partenaires européens sont déjà en cours** ». Il n'a pas donné de détails. Mais plusieurs éléments permettent de reconstituer le tableau : la mémorandum **MBDA-Ukrainian Armored Vehicles**, l'accord de production de munitions **KNDS** à Paris, le partenariat entre des fabricants de drones ukrainiens et français dans le cadre de **Brave France**, et potentiellement d'autres accords classifiés ou non annoncés. L'Ukraine est déjà dans l'industrie de défense européenne. La question n'est plus « si » mais « à quelle vitesse ».

Ce réseau de partenariats industriels est aussi une protection diplomatique. Plus l'Ukraine est intégrée dans l'industrie de défense européenne, plus il est coûteux politiquement pour les gouvernements européens de réduire leur soutien. C'est ce que les Ukrainiens appellent l'**ancrage occidental** — et chaque accord industriel est un ancre supplémentaire.

*Il y a quelque chose d'irréversible dans ce qui se construit. Une fois que des usines ukrainiennes produisent des armes sous licence SCALP, qu'elles emploient des ingénieurs formés par MBDA, qu'elles s'approvisionnent auprès de fournisseurs européens — on ne peut plus simplement « arrêter le soutien à l'Ukraine » par un vote parlementaire. L'interdépendance industrielle est plus forte que les résolutions politiques. Zelensky le sait. C'est une stratégie consciente.*

## Les risques et les limites de cet accord potentiel

### Ce que l'enquête ne peut pas confirmer

Je dois être honnête sur les limites de ce que les sources disponibles permettent d'affirmer. Fedorov a dit « progrès » — pas « accord signé ». Il a dit « trop tôt pour conclure » — pas « nous sommes prêts à livrer les plans ». Les négociations sur les licences de production de missiles de croisière peuvent s'étirer sur des mois, voire des années. Des accords préliminaires peuvent échouer sur des détails techniques, juridiques ou politiques que les déclarations publiques ne révèlent pas. Je n'ai pas accès aux discussions confidentielles entre Paris et Kyiv. Je rapporte ce qui est vérifiable — les déclarations publiques, les accords signés, les contextes documentés.

Il y a aussi un risque de surinterprétation des signaux positifs. L'Ukraine a parfois annoncé des avancées diplomatiques qui n'ont pas suivi le rythme espéré — les licences **Patriot** annoncées comme « positives » par Trump n'ont, à la date de publication de cette enquête, pas encore abouti à un accord formel. L'enthousiasme est justifié, mais il doit rester calibré sur la réalité : « progrès » n'est pas « accord », et « accord » n'est pas encore « production ».

### Les pressions qui pèsent sur la France

La **France** fait face à ses propres contraintes internes. Le Premier ministre sortant **Starmer** — dont l'analogie avec le Royaume-Uni est pertinente pour comprendre le contexte politiqu général en Europe — a annoncé sa démission comme chef du **Parti travailliste** le **22 juin 2026**. En France, la situation politique est également en mouvement après les élections législatives récentes. Les décisions sur les licences **SCALP** impliquent des arbitrages interministériels complexes entre le Quai d'Orsay, la DGA (**Direction générale de l'armement**), l'Élysée et les actionnaires de **MBDA**. Ces décisions ne se prennent pas en un jour, même avec la meilleure volonté politique.

La pression de la **Russie** est également réelle. Moscou dispose de canaux d'influence en Europe — lobbying économique, pressions sur des pays tiers, désinformation — qu'elle utilisera pour ralentir ou torpiller un accord dont elle sait qu'il pourrait être décisif. Le fait que les négociations se déroulent discrètement, avec des déclarations publiques calculées au mot près, suggère que les équipes ukrainiennes et françaises sont conscientes de cette menace.

*J'aurais aimé pouvoir écrire : « L'accord est signé. » Ce serait plus simple, plus satisfaisant, plus vendeur. Mais ce n'est pas ce que les sources permettent d'affirmer. « Progrès » est réel. « Accord signé » ne l'est pas encore. La vérité est dans cet espace inconfortable entre l'espoir et la réalité. Et c'est là que se joue cette histoire.*

## Les implications géopolitiques : au-delà du SCALP

### Un signal pour Pékin, Téhéran et Pyongyang

Les négociations sur les licences **SCALP** envoient un message qui dépasse largement les relations franco-ukrainiennes. Elles signalent à la **Chine**, à l'**Iran** et à la **Corée du Nord** — qui soutiennent tous, à des degrés divers, l'effort de guerre russe — que l'**Occident** est prêt à aller plus loin dans le soutien à l'Ukraine que ce qu'ils anticipaient. Un accord sur les **SCALP** constituerait un signal de détermination occidentale plus fort que n'importe quel communiqué diplomatique.

La **Chine** surveille de près la consolidation du soutien occidental à l'Ukraine pour en tirer des leçons pour son propre positionnement vis-à-vis de **Taïwan**. Plus l'Occident démontre qu'il peut construire des partenariats industriels durables avec des démocraties menacées, plus le coût d'une agression chinoise contre Taïwan se précise dans les calculs de Pékin. Les **SCALP** ukrainiens ne sont pas seulement une arme contre la Russie — ils sont un message pour la Chine.

### Le modèle ukrainien comme doctrine occidentale émergente

Ce qui se dessine progressivement, à travers les accords de licences, les partenariats industriels, les programmes Brave France et les plans de défense britanniques, c'est une **nouvelle doctrine occidentale** de soutien aux démocraties menacées. Cette doctrine ne se limite pas aux livraisons d'armes — elle intègre le transfert de capacités de production, le partage technologique, la co-conception industrielle. Elle transforme le bénéficiaire d'une aide militaire ponctuelle en un partenaire de défense capable de subvenir à ses propres besoins à terme.

Cette doctrine est plus robuste, plus durable et plus dissuasive que le modèle des livraisons de matériel d'occasion que l'Occident pratiquait au début du conflit. Elle représente un engagement à plus long terme — celui d'une **Ukraine souveraine, armée et intégrée dans l'architecture de sécurité européenne**. Et les missiles **SCALP** fabriqués à Kyiv, s'ils voient le jour, en seraient le symbole le plus puissant.

*Je pense souvent à l'Ukraine en 2030. Pas sur un plan romantique, mais sur un plan stratégique. Si les accords de licences se concrétisent, si la production domestique de missiles et de drones continue de croître, si l'intégration dans l'industrie de défense européenne s'approfondit — l'Ukraine de 2030 sera un acteur militaire-industriel de première classe en Europe. Ce n'est pas ce que Poutine avait prévu pour le 24 février 2022.*

## La Suède, la Norvège, la Finlande : le flanc nord renforce aussi l'Ukraine

### Un arc de soutien qui va de la Scandinavie à la Méditerranée

L'accord sur les **Gripen E** avec la **Suède** et les négociations sur les **SCALP** avec la **France** ne sont pas des initiatives isolées. Ils s'inscrivent dans un arc de soutien européen à l'Ukraine qui, depuis l'adhésion de la **Finêlande** et de la **Suède** à l'**OTAN**, s'étend des rives de la **Baltique** jusqu'aux côtes de la **Méditerranée**. Chaque pays apporte ses spécialités : la **France** ses missiles de croisière, la **Suède** ses avions de combat, le **Danemark** son modèle de financement, la **Norvège** ses systèmes de missiles maritimes. Ensemble, ils forment une chaîne de capacités que ni l'un ni l'autre ne pourrait offrir seul.

Cette architecture distribuée est aussi une protection pour l'Ukraine : aucune décision d'un seul gouvernement ne peut couper la totalité du soutien. Même si les **États-Unis** sous **Trump** réduisaient leur aide, le réseau européen compenserait une partie de la perte. Et même si la **France** traversait une crise politique intérieure qui ralentissait les négociations **SCALP**, le reste de la chaîne continuerait de fonctionner. La diversification des partenariats est une stratégie de résilience autant qu'une stratégie d'acquisition.

### La Finlande comme élève modèle pour l'OTAN

La **Finlande**, frontalière avec la **Russie** sur **1 300 kilomètres** et membre de l'**OTAN** depuis **2023**, regarde la guerre en Ukraine avec une acuité particulière. La **Finlande** maintient une industrie de défense nationale forte, une réserve militaire de **280 000 hommes** et une doctrine de défense totale héritée de décennies de coexistence risquée avec son voisin russe. Elle a suivi de près les négociations sur les licences de production — et certains experts finlandais ont exprimé l'espoir que l'Ukraine, si elle obtient ces licences, pourrait devenir un partenaire industriel de défense à part entière pour les pays nordiques.

Les chefs des renseignements militaires suédois ont été parmi les plus clairs sur la menace russe à long terme : « **La menace russe perdurera après Poutine** », a déclaré en **juillet 2026** le chef du renseignement militaire suédois, selon le **Kyiv Independent**. Cette vision à long terme — la **Russie** comme menace structurelle, pas seulement conjoncturelle — est celle qui anime les décisions d'investissement en défense des pays nordiques. Et c'est la même vision qui rend les licences **SCALP** pour l'Ukraine si importantes : pas juste pour cette guerre, mais pour la décade suivante.

*Les pays nordiques ont une chose que les grandes puissances oublient parfois : la mémoire. La mémoire de ce qu'il coûte de vivre à côté de la Russie, de négocier avec elle, de lui faire confiance puis de la voir envahir ses voisins. Cette mémoire rend les Finlandais, les Suédois, les Norvégiens, les Estoniens — les meilleurs alliés que l'Ukraine puisse avoir. Ils comprennent sans explication ce que Kyiv ressent.*

## Conclusion : Le missile que la France fabriquerait en Ukraine changera la carte

### Trois niveaux de signification

Les négociations sur les licences **SCALP** entre la **France** et l'**Ukraine** opèrent simultanément à trois niveaux. Au niveau opérationnel, elles représentent la promesse d'une capacité de frappe en profondeur autonome pour l'armée ukrainienne, indépendante des fluctuations politiques à Paris ou à Washington. Au niveau industriel, elles illustrent l'intégration croissante de l'Ukraine dans la base industrielle de défense européenne — un processus irréversible une fois enclenché. Au niveau géopolitique, elles signalent à la **Russie**, à la **Chine**, à l'**Iran** et à la **Corée du Nord** que l'**Occident** est prêt à investir dans la sécurité de l'Ukraine au-delà des cycles électoraux.

Le mot « progrès » prononcé par **Fedorov** le **29 juin 2026** est petit. Mais dans le contexte de cette guerre, il est immense. Il résume des mois de diplomatie discrète, des réunions bilatérales au sommet, des négociations techniques entre juristes spécialisés en droit de la défense et ingénieurs de **MBDA**. Il témoigne de la transformation d'une relation de livraison en une relation de partenariat. Et il ouvre la porte à une réalité qui aurait semblé impossible il y a trois ans : des missiles français assemblés sur sol ukrainien, pour défendre la souveraineté ukrainienne.

### La question ouverte

Mais « progrès » n'est pas « accord ». Et cet espace entre les deux est précisément là que se joue l'histoire. Quand **Fedorov** dit « trop tôt pour conclure », il dit aussi : la décision n'appartient pas qu'à lui. Elle appartient à **Macron**, à ses ministres, à **MBDA**, aux juristes qui négocieront les clauses de la propriété intellectuelle, et ultimement à la volonté politique soutenue de l'**Occident** de voir l'Ukraine survivre et prospérer. Cette volonté est là. Pour l'instant. Elle doit le rester suffisamment longtemps pour que l'encre sèche sur un accord qui changerait la carte de cette guerre — et peut-être de l'Europe entière.

*Je terminerai sur ceci : les missiles ne décident pas seuls des guerres. Les hommes et les femmes qui les fabriquent, qui les programment, qui les tirent — et qui acceptent le risque que cela implique — ce sont eux qui décident. Et ce que je vois dans ces négociations sur les SCALP, c'est des hommes et des femmes des deux côtés qui ont décidé que l'Ukraine mérite les meilleures armes de l'Occident. Pas comme cadeau. Comme partenariat. Ce changement-là est peut-être le plus important de tous.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Kyiv Independent — Ukraine in talks with France on production licenses for SCALP missiles, defense minister says — 30 juin 2026](https://kyivindependent.com/ukraine-in-talks-with-france-on-production-licenses-for-scalp-missiles-defense-minister-says/)

- [RBC Ukraine — Ukraine in talks with France to produce SCALP missiles under license, defense minister says — 29 juin 2026](https://newsukraine.rbc.ua/news/ukraine-in-talks-with-france-to-produce-scalp-1782763103.html)

- [Euromaidan Press — G7 leaders agree to boost Ukraine's air defense, weigh licensing missile production — 17 juin 2026](https://euromaidanpress.com/2026/06/17/g7-leaders-agree-to-boost-ukraines-air-defense-weigh-licensing-missile-production/)

- [Kyiv Independent — Ukraine war latest: G7 leaders 'ready to consider' granting military production licenses to Ukraine — 17 juin 2026](https://kyivindependent.com/ukraine-war-latest-g7-leaders-ready-to-consider-extending-military-production-licenses-to-ukraine-agree-to-increase-arms-deliveries/)

- [Kyiv Independent — Trump plans to ask US arms firms to produce air defense missiles under license in Ukraine, Zelensky says — 21 juin 2026](https://kyivindependent.com/trump-to-ask-us-defense-companies-to-produce-air-defense-missiles-under-license-in-ukraine-europe-zelensky-says/)

### Sources secondaires

- [The Guardian — Macron hails US alignment with G7's 'shared commitment' on Ukraine — 17 juin 2026](https://www.theguardian.com/world/2026/jun/17/macron-hails-us-alignment-with-g7s-shared-commitment-on-ukraine)

- [Euromaidan Press — Zelenskyy at G7: Trump "positive" on missile licenses, but Europe needs a cheaper option — 16 juin 2026](https://euromaidanpress.com/2026/06/16/zelenskyy-at-g7-trump-positive-on-missile-licenses-but-europe-needs-a-cheaper-option/)

- [Ukrinform — Ukrainian Armored Vehicles signs memorandum with MBDA — 12 juin 2026](https://www.ukrinform.net/amp/rubric-economy/4133255-deep-strike-drone-countermeasures-ukrainian-armored-vehicles-signs-memorandum-with-mbda.html)

- [RBC Ukraine — Ukraine and Sweden sign historic deal on Gripen E fighter jets — 30 juin 2026](https://newsukraine.rbc.ua/news/ukraine-and-sweden-sign-historic-deal-on-1782842952.html)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/enquete-les-missiles-scalp-fabriques-en-ukraine-un-deal-franco-kyiv-qui-redessin
