# Chronique : Kavkaz en flammes — l'Ukraine isole la Crimée par le détroit de Kertch

> Le 21 juin 2026, les forces de défense ukrainiennes ont frappé le port de Kavkaz dans le kraï de Krasnodar, en Russie — le principal point de transit côté continental russe du détroit de Kertch. Ce n'est pas une cible spectaculaire aux yeux du grand public. Il n'y a pas de symbole architectural, pas d'image iconique. C'est quelque chose de plus précieux encore sur les champs de

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Chronique
- Publié: 2026-06-29
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/chronique-kavkaz-en-flammes-l-ukraine-isole-la-crimee-par-le-detroit-de-kertch

## Introduction : frapper là où ça fait mal — la logistique russe de la Crimée

### Le port de Kavkaz, pivot méconnu de la guerre

Le **21 juin 2026**, les forces de défense ukrainiennes ont frappé le **port de Kavkaz** dans le **kraï de Krasnodar**, en Russie — le principal point de transit côté continental russe du **détroit de Kertch**. Ce n'est pas une cible spectaculaire aux yeux du grand public. Il n'y a pas de symbole architectural, pas d'image iconique. C'est quelque chose de plus précieux encore sur les champs de bataille modernes : un **nœud logistique**. Un point de passage obligé pour le carburant, les munitions et les véhicules militaires qui ravitaillent les forces russes déployées dans le sud de l'Ukraine, via la **Crimée occupée**.

La même journée, deux **ferries pour véhicules** utilisés par la Russie pour transporter du matériel de guerre ont été frappés et confirmés détruits par le **General Staff des Forces armées ukrainiennes**. En une nuit, l'Ukraine a touché simultanément les deux rives du corridor de la **Crimée** : côté russe, le port de **Kavkaz** ; côté Crimée, le site de stockage de carburant **TES-Terminal-1** à **Kertch occupée**. Cette coordination opérationnelle n'est pas le fruit du hasard — elle révèle une **stratégie systématique** de dégradation de la logistique russe en Crimée.

### Le détroit de Kertch : artère vitale de l'occupation

Le **pont de Crimée** et le **détroit de Kertch** constituent depuis **2014** l'artère principale reliant la Crimée annexée à la Russie continentale. Depuis les frappes ukrainiennes répétées sur le pont lui-même en **2022** et **2023**, la Russie a diversifié ses routes d'approvisionnement : ferries, navires câbliers, liaisons maritimes alternatives via le port de **Kavkaz**. Cette diversification était censée rendre la chaîne logistique plus résiliente — mais elle a aussi multiplié les cibles vulnérables.

En ciblant le **port de Kavkaz**, l'Ukraine s'attaque au maillon de substitution que **Moscou** avait développé précisément pour réduire sa dépendance au pont. Les **ferries pour véhicules** détruits le **21 juin** étaient exactement ce type d'infrastructure de remplacement : des navires capables de transporter des véhicules militaires lourds — chars, véhicules blindés, camions de ravitaillement — là où le pont ne peut plus passer en toute sécurité.

*On ne frappe pas un pont pour frapper un pont. On frappe un pont pour forcer l'ennemi à trouver une route alternative — puis on frappe la route alternative. C'est la logique de la guerre logistique, et l'Ukraine en a compris la mécanique mieux que quiconque dans ce conflit.*

## L'opération du 20-21 juin : les deux bouts du corridor

### TES-Terminal-1 à Kertch : le carburant militaire ciblé

Dans la nuit du **20 au 21 juin 2026**, les **Forces des systèmes sans pilote des Forces armées ukrainiennes** ont mené ce que les sources ukrainiennes décrivent comme « **une opération à grande échelle** » contre des forces russes et des installations logistiques dans les territoires temporairement occupés. À **Kertch occupée**, côté Crimée du détroit, les drones ukrainiens ont frappé le site **TES-Terminal-1** — une installation de stockage de produits pétroliers qui alimente à la fois les chaînes d'approvisionnement civiles et militaires russes dans la péninsule.

Cette frappe s'inscrit dans une logique cohérente : si vous coupez le flux de carburant qui entre en **Crimée**, vous dégradez directement la capacité des unités blindées et mécanisées russes à opérer. Pas de carburant, pas de mobilité. Pas de mobilité, pas de capacité d'offensive ni de redéploiement rapide. Les tanks russes et les véhicules blindés consomment des quantités phénoménales de diesel — et la Crimée est précisément l'espace où les forces russes se concentrent pour soutenir l'effort de guerre dans le **sud de l'Ukraine**.

### Quatre radars S-400 et deux Pantsir neutralisés

L'opération ne s'est pas limitée à la logistique de carburant. Le **SBU (Service de sécurité de l'Ukraine)** a annoncé que la même nuit, quatre **stations radar associées aux systèmes S-400** et deux unités **Pantsir** positionnées près de la traversée du pont de Crimée ont également été frappées. Ce volet anti-radar est stratégiquement capital : en aveuglant les systèmes de défense aérienne qui protègent le pont, l'Ukraine augmente sa capacité à frapper l'infrastructure du corridor dans des opérations futures.

Les systèmes **S-400** et **Pantsir** sont les principaux boucliers anti-aériens déployés par la Russie en **Crimée** pour se protéger précisément contre ce type de frappes à longue portée. En dégradant ces systèmes, l'Ukraine réduit le coût opérationnel de ses futures missions dans la zone. C'est une logique de préparation du champ de bataille — frapper les défenses pour ouvrir la voie aux frappes suivantes.

*Frapper les radars avant de frapper les cibles — c'est la doctrine militaire la plus ancienne de l'aviation moderne. L'Ukraine l'applique avec des drones. L'innovation dans les moyens ne change pas la sagesse dans la stratégie. Et ça marche.*

## Les ferries de véhicules : la flotte de substitution coulée

### Des navires civils au service de la guerre

Les deux **ferries pour véhicules** frappés le **21 juin** représentent un type de cible que l'Ukraine traque depuis plusieurs mois : des navires nominalement civils, reconvertis par la Russie pour le transport de matériel militaire lourd à travers le détroit. Ces ferries naviguent entre le port de **Kavkaz** côté russe et les terminaux de la côte de Crimée, transportant véhicules, munitions et personnels militaires que le pont ne peut plus accueillir en toute sécurité depuis les frappes précédentes.

La destruction de ces ferries ne supprime pas la capacité russe de transit — la **flotte des ferries du détroit** est plus large que deux navires. Mais elle envoie un message aux équipages, aux compagnies de navigation, aux autorités portuaires russes : chaque navire qui sert la logistique de guerre est une cible. Ce message d'injonction opérationnelle a des effets sur la disponibilité des équipages, la tarification des assurances maritimes, et la capacité à maintenir un flux logistique soutenu.

### La stratégie de déni progressif d'accès

La frappe du **21 juin** s'inscrit dans une stratégie plus large que les analystes militaires appellent le **déni progressif d'accès** : rendre progressivement chaque route logistique russe vers la **Crimée** trop coûteuse ou trop risquée pour être utilisée librement. Le **pont de Crimée** a été frappé. Les navires câbliers **Volga** et **Vyatka** ont été touchés. Le ferry **Petropavlovsk** a été détruit. Les radars qui protègent le corridor ont été dégradés. Le site de stockage de carburant de **Kertch** a brûlé. Le port de **Kavkaz** a subi des incendies.

Chacune de ces frappes individuellement n'est pas suffisante pour paralyser le transit. Collectivement, elles créent une accumulation de dégâts qui ralentit les flux, hausse les coûts, oblige à des réparations, force des détours et érode la confiance des personnels chargés de maintenir cette logistique en opération. C'est la stratégie de l'**attrition logistique** — lente, méthodique, et redoutablement efficace sur le long terme.

*Personne ne gagne une guerre en brûlant un seul dépôt de carburant. On la gagne en brûlant le cinquième, le dixième, le vingtième — jusqu'à ce que l'ennemi n'ait plus les ressources pour se battre là où il veut, quand il veut. L'Ukraine construit cette pression depuis des mois. Elle commence à peser.*

## Les quatre stations de compression de gaz en Crimée

### L'infrastructure énergétique de l'occupation sous pression

La même opération de grande échelle du **20 juin** a également frappé **quatre stations de compression de gaz en Crimée**, selon **Robert Brovdi** cité par les sources ukrainiennes. Ces stations sont des nœuds critiques du réseau gazier de la péninsule, qui alimente à la fois les bases militaires russes et la population civile ukrainienne encore présente sous occupation. Leur ciblage démontre l'étendue de la stratégie de dégradation infrastructurelle ukrainienne en **Crimée**.

Cette frappe sur les stations de gaz s'inscrit dans une tension éthique que les forces ukrainiennes naviguent constamment : dégrader les capacités de l'occupant sans imposer des souffrances disproportionnées aux civils. Les stations de gaz alimentent les habitations — mais elles alimentent aussi les installations militaires. Dans une guerre où la Russie utilise délibérément l'infrastructure civile comme bouclier, cette tension n'a pas de résolution simple. L'Ukraine fait des choix — et les assume.

### L'évacuation partielle : 250 000 personnes en Crimée

La pression ukrainienne croissante sur la **Crimée** a une conséquence démographique que l'**ISW** documente : une **évacuation partielle** touchant jusqu'à **250 000 personnes**. Ce chiffre, s'il est confirmé, représente une proportion significative de la population civile pro-russe installée dans la péninsule depuis l'annexion de **2014**. Pour ces personnes qui croyaient que la Crimée était définitivement et invulnérablement russe, la réalité des frappes ukrainiennes répétées constitue un choc profond.

Pour la Russie, cette évacuation partielle est aussi un problème de propagande interne. **Poutine** a vendu à ses citoyens la Crimée comme le symbole de la restauration de la grandeur russe — un territoire acquis sans combat majeur en **2014**, célébré comme un triomphe de la politique étrangère. La voir devenir une zone de guerre active, avec des habitants forcés de fuir, érode ce narratif de victoire. C'est une blessure politique que les discours de congrès ne peuvent pas effacer.

*250 000 civils évacués de la "perle de l'empire" — la Crimée que Poutine avait promise éternellement russe. Ce n'est pas seulement une statistique de déplacement. C'est le symbole de son mensonge de 2014 qui se fissure en temps réel.*

## La campagne coordonnée contre les ponts et routes logistiques

### Le pont routier de Vasylivka et le détroit de Henichesk

L'opération du **20-21 juin** a été plus vaste encore que les seules cibles du corridor de **Kertch**. Les forces ukrainiennes ont également frappé un **pont routier près de Vasylivka** dans la région de **Zaporijjia**, ainsi qu'un **pont routier au-dessus du détroit de Henichesk**. Ces deux ponts sont des axes de communication et de ravitaillement importants pour les forces russes déployées dans le sud de l'**Ukraine occupée**.

La destruction ou la dégradation d'infrastructures de pont est particulièrement stratégique dans un conflit où la mobilité des unités blindées lourdes dépend des axes routiers et ferroviaires. Un char ou un véhicule blindé ne peut pas traverser un fleuve sans pont — et les détours imposés allongent les temps de transit, augmentent la consommation de carburant, et exposent les colonnes logistiques plus longtemps aux frappes ukrainiennes. Chaque pont détruit est un multiplicateur de vulnérabilité pour la logistique russe.

### Les ponts ferroviaires de Sabivka et Ichki

Des frappes ukrainiennes ont également ciblé un **pont ferroviaire près de Sabivka** dans l'oblast de **Lougansk**, à environ **86 kilomètres du front**, détruit par des drones. Un second **pont ferroviaire près d'Ichki** en **Crimée occupée**, à environ **255 kilomètres du front**, utilisé par les forces russes pour déplacer troupes et ravitaillement, a aussi été frappé. Ces deux frappes s'inscrivent dans la même logique : dégrader le réseau ferroviaire que la Russie utilise pour acheminer hommes et matériel vers le front.

Le **rail russe** est critique pour un effort de guerre de cette ampleur. Les trains transportent des quantités d'équipement militaire que les convois routiers ne pourraient pas acheminer dans les mêmes délais. En ciblant systématiquement les ponts ferroviaires, l'Ukraine oblige la Russie à des réparations coûteuses, des détours plus longs, et une exposition accrue des convois terrestres. C'est la **guerre des infrastructures** — invisible mais décisive.

*Les ponts ferroviaires touchés à 86 et 255 kilomètres du front — ce n'est plus de la défense territoriale, c'est de la stratégie d'interdiction. L'Ukraine construit une zone tampon où la logistique russe devient impossible à maintenir à plein régime. Millimètre par millimètre, l'étau se resserre.*

## Les points de contrôle de drones et terrains d'entraînement détruits

### Cibler les opérateurs de drones adverses

La même vague d'attaques a frappé des **points de contrôle de drones russes** près de **Myrnohrad** et **Perebudova** dans la région de **Donetsk**, ainsi qu'un **terrain d'entraînement d'opérateurs de drones** près de **Debaltseve** dans la région de **Lougansk**. Ces cibles révèlent une dimension souvent négligée de la guerre des drones : la guerre contra-drones, qui cible les opérateurs, les stations de contrôle et les terrains d'entraînement adverses.

Détruire un terrain d'entraînement d'opérateurs de drones ne produit pas d'image spectaculaire. Mais cela signifie que des centaines d'heures de formation sont perdues, que des équipements coûteux sont détruits, et que des opérateurs expérimentés sont mis hors de combat. Dans une guerre où la **supériorité en drones** est un facteur décisif sur le champ de bataille, dégrader la capacité d'entraînement russe a une valeur stratégique durable.

### Les postes de commandement de Belgorod et Pokrovsk

Des **postes de commandement et d'observation** ont également été frappés près d'**Ilek-Penkovka** dans la région de **Belgorod** et près de **Pokrovsk** dans la région de **Donetsk**. Ces frappes sur les structures de commandement russes ont pour objectif de désorganiser la coordination tactique des unités adverses. Éliminer un poste de commandement ne détruit pas une armée — mais cela crée des trous dans les chaînes de communication et de commandement qui peuvent avoir des effets disproportionnés sur l'efficacité opérationnelle dans les heures qui suivent.

L'ensemble de l'opération du **20-21 juin 2026** illustre la sophistication croissante des opérations ukrainiennes à longue portée : non pas une seule frappe spectaculaire, mais une campagne coordonnée visant simultanément des types de cibles complémentaires — logistique, carburant, défense aérienne, drones, commandement. C'est une offensive systémique, conçue pour des effets cumulatifs.

*Une armée qui peut frapper simultanément des ports, des radars, des ponts, des terrains d'entraînement et des postes de commandement dans une fenêtre de 24 heures n'est pas une armée sur la défensive. C'est une armée qui dicte le rythme. Et en juin 2026, ce rythme, c'est l'Ukraine qui le fixe.*

## La Crimée en 2026 : de joyau à talon d'Achille

### L'annexion de 2014 et ses promesses brisées

Lorsque **Vladimir Poutine** a annexé la **Crimée en mars 2014**, il a présenté cette action comme la réparation d'une « **injustice historique** » et comme la démonstration de la capacité russe à reprendre ce qu'il considérait comme son territoire légitime. La Crimée devait être le socle géographique et symbolique d'une nouvelle ère de puissance russe. Son accès à la **mer Noire**, sa base navale de **Sébastopol**, son rôle de vitrine de la politique étrangère musclée de Moscou — tout cela était censé être définitif, incontestable, éternel.

Douze ans plus tard, en **juin 2026**, la Crimée est une zone de guerre active. Ses radars sont dégradés. Ses sites de carburant brûlent. Ses ferries coulent. Ses ponts ferroviaires sont frappés. **250 000 habitants** sont en cours d'évacuation partielle. Le port de **Kavkaz** qui la reliait à la Russie continentale est en flammes. La promesse de **2014** n'a pas tenu douze ans. Elle n'a pas survécu à la résistance d'une Ukraine que **Moscou** croyait avoir brisée.

### La Crimée comme cible stratégique ukrainienne

Pour l'Ukraine, la **Crimée** n'est pas seulement un territoire occupé à libérer — c'est aussi le levier stratégique le plus puissant pour peser sur la psychologie russe et sur la logistique de la guerre dans le **sud**. Isoler la Crimée, dégrader ses défenses, rendre son maintien coûteux pour la Russie — c'est mettre sous pression non seulement les forces militaires déployées mais aussi le narratif politique que le régime de **Poutine** a construit autour de cette annexion.

Les défenseurs ukrainiens de **Kinburn**, repris le **25 juin**, ont exprimé leur espoir de voir des chars ukrainiens atteindre **Dzhankoi** en Crimée. Ce n'est pas une déclaration de victoire prochaine — c'est une déclaration d'intention stratégique. Et la campagne de dégradation systématique des défenses, des infrastructures logistiques et des réseaux de commandement en **Crimée** depuis le début de **2026** trace le chemin vers cet objectif.

*Les Ukrainiens ont libéré Kinburn et déclarent vouloir atteindre Dzhankoi. C'est de l'ambition — réelle, documentée, ancrée dans des succès tangibles. L'Occident qui doute de leur capacité à tenir devrait regarder les cartes, pas écouter Poutine.*

## La flotte de la mer Noire et le retrait russe : une guerre navale qui évolue

### L'Ukraine sans marine, mais victorieuse en mer

L'un des paradoxes les plus saisissants de ce conflit est que l'Ukraine, qui ne disposait pratiquement plus de **flotte de guerre en mer Noire** après les pertes initiales de **2022**, est parvenue à forcer la **flotte russe de la mer Noire** à se retirer de **Sébastopol** et à réduire significativement ses opérations en mer. Ce résultat a été obtenu non pas grâce à des navires de guerre ukrainiens, mais grâce à des **drones maritimes**, des missiles anti-navires et des frappes précises sur les infrastructures portuaires. La frappe sur le port de **Kavkaz** s'inscrit dans cette même logique : un ennemi aux catégories fixes qui se bat contre un adversaire créatif.

Les navires câbliers **Volga** et **Vyatka**, le ferry **Petropavlovsk**, les deux ferries de véhicules du **21 juin** — ces destructions sont un bilan qui s'accumule. Chaque navire frappé réduit la capacité de transport maritime de la Russie dans le **détroit de Kertch** et oblige **Moscou** à des remplacements coûteux dans un contexte de **sanctions internationales** qui compliquent l'accès aux pièces de rechange et aux nouvelles constructions navales. L'étau se resserre sur la logistique maritime russe.

*L'Ukraine a coulé une partie de la flotte de la mer Noire sans avoir de marine. Elle a isolé le corridor de Kertch sans contrôler le détroit. La guerre moderne récompense l'ingéniosité — et punit lourdement ceux qui croient que la puissance brute suffit encore.*

### Les sanctions maritimes et l'approvisionnement alternatif

Les **sanctions occidentales** imposées à la Russie depuis **février 2022** ont compliqué sa capacité à remplacer les navires détruits et à maintenir ses flottes commerciales et militaires. Les **assureurs maritimes** ont retiré leur couverture des navires opérant dans les eaux ukrainiennes et russes en mer Noire. Les **compagnies de classification** ont suspendu leurs services aux navires russes. Dans ce contexte, chaque ferry détruit est doublement difficile à remplacer : il faut le financer, le construire, et le faire naviguer dans une zone où les assurances standard ne s'appliquent plus.

Cette dimension économique de la guerre maritime est aussi importante que les pertes matérielles elles-mêmes. La Russie peut absorber des pertes militaires directes — elle a démontré une capacité très importante d'absorption des pertes humaines. Mais la dégradation cumulative de son infrastructure navale commerciale-militaire dans la **mer Noire** et le **détroit de Kertch**, combinée aux restrictions de remplacement imposées par les sanctions, crée une pression à plus long terme sur sa capacité à maintenir le corridor de **Crimée** opérationnel.

*Les sanctions ne gagnent pas les guerres seules — mais elles compliquent l'effort de guerre de l'ennemi à chaque étape. Un ferry détruit et impossible à remplacer normalement à cause des sanctions, c'est la guerre économique et la guerre militaire qui se renforcent mutuellement. C'est pour ça que les deux fronts comptent.*

## Conclusion : une campagne de dégradation qui change les équilibres

### Ce que la frappe sur Kavkaz signifie pour la suite

La frappe sur le **port de Kavkaz** le **21 juin 2026** n'est pas un événement isolé — c'est une pièce dans une stratégie d'ensemble de plus en plus cohérente. L'Ukraine a compris que pour changer les équilibres dans le **sud**, il ne suffit pas de tenir le front terrestre. Il faut dégrader progressivement la capacité de la Russie à maintenir, ravitailler et renforcer ses positions en **Crimée** et dans les oblasts occupés. Chaque frappe sur le corridor de **Kertch** est une contribution à cet objectif.

Le coût cumulatif de ces frappes pour la Russie est difficile à chiffrer avec précision — mais il est réel. Réparations portuaires, remplacement des ferries, reconstruction des radars, reconstitution des stocks de carburant, entretien des ponts endommagés. Chacun de ces coûts pèse sur une économie russe déjà sous sanctions, déjà contrainte par une production militaire tournant à régime maximum, déjà confrontée aux pénuries liées à la guerre.

### L'Ukraine face à la longue guerre

La campagne de dégradation logistique que l'Ukraine mène en **juin 2026** n'est pas une stratégie de victoire rapide. Elle est le reflet d'une lucidité stratégique : cette guerre sera longue, et c'est celui qui aura la meilleure capacité à soutenir son effort de guerre dans la durée qui finira par imposer ses conditions. En dégradant chaque mois les infrastructures qui permettent à la **Russie** de maintenir son effort en **Crimée** et dans le sud, l'Ukraine joue un jeu de temps.

La **campagne de 40 jours** autorisée par **Zelensky le 25 juin** étendra cette logique à de nouvelles cibles, à de nouvelles profondeurs. Les **raffineries à Oufa**, les usines à **Voronej**, les ponts ferroviaires à **Lougansk** — l'arc des frappes ukrainiennes s'élargit et s'intensifie. Et au centre de cet arc, le **port de Kavkaz**, en flammes un soir de juin, symbolise mieux que tout autre chose l'état réel d'une guerre que **Moscou** prétend gagner.

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [RBC Ukraine — Ukraine strikes Russian space communications center and confirms Kavkaz port strike — 22 juin 2026](https://newsukraine.rbc.ua/news/ukraine-strikes-russian-space-communications-1782126081.html)

- [Ukrpravda — Ukraine hits space communications centre in Moscow and bridge infrastructure — 22 juin 2026](https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/06/22/8040527/)

- [Euromaidanpress — Ukraine hits both ends of the Crimean Bridge corridor — 21 juin 2026](https://euromaidanpress.com/2026/06/21/ukraine-hits-both-ends-of-the-crimean-bridge-corridor/)

### Sources secondaires

- [ISW — Russian Offensive Campaign Assessment, June 26, 2026](https://understandingwar.org/research/russia-ukraine/russian-offensive-campaign-assessment-june-26-2026/)

- [Ukrpravda — Defenders raise Ukrainian flag on Kinburn Spit — 25 juin 2026](https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/06/25/8041052/)

- [UA News — Frappes sur le port stratégique de Kavkaz dans le détroit de Kertch — juin 2026](https://ua.news/en/war-vs-rf/zsu-atakuvali-kliuchovii-port-kavkaz-u-kerchenskii-prototsi)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/chronique-kavkaz-en-flammes-l-ukraine-isole-la-crimee-par-le-detroit-de-kertch
