# DÉCRYPTAGE : 10 000 Nord-Coréens en Russie : l'apprentissage dangereux de la guerre

> Le président ukrainien Volodymyr Zelensky l'a répété à plusieurs reprises depuis le début de 2026 : environ 10 000 soldats nord-coréens sont actuellement déployés en Russie, et leur présence est «incroyablement dangereuse». Ce n'est pas une exagération rhétorique — c'est un constat documenté par les services de renseignement américains, sud-coréens et ukrainiens. Ce déploiement

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Analyse
- Publié: 2026-06-28
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/decryptage-10-000-nord-coreens-en-russie-l-apprentissage-dangereux-de-la-guerre

## Introduction : Une présence qui change tout

### Le chiffre qui ne ment pas

Le président ukrainien **Volodymyr Zelensky** l'a répété à plusieurs reprises depuis le début de 2026 : environ **10 000 soldats nord-coréens** sont actuellement déployés en **Russie**, et leur présence est «incroyablement dangereuse». Ce n'est pas une exagération rhétorique — c'est un constat documenté par les services de renseignement américains, sud-coréens et ukrainiens. Ce déploiement représente la plus grande opération militaire étrangère de la **Corée du Nord** depuis la guerre de Corée.

Ce que Zelensky souligne avec force, c'est moins le fait du déploiement lui-même que ses implications à long terme. Ces soldats ne combattent pas seulement pour **Vladimir Poutine** — ils apprennent. Ils acquièrent une expérience de combat que nul programme d'entraînement simulé ne peut reproduire : la guerre des drones, la guerre électronique, les frappes de précision longue portée, la survie sous feux d'artillerie modernes. Et quand ils rentreront chez eux, ils deviendront des **instructeurs** qui diffuseront ces savoir-faire à l'ensemble de l'**armée populaire coréenne**.

### Un déploiement en plusieurs vagues

L'histoire de ce déploiement a commencé en **octobre 2024**, quand les premières unités nord-coréennes ont été acheminées vers des bases d'entraînement en **Extrême-Orient russe**. À la fin de ce mois, le **Pentagone** confirmait environ **10 000 soldats** en transit. Rapidement, ces troupes ont été déployées dans la région de **Kursk**, théâtre d'une incursion ukrainienne depuis août 2024. Au fil des mois, les rotations se sont succédé, portant le total cumulatif de soldats nord-coréens ayant servi en Russie à des estimations allant de **15 000 à 20 000 personnels**, selon des analyses privées citées par des sources de renseignement.

*Ce déploiement est une première historique. La Corée du Nord a toujours gardé ses soldats chez elle, sauf pour quelques conseillers discrets. Voir des milliers de soldats nord-coréens combattre aux côtés de l'armée russe en Ukraine est un changement qualitatif de la nature de cette alliance — et une menace qui dépasse le seul conflit ukrainien.*

## Kursk : le baptême du feu

### Des pertes initiales catastrophiques

Le baptême du feu des soldats nord-coréens en **Kursk** a été brutal. Habitués à une armée figée dans une doctrine soviétique datant des années 1960-70, ils se retrouvaient face à une réalité de combat du **XXIe siècle** qu'ils n'avaient jamais envisagée : des **drones FPV** capables de cibler un individu isolé, des munitions guidées de précision, une surveillance aérienne permanente. Les pertes initiales ont été considérables.

L'**ISW** (Institute for the Study of War) a estimé, dans son rapport du 17 février 2026, que les soldats nord-coréens avaient subi environ **2 000 tués et 4 000 à 5 000 blessés** lors des premières phases du déploiement. Ces chiffres sont corroborés par les services de renseignement sud-coréens. La **BBC** a rapporté une estimation de **2 300 soldats nord-coréens tués**. Ces pertes reflètent la désorientation initiale de troupes non préparées à la guerre de drones en terrain ouvert.

### L'adaptation, signal le plus inquiétant

Mais voilà le problème : ces soldats ont **appris**. Les rotations suivantes ont montré une adaptation significative — meilleure dispersion individuelle, techniques de camouflage, discipline anti-drones, utilisation des abris. L'**Ukraine war analytics** a noté que «les rotations successives ont adapté avec une meilleure dispersion individuelle, camouflage et discipline anti-drones, réduisant mais pas éliminant le taux de pertes lié aux drones». Cette adaptation accélérée en conditions réelles est précisément ce que **Kim Jong-un** recherchait.

Début 2026, selon l'**ISW**, les troupes nord-coréennes en **Kursk** avaient transitionné vers un rôle d'appui-feu : tirs d'artillerie, **MLRS** (lanceurs multiples de roquettes), reconnaissance aérienne pour ajuster les frappes. Elles opèrent sous commandement russe, mais acquièrent une compréhension systémique des opérations militaires combinées à un niveau sans précédent pour l'armée nord-coréenne.

*Ce n'est pas le nombre de morts qui me préoccupe le plus dans ce déploiement — aussi tragique soit-il pour chaque soldat envoyé là-bas sans comprendre pourquoi. C'est la vitesse d'adaptation. La Corée du Nord a envoyé des soldats naïfs et en reçoit des vétérans aguerris aux conditions de la guerre moderne. L'équation régionale en Asie de l'Est vient d'être modifiée.*

## Ce qu'ils apprennent : le catalogue de l'horreur utile

### La guerre des drones : une révolution assimilée

Zelensky a précisé lors de son interview à **Kyodo News** en février 2026 ce que les soldats nord-coréens apprennent concrètement : «Ils apprennent à contrer les missiles et divers types de drones, des FPV aux longue-portée. Ils sont actuellement en train de s'entraîner en Russie parce que nous répondons aux attaques russes.» En d'autres termes, chaque frappe ukrainienne contre des positions russes — dont certaines sont tenues par des Nord-Coréens — est une leçon de tactique anti-drone pour ces soldats.

Les **drones FPV** (First Person View), capables de cibler un combattant individuel à plusieurs kilomètres, ont révolutionné le champ de bataille ukrainien. Les **drones à longue portée** ukrainiens — dont certains pénètrent le territoire russe sur des centaines de kilomètres — démontrent ce que la guerre de précision à coût réduit peut accomplir. La **guerre électronique** russe, avec ses systèmes de brouillage des guidages GPS et des communications, est une autre leçon précieuse. Tout cela, les soldats nord-coréens l'observent, le subissent, et l'intègrent.

### L'artillerie et les MLRS : les fondamentaux modernisés

Les renseignements ukrainiens publiés par la **Direction du renseignement militaire (GUR)** en février 2026 ont révélé que les soldats nord-coréens en **Kursk** tiraient de l'artillerie en tonneau et des **MLRS** contre des cibles ukrainiennes, tout en conduisant des reconnaissances aériennes pour ajuster les tirs. C'est une intégration interarmes sophistiquée que l'armée nord-coréenne n'avait pas eu l'occasion de pratiquer en conditions réelles.

L'intégration de la **reconnaissance drone** pour l'ajustement des feux d'artillerie — une capacité que l'armée ukrainienne a développée à un niveau exceptionnel — est maintenant maîtrisée par des soldats qui rentreront à **Pyongyang** enseigner ces méthodes. Les **MLRS** qu'ils utilisent en Russie sont largement similaires à ceux que la Corée du Nord déploie le long de la **DMZ**. La boucle d'apprentissage est directement applicable au théâtre coréen.

*Je ne suis pas militaire, mais il m'est difficile de ne pas voir ce que cela signifie pour la Corée du Sud. Séoul est à 50 km de la DMZ. Les soldats qui rentrent du front ukrainien savent maintenant comment coordonner l'artillerie avec les drones pour frapper des cibles urbaines. Chaque leçon apprise en Ukraine sera appliquée en Corée si une guerre éclate.*

## Le retour des instructeurs : multiplicateur de menace

### 3 000 soldats rentrés, une armée transformée

Selon le renseignement militaire ukrainien cité par **RBC-Ukraine** en février 2026, pendant toute la période de déploiement nord-coréen, «environ trois mille soldats sont rentrés. La plupart d'entre eux deviennent des instructeurs militaires afin de diffuser les compétences de la guerre du XXIe siècle à l'ensemble de l'armée nord-coréenne». Ce chiffre est crucial : il représente le noyau d'un programme de transformation doctrinal massive de l'armée nord-coréenne.

Ces instructeurs ne transmettent pas seulement des techniques — ils transmettent une **culture de combat**. La différence entre une armée qui a lu des manuels sur la guerre des drones et une armée dont les cadres ont personnellement survécu à des attaques de drones FPV est immense. **Pyongyang** est en train d'acquérir cette culture de combat réel à une vitesse que aucun partenaire ne lui aurait fourni autrement.

### Le paradoxe des sanctionnés qui prospèrent

La **Corée du Nord** est l'un des pays les plus sanctionnés au monde. Ces sanctions visaient à priver Pyongyang des ressources nécessaires à son programme nucléaire et balistique. Or, ce déploiement militaire illustre l'effondrement partiel de cette stratégie : en échange de ses soldats, **Kim Jong-un** reçoit de la **Russie** des **technologies militaires de pointe**, un soutien financier contournant les sanctions, de l'énergie et de la nourriture. Les sanctions ont appauvri la population nord-coréenne — elles n'ont pas arrêté le programme militaire.

La **FDD** a documenté que la Russie a fourni à la Corée du Nord des **systèmes de guerre électronique**, des **systèmes de défense aérienne** à applications terrestres et maritimes, un **soutien pour les lancements de satellites**, et une aide substantielle au programme de missiles. Ces transferts représentent une accélération sans précédent des capacités militaires nord-coréennes, bien au-delà de ce que **Pyongyang** aurait pu développer seul dans un délai similaire.

*Il y a quelque chose de profondément cynique dans cette situation. La communauté internationale a mis des décennies à construire un régime de sanctions pour freiner le programme militaire nord-coréen. En quelques années, Poutine a sapé cet édifice en offrant à Kim exactement ce que les sanctions cherchaient à lui refuser. Et il l'a fait en échange de canons qui tuent des Ukrainiens. La complicité de Moscou avec Pyongyang est un crime stratégique.*

## L'impact sur la péninsule coréenne

### Séoul réagit : 500 000 guerriers drones

La **Corée du Sud** n'est pas restée passive face à cette montée en puissance. Le **26 juin 2026**, le ministre de la Défense sud-coréen **Ahn Gyu-back** a annoncé un plan massif : former **500 000 «guerriers drones»** dans l'ensemble des forces armées, acquérir plus de **20 000 drones** à faible coût, et produire **110 000 drones** d'ici 2029 pour équiper l'armée, la marine, l'aviation et les marines. Ce plan, entièrement basé sur des composants **100 % domestiques** pour des raisons de sécurité, est une réponse directe à la menace que les soldats nord-coréens formés en Ukraine feront peser sur la péninsule.

Cette décision s'inscrit dans un contexte de reconnaissance explicite par **Séoul** que le retour des soldats nord-coréens avec une expérience de combat moderne **modifie fondamentalement** l'équation sécuritaire sur la péninsule. Les services de renseignement sud-coréens estimaient en octobre 2024 que le déploiement représentait «une menace sécuritaire significative» pour la Corée du Sud et ses alliés.

### Le défi du renseignement : compter les rotations

L'une des grandes difficultés dans l'évaluation de cette menace est le suivi des rotations. Les estimations varient : **10 000** selon Zelensky (juin 2026), **8 000 à 10 000** selon l'Ukraine GUR (début 2026), **9 500** selon NK News (début 2026). Le chiffre cumulatif de soldats ayant servi en Russie depuis octobre 2024 est beaucoup plus élevé — les estimations privées parlent de **15 000 à 20 000** personnels sur plusieurs rotations.

Le parlement russe a remercié **Kim Jong-un** pour la «libération de Kursk» — le président de la **Douma d'État** ayant utilisé cette formulation provocatrice en avril 2026 pour saluer le rôle des troupes nord-coréennes dans l'expulsion des forces ukrainiennes de la région. Ce mot de «libération» est une insulte à la réalité : des soldats nord-coréens ont été utilisés comme chair à canon pour reconquérir un territoire que la Russie avait elle-même perdu après son agression.

*La «libération de Kursk» — cette formule me rend malade. Des gamins de 20 ans envoyés mourir dans une guerre dont ils ne comprennent pas les enjeux, pour défendre les ambitions impériales d'un pays qui n'est pas le leur, et le Kremlin les remercie avec des fleurs et des médailles. C'est le cynisme le plus pur.*

## Les deux prisonniers : le visage humain du déploiement

### Ri et Paek : survivants malgré eux

En **janvier 2025**, l'Ukraine a capturé deux soldats nord-coréens en **Kursk** — les premiers captifs nord-coréens vivants depuis la guerre de Corée. **Ri** (27 ans) et **Paek** (22 ans), blessés au combat, ont tous deux exprimé publiquement le souhait d'aller en **Corée du Sud** plutôt que de rentrer en Corée du Nord où, disent-ils, ils seraient «exécutés». Ils n'ont jamais caché leur peur : avoir été faits prisonniers est, selon la doctrine nord-coréenne, une trahison passible de mort.

La Corée du Nord avait d'ailleurs donné l'ordre à ses soldats de **s'auto-détruire à la grenade** plutôt que de se laisser capturer. Le fait que **Ri** et **Paek** soient en vie est dû aux circonstances de leur capture — blessures sévères, inconscience momentanée. Ces deux cas révèlent l'absurdité totalitaire du régime de Kim : même ses propres soldats préfèrent la captivité chez l'ennemi à un retour forcé chez eux.

### Un enjeu diplomatique majeur

Le **23 juin 2026**, la **Corée du Sud** a officiellement déclaré qu'elle accepterait tous les prisonniers de guerre nord-coréens capturés en Ukraine qui le souhaiteraient, s'opposant à tout rapatriement forcé. La **Russie** a systématiquement inclus les noms de **Ri** et **Paek** dans ses listes de prisonniers à échanger avec l'Ukraine — une tentative de les récupérer pour les remettre à **Pyongyang**. Les ministres des Affaires étrangères ukrainien et sud-coréen doivent se rencontrer à **Séoul** le **30 juin 2026** pour discuter de ce dossier.

Le droit international est complexe ici : la **Convention de Genève** stipule normalement le retour des prisonniers après les hostilités, mais le **principe de non-refoulement** interdit de renvoyer des individus dans des pays où ils risquent persécution, torture ou exécution. La **haute-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU Volker Turk** a confirmé en mai 2026 que ce principe s'applique aux prisonniers nord-coréens détenus par l'Ukraine.

*Ri et Paek ne sont pas des statistiques. Ce sont deux êtres humains pris dans l'engrenage de trois régimes autoritaires — nord-coréen, russe, et l'alliance contre nature qu'ils ont formée. Leur désir d'aller en Corée du Sud est un acte de courage extraordinaire dans les circonstances. La communauté internationale leur doit la protection du droit.*

## L'architecture juridique internationale mise à l'épreuve

### La Charte des Nations Unies et ses limites pratiques

Le déploiement de soldats nord-coréens en **Russie** constitue une violation flagrante de plusieurs résolutions du **Conseil de sécurité de l'ONU** qui interdisent à la Corée du Nord de générer des revenus ou des bénéfices militaires à l'étranger. Ces résolutions — adoptées à l'unanimité par le Conseil, **Russie incluse** — visaient précisément à empêcher que le régime de **Kim Jong-un** exporte ses services militaires contre rémunération. En déployant des soldats en Russie en échange de technologies et de soutien financier, **Pyongyang** contourne ces restrictions avec la complicité active de **Moscou**.

Le paradoxe est saisissant : la **Russie** a elle-même voté plusieurs de ces résolutions avant 2022. En accueillant les soldats nord-coréens, elle viole délibérément des règles qu'elle avait contribué à établir, démontrant que son engagement envers le cadre de non-prolifération international était toujours tactique, jamais structurel. Cette **complicité systémique** érode la crédibilité de tout le système de sanctions multilatérales — pas seulement contre la Corée du Nord, mais contre tout acteur que la Russie décide de protéger.

### La réponse diplomatique et ses insuffisances

Les États-Unis, le **Royaume-Uni**, l'**Union européenne** et la **Corée du Sud** ont imposé des sanctions supplémentaires ciblant les individus et entités impliqués dans le déploiement nord-coréen. Ces mesures, bien que symboliquement importantes, ont une portée limitée : elles ne touchent pas les bénéficiaires principaux — **Kim Jong-un** lui-même, le leadership militaire nord-coréen — qui ne possèdent pas d'actifs dans les pays sanctionneurs et ne voyagent pas à l'étranger. Les canaux financiers alternatifs — cryptomonnaies, intermédiaires chinois, réseaux commerciaux informels — permettent de contourner les restrictions avec une relative facilité.

La réponse diplomatique a également buté sur l'absence de mécanisme de responsabilisation crédible. Le **Tribunal pénal international** n'a pas de juridiction sur les questions militaires entre États. L'Assemblée générale de l'ONU peut adopter des résolutions non contraignantes. Le Conseil de sécurité est paralysé par le veto russe et chinois. Cette architecture juridique, conçue dans un contexte de rivalités entre grandes puissances différentes de celui d'aujourd'hui, montre ses limites structurelles.

*L'impuissance de l'ONU face au déploiement nord-coréen est symptomatique d'un problème plus large : le cadre de gouvernance internationale a été conçu en 1945, pour un monde où les grandes puissances partageaient au moins certains intérêts fondamentaux. Quand l'une d'elles décide de saboter ce cadre de l'intérieur, il n'y a pas de Plan B institutionnel. C'est le vide que les démocraties doivent apprendre à combler.*

## Les implications pour la défense globale de l'Asie-Pacifique

### Le Japon et l'équilibre régional

Le **Japon** suit avec une attention particulière les développements nord-coréens, pour une raison simple : les missiles balistiques à portée intermédiaire nord-coréens placent les villes japonaises — dont **Tokyo** et son agglomération de **37 millions d'habitants** — dans leur enveloppe de frappe potentielle. Depuis 2022, le gouvernement japonais a adopté une stratégie de défense nationale substantiellement révisée, prévoyant une **doubling** de son budget de défense sur cinq ans, et acquérant pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale une capacité de **frappe de contre-attaque** — autrement dit, la capacité de frapper des cibles sur le territoire d'un adversaire potentiel.

Ces changements représentent une rupture historique avec la doctrine d'après-guerre du **«pacifisme actif»** japonais. Ils sont directement motivés par la trajectoire militaire de la Corée du Nord — exacerbée par les transferts technologiques russes — et par les incertitudes autour de la fiabilité à long terme du bouclier de défense américain. Le **Japon** investit désormais dans une capacité de dissuasion propre, en complément de l'alliance américano-japonaise.

### L'AUKUS et la réponse stratégique de l'Occident en Indo-Pacifique

L'accord **AUKUS** — entre les **États-Unis**, le **Royaume-Uni** et l'**Australie** — pour le partage de technologie de sous-marins à propulsion nucléaire est une réponse stratégique à l'environnement de menace croissant en **Indo-Pacifique**. Bien que principalement orienté vers la Chine, **AUKUS** représente aussi une réponse à la capacité sous-marine croissante de la **Corée du Nord**, qui développe des sous-marins lance-missiles balistiques. La connexion entre les menaces dans **l'Indo-Pacifique**, en Asie de l'Est, et en Europe n'est plus théorique — elle est documentée par le déploiement de soldats nord-coréens en Ukraine et les transferts technologiques russo-nord-coréens.

La réponse stratégique cohérente des démocraties exige une coordination croissante entre alliés européens et asiatiques. Le partenariat **OTAN-Japon-Corée du Sud-Australie**, renforcé lors du sommet de l'OTAN à **Vilnius** en 2023 et consolidé depuis, est une étape dans cette direction. Les soldats nord-coréens qui apprennent la guerre des drones en Ukraine, et rentrent chez eux enseigner ces techniques, sont le symbole vivant de cette interconnexion des menaces.

*Il m'arrive de me demander si les décideurs politiques en Europe mesurent vraiment l'ampleur de cette interconnexion. Quand des soldats nord-coréens apprennent à contrer les drones ukrainiens en Russie, et que ces connaissances sont ensuite partagées avec l'Iran via les réseaux de l'axe autoritaire — la menace n'est plus régionale. Elle est globale. Et la réponse doit l'être aussi.*

## Conclusion : Décrypter pour mieux prévenir

### Un apprentissage qui transforme une armée

Ce déploiement de **10 000 soldats nord-coréens** en Russie n'est pas seulement une aide militaire circonstancielle — c'est un investissement stratégique à long terme de **Kim Jong-un** dans la modernisation de son armée. Chaque soldat qui revient est un vecteur de transmission d'une doctrine de guerre modernisée. Chaque instructeur formé en Russie multiplie cet effet. Dans cinq à dix ans, l'armée nord-coréenne sera qualitativement différente de ce qu'elle était en 2024.

### La réponse doit être régionale et coordonnée

*Décrypter n'est pas suffisant. Ce que j'espère, c'est que cette analyse contribue à construire la conviction que les menaces en Europe et en Asie sont liées. Ce qui se passe en Ukraine ne reste pas en Ukraine. Les soldats qui rentrent à Pyongyang le démontrent chaque jour.*

La communauté internationale — et particulièrement les alliés démocratiques en **Asie-Pacifique** — doit traiter la menace nord-coréenne renforcée comme une priorité directe. La **Corée du Sud**, le **Japon**, les **États-Unis** doivent coordonner leurs réponses avec leurs alliés européens, reconnaissant que les transferts de technologies entre la Russie et la Corée du Nord créent une menace partagée. Le déploiement de **500 000 guerriers drones** à Séoul est un début. Mais la réponse doit aussi passer par le renforcement des sanctions, la rupture des chaînes d'approvisionnement militaires, et un soutien accru à l'Ukraine — dont la résistance est, littéralement, la première ligne de défense contre la propagation de cette doctrine de guerre.

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [Ukrinform — 10 000 soldats nord-coréens en Russie, Zelensky — 20 février 2026](https://www.ukrinform.net/rubric-ato/4093539-ten-thousand-north-korean-soldiers-currently-stationed-in-russia-zelensky-says.html)

- [Institute for the Study of War — Korean Peninsula Update February 17, 2026](https://understandingwar.org/research/china-taiwan/korean-peninsula-update-february-17-2026/)

- [RBC-Ukraine — North Koreans shell Ukraine's border area — 4 février 2026](https://newsukraine.rbc.ua/news/north-koreans-shell-ukraine-s-border-area-1770209047.html)

- [Kyiv Independent — Nearly 11,000 North Korean troops in Kursk Oblast — 13 février 2026](https://kyivindependent.com/nearly-11-000-north-korean-troops-stationed-in-russias-kursk-oblast-at-start-of-2026-media-reports/)

### Sources secondaires

- [The Guardian — Kim Jong-un strengthens military ties with Russia — 27 avril 2026](https://www.theguardian.com/world/2026/apr/27/ukraine-war-briefing-kim-jong-un-north-korea-russia-military-agreement)

- [Foundation for Defense of Democracies — Russian security assistance creates problems on Korean Peninsula — 7 mai 2026](https://www.fdd.org/analysis/2026/05/07/russian-security-assistance-is-creating-problems-on-the-korean-peninsula/)

- [Kyiv Independent — South Korea to accept all North Korean POWs from Ukraine — 23 juin 2026](https://kyivindependent.com/south-korea-says-it-will-accept-north-korean-pows-captured-in-ukraine/)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/decryptage-10-000-nord-coreens-en-russie-l-apprentissage-dangereux-de-la-guerre
