# ÉDITORIAL : G7 Évian — le split sur la Chine fracture l'Occident et annonce le pire

> Le 52e sommet du G7 s'est tenu du 15 au 17 juin 2026 à Évian-les-Bains, cette petite station thermale française connue davantage

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Éditorial
- Publié: 2026-06-22
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/editorial-g7-evian-le-split-sur-la-chine-fracture-l-occident-et-annonce-le-pire-2

## Introduction : Évian-les-Bains, le lac Léman et la fracture qui ne se cache plus

### Un sommet au bord du gouffre diplomatique

Le 52e sommet du G7 s'est tenu du **15 au 17 juin 2026** à **Évian-les-Bains**, cette petite station thermale française connue davantage pour ses eaux minérales que pour ses coups d'éclat géopolitiques. Et pourtant, c'est là, face au lac Léman, que les sept grandes démocraties industrialisées — **États-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Canada, Japon** — ont mis en scène leur désunion la plus inquiétante depuis des décennies. La Chine n'était pas à la table. Mais elle planait sur chaque discussion comme une ombre que personne n'osait nommer directement.

Le président français **Emmanuel Macron**, hôte de la présidence française du G7, avait deux ambitions déclarées : faciliter un dialogue constructif entre **Donald Trump** et les six autres membres du groupe, et renforcer les liens du G7 avec les grandes économies émergentes. Selon l'analyse de **Chatham House** publiée le 18 juin, il a techniquement atteint ces deux objectifs — mais à quel prix dérisoire. Car derrière les communiqués thématiques et les formules diplomatiques soigneusement ciselées, la réalité était brutale : **le G7 est fracturé, et la Chine le sait**.

### La méthode Macron : éviter l'explosion, pas la régler

Pour éviter une débâcle visible, Paris a multiplié les précautions procédurales. On a **décalé d'un jour le début du sommet** pour ne pas empiéter sur le 80e anniversaire de Trump. On a abandonné l'idée d'un communiqué final unifié — remplacé par neuf déclarations thématiques — pour dissimuler les divergences entre Washington et ses alliés. On a même organisé un dîner entre Macron et Trump en fin de sommet pour l'empêcher de partir en claquant la porte, comme à Charlevoix en 2018. La politique de la chaise vide a été évitée. La politique de la fracture béante, non.

Selon **El País** du 15 juin, le rift entre les États-Unis et leurs alliés traditionnels était le véritable thermomètre du sommet. Et le thermomètre a mesuré une fièvre préoccupante. Sur la **Chine** — la question la plus structurante pour l'avenir de l'Occident —, aucun consensus n'a émergé. Ni entre l'Europe et les États-Unis. Ni même entre les Européens eux-mêmes.

*Je dois l'admettre : quand j'ai lu les premières dépêches du sommet d'Évian, j'ai eu un frisson qui n'avait rien de la fraîcheur alpine. Ce n'est pas la division elle-même qui m'a glacé — les G7 ont toujours abrité des désaccords. C'est son objet. Se disputer sur la Chine en 2026, alors que Pékin consolide méthodiquement son empire sur les matières premières critiques et soutient la machine de guerre de Poutine, c'est comme débattre du type de serrure à installer pendant que l'incendie fait rage. L'Occident ne perd pas seulement une bataille. Il refuse de reconnaître qu'il en mène une.*

## Le G7 sans communiqué final : l'aveu institutionnel d'une impuissance

### La deuxième année consécutive sans déclaration unifiée

Ce n'est plus une anomalie. C'est une tendance. Selon l'agence **Xinhua**, reprenant des sources diplomatiques citées par **Kyodo News**, le sommet d'Évian s'est conclu **sans communiqué final unifié** — pour la deuxième année consécutive après l'échec similaire du sommet de **Kananaskis en 2025**. Les organisateurs avaient eux-mêmes abandonné l'idée d'un communiqué commun pendant la phase préparatoire, optant pour des documents thématiques afin de **"masquer les différences"** entre les États-Unis et leurs alliés. C'est le terme qu'a utilisé Kyodo. Masquer, pas résoudre.

Neuf déclarations thématiques ont été publiées, couvrant la géopolitique, l'économie mondiale, la santé publique, la protection de l'enfance en ligne, les minéraux critiques, et l'intelligence artificielle. Chacune soigneusement calibrée pour inclure Washington sans trop l'irriter. Macron a salué **"un moment d'unité, de discussion de qualité et de vraie coopération"**. La formule aurait été honnête si elle n'avait pas dû être précédée de l'abandon structurel de l'outil d'expression collective le plus fondamental du G7.

### Quand l'absence de désaccord visible masque l'effondrement du consensus

Trump **n'est pas parti en avance**. Il n'y a pas eu de scènes de ménage publiques. Les observateurs ont qualifié le sommet d'Évian de **"bien plus fluide"** que les précédents. Mais la fluidité de façade ne doit pas tromper. Comme le note **Chatham House**, le G7 ne peut exercer une influence réelle que si ses membres partagent des **valeurs fondamentales communes**, se font suffisamment confiance et si **aucun domaine politique n'est exclu a priori des discussions**. Or, depuis le début du second mandat de Trump, **ces trois conditions ne sont plus réunies**. Le changement climatique, l'avenir du système commercial mondial, la stabilité monétaire et financière internationale, la gouvernance numérique — tous ces sujets ont été prudemment évités à Évian.

Ce qui reste, lorsqu'on ampute le G7 de tous les sujets où Washington refuserait de signer, c'est un format affaibli, partiel, et de moins en moins apte à proposer des **solutions concrètes aux problèmes globaux**. L'Occident se retrouve à diriger le monde avec un outil cassé. Et la Chine, elle, n'attend pas.

*Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette rhétorique du "succès relatif". Chaque fois que les dirigeants occidentaux sortent d'un sommet en déclarant avoir "évité le pire", je me demande si nous mesurons vraiment ce que nous perdons. Un G7 qui définit le succès comme l'absence d'incident public — pas comme l'adoption de mesures concrètes face à la montée en puissance de Pékin — est un G7 qui a déjà capitulé intellectuellement. Et cette capitulation intellectuelle, elle précède toujours les autres.*

## Trump va-t-il tout seul : la tentation du G2 et l'abandon des alliés

### Washington préfère le bilatéral au multilatéral sur la Chine

La principale fracture du sommet d'Évian est là, noire sur blanc, dans le titre même d'une newsletter de **Politico Weekly Trade** publiée le **15 juin 2026** : **"Trump, G7 split on China strategy"**. D'un côté, Macron qui cherche une approche coordonnée face aux exportations subventionnées chinoises qui dévastent les marchés mondiaux. De l'autre, Trump qui préfère **"aller seul"**. La Maison-Blanche n'avait pas inscrit la Chine sur sa liste de priorités pour le sommet. Washington poursuivait ses pourparlers bilatéraux avec Pékin sur le commerce et d'autres dossiers — et Trump et **Xi Jinping** avaient déjà programmé un nouveau sommet bilatéral à Washington **pour septembre**.

Un haut responsable de l'administration américain, cité par Politico, a été explicite : **"Les États-Unis n'attendent pas que le monde se prenne par la main pour trouver une manière coordonnée d'adresser le comportement de la Chine. Nous agissons maintenant, par une variété de mesures."** Cette phrase résume tout. Washington ne rejette pas la préoccupation sur la Chine. Il rejette la **méthode collective**. Il préfère le rapport de force direct et bilatéral à la coalition multilatérale. C'est une stratégie cohérente. C'est aussi une stratégie qui prive l'Occident de son principal levier : l'unité.

### La tentation G2 : le danger d'une recomposition à deux

Dans un autre article de **Politico** daté du même 15 juin, intitulé **"Why Trump's talk of a 'G2' hits a nerve with allies"**, la logique profonde de cette divergence est éclairée. Trump entretient l'idée d'un monde à deux pôles — États-Unis et Chine — qui se gèrent entre eux, laissant les Européens et les Japonais dans un rôle de spectateurs. Cette perspective terrifie les alliés européens. Car si Washington et Pékin négocient dans leur coin les règles du commerce mondial, des technologies critiques et de la sécurité, l'Europe perd sa place à la table des décisions fondamentales. Et l'Union européenne, déjà fragilisée par ses propres divisions internes sur la Chine — **Paris pour une ligne dure, Berlin pour la prudence** — ne serait pas en position de peser sur cet accord à deux.

Les Européens ne sont pas prêts à adopter les politiques commerciales les plus agressives de Trump, comme les tarifs unilatéraux, craignant des représailles de Pékin qui "pourraient virer au désastre très vite", selon Politico. Ils préfèrent une **approche diplomatique** — dialogues intensifiés avec Pékin, diversification des partenaires commerciaux. Mais cette divergence de méthode, dans un contexte d'urgence stratégique, équivaut à l'absence de stratégie commune. Et l'absence de stratégie commune est, précisément, ce que Pékin espère.

*Je l'écris sans détour : le fantasme du G2 est le cadeau le plus précieux que l'Occident puisse offrir à Xi Jinping. Si Trump réussit à convaincre le monde que le vrai pouvoir se joue à deux — Washington et Pékin — il valide lui-même la thèse chinoise selon laquelle l'Occident n'est qu'une somme de vassaux américains sans autonomie stratégique réelle. Les Européens ont raison d'être terrifiés. Pas seulement parce qu'ils seraient exclus — mais parce que l'Europe elle-même deviendrait un enjeu dans la négociation bilatérale sino-américaine, pas un acteur. C'est cela, le vrai danger du G2.*

## La Chine : l'éléphant dans la pièce qui dicte l'agenda

### Un excédent commercial de 1 200 milliards et une emprise sur les matières premières

La Chine n'était pas à Évian. Et pourtant, comme l'a titré **Fortune** dès le **16 juin**, elle était **"l'éléphant dans la pièce"**. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La Chine a affiché un **excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars** sans même être présente à la table des négociations. Elle contrôle **95 % de la production mondiale d'aimants permanents aux terres rares** — ces composants essentiels aux drones, aux missiles de précision, aux véhicules électriques et aux éoliennes. Elle représente **près de 70 % de la production mondiale de terres rares**. L'Agence internationale de l'énergie a averti en 2026 que si les contrôles à l'exportation chinois étaient **"pleinement mis en œuvre"**, une valeur considérable de production industrielle mondiale hors de Chine pourrait être paralysée.

La session du mercredi sur la **"croissance équilibrée, partagée et durable"** était, selon **Euronews**, **"du langage diplomatique codé"** pour désigner le problème chinois. Le communiqué G7 n'a pas nommé la Chine directement. Mais il a évoqué avec "préoccupation" les "déséquilibres mondiaux persistants et croissants", exhorté "les pays enregistrant d'importants excédents extérieurs persistants" à renforcer leurs "sources nationales de croissance" et à éviter les "politiques distorsives aux effets d'entraînement négatifs". Tout le monde savait de qui il était question. Personne ne l'a dit. Ce double langage est lui-même révélateur de la peur collective.

### La dépendance structurelle de l'Occident : chaînes d'approvisionnement et IA

Selon **Fortune**, le G7 d'Évian était traversé par **deux angoisses entrelacées** : la dépendance du groupe envers les chaînes d'approvisionnement chinoises, et sa dépendance envers l'intelligence artificielle américaine. Les États-Unis et la Chine contrôlent ensemble **90 % de la puissance de calcul mondiale**. Près de **80 % des entreprises d'IA créées l'an dernier dans le G7 étaient basées aux États-Unis**, selon le **Stanford 2026 AI Index Report**. L'Europe se retrouve prise en étau : dépendante de Washington pour la couche logicielle de l'IA, dépendante de Pékin pour la couche physique — minéraux critiques, chaînes de fabrication, infrastructures de la transition énergétique.

Matt Pearl, directeur du programme des technologies stratégiques au **Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS)**, a résumé la stratégie de Macron : utiliser la Chine comme levier face à Trump — **"faire jouer la Chine contre les États-Unis"** pour forcer l'administration américaine à percevoir que l'Europe a d'autres options. C'est une logique d'équilibriste. C'est aussi l'aveu que l'Europe n'a plus les moyens de peser par elle-même, et doit jouer les partenaires contre les autres pour exister stratégiquement. Ce n'est pas une position de force. C'est une position de faiblesse maquillée en pragmatisme.

*Je ne suis pas économiste, et je ne prétends pas modéliser les flux commerciaux sino-européens. Mais je comprends la logique du chantage. Et ce que Pékin fait avec ses terres rares, c'est exactement cela : un chantage existentiel à horizon décennal. La Chine a imposé seize restrictions commerciales sur des matériaux clés depuis 2020. Elle menace de réimposer des contrôles à l'exportation dès novembre 2026. Et le G7 a répondu par une déclaration non contraignante sur la "résilience minière". Ce déséquilibre entre la menace et la réponse me laisse perplexe — et inquiet.*

## Les terres rares : la promesse du 60 % et la réalité du 95 %

### Un objectif 2030 audacieux face à une domination quasi totale

L'un des rares engagements concrets sortis du sommet d'Évian concernait les **terres rares et minéraux critiques**. Selon **Fortune** du **17 juin 2026**, les sept nations du G7 se sont engagées à garantir qu'**aucun pays unique ne puisse fournir plus de 60 % des importations de terres rares d'ici 2030**. Les leaders du Royaume-Uni, du Canada, d'Allemagne, du Japon, d'Italie et des États-Unis ont également exprimé leur intention d'atteindre une réduction de 50 % de leur dépendance **"dès que possible"**. La déclaration a aussi annoncé une **Alliance G7 de résilience et de production minière** — non contraignante, mais symboliquement significative.

Sauf que la réalité est impitoyable. La Chine contrôle **95 % de la production mondiale d'aimants permanents**. Réduire cette part à 60 % d'ici quatre ans est, selon l'experte Meredith Schwartz, **"définitivement un objectif ambitieux"** — un euphémisme académique pour un défi colossal. Le Japon s'y essaie depuis **plus de quinze ans** et n'a encore réalisé qu'un impact marginal. Les États-Unis ont certes alloué **277 millions de dollars** via le CHIPS and Science Act pour développer la production de **USA Rare Earth**, et la société MP Materials a reçu des financements fédéraux pour doper ses capacités. Mais la chaîne de transformation — de l'extraction au raffinage en passant par la fabrication des composants — reste dominée par Pékin à des niveaux qui défient toute reconversion rapide.

### L'asymétrie entre la résolution et les moyens

La Columbia Energy Policy a noté le 18 juin que si les nations du G7 s'accordaient sur le diagnostic — la Chine domine la formation des prix et le traitement intermédiaire — elles **restaient divisées sur le remède** : prix administrés plus élevés, tarifs douaniers, ou soutien fiscal. Chaque approche a ses défenseurs et ses opposants. La France penche pour une action européenne collective et des tarifs ciblés. L'Allemagne, traditionnellement exposée à la Chine via ses exportations automobiles, reste plus prudente. Le représentant au Commerce américain, **Jamieson Greer**, a été clair : **Washington n'attendra pas que l'Europe aligne ses politiques**.

Cette divergence sur les outils, dans un contexte où la Chine avance à marche forcée sur la domination des matières premières stratégiques, est une catastrophe en attente. Le **déficit commercial de l'Union européenne avec la Chine** a atteint **360 milliards d'euros** l'an dernier et continue de croître en 2026. Chaque mois de désaccord occidental est un mois de plus que Pékin utilise pour bétonner son avantage compétitif. L'histoire jugera si cet attentisme était de la sagesse ou de la lâcheté.

*Je veux être honnête avec mes lecteurs sur l'étendue de mon incertitude : je ne sais pas si la réduction à 60 % d'ici 2030 est techniquement faisable. Les experts eux-mêmes divergent. Ce que je sais, en revanche, c'est que promettre sans financer ni contraindre, c'est exactement le modèle de déclaration que Pékin a appris à ne pas craindre. La Chine a 95 %. Le G7 a une déclaration non contraignante. Le rapport de force est indécent.*

## L'Ukraine au G7 : Zelensky obtient des mots forts, Trump recule sur les sanctions

### La solidarité affichée : livraisons de systèmes de défense aérienne et pression sur Moscou

Au milieu du chaos diplomatique sur la Chine, l'Ukraine a réussi à arracher **des engagements solides** des partenaires du G7. Selon **Euronews**, l'Ukraine a été désignée comme **"la grande gagnante"** du sommet d'Évian. Les leaders du G7 se sont engagés à **accélérer les livraisons de systèmes de défense aérienne**, à fournir un soutien supplémentaire pour les infrastructures énergétiques ukrainiennes, et à renforcer les sanctions contre la Russie — y compris dans le secteur pétrolier et gazier. Ils ont déclaré être **"prêts à envisager"** l'octroi à l'Ukraine de licences pour la production militaire nationale — une demande de longue date de Kiev.

Trump, qui avait précédemment rejeté catégoriquement cette idée, a dit qu'il **"regarderait la question"**. Ce n'est pas une promesse. Mais c'est un recul de sa position initiale. Plus remarquable encore : Trump a déclaré que c'est **la Russie**, et non l'Ukraine, qui **"devrait faire un accord"** — une formulation inédite de sa part, qui reconnaît, pour la première fois clairement, la responsabilité de **Poutine** dans le blocage d'une résolution du conflit. Trump a également évoqué la possibilité de rétablir **"prochainement"** les sanctions sur le pétrole et le gaz russes, temporairement levées pour atténuer la crise énergétique globale déclenchée par la guerre en Iran.

### Zelensky en position de force relative

Le président ukrainien **Volodymyr Zelensky** est arrivé à Évian dans une position incomparablement plus forte qu'en février 2025, lors de l'humiliante confrontation à la Maison-Blanche où Trump l'avait traité en coupable. Selon **El País**, l'Ukraine **inflige des pertes humaines importantes à la Russie**, détruit des infrastructures énergétiques russes sur le sol russe, et le Kremlin est incapable d'avancer territorialement — perdant même du terrain dans certaines zones. Ces succès militaires ont modifié l'équilibre politique : Zelensky a désormais des leviers. Les alliés européens du G7 ont travaillé à convaincre Trump de maintenir la pression sur **Poutine** pour qu'il cesse les hostilités et accepte des négociations — sans que ce soit une capitulation ukrainienne.

Macron a salué un **"moment d'Évian"** qui a réuni tous les leaders autour de l'Ukraine. C'est un succès réel, et il faut le reconnaître. Dans ce monde de fragmentation, le fait que Trump ait cosigné une déclaration d'**"soutien indéfectible à l'Ukraine"** avec des engagements de renforcement des sanctions anti-russes n'est pas anodin. Mais le danger est de confondre ce consensus affiché sur l'Ukraine avec une unité stratégique globale de l'Occident. Sur la Chine — la menace structurelle à long terme —, il n'y a pas d'Évian moment. Il n'y a que la cacophonie.

*Zelensky mérite cette reconnaissance. Il s'est battu — sur les champs de bataille et dans les couloirs diplomatiques — pour que l'Ukraine reste dans l'agenda occidental au moment où certains voulaient aller de l'avant sans elle. Sa présence à Évian, sa position de négociateur plutôt que de suppliant, est le résultat d'une bravoure qui dépasse l'entendement. Je n'étais pas à Évian. Mais ce que les correspondants rapportent de son attitude — calme, déterminée, sans illusions — me rappelle que la résistance ukrainienne reste le seul signal clair dans cette cacophonie occidentale.*

## La Chine soutient Poutine : le lien invisible au cœur du G7

### Pékin, pourvoyeur de la machine de guerre russe

Un fait rarement dit clairement dans les communiqués officiels, mais documenté par l'**Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (ISS)** : la Chine **soutient l'effort de guerre russe**. Ce soutien n'est pas toujours direct, mais il est substantiel — exportations de composants à double usage, expansion des échanges commerciaux et des liens énergétiques avec Moscou, coopération technologique permettant à la Russie de contourner partiellement les sanctions occidentales. Pékin exporte des équipements qui se retrouvent dans les missiles qui tuent des civils ukrainiens. C'est un fait, pas une hypothèse.

L'ISS l'a formulé clairement avant le sommet : **la coalition anti-occidentale dirigée par la Chine se consolide rapidement**, pendant que l'alliance occidentale s'affaiblit. Cette coalition inclut la Russie, l'Iran, la Corée du Nord — le "quartet des malheurs" que l'Occident peine à affronter de manière unifiée. La Corée du Nord fournit des munitions et des troupes à Poutine. L'Iran finançait son effort de guerre jusqu'à l'accord d'Évian avec Trump. Et la Chine **déploie sa coopération technologique et financière** pour projeter ses normes sur le "Sud global" et marginaliser celles établies par les États-Unis et l'Europe.

### L'axe sino-russe : une réalité que le G7 n'a pas voulu nommer

Le sommet d'Évian n'a pas abordé frontalement le soutien de Pékin à Moscou. Les déclarations géopolitiques de l'Élysée ont réaffirmé l'opposition du G7 à toute tentative de modification unilatérale du statu quo en **mer de Chine orientale**, en **mer de Chine méridionale** et à travers le **détroit de Taïwan**. Elles ont exprimé une "profonde inquiétude" face aux programmes nucléaires et balistiques de la **Corée du Nord**. Mais le soutien concret de la Chine à la Russie est resté hors agenda — sans doute parce que le nommer aurait forcé les membres du G7 à répondre à une question inconfortable : comment peut-on vouloir négocier commercialement avec Pékin tout en sachant que Pékin aide Poutine à tuer des Ukrainiens ?

C'est cette contradiction fondamentale que le G7 d'Évian n'a pas résolue — et qu'il ne pouvait pas résoudre dans son format actuel, avec Trump qui préfère son G2 bilatéral avec Xi. L'**hypocrisie stratégique** est devenue la monnaie courante des sommets occidentaux. Et comme toutes les monnaies fiduciaires mal gérées, elle finit par perdre sa valeur.

*Ce point me ronge depuis des mois. Comment discuter sérieusement de "réduire notre dépendance envers la Chine" tout en savant que Pékin alimente, directement ou indirectement, la guerre contre l'Ukraine ? C'est une schizophrénie stratégique. L'Occident veut le commerce avec la Chine, et veut aussi l'Ukraine libre. Il ne peut pas avoir les deux indéfiniment, et il refuse de faire le choix. Cette lâcheté intellectuelle collective est peut-être la vraie menace existentielle — pas Xi, pas Poutine. Nous.*

## L'Europe déchirée : France-Allemagne, la fracture au sein du G6

### Paris veut frapper fort, Berlin hésite encore

Si la fracture entre Washington et le reste du G7 est la plus visible, une autre fracture, intra-européenne, est tout aussi préoccupante. Selon **El País** du 15 juin, il n'y a **"même pas de consensus entre les Européens"** sur la manière d'aborder la Chine. La **France** est l'un des plus fervents défenseurs d'une ligne dure au sein de l'UE — tarifs ciblés, mesures de protection commerciale, réduction active des dépendances. Macron lui-même a déclaré devant des travailleurs d'Amiens que les tarifs et mesures de préférence étaient une **"protection juste"**.

L'**Allemagne**, en revanche, reste structurellement plus prudente. Berlin est exposée à la Chine comme aucune autre grande économie européenne — en tant que marché d'exportation pour son industrie automobile notamment. Le chancelier **Friedrich Merz**, traditionnellement plus mesuré que ses prédécesseurs sur la question chinoise, montre des signes d'ouverture plus grande envers des mesures de fermeté, selon les rapports de **SeaNews** du 15 juin. Mais cette ouverture reste conditionnelle — et toute politique européenne commune sur la Chine doit passer par Berlin.

### Le déficit de 360 milliards et la tentation européenne du dialogue

Le déficit commercial de l'Union européenne avec la Chine a atteint **360 milliards d'euros** l'an dernier et continue d'augmenter en 2026. Les industries européennes — automobile, machines industrielles, électronique, énergie renouvelable — voient leur compétitivité érodée par les exportations chinoises subventionnées. Le commissaire européen au Commerce, **Maros Sefcovic**, a promis d'aborder ce déséquilibre. Mais la stratégie européenne oscille entre la fermeté déclaratoire et la prudence opérationnelle.

La conférence convoquée par Macron le 11 juin entre le G7 et la Chine — avec la participation du vice-Premier ministre chinois **Zhang Guoqing** — a abouti à un simple accord de **"poursuivre les discussions au G20"** avec l'appui du FMI. Les économistes l'ont noté froidement : la réunion n'a montré aucun progrès. Pire : selon **Agathe Demarais** du Conseil européen des relations étrangères, la Chine **"n'a aucun intérêt à modifier son modèle économique pour convenir à la présidence française"**. Et la décision de Pékin d'envoyer un vice-Premier ministre — et non Xi lui-même ou son Premier ministre Li Qiang — a été interprétée par tous les analystes comme un signal délibéré de **manque de sérieux**.

*La fracture franco-allemande sur la Chine n'est pas nouvelle, mais elle est de plus en plus dangereuse dans ce contexte. Paris et Berlin sont les deux piliers de l'Europe. Quand ils divergent sur la menace la plus structurante du siècle, c'est toute la construction européenne qui vacille. Je comprends la prudence allemande — une économie d'exportation ne peut pas se permettre un choc tarifaire brutal. Mais l'histoire récompense rarement ceux qui ont fait passer leurs intérêts économiques immédiats avant la sécurité stratégique à long terme. L'Allemagne a une occasion historique de choisir son camp. Clairement.*

## L'intelligence artificielle : une nouvelle fracture dans la fracture

### Les contrôles à l'exportation américains irritent les alliés

Comme si le désaccord sur la Chine ne suffisait pas, le sommet d'Évian a révélé une seconde fracture entre les États-Unis et leurs alliés : celle de l'**intelligence artificielle**. L'administration Trump a décidé de placer des **contrôles à l'exportation** sur les modèles d'IA frontière d'**Anthropic** — Fable 5 et Mythos 5 — limitant leur accès aux utilisateurs non américains. Selon **Andrea Renda**, directeur de recherche au **Centre for European Policy Studies**, les six autres membres du G7 sont **"vraiment irrités et contrariés"** par ce traitement différentiel dans l'accès à Claude Fable 5.

Renda a qualifié cette décision d'"inauguration d'une ère" où les États-Unis **weaponisent** leur IA contre leurs propres alliés traditionnels. L'ironie est cinglante : dans un sommet censé coordonner la réponse au défi chinois, Washington crée simultanément un nouveau point de friction avec ses partenaires. Les 11 PDG d'IA présents au sommet — dont Sam Altman d'**OpenAI**, Dario Amodei d'**Anthropic** et Alex Wang de **Meta** — n'ont pas suffi à garantir une véritable convergence politique sur l'accès aux modèles les plus avancés.

### La logique du "club des partenaires de confiance" et l'exclusion de la Chine

Selon **The Japan Times** et **Politico Europe**, les dirigeants du G7 ont discuté d'un modèle de **"partenaires de confiance"** pour l'accès aux modèles d'IA frontière américains — une logique de club démocratique partageant la technologie pour priver la Chine d'un avantage décisif. La logique stratégique est cohérente. Mais comme le note le site spécialisé **The Plumbline**, **aucun texte politique contraignant n'a confirmé** l'existence de ce club. Les gouvernants du G7 ont reconnu que l'IA pose des risques réels nécessitant une coordination — et n'ont presque rien décidé de concret sur qui décide, qui est inclus, et qui paie.

Ce vide est lui-même révélateur. L'IA est peut-être l'enjeu technologique le plus stratégique du siècle. La Chine déploie ses propres plateformes et services d'IA à travers le "Sud global" pour promouvoir ses normes et standards. Et le G7 est sorti d'Évian avec une demande adressée aux ministres des Finances de **"discuter davantage"** des risques liés à l'IA dans le secteur financier. C'est bien peu face au déluge.

*L'IA est peut-être le terrain où la fracture Occident-Chine sera décidée — bien plus que les champs de bataille terrestres ou les flux commerciaux. Et pourtant, c'est aussi le terrain où la fracture interne de l'Occident est la plus visible. Washington weaponise ses modèles contre ses propres alliés. Les Européens ne savent pas si leur modèle d'avenir est de dépendre du logiciel américain ou du silicium chinois. Dans cette confusion, Pékin avance méthodiquement. Je n'ai pas de solution magique à proposer. Mais je sais reconnaître un avantage structurel quand je le vois — et la Chine en accumule plusieurs simultanément.*

## La stratégie de Macron : audace tactique, impasse stratégique

### L'art du possible face à un partenaire américain imprévisible

Il serait injuste de réduire la stratégie de Macron à une simple capitulation. Dans un contexte où Trump a refusé de signer un communiqué commun, rejeté les priorités européennes sur le climat et l'IA, et privilégié son agenda bilatéral avec Pékin, Macron a navigué dans les contraintes du possible avec une certaine maestria. Il a maintenu Trump à la table. Il a obtenu une déclaration d'**"unwavering support"** pour l'Ukraine. Il a structuré neuf déclarations thématiques là où d'autres auraient eu zéro. Il a intégré le Brésil, l'Inde, le Kenya et la Corée du Sud — élargissant l'empreinte géopolitique du G7.

Mais comme l'analyse **Chatham House**, la France a fait un choix stratégique : **prioritiser le dialogue G6-US** et éviter tout risque d'aliéner Trump. Ce faisant, elle a renoncé à formuler des déclarations **"non G7"** — soutenues par le G6 et les pays partenaires mais sans les États-Unis — sur les sujets bloqués par Washington. Macron pouvait peut-être aller plus loin. Il a préféré préserver l'apparence d'unité. Cette prudence était tactiquement compréhensible. Elle était stratégiquement insuffisante face à l'urgence de la menace chinoise.

### La proposition Chatham House : un "troisième pôle" pour l'économie mondiale

Face à l'impasse du G7 avec Trump, **Chatham House** propose une idée radicale : créer une **alliance permanente des économies orientées vers le marché** — un **"troisième pôle"** dans l'économie mondiale — qui n'inclurait ni la Chine, ni les États-Unis, et pourrait se fonder sur l'approfondissement de l'alliance commerciale et d'investissement entre l'**UE et le CPTPP**. Ce "troisième pôle" serait une réponse à la fois au bilatéralisme américain et au mercantilisme chinois.

L'idée est intellectuellement séduisante. Elle est politiquement héroïque dans le sens où elle demande à l'Europe de s'affirmer comme puissance autonome, sans filet américain. Elle suppose une Europe unie — ce que le split franco-allemand sur la Chine rend difficile. Et elle suppose que les membres potentiels de ce pôle — Canada, Japon, Corée du Sud, Australie — acceptent de s'engager dans une coalition qui risque d'irriter Washington autant que Pékin. Mais c'est peut-être la seule voie pour que l'Occident survive à sa propre désunion.

*Le "troisième pôle" de Chatham House m'intéresse profondément. Pas parce que je pense que c'est facile — c'est la chose la plus difficile politiquement qui soit. Mais parce que c'est peut-être la seule réponse cohérente à l'impasse que révèle Évian. Si le G7 ne peut plus fonctionner avec Trump, et si la Chine avance avec ses propres institutions parallèles, l'Europe et ses alliés naturels ont besoin d'un espace de coopération qui ne dépende ni de Washington ni de Pékin. Ce n'est pas de l'anti-américanisme. C'est de la survie stratégique.*

## Le silence sur le "China shock 2.0" : quand l'économie devient arme

### Les exportations chinoises submergent l'économie européenne

Avant même le sommet, une étude publiée par **Associated Press** le 15 juin alertait sur le **"China Shock 2.0"** : les exportations chinoises en forte croissance menacent l'économie européenne et suscitent de vives inquiétudes à Évian. Le phénomène est documenté. La Chine a construit une capacité industrielle phénoménale — subventionnée par l'État — dans des secteurs où l'Europe était jadis leader : automobile, machines industrielles, électronique, énergie renouvelable, haute technologie. Elle exporte ces produits à des prix artificiellement bas, détruisant les emplois et la base productive européenne.

L'UE impose bien des tarifs sur certains produits chinois — jusqu'à 35 % sur les véhicules électriques par exemple. Mais ses tarifs généraux restent relativement bas selon les règles de l'**OMC**. Et la logique même de l'OMC — fondée sur le principe de concurrence loyale entre économies de marché — est structurellement inadaptée à une économie d'État comme la Chine. Permettre à une économie de marché de participer à l'OMC tout en pratiquant un mercantilisme d'État à grande échelle, c'est permettre au joueur qui triche de fixer les règles du jeu. Le G7 n'a pas résolu cette contradiction fondamentale à Évian.

### Des textes convenus qui ne nomment pas la réalité

Les déclarations du G7 sur les déséquilibres macroéconomiques évitaient soigneusement de citer la Chine par son nom. Les **"pays enregistrant d'importants excédents extérieurs persistants"** devaient **"renforcer leurs sources nationales de croissance"** — formule convenue qui n'impose rien. Ces textes ont été négociés au rasoir, chaque formulation pesée pour ne pas provoquer Trump d'un côté, ni trop irriter Pékin de l'autre, ni créer de précédents gênants pour certains membres européens eux-mêmes. Le résultat est un texte qui dit tout sans rien exiger. Une déclaration sans dents dans une situation qui en demande.

C'est ici que la fracture du G7 sur la Chine devient vraiment dangereuse. Pas dans les déclarations publiques — mais dans ce qu'elles révèlent : une incapacité collective à affronter la menace systémique que représente le modèle économique chinois pour les démocraties libérales. Tant que les leaders du G7 préféreront des formules diplomatiques aux mesures contraignantes, Pékin continuera d'avancer — méthodiquement, méthodiquement, méthodiquement.

*Je suis frappé par le contraste entre la précision des menaces documentées — excédents records, contrôle des terres rares à 95 %, exportations à prix cassés — et le flou des réponses. Il y a quelque chose de presque surréaliste dans le fait que sept des plus puissantes économies du monde passent trois jours à débattre et n'aboutissent qu'à des formules qui évitent de nommer le problème. Si les dirigeants du G7 devaient se justifier devant les travailleurs européens qui perdent leur emploi à cause des exportations chinoises subventionnées, je me demande comment ils formuleraient leur bilan d'Évian.*

## Trump : le mal nécessaire que l'Occident doit apprivoiser, pas ignorer

### Une présence perturbatrice mais indispensable

Il serait commode, et faux, de faire de Trump le seul responsable de la fracture du G7. Il l'aggrave, sans aucun doute. Son refus de s'aligner sur les priorités multilatérales de ses alliés, sa tendance à traiter la politique étrangère comme une transaction commerciale, son attrait pour le bilatéralisme sino-américain — tout cela complique considérablement la cohésion occidentale. Mais Trump n'a pas créé les divergences profondes sur la Chine entre Paris et Berlin, ni la dépendance structurelle de l'Europe envers les terres rares chinoises, ni la lenteur de la reconversion industrielle occidentale. Ces problèmes préexistaient.

Et Trump apporte aussi quelque chose que les administrations précédentes n'apportaient pas : une **volonté de confronter Pékin directement**. Sa politique de tarifs unilatéraux — que les Européens critiquent — a au moins le mérite de signaler à la Chine que le modèle mercantiliste a un coût. Le lancement d'un **"US-China board of trade"** pour gérer les relations bilatérales, la fragilité de la trêve commerciale qui expire en novembre 2026 — tout cela montre que Washington n'est pas naïf sur la menace chinoise. Il diverge sur la méthode, pas sur le diagnostic.

### Comment composer avec un partenaire américain qui impose ses conditions

La vraie question pour les alliés européens n'est pas comment se débarrasser de Trump — ils n'en ont pas les moyens — mais comment maximiser les points de convergence avec Washington tout en construisant leur propre autonomie stratégique. Chatham House suggère que la prochaine grande occasion sera le **G20 sous présidence britannique en 2027**. Mais ce forum sera encore plus difficile — avec la Chine et la Russie à la table.

Dans l'immédiat, les Européens doivent accepter une réalité inconfortable : Trump est à la fois le perturbateur de l'unité occidentale et son garant militaire ultimate. L'OTAN, les garanties de sécurité, la présence américaine en Europe — tout cela dépend de Washington. L'Europe ne peut pas se permettre de se passer des États-Unis. Mais elle ne peut pas non plus se permettre de laisser un seul acteur — fût-il américain — bloquer indéfiniment la construction d'une stratégie commune face à la Chine. **Ce paradoxe est la croix que l'Occident devra porter dans les années à venir.**

*Je n'aime pas dire que Trump est un "mal nécessaire" — la formule est trop commode pour esquiver la complexité. Ce que je crois, c'est que l'Amérique de Trump reste préférable à une Amérique absente ou à une Amérique pro-Pékin. Sur la Chine, il a raison sur le fond : le modèle mercantiliste de Pékin est une menace réelle. Il a tort sur la méthode : aller seul affaiblit précisément la réponse collective que la Chine craint le plus. Naviguer entre ces deux vérités contradictoires, sans perdre ni l'alliance américaine ni la cohésion européenne, c'est le défi diplomatique de la décennie.*

## Les leçons d'Évian : ce que ce sommet dit de l'état de l'Occident

### Une désunion qui profite à nos adversaires

Évian 2026 restera dans l'histoire comme le sommet qui a officialisé la désunion occidentale face à la menace chinoise. Pas parce que les dirigeants se sont disputés — au contraire, la façade était polie. Mais parce que les divisions fondamentales sur la méthode, les outils et les priorités face à Pékin ont été exposées sans être résolues. Chaque désaccord entre les membres du G7 sur la Chine est une information stratégique précieuse pour Pékin. Xi Jinping peut lire les déclarations d'Évian et en conclure, légitimement, que **les démocraties ne sont pas capables de se coordonner efficacement contre lui**.

L'ISS européen l'a formulé sans ambiguïté avant le sommet : **l'alliance anti-occidentale menée par la Chine se consolide rapidement, pendant que l'alliance occidentale s'affaiblit**. Chaque sommet de l'OCS (Organisation de coopération de Shanghai), chaque renforcement des liens sino-russes, chaque accord technologique entre Pékin et des pays du Sud global — tous ces mouvements construisent méthodiquement un ordre mondial alternatif. Et pendant ce temps, le G7 débat de ses formules sans dents.

### Ce qu'Évian change, et ce qu'il ne change pas

Évian a quand même produit des avancées réelles : l'engagement sur les terres rares, le soutien à l'Ukraine, la déclaration sur Taïwan et la mer de Chine, la condamnation implicite mais claire du modèle économique chinois. Ces éléments comptent. Ils signalent à Pékin que le G7, même divisé sur les méthodes, conserve une **orientation stratégique commune**. Et pour l'Ukraine, les engagements concrets de renforcement des défenses aériennes et des sanctions anti-russes représentent un soutien tangible dans une guerre qui n'est pas terminée.

Mais Évian n'a pas résolu la contradiction centrale : comment maintenir une réponse collective et efficace à la Chine quand le membre le plus puissant du G7 préfère jouer solo ? Cette question restera sans réponse tant que le G7 n'aura pas trouvé une nouvelle architecture — soit en intégrant les contraintes de Trump, soit en construisant un format parallèle pour les sujets où Washington bloque. L'**Occident est au pied d'un mur**. La question est de savoir combien de temps il lui faudra pour décider de le franchir.

*Je termine cet éditorial avec un sentiment mêlé d'alarme et d'obstination. L'alarme, parce que la fracture du G7 sur la Chine n'est pas un accident de parcours — c'est le symptôme d'une crise profonde de la gouvernance occidentale. L'obstination, parce que je continue de croire que l'Occident a les ressources intellectuelles, économiques et militaires pour faire face à la montée de Pékin — à condition de vouloir les mobiliser collectivement. Évian a montré les limites du format actuel. C'est maintenant aux dirigeants d'avoir le courage de changer de format avant qu'il soit trop tard.*

## Conclusion : l'heure du choix pour l'Occident fracturé

### L'urgence d'une réponse stratégique unifiée

Le sommet d'Évian a administré une leçon douloureuse mais nécessaire : l'Occident ne peut pas se permettre le luxe de la désunion face à la Chine. Pas parce que la confrontation avec Pékin est inévitable — elle n'est pas fatalement destinée à être militaire. Mais parce que la Chine construit méthodiquement un ordre alternatif, et chaque année de désaccord occidental est une année de plus où cet ordre s'installe. Les **95 % de contrôle chinois sur les aimants permanents**, l'**excédent commercial de 1 200 milliards**, le soutien à la Russie de Poutine, la colonisation technologique du Sud global — ce ne sont pas des éléments de langage. Ce sont des faits qui façonnent l'ordre mondial de demain.

L'Occident a des forces considérables. Ses économies combinées représentent une puissance inégalée. Ses institutions démocratiques, malgré leurs fragilités, restent supérieures à tout ce que le modèle autoritaire chinois peut offrir en termes de créativité et d'adaptabilité. L'Ukraine, en résistant héroïquement depuis 2022, a rappelé au monde que les démocraties peuvent se battre et tenir. Ce qui manque, c'est la **volonté politique de se coordonner**. Et cette volonté, Évian a montré qu'elle reste insuffisante.

### Ce que l'histoire retiendra de ce printemps 2026

L'histoire jugera les dirigeants du G7 2026 sur ce qu'ils auront construit — ou laissé se défaire — dans la décennie à venir. Les déclarations d'Évian seront peut-être vues, dans vingt ans, comme le moment où l'Occident a compris l'ampleur de la menace mais n'a pas encore trouvé le courage de s'unir pour y faire face. Ou elles seront vues comme le début d'une prise de conscience qui a conduit à une réorganisation de l'ordre occidental. Tout dépend de ce qui se passe après. Tout dépend de si les **promesses sur les terres rares**, le **soutien à l'Ukraine**, la **diversification des chaînes d'approvisionnement** se traduisent en actes concrets ou restent des vœux pieux.

Ce qui est certain, c'est que **l'Occident n'a plus le droit à l'erreur**. La Chine avance. La Russie de Poutine continue de saigner l'Ukraine. L'Iran négocie, en attendant la prochaine crise. La Corée du Nord teste ses missiles. Et le G7 sort d'Évian avec neuf déclarations thématiques et une fracture béante sur la question la plus fondamentale de notre époque. Ce n'est pas suffisant. Ce ne sera jamais suffisant — jusqu'à ce que l'Occident décide, collectivement et sans ambiguïté, de faire face.

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Politico Weekly Trade — "Trump, G7 split on China strategy" par Ari Hawkins — 15 juin 2026](https://www.politico.com/newsletters/weekly-trade/2026/06/15/trump-g7-split-on-china-00961843)

- [Fortune — "'Making China the elephant in the room': The G7 confronts…" par Mia Osmonbekov — 16 juin 2026](https://fortune.com/2026/06/16/china-g7-us-ai-reliance-chinese-energy-supply-chains/)

- [Fortune — "The G7 just pledged to break China's rare earth grip — there's a lot of work to do" par Mia Osmonbekov — 17 juin 2026](https://fortune.com/2026/06/17/the-g7-just-pledged-to-break-chinas-rare-earth-grip-theres-a-lot-of-work-to-do/)

### Sources secondaires

- [Chatham House — "Macron's Evian summit shows the limits Trump places on G7" par Creon Butler — 18 juin 2026](https://www.chathamhouse.org/2026/06/macrons-evian-summit-shows-limits-trump-places-g7)

- [Euronews — "Six takeaways from the G7 summit in Évian" par Jorge Liboreiro et Luca Bertuzzi — 17 juin 2026](https://www.euronews.com/my-europe/2026/06/17/six-takeaways-from-the-g7-summit-in-evian)

- [El País — "G-7 summit in France gauges the rift in the West" par Andrea Rizzi — 15 juin 2026](https://english.elpais.com/international/2026-06-15/g-7-summit-in-france-gauges-the-rift-in-the-west.html)

- [Institut d'études de sécurité de l'UE — "Why tensions between the US and its allies are now so critical" — 5 juin 2026](https://www.iss.europa.eu/publications/commentary/why-tensions-between-us-and-its-allies-are-now-so-critical-reflections)

- [SeaNews — "Macron Calls on G7 to Confront China's Trade Practices" (reprenant Politico) — 15 juin 2026](https://www.seanews.com.tr/article/emmanuel-macron-urges-g7-to-tackle-china-mqfp6hg8)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/editorial-g7-evian-le-split-sur-la-chine-fracture-l-occident-et-annonce-le-pire-2
