# CHRONIQUE : Trump, taxe numérique et tarifs à 100% — l'Europe prise en otage de sa propre souveraineté

> Le 26 juin 2026, à quelques heures d'une fin de semaine qui s'annonçait calme, Donald Trump a publié un message sur Truth Social qui a immédiatement plongé Bruxelles dans la stupeur. Sa teneur : «Tout pays qui impose une taxe sur les services numériques sera immédiatement frappé d'un tarif de 100% sur toutes les marchandises envoyées aux États-Unis». Et pour dissiper tout malen

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Chronique
- Publié: 2026-06-27
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/chronique-trump-taxe-numerique-et-tarifs-a-100-l-europe-prise-en-otage-de-sa-pro

## Introduction : un vendredi de tous les dangers pour l'Union européenne

### Le post de Trump qui a tout changé

Le **26 juin 2026**, à quelques heures d'une fin de semaine qui s'annonçait calme, **Donald Trump** a publié un message sur **Truth Social** qui a immédiatement plongé Bruxelles dans la stupeur. Sa teneur : **«Tout pays qui impose une taxe sur les services numériques sera immédiatement frappé d'un tarif de 100% sur toutes les marchandises envoyées aux États-Unis»**. Et pour dissiper tout malentendu sur la portée de la menace, il a ajouté : **«Ce tarif supplantera tout accord commercial conclu avec le pays, qu'il ait été mis en œuvre, signé ou non.»**

Ce message a été publié **un jour exactement après** que les États membres de l'**Union européenne** ont donné leur feu vert définitif au **Turnberry deal** — l'accord commercial américano-européen âprement négocié depuis **juillet 2025**. Un accord que Trump menaçait lui-même de torpiller avec un seul tweet. L'ironie serait comique si les enjeux économiques ne se chiffraient pas en **centaines de milliards d'euros**.

### L'accord Turnberry : une victoire qui dure vingt-quatre heures

Le **Turnberry deal** — du nom du golf de Trump en Écosse où il avait été négocié — plafonnait les droits de douane américains sur la plupart des exportations européennes à **15%** et éliminait les droits européens sur les biens industriels américains. Voté par le **Parlement européen le 16 juin 2026** à **440 voix contre 151**, approuvé formellement par les États membres le **25 juin**, cet accord avait représenté des mois de négociations, de crises, et de concessions douloureuses.

Selon **Le Monde**, l'accord entrait en vigueur avant la **deadline du 4 juillet** fixée par Trump. Une course effrénée avait été menée pour respecter son ultimatum. Et la récompense, vingt-quatre heures plus tard, était une nouvelle menace de tarifs à **100%**. **L'Europe avait couru pour rien** — ou plutôt, elle avait couru pour obtenir une gifle plus sonore.

*Il y a quelque chose de profondément dégradant dans cette séquence. L'Europe a supplié, négocié, concédé, et voté dans l'urgence pour respecter le délai d'un homme qui changeait les termes du jeu le lendemain. C'est la diplomatie du patron de casino : il peut changer les règles à tout moment, et les autres joueurs n'ont qu'à s'adapter. L'Europe mérite mieux que ce rôle.*

## La taxe numérique : une souveraineté fiscale sous pression

### Qui est ciblé et pourquoi

Les **taxes sur les services numériques** sont des prélèvements nationaux sur le chiffre d'affaires des grandes plateformes technologiques opérant sur le territoire d'un État. La **France** a introduit une taxe de **3%** en **2019**. L'**Italie**, l'**Espagne**, et l'**Autriche** ont adopté des mécanismes similaires. Ces taxes visent principalement des entreprises comme **Meta**, **Amazon**, **Apple**, **Google** et d'autres géants américains qui réalisent des profits considérables en Europe tout en optimisant leur fiscalité via des structures offshore.

Pour Washington, et particulièrement pour **Trump**, ces taxes sont présentées comme une forme d'**«extorsion»** contre les entreprises américaines. Son porte-parole **Kush Desai** l'a dit explicitement : le président **«s'oppose clairement aux taxes sur les services et aux autres formes d'extorsion contre les entreprises technologiques américaines»**. La **Commission européenne** a répliqué que ces taxes sont **«non discriminatoires par conception»** et s'appliquent à toutes les grandes entreprises indépendamment de leur origine.

### Le bras de fer juridique

La situation est encore compliquée par une décision récente de la **Cour suprême américaine** qui a invalidé la capacité de Trump d'imposer des tarifs unilatéraux sous l'**International Emergency Economic Powers Act**. Comme l'a rapporté le **Washington Times**, **Trump a dû se rabattre sur l'article 122 du Trade Act of 1974** pour imposer un tarif mondial de **10%** — qui expire après **150 jours** à moins que le Congrès ne le prolonge. Cette contrainte juridique rend la menace de tarifs à **100%** sur les taxes numériques **difficile à mettre en œuvre immédiatement**, mais pas impossible si d'autres mécanismes légaux sont activés.

Des investigations sous la **Section 301** ont déjà été lancées contre les taxes numériques françaises, autrichiennes, espagnoles et italiennes — ce qui pourrait permettre une imposition plus rapide. L'**Union européenne**, de son côté, dispose de son instrument anti-coercition et a prévenu qu'elle réagirait **«rapidement et de façon décisive»**.

*Il faut reconnaître une réalité inconfortable : les taxes numériques européennes ont un problème de conception. Elles visent effectivement des entreprises américaines de manière disproportionnée, non pas par intention discriminatoire, mais parce que ce sont les Américains qui dominent le numérique mondial. Cela ne justifie pas les tarifs à 100% de Trump — mais ça explique pourquoi il est si difficile de défendre ces taxes sur la scène internationale.*

## L'identité politique de l'Europe en question

### Céder ou résister : le dilemme existentiel

La vraie question posée par la menace de Trump n'est pas économique — elle est politique. L'**Union européenne** doit-elle abandonner sa souveraineté fiscale sous la pression d'un président américain ? Peut-elle accepter qu'un État étranger, même allié, dicte les conditions fiscales applicables sur son territoire ? Si elle cède sur les taxes numériques pour éviter les tarifs à **100%**, elle établit un précédent catastrophique : **tout aspect de la réglementation européenne peut être remis en cause par une menace commerciale américaine**.

Ce précédent ne s'arrêterait pas aux taxes numériques. Demain, Trump pourrait menacer des tarifs contre la **réglementation sur la vie privée** (RGPD), contre les **normes alimentaires** qui limitent les OGM et les hormones de croissance, contre les **règles de concurrence** qui sanctionnent les monopoles américains. L'**Institut Jacques Delors** a d'ailleurs mis en garde contre l'utilisation des taxes numériques comme levier dans les négociations commerciales : le risque est de transformer une concession tactique en capitulation stratégique.

### L'OCDE et le multilatéralisme évaporé

Il existe une solution élégante à ce problème : un accord multilatéral de l'**OCDE** sur la taxation des entreprises numériques. Le fameux **«Pilier 1»** aurait permis de taxer les géants du numérique dans les pays où se trouvent leurs utilisateurs. Mais **Trump a retiré les États-Unis de cet accord le premier jour de son second mandat**. En sabotant la solution multilatérale, il a en quelque sorte forcé les États européens à maintenir leurs taxes nationales — et il les punit maintenant pour ça. C'est un cercle vicieux de son propre design.

Le **président Macron**, selon le **Grant Thornton**, a promis de maintenir la taxe numérique française malgré la pression de Trump — voire d'envisager son augmentation de **3% à 6%**. C'est courageux. C'est aussi risqué, car la **France** est l'un des pays les plus exposés si les tarifs à **100%** venaient à être effectivement appliqués.

*Il y a une ironie profonde dans le fait que Trump, en se retirant de l'accord OCDE sur la taxation numérique, ait précisément créé la situation qu'il dénonce. Si les États-Unis avaient accepté le Pilier 1, les taxes nationales européennes auraient été retirées. Trump a refusé. Les taxes sont restées. Et maintenant il menace l'Europe pour avoir fait ce qu'il l'a forcée à faire. Ce n'est pas de la diplomatie — c'est de la mauvaise foi institutionnalisée.*

## L'accord Turnberry fragilisé dès sa naissance

### Un accord structurellement défectueux

Le **Turnberry deal** comportait une lacune majeure, visible dès sa négociation : il ne traitait pas des taxes numériques. C'est un oubli délibéré — ni Washington ni Bruxelles ne voulaient rouvrir ce front sensible au moment de finaliser l'accord principal. Le résultat : un accord commercial signé avec une bombe à retardement intégrée. **Les taxes numériques n'ont pas été résolues — elles ont été reportées.**

Et le report a pris fin le **26 juin 2026**. Comme l'a rapporté **Al Jazeera**, Trump a averti que ses tarifs à **100%** sur les taxes numériques **«supplanteraient»** l'accord de Turnberry — rendant théoriquement sans effet un texte qui venait d'être ratifié la veille. Les responsables européens ont répondu qu'ils étaient prêts à réagir **«rapidement et de façon décisive»**. Mais une réaction décisive à une menace de tarifs à **100%** risque de déclencher une **guerre commerciale transatlantique** dont personne ne sort gagnant.

### La clause de suspension : un garde-fou européen

Les négociateurs européens avaient anticipé la mauvaise foi potentielle de Washington. Le **Turnberry deal** contient une **clause de suspension** : la Commission européenne peut réactiver les droits de douane si les États-Unis ne respectent pas leurs engagements d'ici le **31 décembre 2026**. Cette clause offre un levier — mais l'utiliser signifierait faire exploser l'accord dans son ensemble.

L'accord expire également à la fin de **2029** à moins d'être renouvelé. Le **Parlement européen** avait insisté sur ces garde-fous précisément parce qu'il ne faisait pas confiance à Washington pour respecter ses engagements sur la durée. Cette défiance est maintenant pleinement justifiée, vingt-quatre heures seulement après la ratification.

*La clause de suspension européenne est une bonne chose. Elle montre que les négociateurs de Bruxelles ont appris de l'expérience. Mais un accord commercial qu'on est contraint de menaces de suspendre dès sa ratification est-il encore un accord ? À un certain point, il faut se demander si l'Europe ne perd pas davantage à jouer ce jeu humiliant que si elle choisissait d'assumer les tarifs et de riposter avec ses propres mesures.*

## Les grandes tech américaines : bénéficiaires involontaires d'un conflit qui les dépasse

### Meta, Google et compagnie dans la tourmente géopolitique

Il y a une ironie dans le fait que les entreprises que **Trump prétend défendre** — **Meta**, **Google**, **Amazon**, **Apple** — n'ont pas vraiment demandé cette intervention. Certaines d'entre elles ont des relations complexes avec les régulateurs américains et ne souhaitent pas nécessairement que Washington mette le feu à leurs marchés européens pour les défendre contre des taxes modestes. Un tarif à **100%** sur les exportations européennes vers les États-Unis frapperait l'économie américaine tout autant que l'économie européenne — les chaînes d'approvisionnement transatlantiques sont profondément entremêlées.

Les taxes numériques européennes coûtent annuellement quelques **centaines de millions d'euros** aux grandes tech américaines. Une guerre commerciale transatlantique pourrait en coûter des **dizaines de milliards**. Défendre la souveraineté fiscale européenne et déclencher un conflit commercial serait une victoire de Pyrrhus — coûteuse pour tout le monde, sauf peut-être pour Trump qui y gagnerait des points politiques à court terme.

### La Chine observe

Pendant que l'Europe et les États-Unis s'épuisent dans ce bras de fer sur les taxes numériques, la **Chine** observe et prend des notes. **Pékin** investit **295 milliards de dollars** dans une infrastructure nationale d'intelligence artificielle basée sur des puces chinoises — précisément parce qu'il a compris que l'Occident ne peut pas faire confiance à un allié imprévisible. La désunion transatlantique est le meilleur cadeau stratégique que Trump puisse offrir à Xi Jinping. Chaque fois que Bruxelles et Washington se querellent, Pékin avance.

L'**Institut pour les études de sécurité de l'UE** avait prévenu dès **2025** que les conflits numériques entre l'Europe et les États-Unis affaiblissaient l'Occident face à la menace technologique chinoise. Ce conflit sur les taxes numériques n'est pas seulement une querelle commerciale — c'est une distraction stratégique au moment où le monde a besoin d'une cohérence démocratique.

*Je reviens toujours à cette idée : la vraie menace pour l'Occident n'est pas une taxe de 3% sur Meta. C'est la montée en puissance d'un modèle alternatif de gouvernance technologique dirigé par Pékin. En se déchirant sur les taxes numériques, l'Europe et les États-Unis offrent à la Chine exactement ce dont elle a besoin pour avancer sans résistance organisée. C'est une faute stratégique de première grandeur.*

## Ce que l'Europe devrait faire

### Une réponse proportionnée et stratégique

Face à la menace de Trump, l'**Union européenne** a trois options. La première : capituler, abandonner les taxes numériques pour préserver l'accord de Turnberry. C'est la voie de la facilité — elle évite le conflit immédiat mais établit le précédent catastrophique que toute menace américaine est efficace. La deuxième : **riposter immédiatement**, activer l'instrument anti-coercition européen, imposer des contre-mesures. C'est la voie de la fierté — efficace à court terme pour montrer que l'Europe n'est pas une carpette, mais potentiellement destructrice économiquement.

La troisième option — la plus difficile politiquement mais la plus sage stratégiquement — serait de **proposer immédiatement une renégociation multilatérale** au sein de l'**OCDE** tout en maintenant les taxes nationales comme levier. Convaincre Trump de rejoindre un cadre multilatéral sur la taxation numérique est difficile, mais c'est la seule solution durable. La **France** ne peut pas être la seule à résister — la résistance doit être collective, coordonnée, et fondée sur un cadre juridique solide.

### L'unité européenne, condition de survie

La grande vulnérabilité de l'Europe dans ce conflit est sa **division interne**. Des États membres différents ont des degrés d'exposition différents aux tarifs américains. L'**Allemagne**, avec son immense secteur automobile, a tout à perdre d'une guerre commerciale. La **France**, plus fermée et plus étatiste, peut absorber plus de chocs. Cette divergence d'intérêts rend la coordination difficile — et Trump le sait et l'exploite.

L'**Union européenne** n'a de véritable poids géopolitique que si elle parle d'une seule voix. Sur les taxes numériques, comme sur tant d'autres dossiers, la tentation sera pour chaque État de négocier séparément avec Washington pour obtenir des exemptions. **C'est le scénario du pire** — il permettrait à Trump de diviser pour régner, d'affaiblir chaque État membre individuellement, et de transformer l'Union en une collection de protectorats commerciaux américains.

*L'unité européenne sur ce dossier n'est pas qu'un principe abstrait — c'est une nécessité existentielle. Si l'Allemagne négocie séparément pour sauver son industrie automobile, si la France cède sous la pression pour sauver ses exportations viticoles, si l'Italie et l'Espagne capitulent sur leurs taxes numériques pour éviter les tarifs — alors il n'y a plus d'Europe. Il y a vingt-sept États qui mendient individuellement la faveur d'un seul homme à Washington. Ce serait une humiliation historique.*

## Les intérêts des États membres : une mosaïque de vulnérabilités

### L'Allemagne et la France : deux économies, deux logiques

L'**Allemagne**, avec son secteur automobile — **Volkswagen**, **BMW**, **Mercedes** — reste profondément exposée aux tarifs américains sur les biens manufacturés. Une guerre commerciale totale avec Washington lui coûterait des dizaines de milliards d'euros et des centaines de milliers d'emplois. C'est pourquoi **Berlin** a tendance à privilégier la négociation et le compromis plutôt que la confrontation directe. L'économie allemande est le talon d'Achille de la position européenne : sa fragilité incite à la modération là où la fermeté serait nécessaire.

La **France**, plus étatiste, plus fermée sur certains secteurs, supporte mieux les friction commerciales — du moins à court terme. **Paris** a toujours été le défenseur le plus ardent de la taxe numérique européenne, précisément parce que ses propres champions technologiques sont peu nombreux et que les GAFAM américains dominent son marché digital. Mais le soutien français à la fermeté ne suffit pas si **Berlin**, **Amsterdam** ou **Stockholm** cherchent des compromis séparés. L'unité reste le facteur décisif.

### Les pays nordiques et l'Europe de l'Est : des positions moins visibles mais cruciales

Les pays nordiques — **Suède**, **Danemark**, **Finlande**, **Pays-Bas** — ont développé des économies numériques robustes et une culture de l'open market qui les rend généralement moins favorables aux taxes numériques punitives. Ils voient dans ces taxes un risque de représailles commerciales dont leurs économies exportatrices seraient les premières victimes. Cette divergence avec **Paris** crée une tension structurelle au sein du Conseil européen chaque fois que le dossier revient.

Les pays d'Europe de l'Est — **Pologne**, **Roumanie**, **Bulgarie** — ont d'autres priorités : la sécurité face à la **Russie**, les fonds structurels, l'immigration. Ils n'ont pas encore d'industrie numérique suffisamment développée pour être directement affectés par les taxes sur les GAFAM. Mais ils seront affectés par les tarifs de rétorsion américains sur les biens industriels. Leur position sur le dossier numérique est plus pragmatique que principielle.

*La vérité inconfortable, c'est que l'Europe n'est pas une entité monolithique — c'est un ensemble de vingt-sept économies nationales avec des intérêts divergents, des calendriers politiques différents et des degrés d'exposition variables. Trump le sait et l'exploite. La seule vraie réponse à cette fragmentation structurelle, c'est plus d'intégration, pas moins. Mais l'intégration prend du temps que les crises commerciales ne laissent pas.*

## Le long terme : vers une souveraineté numérique européenne

### La nécessité d'un agenda technologique propre

La vraie solution à la vulnérabilité européenne face aux GAFAM américains et aux menaces de tarifs de Trump n'est pas seulement fiscale — elle est industrielle. L'**Europe** doit créer ses propres géants technologiques capables de rivaliser à l'échelle mondiale. C'est l'objectif de l'**Agenda numérique européen** et des initiatives comme **GAIA-X** pour le cloud souverain. Mais ces projets progressent lentement face à la domination déjà établie des acteurs américains et à l'émergence rapide des acteurs chinois.

Une politique fiscale cohérente — taxer les géants numériques étrangers au même titre que les entreprises locales — est un élément de cette stratégie, pas une fin en soi. L'**Europe** ne peut pas se contenter de prélever une taxe sur les profits de **Google** et d'**Amazon** si elle ne construits pas en parallèle des alternatives crédibles à ces services. La taxe sans la substitution est une demi-mesure.

### L'accord OCDE comme horizon multilatéral

Le cadre de l'**OCDE** pour la taxation des multinationales numériques — notamment le fameux **Pilier 1** qui prévoit une réallocation des droits d'imposition vers les pays de marché — avait représenté une percée diplomatique avant que **Trump** n'y torpille la participation américaine lors de son premier mandat. Relancer ce cadre multilatéral est la voie la plus solide pour résoudre la querelle de manière durable — mais elle requiert que les **États-Unis** reviennent à la table. Sous la présidence actuelle, c'est peu probable. Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas le poursuivre comme objectif de long terme.

En attendant, l'**Europe** se retrouve à naviguer entre maintenir des taxes nationales que **Trump** considère comme des représailles justifiant des tarifs, et abandonner ces taxes dans une capitulation qui éroderait durablement sa crédibilité fiscale. Il n'y a pas de bonne option à court terme — seulement des compromis plus ou moins coûteux. **Choisir la moins mauvaise option, c'est déjà une forme de stratégie.**

*Je regarde cette crise commerciale et je vois quelque chose de plus fondamental que des taxes et des tarifs : je vois l'Europe qui réalise, douloureusement, qu'elle a laissé son espace numérique être colonisé par des acteurs étrangers — américains aujourd'hui, peut-être chinois demain. La taxe numérique est un symptôme. La maladie, c'est l'absence d'une politique industrielle numérique ambitieuse et cohérente. Le traiter demain serait déjà trop tard.*

## Conclusion : une Europe à la croisée des chemins

### Choisir son identité

Le bras de fer sur les taxes numériques est plus qu'une querelle commerciale. C'est une **épreuve d'identité politique** pour l'Union européenne. Soit elle affirme que sa souveraineté réglementaire et fiscale est non négociable — qu'elle est prête à payer le prix économique de cette affirmation si nécessaire. Soit elle choisit la soumission et accepte que son cadre juridique soit soumis au veto de Washington.

Aucune de ces options n'est gratuite. La résistance a un coût économique réel. Mais la soumission a un coût encore plus élevé : elle saperait la légitimité politique de l'Union, renforcerait les eurosceptiques qui dénoncent l'**UE** comme une construction impuissante, et enverrait à la **Chine** le signal que les démocraties occidentales sont incapables de se défendre collectivement.

### La réponse qu'on attend de l'Europe

La **Commission européenne** doit transformer cette crise en opportunité. Proposer une architecture fiscale internationale multilatérale, faire pression pour le retour des États-Unis dans le cadre de l'**OCDE**, mobiliser ses alliés — **Japon**, **Corée du Sud**, **Royaume-Uni** — pour une réponse coordonnée. Et simultanément, **maintenir les taxes nationales** comme signal que l'Europe ne cède pas à l'intimidation. C'est la seule voie qui préserve à la fois les intérêts économiques et la dignité politique du continent.

*Je termine cette chronique avec une certitude : l'Europe a tout ce qu'il faut pour être un acteur souverain dans l'économie numérique mondiale. Le talent humain, le marché, le cadre juridique. Ce qui lui manque, c'est la volonté politique d'unifier ses forces plutôt que de les fragmenter en vingt-sept stratégies nationales. Ce n'est pas Trump qui déterminera le destin numérique de l'Europe. C'est l'Europe elle-même — si elle décide enfin de le prendre en main.*

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [New York Times — Trump menace d'imposer un tarif de 100% aux pays européens pour leurs taxes numériques — 26 juin 2026](https://www.nytimes.com/2026/06/26/business/economy/trump-tariffs-europe.html)

- [Al Jazeera — Trump menace de tarifs les pays imposant une taxe numérique sur les firmes américaines — 26 juin 2026](https://www.aljazeera.com/news/2026/6/26/trump-threatens-tariffs-for-countries-that-levy-digital-tax-on-us-firms)

- [Le Monde — L'accord commercial UE-États-Unis entre en vigueur avant la deadline de Trump — 26 juin 2026](https://www.lemonde.fr/en/economy/article/2026/06/25/eu-us-trade-deal-to-take-effect-before-trump-s-deadline_6754857_19.html)

### Sources secondaires

- [Politico — Trump menace des tarifs supplémentaires pour les pays utilisant des taxes numériques — 26 juin 2026](https://www.politico.com/news/2026/06/26/trump-digital-service-taxes-europe-tariff-00978339)

- [Washington Times — Trump menace d'un tarif de 100% les nations européennes imposant une taxe numérique — 26 juin 2026](https://www.washingtontimes.com/news/2026/jun/26/donald-trump-threatens-100-tariff-european-nations-impose-digital/)

- [Grant Thornton — Évolutions commerciales UE-États-Unis, USMCA, taxe numérique française — 23 juin 2026](https://www.grantthornton.com/insights/newsletters/tax/2026/hot-topics/jun-23/eu-us-trade-shifts)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/chronique-trump-taxe-numerique-et-tarifs-a-100-l-europe-prise-en-otage-de-sa-pro
