# ENQUÊTE : Le supercanon naval 155mm de Pékin — l'arme de siège qui vise Taïwan depuis la mer

> Il y a quelque chose d'anachronique, presque de cinématographique, dans l'image d'un canon de 155 millimètres monté sur la proue d'un destroyer moderne. On pensait l'ère des grandes pièces d'artillerie navale définitivement enterrée, supplantée par les missiles de croisière et le

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Enquête
- Publié: 2026-06-24
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/enquete-le-supercanon-naval-155mm-de-pekin-l-strong-arme-de-siege-strong-qui-vise-taiwan-depuis-la

## ENQUÊTE : Le supercanon naval 155mm de Pékin — l'**arme de siège** qui vise Taïwan depuis la mer

## Introduction : Un canon sorti de l'âge de fer pour une guerre du XXIe siècle

### La résurrection d'une doctrine oubliée

Il y a quelque chose d'anachronique, presque de cinématographique, dans l'image d'un **canon de 155 millimètres** monté sur la proue d'un destroyer moderne. On pensait l'ère des grandes pièces d'artillerie navale définitivement enterrée, supplantée par les missiles de croisière et les drones kamikazes. On avait tort. La **marine de l'Armée populaire de libération** (APL) vient de remettre sur la table une logique de **bombardement côtier massif**, et le message géopolitique est aussi lourd que le canon lui-même : ce fusil de siège pointe vers **Taïwan**.

En mars 2025, **Norinco** — le géant chinois de l'armement terrestre — a achevé un prototype de canon naval de **155mm**, le plus gros calibre actif jamais installé sur un navire de guerre en service. Le navire de test, le **Wu Yunduo**, un bâtiment de **6 000 tonnes**, a entamé ses essais en mer près de **Dalian** en mai 2026. Ce n'est pas un programme expérimental de laboratoire. C'est une intégration opérationnelle en cours, avec une flotte qui dispose déjà de **35 destroyers Type 052D** et **10 destroyers Type 055**, tous candidats à recevoir cette technologie.

### Pourquoi maintenant, pourquoi Taïwan

La question que personne à Pékin ne pose officiellement est précisément celle qu'il faut poser : **à quoi sert un canon naval de 155mm en 2026** ? La réponse est brutalement simple. Les missiles, aussi performants soient-ils, coûtent cher à l'unité, sont traçables, et peuvent être interceptés. L'artillerie navale à longue portée, elle, permet un **tir de saturation** continu, économique, difficile à saturer par les défenses antimissiles. Avec une portée annoncée de **200 km** grâce aux munitions à portée étendue, ce canon peut atteindre des cibles sur l'île de Taïwan depuis des positions protégées dans le **détroit** — ou même depuis les eaux internationales.

Les analystes de **Defence Security Asia** notaient dès février 2026 que cette arme s'inscrit dans une doctrine d'**appui au débarquement amphibie**. Avant qu'une force d'assaut touche le sol taïwanais, il faudrait neutraliser les défenses côtières, les installations radar, les dépôts de munitions. Le canon de 155mm fait exactement ce travail : préparer le terrain de façon systématique, coup par coup, sans épuiser le stock de missiles de croisière qui seront nécessaires pour les cibles de haute valeur.

*Ce retour à l'artillerie lourde me trouble profondément. On pensait la guerre du futur réglée à distance, propre, algorithmique. Voilà que Pékin nous rappelle que la destruction peut aussi être méthodique, mécanique, et terriblement archaïque dans sa brutalité. Il y a quelque chose de délibéré dans cette démonstration — un message envoyé autant aux généraux de Taïpei qu'aux stratèges de Washington.*

## Norinco et le Wu Yunduo — les secrets d'une naissance industrielle

### Norinco : du char d'assaut à la mer

**Norinco** (China North Industries Group Corporation) est d'abord un fabricant de systèmes terrestres : chars, artillerie autopropulsée, munitions. L'entreprise, qui figure depuis des années sur la liste des **188 entreprises militaires chinoises** du Pentagone, a fait un pari industriel audacieux : transposer son expertise en artillerie de calibre 155mm — standard NATO terrestre, ironiquement — vers une plateforme navale. Le résultat, complété en **mars 2025**, est un système de 21,8 tonnes intégrant une tourelle automatisée à cadence de tir élevée, avec refroidissement actif du canon.

Le choix du calibre **155mm** n'est pas anodin. Ce standard est celui des obusiers PzH 2000 allemands et M109 américains, qui ont démontré en Ukraine que l'artillerie de précision à longue portée reste un multiplicateur de force décisif. En l'adaptant à la marine, Norinco crée un **pont doctrinal** entre la guerre terrestre moderne et la projection de puissance navale. C'est une fusion technologique que personne d'autre n'a réussie à cette échelle opérationnelle.

### Le Wu Yunduo : navire-laboratoire ou prototype de série

Le navire de **6 000 tonnes** baptisé **Wu Yunduo** n'est pas un navire de combat de la flotte active. Il est identifié comme plateforme d'essais et d'intégration technique. Les essais en mer menés en **mai 2026 près de Dalian** avaient pour objectif de mesurer la stabilité du navire sous les contraintes de recul d'un canon de ce calibre, de tester les systèmes de contrôle du feu, et d'évaluer les contraintes structurelles à différentes allures et conditions de mer. Selon l'**Asia Times**, les premières données de ces essais seraient positives, bien qu'aucune confirmation officielle de l'APL n'ait été publiée.

La vraie question est celle de la **sérialisation** : Pékin va-t-il intégrer ce système sur ses destroyers de la flotte active ? Les Type 052D et Type 055 sont actuellement armés de missiles anti-navires et de systèmes de défense aérienne. Remplacer ou compléter leur armement principal par ce canon de 155mm représenterait une reconversion doctrinale majeure — mais aussi un avantage tactique considérable dans tout scénario d'opération amphibie contre une côte fortifiée.

*Je dois être honnête ici : nous ne savons pas encore si ce programme aboutira à une intégration de masse sur la flotte. Mais le simple fait que les essais aient lieu — et que l'information circule — constitue en soi un signal stratégique calculé. Pékin laisse voir ce qu'il veut que Taïpei et Washington voient.*

## La portée de 200 km — décryptage d'une revendication technique

### Les munitions à portée étendue : ce que 200 km signifie vraiment

La portée de **200 km** annoncée pour ce canon naval n'est pas celle d'une munition standard. Elle est conditionnelle à l'utilisation de **munitions à portée étendue** (Extended Range Guided Munition), des projectiles propulsés et guidés qui combinent la propulsion du canon avec un système de sustentation aérodynamique. Ce type de munition — équivalent chinois des **ERGM** ou **LRLAP** américains — n'est pas encore confirmé comme pleinement opérationnel par des sources indépendantes vérifiables. Il convient donc d'interpréter le chiffre de 200 km comme une **performance maximale théorique**, et non comme une capacité déjà démontrée en conditions réelles.

La portée conventionnelle d'un obusier naval de 155mm se situe plutôt entre **40 et 70 km**, ce qui est déjà considérable pour de l'artillerie navale. À cette distance, depuis des positions dans le détroit de Taïwan, le canon peut néanmoins atteindre des infrastructures critiques sur la **côte ouest de Taïwan** : ports de Taichung et Kaohsiung, installations radar, dépôts de carburant. Ce n'est pas négligeable — c'est précisément ce que les planificateurs militaires de l'APL cherchent à préparer.

### Comparaison avec les standards occidentaux

Pour contextualiser : le **canon Advanced Gun System (AGS)** américain, installé sur les destroyers **Zumwalt**, tire des munitions LRLAP à une portée de **148 km**. Le programme a été abandonné en grande partie à cause du coût prohibitif des munitions — **800 000 dollars par projectile**. Le défi que doit maintenant relever Norinco est précisément de proposer une solution économiquement viable. Si les munitions chinoises à longue portée sont produites à un coût acceptable, l'avantage est réel. Si le coût explose comme pour l'AGS américain, le programme perdra de son attrait opérationnel.

L'**SCMP** soulignait en juin 2026 que l'APL mise précisément sur cet arbitrage économique : une **saturation artillerie-missiles combinée**, où le canon assure le volume de feu et les missiles assurent la précision contre les cibles de haute valeur. C'est une doctrine hybride qui tire les leçons des conflits récents, notamment en Ukraine, où l'**artillerie de saturation** a démontré sa capacité à détruire des défenses fortifiées que les missiles seuls n'auraient pas pu neutraliser.

*Le précédent américain de l'AGS Zumwalt me hante dans cette analyse. Washington a abandonné son supercanon naval à cause de l'économie des munitions. Pékin commettra-t-il la même erreur ? Ou l'économie de guerre chinoise, avec sa capacité de production industrielle massive, rendra-t-elle viable ce que les États-Unis n'ont pas pu financer ?*

## La flotte des Type 052D et Type 055 — vecteurs potentiels de la menace

### 35 Type 052D et 10 Type 055 : une flotte de destroyers sans équivalent régional

Au moment des essais en mer du Wu Yunduo, la marine chinoise alignait **35 destroyers Type 052D** et **10 destroyers Type 055** en service actif, selon les données compilées par l'**Asia Times** en juin 2026. Ces chiffres sont bruts, mais leur implication est vertigineuse : si même une fraction de cette flotte est équipée du canon de 155mm, la puissance de feu qu'elle peut projeter contre les côtes taïwanaises deviendrait écrasante. Le Type 055, avec son déplacement de **13 000 tonnes**, est particulièrement adapté à l'intégration d'un système lourd de ce type sans compromettre ses autres capacités.

Le Type 052D, plus petit à **7 500 tonnes**, pose un défi d'intégration plus sérieux. La tourelle de 21,8 tonnes représente une masse significative pour un navire de cette taille, et son installation modifierait le centre de gravité et la stabilité. Des modifications structurelles importantes seraient probablement nécessaires, ce qui expliquerait pourquoi les essais se déroulent sur un navire dédié plutôt que directement sur un destroyer de série.

### L'intégration dans la doctrine d'opérations interarmées

L'APL ne pense pas l'utilisation de ce canon en isolation. Dans la doctrine des **opérations interarmées de zone** (Joint Island Landing Campaign), ce système s'inscrit dans une chaîne de destruction coordonnée : d'abord les missiles balistiques anti-navires DF-21D et DF-26 neutralisent les groupes aéronavals adverses, puis les missiles de croisière détruisent les systèmes de défense aérienne, et enfin l'artillerie navale de 155mm prépare les plages de débarquement en neutralisant les fortifications côtières et les points de résistance défensifs. C'est une **séquence de suppression en couches** qui mime, à une échelle maritime, ce que l'artillerie russe a tenté de faire en Ukraine — avec les leçons tirées des succès et des échecs de cette campagne.

Les exercices **Dongfeng 2024** et les manœuvres autour de Taïwan d'avril 2023 et d'août 2022 ont déjà testé des éléments de cette doctrine. L'ajout d'une capacité artillerie lourde navale complèterait un puzzle dont les pièces se mettent en place depuis plusieurs années. Les **planificateurs de Taïpei** doivent en tenir compte dans leur évaluation de la menace — et leurs préparatifs de juin 2026, que nous analyserons dans les prochains articles de cette série, montrent qu'ils l'ont compris.

*Quand on relie les points — DF-17 hypersonique, PL-16 air-air, et maintenant ce canon de siège naval — on voit émerger une architecture de guerre complète, pensée pour chaque phase d'un conflit. Ce n'est pas de la provocation aléatoire. C'est un programme militaire systématique, financé, industrialisé, déployé.*

## Les défenses taïwanaises — 1 400 missiles face à l'artillerie

### L'arsenal anti-navires de Taïwan : un bouclier de missiles

Taïwan n'est pas désarmé. L'île dispose d'un des arsenaux **anti-navires** les plus denses d'Asie en proportion de sa taille. Selon les données compilées par l'**Asia Times**, Taïwan alignait en juin 2026 environ **1 000 missiles Hsiung Feng II et III** — missiles anti-navires de fabrication locale avec des portées de 150 à 400 km — et plus de **400 missiles Harpoon** fournis par les États-Unis. Cette combinaison représente une menace sérieuse pour tout navire de surface s'approchant à portée de tir du canon de 155mm.

Le paradoxe défensif est précisément là : pour utiliser son canon naval à sa portée standard de 40-70 km, la marine chinoise devrait naviguer dans des eaux où ses navires seraient exposés aux Hsiung Feng et Harpoon. Les **munitions à longue portée de 200 km** sont donc moins une option de confort qu'une nécessité tactique : permettre aux navires armés de rester hors de la zone de danger des défenses côtières taïwanaises tout en maintenant leur capacité de frappe. C'est une course entre la portée offensive chinoise et la portée défensive taïwanaise.

### Les limites des défenses anti-artillerie

Le problème que pose l'artillerie lourde pour les défenseurs est fondamentalement différent de celui posé par les missiles. Un missile peut être intercepté par un système **Patriots** ou **Sky Bow III**. Un obus d'artillerie — surtout en salves rapides — est beaucoup plus difficile à intercepter systématiquement. Les systèmes **C-RAM** (Counter Rocket Artillery Mortar) existent, mais leur efficacité contre des munitions de 155mm à longue portée, voyageant selon des trajectoires balistiques tendues, reste limitée. Taïwan dispose d'un nombre limité de systèmes **AN/TWQ-1 Avenger** et de batteries Phalanx, mais leur couverture est principalement conçue pour la défense anti-aérienne et anti-missile, pas pour la contre-batterie navale à longue portée.

La réponse taïwanaise au canon de 155mm sera probablement asymétrique : plutôt que de chercher à intercepter les obus, Taïpei cherchera à détruire les navires lanceurs avant qu'ils ouvrent le feu. C'est là que l'importance des **sous-marins taïwanais** — la flotte est en cours de modernisation avec de nouveaux bâtiments domestiques de la classe Hai Kun — et des **avions F-16V** équipés de missiles anti-navires AGM-84 Harpoon deviendra déterminante. La défense de Taïwan contre ce canon, c'est d'abord la destruction du lanceur.

*Je pense à cette asymétrie : Pékin construit une arme de siège, Taïpei compte sur la destruction préventive du tireur. C'est la logique de la dissuasion poussée à son extrême : tu ne peux pas arrêter mes obus, donc tu dois m'empêcher de tirer. Mais si tu rates ce moment, si l'opportunité de frapper le navire passe — alors les obus pleuvent, et il n'y a plus de filet de sécurité.*

## La doctrine amphibie chinoise — ce que le canon révèle de la stratégie globale

### La Joint Island Landing Campaign revisitée

Les stratèges militaires américains et taïwanais analysent depuis des années la **Joint Island Landing Campaign** (JILC), la doctrine officieuse d'assaut amphibie de l'APL contre Taïwan. Cette doctrine a évolué considérablement depuis les premières versions des années 2000, intégrant les leçons des guerres récentes. L'un des problèmes fondamentaux d'une opération de débarquement contre une côte fortifiée est la phase de **neutralisation des défenses de plage** (SEAD et DEAD naval). C'est précisément le rôle que le canon de 155mm est conçu à remplir : un feu soutenu, continu, économique sur les fortifications, les centres de commandement avancés et les dépôts logistiques qui résistent aux frappes de missiles ponctuelles.

Le rapport du **Defence Security Asia** de février 2026 estimait que l'intégration de ce système sur un seul destroyer Type 055 permettrait une cadence de frappe de **10 à 15 coups par minute** sur des cibles côtières. Sur une période de six heures — durée typique d'une **phase de préparation de débarquement** — cela représente entre 3 600 et 5 400 impacts sur une zone côtière d'une dizaine de kilomètres carrés. Aucune fortification n'est construite pour encaisser ce type de saturation prolongée sans dommages significatifs à sa capacité de résistance.

### L'interdépendance avec les porte-avions et la flotte amphibie

Le canon de 155mm ne fonctionne pas seul. Il s'intègre dans un dispositif qui comprend les **deux porte-avions opérationnels** de la marine chinoise — le Shandong et le Fujian — ainsi que la flotte de navires amphibies de classe Type 075 et Type 071. Pendant que les destroyers armés du canon saturent les défenses côtières, les navires amphibies acheminent les troupes d'assaut, et la couverture aérienne des porte-avions protège l'ensemble du dispositif contre les contre-attaques aériennes. C'est une architecture de force expéditionnaire complète, dont le canon de 155mm est désormais un rouage essentiel.

Les analystes de **SCMP** soulignaient que l'intérêt de l'APL pour ce type de système s'est accéléré après l'observation attentive du conflit en Ukraine, où l'artillerie à longue portée — notamment les **HIMARS** américains de 80 km et les obusiers Caesar français — a démontré sa capacité à modifier l'équilibre tactique même face à des forces numériquement supérieures. Pékin a tiré ses propres leçons : si l'artillerie longue portée peut changer le cours d'une guerre terrestre, son équivalent naval peut changer le cours d'un assaut amphibie.

*La leçon ukrainienne s'exporte vers l'Indo-Pacifique, et c'est une nouvelle qui devrait inquiéter Washington autant que Taïpei. Ce que les HIMARS ont fait au ravitaillement russe, le canon de 155mm naval pourrait le faire aux défenses taïwanaises — et ni les uns ni les autres ne s'y attendaient vraiment dans cette configuration.*

## Les réactions américaines — entre surveillance et contre-développement

### Le Pentagone face à un problème d'artillerie navale

La réponse américaine au développement du canon naval chinois de 155mm est d'abord une réponse de renseignement : surveiller, documenter, évaluer. Le **Pentagone** a confirmé, dans son rapport annuel sur la puissance militaire chinoise 2025, que l'APL développe des capacités d'artillerie navale à longue portée dans le cadre de sa modernisation amphibie. Ce que le rapport ne précise pas — et ce que des sources comme l'**Asia Times** ont révélé — c'est le niveau d'avancement déjà atteint avec les essais en mer du Wu Yunduo.

Le problème américain est structurel. Washington a précisément **abandonné son propre programme** d'artillerie navale lourde avec l'AGS du destroyer Zumwalt. Les trois destroyers Zumwalt en service ont vu leur canon principal partiellement désactivé faute de munitions abordables. Le programme de remplacement — l'intégration d'un lanceur de missiles hypersoniques dans les tubes de l'AGS — avance lentement. Si la marine chinoise réussit là où la marine américaine a échoué, c'est une inversion symbolique autant que tactique d'une relation de force qui a longtemps avantagé Washington.

### Les alliés régionaux en alerte

Le **Japon** et l'**Australie** suivent le développement du canon naval chinois avec une attention particulière. Tokyo a récemment accéléré son programme de construction navale, approuvant en 2025 un budget de défense record visant à porter les dépenses militaires à **2% du PIB**. L'un des axes prioritaires est précisément le développement de contre-mesures anti-navires à longue portée capables de menacer les forces amphibies chinoises avant qu'elles atteignent les côtes taïwanaises. L'acquisition par le Japon de missiles **Tomahawk** et le développement domestique du missile **Type 12** à portée étendue s'inscrivent dans cette logique.

Canberra, de son côté, accélère ses acquisitions dans le cadre d'**AUKUS**, avec notamment les sous-marins à propulsion nucléaire dont les premières livraisons sont attendues dans la seconde moitié des années 2030. L'idée commune à ces deux alliés est la même : créer un **réseau de dissuasion distribué** capable de menacer les navires de surface chinois à des distances suffisantes pour rendre prohibitivement coûteux tout scénario d'emploi du canon de 155mm contre les côtes taïwanaises.

*L'ironie cruelle de cette course aux armements est que l'Amérique a abandonné l'artillerie navale lourde pour des raisons de coût, et que c'est maintenant une vulnérabilité stratégique. Les guerres du futur ne se gagnent pas toujours avec les systèmes les plus sophistiqués — parfois, elles se gagnent avec les plus abordables à l'échelle industrielle.*

## L'enjeu des munitions intelligentes — la variable décisive

### Les projectiles guidés à longue portée : l'equation économique

Si le canon lui-même est une réussite d'intégration de Norinco, la véritable bataille se joue sur les **munitions**. La portée de 200 km n'est atteignable qu'avec des munitions **à assistance par réaction** (rocket-assisted projectile) combinées à un guidage GPS ou inertiel. Ces munitions sont radicalement plus complexes et plus coûteuses que les obus conventionnels. L'expérience américaine avec les LRLAP pour l'AGS Zumwalt a montré que ce type de munition pouvait atteindre des coûts unitaires allant de **500 000 à 1 million de dollars**, rendant le système économiquement non viable à grande échelle.

La Chine dispose d'un avantage industriel que les États-Unis n'ont pas dans ce domaine : une capacité de production manufacturière de masse et des **coûts de main-d'œuvre** structurellement inférieurs. Si Norinco parvient à produire des munitions guidées à longue portée à un coût de **50 000 à 100 000 yuans** par unité (environ 7 000 à 14 000 dollars), le système devient soudainement économiquement viable pour une utilisation intensive. C'est là que l'équation stratégique bascule — non pas sur la performance du canon, mais sur la logistique et l'économie des munitions.

### Les munitions à éclat amélioré et la saturation côtière

Indépendamment des munitions à longue portée, le canon de 155mm conserve une utilité tactique avec des munitions conventionnelles à courte et moyenne portée. Les **munitions à éclat amélioré** (Enhanced Fragmentation), capables de couvrir une zone de plusieurs centaines de mètres carrés par impact, sont particulièrement efficaces contre des fortifications légères, des véhicules blindés légers et des concentrations de troupes en zone de débarquement. À une portée de 40-50 km, deux ou trois destroyers armés de ce canon peuvent maintenir une **cadence de destruction** suffisante pour neutraliser progressivement les défenses d'une plage de débarquement.

Le **Defence Security Asia** estimait en février 2026 que dans un scénario de débarquement sur la côte ouest de Taïwan, trois à cinq destroyers armés du canon de 155mm pourraient assurer l'appui feu nécessaire à une brigade d'assaut amphibie de **15 000 à 20 000 hommes**, réduisant substantiellement la dépendance aux missiles de croisière coûteux pour la phase de préparation initiale. C'est un argument d'efficience économique militaire qui explique pourquoi ce programme, malgré ses défis techniques, reste prioritaire pour les planificateurs de l'APL.

*Ce qui me frappe, c'est que nous parlons ici de l'économie de la destruction. Combien coûte tuer une fortification ? Combien coûte neutraliser une plage de débarquement ? Pékin optimise ses coûts de guerre comme une entreprise optimise ses coûts de production. C'est froid, c'est rationnel, et c'est terriblement efficace comme approche stratégique.*

## La dimension régionale — ce que Séoul et Tokyo calculent

### La Corée du Sud face au précédent du canon naval

Séoul observe le développement du canon naval de 155mm avec une inquiétude que les déclarations officielles n'expriment qu'en termes diplomatiques mesurés. La raison est double. D'abord, la **Corée du Nord** dispose déjà d'une artillerie côtière massive capable de menacer Séoul — la capitale sud-coréenne est à moins de 60 km de la frontière. Un canon naval chinois de longue portée ajoute une dimension maritime à cette menace existante. Ensuite, la Corée du Sud, alliée des États-Unis, sait que tout conflit dans le détroit de Taïwan aura des répercussions immédiates sur la péninsule coréenne — la marine chinoise, déployée en force dans le détroit, se trouvera à proximité des voies d'approvisionnement maritimes vitales pour l'économie sud-coréenne.

Seoul a répondu en accélérant son propre programme naval. Le destroyer de classe **KDX-III Batch II**, dont les premiers exemplaires entreront en service d'ici 2027, sera équipé de capacités de frappe à longue portée incluant des missiles anti-navires **Haesseong-III** d'une portée supérieure à 400 km. La logique est celle d'une **dissuasion croisée** : menacer suffisamment les navires de surface chinois pour que leur déploiement dans un scénario de conflit regional devienne inacceptablement coûteux.

### Le Japon et la remilitarisation assumée

À Tokyo, le développement du canon naval chinois de 155mm a alimenté les débats qui ont conduit à la révision de la **Stratégie de sécurité nationale** japonaise de 2022 — maintenant complétée par les budgets militaires de 2024 et 2025 qui portent les dépenses vers le seuil de **2% du PIB**. Le Japon a officiellement acquis la capacité de frappe en profondeur sur le territoire adverse, une révolution stratégique pour un pays dont la constitution d'après-guerre limitait sa défense à une posture strictement défensive. Le **Missile de stand-off Type 12**, avec une portée étendue de plus de 1 000 km, est explicitement conçu pour menacer les forces navales chinoises dans un scénario de conflit en mer de Chine orientale et dans le détroit de Taïwan.

Les **îles Ryūkyū** — notamment Okinawa et les îles Sakishima — sont au cœur de la stratégie japonaise. Situées à moins de 200 km de Taïwan, ces îles seraient des points de passage obligés pour toute force chinoise cherchant à contrôler l'accès maritime entre la mer de Chine méridionale et l'océan Pacifique. Tokyo a intensifié le déploiement de forces dans ces îles — dont des batteries de missiles anti-navires Type 12 et des systèmes de défense antimissile PAC-3 — précisément pour créer une **barrière de dissuasion** à l'utilisation de ces voies maritimes par la marine chinoise.

*Le Japon qui se remilitarise — c'est quelque chose que l'histoire du XXe siècle rend complexe à analyser sans émotion. Mais en 2026, face à une Chine qui déploie des canons navals de 155mm, des missiles hypersoniques et un arsenal nucléaire en expansion, la remilitarisation japonaise n'est pas du nationalisme retrouvé — c'est une réponse rationnelle à une menace réelle.*

## L'héritage des guerres précédentes — leçons mal apprises ou bien retenues

### Guadalcanal, Normandie, Inchon : l'artillerie navale comme facteur décisif

L'histoire militaire des opérations amphibies est univoque : l'artillerie navale d'appui a toujours été un facteur déterminant. À **Normandie** en juin 1944, les bombardements navals des cuirassés et croiseurs alliés ont détruit des portions significatives des défenses de la **Muraille de l'Atlantique**, permettant aux troupes de débarquer sur des positions défensives partiellement neutralisées — même si le coût humain resta terriblement élevé. À **Inchon** en 1950, le général MacArthur avait misé sur la surprise et la puissance de feu navale pour compenser l'audace d'un débarquement en territoire fortifié. Ces précédents ne sont pas ignorés par les planificateurs de l'APL — ils font partie du curriculum des académies militaires chinoises.

La leçon des **Malouines de 1982** est aussi pertinente : les forces amphibies argentines ont réussi leur débarquement initial faute d'une résistance défensive britannique suffisante dans la phase initiale. C'est précisément ce que Taïwan cherche à éviter : permettre à l'APL de créer une tête de pont avant que la résistance organisée puisse se mettre en place. L'artillerie navale de 155mm, si elle peut neutraliser les premières lignes défensives en quelques heures de bombardement intensif, serait un facteur d'accélération de cette phase critique.

### L'Ukraine comme laboratoire — la revanche de l'artillerie

La guerre en Ukraine, observée attentivement par toutes les grandes puissances militaires, a redonné à l'artillerie sa place centrale dans la pensée stratégique. L'**artillerie russe**, malgré ses problèmes logistiques et ses pertes considérables, reste l'instrument de destruction principal sur le front. Les **HIMARS américains**, avec leur précision et leur portée, ont permis à l'Ukraine de frapper les dépôts de munitions et les commandements avancés russes à des distances qui les mettaient hors de portée de l'artillerie conventionnelle ukrainienne. Cette dualité — artillerie de saturation pour la destruction de masse, artillerie de précision pour les cibles de haute valeur — est exactement la doctrine hybride que l'APL cherche à développer pour son canon naval de 155mm.

Pékin a aussi tiré la leçon de la **contre-batterie** ukrainienne : les systèmes d'artillerie exposés, même modernes, sont vulnérables aux frappes de précision adverses. En mer, la mobilité d'un destroyer offre une protection partielle contre la contre-batterie — on ne peut pas repérer un navire en mouvement avec la même précision qu'une batterie d'artillerie terrestre fixe. Mais les missiles anti-navires modernes, comme les Hsiung Feng III taïwanais ou les **NSM norvégiens** fournis à d'autres alliés US dans la région, restent une menace létale pour tout destroyer qui s'expose à portée de tir raisonnable de la côte.

*L'Ukraine aura changé la façon dont toutes les guerres futures seront pensées. Les drones, l'artillerie de précision, la logistique comme cible prioritaire — ces leçons voyagent maintenant dans les académies militaires du monde entier. Et les planificateurs de l'APL, je l'assure, ont pris des notes plus méticuleuses que la plupart.*

## Les aspects industriels — Norinco et l'économie de guerre chinoise

### Norinco : champion national, acteur global

**Norinco** (China North Industries Group Corporation) est l'un des huit grands groupes d'armement d'État chinois. Son chiffre d'affaires dépasse les **70 milliards de yuans annuels** (environ 10 milliards de dollars), réparti entre les ventes domestiques à l'APL et les exportations vers une cinquantaine de pays. Le groupe a une longue tradition dans l'artillerie — ses obusiers PLZ-05A de 155mm équipent l'armée de terre et ont été exportés notamment vers le **Pakistan** et la **Birmanie**. La transition vers l'artillerie navale de même calibre est donc une évolution naturelle de son expertise.

L'un des avantages compétitifs de Norinco est sa **chaîne d'approvisionnement intégrée verticalement** : le groupe fabrique les canons, les munitions, les systèmes de contrôle du feu et les équipements de communication. Cette intégration verticale réduit les délais de développement et les coûts de production, mais elle crée aussi une concentration des vulnérabilités — des **sanctions américaines et européennes** ciblant Norinco affecteraient l'ensemble de la chaîne de production de ce système.

### Les enjeux des sanctions et du contrôle technologique

Norinco figure sur la liste des entités sanctionnées par le **département du Trésor américain**, limitant l'accès du groupe aux technologies et composants américains. Pour un système d'artillerie navale, les composants les plus critiques soumis au contrôle à l'exportation sont les **systèmes de guidage inertiel de précision**, les accéléromètres de haute précision, et certains composants électroniques pour les systèmes de contrôle du feu. La Chine a investi massivement depuis 2018 dans la substitution domestique de ces composants, avec des résultats inégaux mais progressifs.

L'**SCMP** rapportait en juin 2026 que les systèmes de guidage des munitions à longue portée pour le canon naval utilisent désormais des **puces fabriquées en Chine** par des entreprises comme **Huawei HiSilicon** et des fonderies du groupe CXMT, contournant les restrictions sur les semi-conducteurs avancés. La performance de ces composants domestiques est jugée légèrement inférieure aux équivalents américains, mais suffisante pour les applications militaires visées, selon les analystes cités par le journal hongkongais.

*La Chine qu'on croyait dépendante de la technologie occidentale pour ses systèmes militaires sophistiqués a tiré les leçons des sanctions : elle s'est substituée, souvent imparfaitement, parfois brillamment. Cette autonomie technologique croissante est peut-être la menace stratégique la plus durable que Pékin projette sur le monde occidental.*

## Le silence stratégique de Pékin — communication d'intimidation calculée

### Ni confirmation ni démenti — la doctrine de l'ambiguïté

L'un des aspects les plus révélateurs du programme de canon naval de 155mm est la manière dont Pékin en gère la communication. Il n'y a eu **aucune annonce officielle** de la marine chinoise, aucun communiqué de l'APL, aucune conférence de presse. Les informations circulent via des fuites soigneusement dosées dans des médias spécialisés, via des observations d'images satellites commerciales, et via des analyses d'experts comme ceux de l'**Asia Times** ou de **SCMP**. C'est la doctrine classique de l'ambiguïté stratégique : laisser les adversaires imaginer le pire, sans jamais confirmer ni infirmer.

Cette doctrine de communication a plusieurs avantages pour Pékin. Elle maintient la **pression psychologique** sur Taïpei et Washington sans créer d'incident diplomatique mesurable. Elle permet d'ajuster le programme technique sans perdre la face en cas d'échec. Et elle force les adversaires à planifier contre un **scénario de capacité maximale**, même si la capacité réelle reste incertaine, ce qui est une forme de victoire stratégique à moindre coût.

### Le rôle des médias d'État dans la projection de puissance

Le **Global Times** et la **CCTV** n'ont pas ignoré les essais du Wu Yunduo — ils n'en ont simplement pas parlé directement. Mais la couverture des **exercices navals** de l'APL a augmenté significativement en 2025-2026, avec des reportages sur les capacités amphibies, la modernisation des destroyers, et la doctrine d'**opérations combinées**. Le message subliminal est cohérent : la marine chinoise est prête, moderne, capable. Les détails techniques du canon de 155mm n'ont pas besoin d'être mentionnés explicitement — l'information existe dans les médias spécialisés internationaux, et les destinataires du message la connaissent parfaitement.

Cette stratégie de communication contraste avec la transparence volontaire de l'armée américaine, qui publie régulièrement des rapports détaillés sur les capacités militaires chinoises. Le Pentagone, paradoxalement, contribue à amplifier le message d'intimidation de Pékin en documentant précisément ces avancées dans ses rapports annuels au Congrès. Les deux parties s'y trouvent leur compte : Washington justifie ses demandes budgétaires, Pékin fait circuler son message de puissance via le canal de son principal adversaire.

*Il y a quelque chose de vertigineux dans cette guerre de l'information silencieuse. Pékin ne dit rien, Washington dit tout, et Taïwan écoute, calcule, et se prépare avec les moyens du bord. C'est la géopolitique du sous-entendu élevée au rang d'art institutionnel.*

## Les implications pour le droit international — les zones grises de la mer

### Le détroit de Taïwan et le droit de passage inoffensif

L'utilisation potentielle d'un canon naval de 155mm dans le détroit de Taïwan soulève des questions de droit international qui restent largement non résolues. La Chine revendique une **souveraineté partielle** sur le détroit, considérant qu'il s'agit de ses eaux intérieures — une position rejetée par les États-Unis, le Japon, et la plupart des démocraties. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) garantit le **droit de passage inoffensif** dans les détroits internationaux, mais la Chine n'a jamais ratifié les dispositions arbitrales de l'UNCLOS qui lui ont été défavorables (notamment la sentence de 2016 sur la mer de Chine méridionale).

Dans un scénario de conflit, la question du droit international deviendrait rapidement académique. Mais en temps de paix, le déploiement de destroyers armés du canon de 155mm dans le détroit représenterait une provocation calculée. La **liberté de navigation** américaine dans le détroit — les Freedom of Navigation Operations (FONOPS) menées régulièrement par la marine US — serait confrontée à une démonstration de force d'une nature qualitativement différente de celle des missiles embarqués. Un destroyer pointant son canon de 155mm en direction des côtes taïwanaises pendant un FONOP, même sans tirer, enverrait un message politique d'une intensité considérable.

### La militarisation des eaux régionales et ses conséquences

La **militarisation progressive** du détroit de Taïwan et des eaux adjacentes — mer de Chine méridionale, mer de Chine orientale — est un processus en cours depuis une décennie. Les îles artificielles chinoises de la mer de Chine méridionale, armées de missiles anti-navires et de systèmes de défense aérienne, ont déjà modifié l'équation stratégique régionale. Le canon naval de 155mm est le dernier ajout à cette architecture de projection de puissance. Sa signification profonde n'est pas uniquement militaire — c'est un message envoyé à l'ensemble des partenaires commerciaux de la région, dont une grande partie de l'économie mondiale dépend du transit par ces **voies maritimes**.

Le commerce mondial qui passe par le détroit de Taïwan et la mer de Chine méridionale représente environ **5 000 milliards de dollars** de marchandises par an. La seule possibilité que ces voies soient perturbées par un conflit militaire impliquant l'APL a des répercussions sur les primes d'assurance maritime, les décisions d'investissement industriel, et les calculs de diversification des chaînes d'approvisionnement de centaines d'entreprises multinationales. Le canon de 155mm, paradoxalement, pèse plus sur l'économie mondiale par son **effet de menace** que par sa capacité de destruction directe.

*5 000 milliards de dollars de commerce annuel passent par ces eaux. C'est l'économie mondiale otage d'une décision que Pékin pourrait prendre n'importe quel matin avant l'aube. On oublie parfois que la vraie puissance de la Chine n'est pas dans ses missiles — c'est dans la fragilité des dépendances qu'elle a créées autour d'elle, comme un filet dont elle tient les fils.*

## La question finale — jusqu'ù laissera-t-on Pékin aller

### La somme de toutes les inquiétudes

Ce canon de 155mm n'est pas une curiosité technologique. C'est la matérialisation d'une ambition : transformer la marine chinoise en force de projection capable d'imposer sa volonté sur les côtes de ses voisins. Combiné au **DF-17 hypersonique**, au **PL-16 air-air**, aux lasers anti-drones Lijian, et à un stock nucléaire en croissance rapide, il constitue un maillon d'une chaîne de destruction complète, pensée, financée, et déployée avec une cohérence stratégique que seule une puissance résolument autoritaire peut maintenir sur plusieurs décennies sans déviation.

Taïwan n'est pas sans défense. Ses **1 400 missiles anti-navires**, sa flotte de sous-marins en développement, ses F-16V, ses fortifications côtières et surtout la détermination de sa population sont des facteurs réels. Mais la course entre la capacité offensive chinoise et la capacité défensive taïwanaise s'accélère. Ce n'est pas le moment pour Washington ou ses alliés de baisser la garde, de réduire les livraisons d'armements, ou de laisser planer le moindre doute sur leur volonté de défendre le statu quo du détroit.

### Ce que l'histoire retiendra

Dans dix ou vingt ans, les historiens qui analyseront cette période retiendront peut-être le printemps 2026 comme le moment où la marine chinoise a franchi un seuil qualitatif décisif dans sa capacité amphibie. Les essais en mer du **Wu Yunduo**, les **35 destroyers Type 052D** et les **10 Type 055** potentiellement reconfiguables, les munitions à longue portée en développement — tout cela forme un tableau cohérent. Le canon de 155mm n'est pas une réponse à une question ; c'est une question posée à la communauté internationale : **jusqu'où laissera-t-on Pékin aller** avant que la réponse collective devienne autre chose que des déclarations de presse ?

*Je n'ai pas de réponse à cette question. Personne n'en a vraiment. Mais l'acte de la poser — clairement, sans détour, sans la noyer dans la diplomatie du vague — est peut-être la chose la plus honnête qu'un chroniqueur puisse faire face à une menace que trop de gens préfèrent encore ne pas voir.*

## Conclusion : Un canon qui parle plus fort que mille discours

### La somme de toutes les inquiétudes

Ce canon de 155mm n'est pas une curiosité technologique. C'est la matérialisation d'une ambition : transformer la marine chinoise en force de projection capable d'imposer sa volonté sur les côtes de ses voisins. Combiné au **DF-17 hypersonique**, au **PL-16 air-air**, aux lasers anti-drones Lijian, et à un stock nucléaire en croissance rapide, il constitue un maillon d'une chaîne de destruction complète, pensée, financée, et déployée avec une cohérence stratégique que seule une puissance résolument autoritaire peut maintenir sur plusieurs décennies sans déviation.

Taïwan n'est pas sans défense. Ses **1 400 missiles anti-navires**, sa flotte de sous-marins en développement, ses F-16V, ses fortifications côtières et surtout la détermination de sa population sont des facteurs réels. Mais la course entre la capacité offensive chinoise et la capacité défensive taïwanaise s'accélère. Ce n'est pas le moment pour Washington ou ses alliés de baisser la garde, de réduire les livraisons d'armements, ou de laisser planer le moindre doute sur leur volonté de défendre le statu quo du détroit.

### Ce que l'histoire retiendra

Dans dix ou vingt ans, les historiens qui analyseront cette période retiendront peut-être le printemps 2026 comme le moment où la marine chinoise a franchi un seuil qualitatif décisif dans sa capacité amphibie. Les essais en mer du **Wu Yunduo**, les **35 destroyers Type 052D** et les **10 Type 055** potentiellement reconfiguables, les munitions à longue portée en développement — tout cela forme un tableau cohérent. Le canon de 155mm n'est pas une réponse à une question ; c'est une question posée à la communauté internationale : **jusqu'où laissera-t-on Pékin aller** avant que la réponse collective devienne autre chose que des déclarations de presse ?

*Je n'ai pas de réponse à cette question. Personne n'en a vraiment. Mais l'acte de la poser — clairement, sans détour, sans la noyer dans la diplomatie du vague — est peut-être la chose la plus honnête qu'un chroniqueur puisse faire face à une menace que trop de gens préfèrent encore ne pas voir.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Asia Times — China's new naval supergun trained on Taiwan's shielded shores — 16 juin 2026](https://asiatimes.com/2026/06/chinas-new-naval-supergun-trained-on-taiwans-shielded-shores/)

- [South China Morning Post — China's navy has missiles and drones, why is it bringing back big guns? — 13 juin 2026](https://www.scmp.com/news/china/military/article/3356887/chinas-navy-has-missiles-and-drones-why-it-bringing-back-big-guns)

- [Defence Security Asia — China 155mm Naval Gun: Plan for Taiwan Amphibious Warfare — 21 février 2026](https://defencesecurityasia.com/en/china-155mm-naval-gun-plan-taiwan-amphibious-warfare/)

### Sources secondaires

- 19FortyFive — China's New 155mm Naval Gun: What It Means for Taiwan — juin 2026

- Military Times — China's naval artillery program raises regional concerns — juin 2026

- Foreign Policy — China's New Naval Gun and the Taiwan Strait — juin 2026

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/enquete-le-supercanon-naval-155mm-de-pekin-l-strong-arme-de-siege-strong-qui-vise-taiwan-depuis-la
