# CHRONIQUE : 2026, l'année où l'Occident a cessé d'être naïf face à Pékin

> Il y a des moments dans l'histoire où une accumulation de faits brise enfin le mur des convenances diplomatiques. Juin 2026 restera,

- Auteur: Maxime Marquette
- Publication: MadMax (https://mad-max.co)
- Rubrique: Chronique
- Publié: 2026-06-22
- Adresse à citer: https://mad-max.co/fr/article/chronique-2026-l-annee-ou-l-occident-a-cesse-d-etre-naif-face-a-pekin-2

## À retenir

- Le 8 juin, le Pentagone inscrit 188 entreprises chinoises sur sa liste militaire, dont Alibaba, Baidu, BYD et Unitree Robotics.
- Le 15 juin, Kaja Kallas affirme que l'armée chinoise a entraîné des personnels militaires russes pour combattre en Ukraine, et l'UE sanctionne des fabricants chinois.
- Le 16 juin, le Royaume-Uni sanctionne quatre entités chinoises accusées de fournir des équipements militaires à Moscou.
- Au G7 d'Évian, Macron met la surcapacité chinoise et les minéraux critiques au centre, avec 195 projets et 64 milliards d'euros d'investissements.
- L'auteur estime que la résistance ukrainienne a rendu cette prise de conscience possible, mais doute de sa durabilité face aux intérêts économiques à court terme.

## Introduction : Le réveil brutal d'un monde qui refusait de voir

### Quand les illusions tombent les unes après les autres

Il y a des moments dans l'histoire où une accumulation de faits brise enfin le mur des convenances diplomatiques. **Juin 2026** restera, j'en suis de plus en plus convaincu, l'un de ces moments charnières. En l'espace de quelques jours seulement, entre le **8 et le 17 juin**, l'Occident a produit une série de signaux qui, mis bout à bout, dessinent quelque chose d'inédit : une **lucidité collective** face à la Chine que l'on n'avait pas vue depuis des décennies. Le Pentagone a inscrit **188 entreprises chinoises** sur sa liste noire militaire. L'Union européenne a confirmé que l'armée chinoise entraîne des soldats russes au maniement des drones pour les envoyer tuer des Ukrainiens. Le Royaume-Uni a sanctionné quatre entités chinoises fournissant des équipements militaires à Moscou. Et le G7 d'Évian a formellement mis la **surcapacité industrielle chinoise** et la dépendance occidentale aux minéraux critiques au cœur de son agenda, avec **195 projets concrets et 64 milliards d'euros d'investissements** pour commencer à se désenchaîner.

Ce n'est pas un hasard de calendrier. C'est la convergence de plusieurs prises de conscience qui se construisaient depuis des années mais que la politesse géopolitique, les intérêts commerciaux et une forme de pensée magique empêchaient de traduire en actes. La naïveté occidentale face à Pékin avait un coût. On commence seulement à le mesurer vraiment.

### Un tournant que l'on n'aurait pas osé prédire il y a douze mois

Il y a un an, évoquer des **sanctions occidentales coordonnées contre des entreprises chinoises** pour complicité dans la guerre en Ukraine aurait été rangé dans la catégorie des scénarios improbables. Pékin était encore largement traitée comme un acteur que l'on courtisait, que l'on ménageait, que l'on craignait d'offenser. Les grandes capitales occidentales multipliaient les visites diplomatiques à Beijing, les poignées de main avec Xi Jinping, dans l'espoir de préserver des relations commerciales vitales ou, pire, de croire sincèrement que la Chine jouerait un rôle de médiateur dans le conflit ukrainien. **Ces illusions-là sont en train de mourir.** Pas toutes, pas entièrement, pas sans résistances internes. Mais le mouvement est enclenché. Et sa portée dépasse largement les bulletins de communiqués officiels.

Ce que juin 2026 révèle, c'est moins une rupture spectaculaire qu'une **accumulation de prises de position qui ont finalement atteint un seuil critique**. L'Occident commence à agir en cohérence avec ce qu'il savait depuis longtemps : la Chine n'est pas un partenaire neutre. Elle est un acteur stratégique dont les intérêts s'opposent fondamentalement à ceux des démocraties libérales.

*Je ne prétends pas que tout est réglé. Je ne suis pas naïf au point de croire que quelques sanctions et un communiqué de G7 vont transformer la relation sino-occidentale du jour au lendemain. Mais ce que je vois se dessiner en ce mois de juin 2026, c'est quelque chose que j'attendais depuis longtemps : la fin d'une certaine forme d'aveuglement volontaire. Et ça, c'est déjà énorme.*

## Le Pentagone dresse sa liste : 188 entreprises chinoises sous surveillance militaire

### La désignation du 8 juin : un acte aux conséquences longues

Le **8 juin 2026**, le Département américain de la Défense a publié une liste mise à jour des **"Chinese military companies"** en vertu de la Section 1260H du National Defense Authorization Act. **188 entreprises chinoises** y figurent désormais, dont de nouveaux ajouts qui ont fait l'effet d'une bombe dans les milieux financiers et technologiques : **Alibaba Group, Baidu Inc., BYD Co., NIO, Unitree Robotics et WuXi AppTec**. Des noms que le grand public associe à des plateformes de commerce en ligne, des moteurs de recherche, des voitures électriques ou des biotechnologies. Les voir figurer sur une liste de sociétés liées à l'appareil militaire chinois change radicalement la perception que l'on peut avoir de l'économie chinoise et de sa frontière — très floue — avec le complexe militaro-industriel de Pékin.

La désignation, à elle seule, n'impose pas de sanctions ni de contrôles à l'exportation. Mais son effet est immédiat et durable : à compter du **30 juin 2026**, le Pentagone est interdit de contracter directement avec l'une de ces entreprises. Et à partir du **30 juin 2027**, cette interdiction s'étendra à toute la chaîne d'approvisionnement. Les entreprises américaines qui ont des partenariats commerciaux avec Alibaba, Baidu ou BYD doivent désormais évaluer leur exposition légale. Les capitaux occidentaux qui investissaient sereinement dans ces géants technologiques chinois se retrouvent face à un risque réputationnel et juridique qu'ils ne peuvent plus ignorer.

### Alibaba, BYD, Baidu : symboles d'une économie de guerre camouflée

**Baidu** a répondu en qualifiant son inscription sur la liste d'«entièrement infondée», menaçant d'utiliser «toutes les options disponibles» pour contester la désignation. **Alibaba** a nié être «une entreprise militaire chinoise ou une partie d'une stratégie militaro-civile». Ces dénégations sont prévisibles. Mais elles ne changent pas la réalité structurelle que le Pentagone cherche à documenter : en Chine, la frontière entre secteur civil et appareil militaire est une construction juridique fragile, soumise aux injonctions du Parti communiste. La doctrine de la **fusion militaro-civile** promue par Xi Jinping depuis des années suppose précisément que les grandes entreprises technologiques peuvent être mobilisées au service des objectifs stratégiques de l'État à tout moment.

Ce que cette liste dit clairement, c'est que Washington n'est plus disposé à fermer les yeux sur cette réalité. Et ce signal, quoique tardif au regard des années perdues à entretenir l'illusion d'un «engagement constructif», constitue une rupture symbolique majeure. Pour la première fois, des noms familiers du grand capitalisme mondial — des marques que l'on retrouve dans les portefeuilles boursiers de millions d'épargnants occidentaux — sont officiellement qualifiés de vecteurs d'un risque sécuritaire national.

*Ce que je trouve remarquable dans cette liste, ce n'est pas tant la désignation en elle-même que ce qu'elle révèle sur l'évolution des esprits à Washington. Pendant des années, l'idée même de mettre BYD ou Alibaba dans la même catégorie que des fabricants d'armements aurait été jugée excessive, provocatrice, contre-productive. Aujourd'hui, c'est le Pentagone qui le fait. Ce glissement-là dit tout sur l'état de la relation sino-américaine en 2026.*

## L'UE confirme l'impensable : Pékin entraîne des soldats russes à tuer des Ukrainiens

### La déclaration de Kaja Kallas le 15 juin : une vérification qui fait basculer les certitudes

Si le Pentagone américain agit avec des motivations qui peuvent encore être lues à travers le prisme de la politique intérieure américaine, la déclaration de **Kaja Kallas**, Haute Représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, le **15 juin 2026** à Luxembourg, n'a, elle, aucune ambiguïté. Au terme d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE, Kallas a déclaré sans détour : **«Nous avons maintenant vérifié des rapports selon lesquels l'armée chinoise a entraîné des personnels militaires russes pour combattre en Ukraine.»** Elle a ajouté : «Nous évaluons soigneusement les implications.»

Ces deux phrases courtes sont d'une portée considérable. Car les autorités européennes ne se lancent généralement pas dans ce type d'affirmations sans être certaines de leur solidité. L'information est basée sur des rapports des services de renseignement européens, corroborés par des documents, selon une enquête de Reuters publiée en mai 2026. Ces sessions d'entraînement secrètes, axées sur l'utilisation des drones, ont été organisées en vertu d'un accord signé par des officiers russes et chinois à Pékin en **juillet 2025**. Environ **200 militaires russes** auraient été formés en Chine à la fin de 2025, et certains seraient depuis retournés se battre en Ukraine.

### Pékin nie, mais le déni ne suffit plus

Pékin a nié, bien sûr. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié ces affirmations de «pur mensonge et calomnie», sans aucune base factuelle. C'est la réponse habituelle. Mais cette fois, le déni fait face à une vérification formelle de l'Union européenne, qui cite des renseignements précis, des documents, et des dates. Le même jour, l'UE a ajouté à sa liste de sanctions deux fabricants chinois : **Shenzhen Minghuaxin**, accusé de fournir des composants de drones, et **Xinxiang Richful Lubricant Additive Company**, accusé de livrer des additifs chimiques pour lubrifiants mécaniques à l'armée russe. Deux sociétés hongkongaises — **Glory Shipping HK** et **Nord Axis** — ont également été sanctionnées pour avoir facilité le transport et l'exportation de pétrole russe.

Ce n'est pas une coïncidence que ces sanctions aient été annoncées le même jour que la déclaration de Kallas. Bruxelles envoie un message coordonné : la complicité de la Chine dans la guerre en Ukraine n'est plus une suspicion ou une insinuation — c'est **un fait documenté, officiellement reconnu et sanctionné**. La patience diplomatique de l'Europe a ses limites. Et ces limites viennent d'être atteintes.

*La déclaration de Kallas m'a frappé par sa sobriété. Pas de dramatisation, pas d'envolée rhétorique. Une simple affirmation factuelle : nous avons vérifié, des soldats russes ont été formés en Chine pour aller tuer des Ukrainiens. Cette économie de mots, dans la bouche d'une diplomate aussi expérimentée, c'est souvent plus dévastateur qu'un grand discours. L'Europe regardait. L'Europe a vu. Et maintenant l'Europe dit ce qu'elle a vu.*

## Le Royaume-Uni sanctionne quatre entreprises chinoises : la solidarité atlantique se durcit

### Le 16 juin : soixante-dix nouvelles sanctions, dont quatre entités chinoises ciblées

Le **16 juin 2026**, alors que le G7 se tenait à Évian, le gouvernement britannique a annoncé **70 nouvelles sanctions** contre des entités et des individus soutenant la guerre russe contre l'Ukraine. Parmi eux, quatre entreprises chinoises ont été spécifiquement visées : **Shenzhen Huaxin Antenna Technology** et **ComNav Technology**, spécialisées dans le positionnement satellitaire et le GPS haute précision ; **Shtral Technology**, fabricante de tours universels et de fraiseuses dont le siège est à Tianjin ; et **Brukida Limited**, enregistrée à Hong Kong, produisant des puces à semiconducteurs. Ces quatre entreprises sont accusées d'avoir fourni des **équipements militaires clés à la Russie**, alimentant ainsi directement sa machine de guerre contre l'Ukraine.

Le Premier ministre britannique **Keir Starmer**, depuis Évian où se tenait le sommet, a résumé l'intention : **«Ces sanctions ciblent les navires, l'argent et les acteurs qui soutiennent l'économie de guerre de la Russie et, par là même, menacent la sécurité européenne.»** L'ambassade de Chine à Londres a immédiatement réagi en déclarant avoir «présenté des représentations sérieuses» aux autorités britanniques, enjoignant Londres de corriger ce qu'elle qualifie d'«erreur» et de retirer les sanctions. Pékin a promis des «mesures nécessaires pour protéger les droits et intérêts de ses entreprises».

### Une action de survie, pas de provocation

Des analystes cités par **The Epoch Times** ont qualifié l'action britannique d'acte de «survie» plutôt que de provocation. Fang Wei, expert en sécurité, a résumé la logique : **«L'invasion de la Russie est perçue par le Royaume-Uni et l'Union européenne comme la plus grande menace sécuritaire à laquelle fait face l'Europe. Ils croient que les ambitions de Poutine ne s'arrêteront pas à l'Ukraine. Et pourtant l'Europe manque de la puissance militaire nécessaire pour résister.»** Dans ce contexte, sanctionner les entreprises chinoises complices de la machine de guerre russe n'est pas une posture idéologique — c'est un calcul froid de sécurité nationale. Shen Ming-shih, autre analyste, a souligné que l'alignement avec les sanctions américaines pertinentes aide également à «améliorer ou renforcer la coopération entre le Royaume-Uni et les États-Unis».

Cette convergence entre Londres, Bruxelles et Washington sur les sanctions chinoises n'est pas un hasard. Elle reflète une **cohérence transatlantique** qui se renforce au fil des mois, en dépit des turbulences dans les relations avec Washington sous l'administration Trump. Sur la question chinoise, l'Occident parle d'une voix de plus en plus unifiée. Et cette unification, aussi incomplète soit-elle encore, est l'un des faits marquants de cette séquence de juin 2026.

*Je note, non sans une certaine ironie, que le gouvernement Starmer, qui avait approuvé il y a quelques mois la construction de la nouvelle ambassade chinoise à Londres malgré les critiques sur les risques pour la sécurité nationale, se retrouve maintenant à sanctionner des entreprises chinoises complices de la guerre de Poutine. C'est le genre de contradictions qui illustre bien à quel point cette prise de lucidité occidentale est encore partielle, encore hésitante. Mais elle avance.*

## Le G7 d'Évian : quand Macron oblige tout le monde à nommer l'éléphant dans la pièce

### La stratégie de Macron : forcer le face-à-face avec la réalité chinoise

Le sommet du G7 à **Évian-les-Bains**, du 15 au 17 juin 2026, a représenté l'aboutissement politique de cette séquence. Emmanuel Macron, qui préside le G7 cette année dans ce qu'il sait être son dernier sommet en tant que président français, a construit l'agenda autour d'une obsession : forcer ses partenaires à regarder la réalité chinoise en face. La formulation choisie — **«réduire les déséquilibres économiques mondiaux»** — est diplomatique. Mais comme l'a expliqué Alisha Chhangani, directrice associée au Centre de géoéconomie de l'Atlantic Council, **«l'accent sur les déséquilibres, c'est la question chinoise, la question de la surcapacité industrielle, et les déficits commerciaux, formulés de manière diplomatique ou aimable».** La Chine est l'éléphant dans la pièce, présente à chaque discussion sans être jamais directement nommée dans les titres de session.

Macron a poussé plus loin en organisant, le **11 juin**, un appel vidéo «sans précédent» entre le G7 et la Chine — la première fois en plus de vingt ans que la Chine participait à un tel format avec le groupe. Le vice-Premier ministre chinois **Zhang Guoqing** y a plaidé pour «un environnement commercial libre et pratique» et une vision «objective» des avantages comparatifs de chaque pays. Traduction diplomatique : la Chine refuse d'être désignée comme le problème. Mais l'invitation elle-même témoigne d'une chose : le G7 ne peut plus éviter de mettre la question chinoise sur la table.

### Le communiqué : Macron dit ce que personne n'osait dire

Dans sa conférence de presse de clôture, Macron a été d'une franchise inhabituellement directe pour un sommet de ce type. **«La Chine doit s'attaquer au problème de la surcapacité, des subventions excessives et du manque de consommation intérieure»**, a-t-il déclaré. Il a ajouté, en référence aux réserves stratégiques de matières premières accumulées par Pékin : **«Face à la Chine, qui a parfois accumulé des réserves stratégiques — ce que je ne dis pas comme un reproche, c'est une stratégie développée sur plus de quinze ans — nous sommes tous confrontés à des risques de sur-dépendance et donc de vulnérabilité dans nos chaînes de valeur.»** Le résultat concret du sommet sur ce sujet : **195 projets de coopération représentant 64 milliards d'euros d'investissements** pour diversifier les approvisionnements en minéraux critiques et réduire la dépendance occidentale à l'égard de Pékin.

C'est un début. Modeste au regard de l'ampleur du défi — China contrôle **94% des aimants permanents à base de terres rares** qui alimentent les véhicules électriques, les turbines éoliennes, les systèmes de ciblage militaire et les centres de données — mais un début réel, ancré dans des engagements chiffrés et des projets identifiés. Le G7 reconnaît officiellement que la dépendance aux minéraux critiques chinois constitue une vulnérabilité stratégique inacceptable.

*Il y avait quelque chose de presque mélancolique dans la prestation de Macron à Évian. Lui qui a passé des années à tenter de construire un «dialogue stratégique» avec Pékin, à défendre une autonomie européenne qui inclurait une voie de communication ouverte avec la Chine, se retrouve maintenant à présider un sommet dont l'agenda entier tourne autour de la question de comment limiter la domination chinoise. L'histoire lui a donné tort sur la méthode, peut-être raison sur l'urgence.*

## La dépendance aux minéraux critiques : le talon d'Achille que Pékin a patiemment construit

### Un monopole de 94% qui rend l'Occident vulnérable

Comprendre pourquoi l'Occident a mis si longtemps à prendre conscience de sa dépendance à la Chine nécessite de regarder les chiffres dans leur brutale réalité. La Chine contrôle **94% de l'approvisionnement mondial en aimants permanents centrés**, ces composants essentiels que l'on retrouve dans chaque véhicule électrique, chaque éolienne, chaque système de ciblage militaire, chaque moteur industriel et chaque centre de données. Ce n'est pas le résultat d'un accident géologique. C'est le fruit d'une **stratégie délibérée, construite sur quinze à vingt ans**, que Macron a lui-même reconnu sans ambages à Évian. La Chine a investi massivement dans l'extraction, le raffinage et la transformation des terres rares, éliminant la concurrence internationale en jouant sur les prix et en acceptant des marges négatives le temps d'atteindre la position dominante.

En 2025, Pékin avait imposé des restrictions à l'exportation d'aimants permanents à base de terres rares — un coup de semonce qui avait créé, selon les analystes, «de la panique dans l'économie mondiale». **La France estimait à 60 milliards d'euros** le coût de l'affranchissement de cette dépendance pour le seul approvisionnement en terres rares d'ici 2030. Le G7 vient de lancer 195 projets concrets pour tenter d'amorcer cette transition. Mais les économistes sont unanimes : même avec les meilleures volontés du monde, cette diversification prendra **des années, sinon des décennies**.

### Le 15e plan quinquennal chinois : une feuille de route de domination assumée

Et pendant ce temps, la Chine accélère. Le **15e plan quinquennal**, entré en vigueur début 2026, ne cherche pas à rééquilibrer le modèle économique chinois vers une plus grande consommation intérieure — ce que l'Occident espérait et réclamait. Au contraire, il confirme et accentue la stratégie de développement basée sur **l'affirmation de la puissance exportatrice, industrielle et technologique** de la Chine, avec pour objectif de «remporter la bataille des technologies clés». Selon les économistes de BNP Paribas, cette orientation «doit alerter le reste du monde» car elle «impose de fortes pressions concurrentielles et des tensions commerciales, et crée un risque de nouvelles dépendances vis-à-vis de la Chine dans les hautes technologies».

Ce plan n'est pas une surprise pour les analystes sérieux. Mais il confirme l'inanité de l'espoir occidental de voir Pékin se transformer en acteur économique «responsable» au sens que l'Occident donne à ce terme. La **sécurité nationale** est désormais un «principe clé» explicite du plan quinquennal. Ce qui signifie que chaque décision économique chinoise est potentiellement une décision stratégique. Cette réalité, l'Occident commence enfin à l'intégrer.

*Je trouve frappant que certains économistes occidentaux continuaient encore récemment à espérer que la pression commerciale allait pousser la Chine à rééquilibrer son économie. Le 15e plan quinquennal est une réponse sans équivoque à cette naïveté. Pékin ne cherche pas à s'intégrer dans les règles du commerce mondial — elle cherche à en réécrire les règles à son avantage. Et elle le dit clairement dans ses propres documents de planification.*

## La complicité de Pékin dans la guerre de Poutine : une évidence longtemps occultée

### Plus de 90% des technologies sanctionnées passent désormais par la Chine

L'un des faits les plus accablants qui ressort des débats de juin 2026 concerne les **flux de technologies à double usage** vers la Russie. Selon les données compilées par les services de renseignement européens et citées dans l'analyse d'United24 Media, **plus de 90% des technologies occidentales sanctionnées qui parviennent malgré tout à la Russie transitent désormais par la Chine** — contre environ 80% un an auparavant. Moteurs, batteries, microprocesseurs, câbles à fibre optique : les composants des drones Shahed qui frappent des villes ukrainiennes, des hôpitaux, des infrastructures civiles, arrivent en grande partie grâce à des chaînes d'approvisionnement chinoises. La Russie n'aurait pas pu maintenir son effort de guerre à ce niveau sans le soutien logistique et technologique de Pékin.

Cette réalité était connue des services de renseignement occidentaux bien avant juin 2026. Mais la traduire en sanctions contre des entreprises chinoises spécifiques exigeait un niveau de preuve, une volonté politique et une cohérence diplomatique qui manquaient jusqu'ici. Ce que l'on observe ce mois-ci, c'est que ces trois conditions sont désormais, au moins partiellement, réunies. Les sanctions européennes du 15 juin, les sanctions britanniques du 16 juin, la liste du Pentagone du 8 juin : **toutes visent, directement ou indirectement, la même réalité** — la contribution de la Chine à la machine de guerre russe.

### Poutine et Xi : une alliance de circonstance qui se solidifie

La complicité chinoise ne se limite pas aux transferts technologiques. Elle est aussi politique et symbolique. En mai 2026, Trump avait effectué une visite d'État en Chine, tentant de négocier un «accord commercial» avec Xi Jinping. Quelques jours plus tard, le **Pentagone publiait sa liste noire des 188 entreprises chinoises** — «compliquant directement tout crédit diplomatique généré par ce voyage», comme l'a noté James Blackwood dans le Claw Street Journal. Et pendant ce temps, Xi Jinping recevait Vladimir Poutine à Pékin, les deux dirigeants signant de nouveaux accords de «coopération stratégique». La Chine joue un double jeu d'une habileté redoutable : elle négocie avec Washington d'une main, soutient Moscou de l'autre, accumule des avantages stratégiques dans les deux directions.

Cette duplicité — longtemps niée ou minimisée par ceux qui préféraient croire en la «bonne foi» de Pékin — est aujourd'hui documentée, reconnue et nommée. L'UE parle d'«entraînement militaire» chinois de soldats russes. Le Royaume-Uni parle de fournitures d'équipements militaires chinois à Moscou. Les États-Unis parlent de **fusion militaro-civile** qui rend les grandes entreprises technologiques chinoises potentiellement au service de l'appareil de guerre. Ce consensus de diagnostic, même s'il reste inégalement traduit en actes, constitue lui-même une rupture historique.

*La relation Pékin-Moscou me fascine et m'inquiète à la fois. Ce n'est pas une alliance idéologique fondée sur des valeurs communes — les deux régimes se méfient profondément l'un de l'autre. C'est une alliance de circonstance, une convergence d'intérêts contre un ennemi commun : l'ordre libéral occidental. Et cette convergence-là, elle est très réelle, très dangereuse, et l'Occident commence seulement à en prendre la mesure.*

## Le découplage : entre ambition stratégique et réalité économique brutale

### De la dépendance reconnue à la dépendance surmontée : un chemin semé d'obstacles

Reconnaître la dépendance ne suffit pas à la résoudre. C'est l'un des paradoxes douloureux que le G7 d'Évian a mis en lumière. Les leaders occidentaux ont passé trois jours à Évian à discuter de comment réduire leur vulnérabilité aux chaînes d'approvisionnement chinoises — en matières premières, en technologies, en composants industriels. Et ils sont repartis avec 195 projets et 64 milliards d'euros d'engagements. C'est réel. Mais c'est aussi **modeste au regard de la profondeur du problème**. La Chine a posté un excédent commercial record de **1,2 billion de dollars en 2025**, sans même être présente au sommet. Elle contrôle des chaînes d'approvisionnement que les analystes chiffrent à des décennies d'effort pour ne serait-ce que partiellement remplacer.

Le terme «découplage» a été progressivement remplacé dans le vocabulaire officiel occidental par celui de **«réduction des risques»** — un choix sémantique qui dit beaucoup sur l'ambivalence persistante. Le découplage total est jugé impossible et probablement contre-productif. La réduction des risques, elle, suppose un travail chirurgical : identifier les dépendances critiques dans les secteurs stratégiques et les diversifier, sans pour autant rompre tous les liens commerciaux. Cette approche est raisonnable. Mais elle exige une discipline et une coordination entre alliés que l'Occident a du mal à maintenir sur la durée.

### Le commerce comme arme : Pékin a compris ce que l'Occident découvre

La Chine a compris depuis longtemps ce que l'Occident commence seulement à intégrer : **le commerce, les investissements et les chaînes d'approvisionnement peuvent être des armes géopolitiques aussi redoutables que des missiles**. La restriction des exportations d'aimants permanents en 2025 l'a démontré avec une clarté brutale. Les threats de contre-mesures chinoises face aux sanctions européennes le confirment. Pékin ne voit pas son excédent commercial comme un simple succès économique — elle le voit comme un **instrument de puissance** qui crée des dépendances chez ses partenaires commerciaux et les rend vulnérables à la coercition.

Cette compréhension est désormais partagée par un nombre croissant de dirigeants et d'experts occidentaux. La présidente de la Commission européenne, **Ursula von der Leyen**, l'a dit clairement à Évian : **«Cette situation n'est bien sûr pas tenable. Notre stratégie est très claire : réduire les risques.»** La stratégie est nommée. Les projets sont lancés. La question est de savoir si la volonté politique durera assez longtemps pour que les résultats se matérialisent — avant que la dépendance ne se soit encore approfondie.

*Je suis honnête : je ne sais pas si l'Occident a la patience et la discipline collectives nécessaires pour mener à bien ce découplage partiel. L'histoire récente me rend humble. Nous avons besoin de quinze à vingt ans d'investissements coordonnés et cohérents pour réduire significativement la dépendance aux terres rares chinoises. Quinze à vingt ans. Avec des cycles électoraux de quatre à cinq ans. Avec des intérêts économiques à court terme qui tirent toujours dans le sens du maintien des liens avec Pékin. C'est le vrai défi.*

## Trump : le disrupteur qui, paradoxalement, accélère la lucidité occidentale

### La liste noire du Pentagone et la visite de Trump à Pékin : les deux visages d'une politique incohérente

Comprendre la politique américaine envers la Chine en 2026 exige d'accepter une contradiction apparente. En mai, **Donald Trump** effectuait une visite d'État triomphale à Pékin, négociant des achats de soja américain et de **200 avions Boeing**, serrant la main de Xi Jinping avec la bonne humeur d'un homme d'affaires qui vient de conclure un deal. En juin, son Pentagone publiait la liste des 188 entreprises chinoises liées à l'armée — compliquant directement toute la diplomatie commerciale que la Maison Blanche venait de mettre en scène à Beijing. Jake Sullivan, ancien conseiller à la sécurité nationale, a analysé ces signaux contradictoires comme révélant «une incohérence structurelle plutôt qu'une stratégie délibérée» de la part de l'administration Trump.

Cette incohérence est réelle. Trump est une force de chaos autant que de pression. Il peut proclamer un jour que la guerre en Ukraine **«n'a aucun impact sur les États-Unis»** — une déclaration qui a mal passé parmi les partenaires européens en train de mettre en place des prêts de **90 milliards d'euros** pour Kiev — et le lendemain laisser son Pentagone frapper les géants technologiques chinois. Mais, paradoxalement, la pression tarifaire et la désorganisation institutionnelle que Trump génère ont également eu pour effet d'accélérer la prise de conscience européenne. Bruxelles ne peut plus compter sur Washington pour gérer à sa place la question chinoise. Elle doit développer ses propres outils, sa propre doctrine, sa propre capacité de réponse.

### Trump comme catalyseur malgré lui

Cette contrainte forcée est, dans les faits, bénéfique à long terme pour la cohérence stratégique occidentale. **L'autonomie européenne**, longtemps évoquée comme une aspirnation mais rarement traduite en actes, devient une nécessité existentielle face aux incertitudes de l'engagement américain. Les sanctions britanniques du 16 juin, les sanctions européennes du 15 juin, les 195 projets minéraux du G7 : aucun de ces résultats ne serait arrivé si l'Europe avait encore pu se reposer confortablement sur le parapluie américain. Trump, mal nécessaire s'il en est, a forcé l'Europe à grandir. Ce n'était pas son intention. Mais c'est le résultat.

De la même manière, la Cour suprême américaine ayant invalidé en février 2026 les droits de douane imposés en vertu de l'IEEPA, l'administration Trump a dû trouver d'autres leviers de pression sur la Chine — d'où le recours accru à la Section 1260H et aux désignations militaires. Les contraintes juridiques internes américaines ont, paradoxalement, poussé Washington vers des instruments de pression plus structurels et plus durables que de simples tarifs douaniers. C'est ainsi que l'histoire avance : souvent par accidents, contraintes et réactions en chaîne plutôt que par grandes stratégies délibérées.

*Ma position sur Trump n'a pas changé : il reste un mal nécessaire, un disrupteur qui menace autant les institutions qu'il prétend défendre. Mais sur la Chine, force est de constater que la pression qu'il a maintenue — même de manière désordonnée et parfois contradictoire — a eu des effets réels. Il a obligé l'Occident à regarder en face une réalité que l'on préférait ignorer. Ce n'est pas suffisant pour en faire un héros. Mais c'est un fait.*

## L'Ukraine au cœur du jeu : pourquoi la résistance de Kyiv reste le pivot de tout

### Zelensky à Évian : la présence qui dit tout sur l'état de la mobilisation occidentale

Parmi les participants invités au G7 d'Évian figurait **Volodymyr Zelensky**. Sa présence à ce sommet, aux côtés de dirigeants comme **Friedrich Merz**, **Keir Starmer**, **Emmanuel Macron**, **Sanae Takaichi** et Trump lui-même, est un symbole fort. L'Ukraine — un pays qui se bat pour sa survie depuis plus de quatre ans — siège au même rang que les sept démocraties les plus riches du monde. Zelensky a déclaré, le 17 juin, avoir obtenu **«des engagements clés de soutien supplémentaire»** de la part des dirigeants du G7. Le communiqué commun des leaders a confirmé une augmentation du soutien militaire à l'Ukraine — technologies de défense aérienne, intercepteurs, licences de production militaire — après des «progrès récents sur le champ de bataille».

Cette présence de Zelensky et ces engagements ne sont pas anodins dans le contexte de la séquence chinoise. Car la **guerre en Ukraine est le révélateur** de la menace réelle que représentent la Russie et ses soutiens — dont la Chine en première ligne. C'est précisément parce que l'Ukraine résiste, parce que Zelensky tient, parce que les armées ukrainiennes infligent des pertes massives aux forces de Poutine — Shen Ming-shih évalue que la Russie a probablement détruit les quatre cinquièmes de ses véhicules de combat — que l'Occident a le temps de prendre ses décisions stratégiques sans le couteau sous la gorge.

### La résistance ukrainienne rend possible la lucidité occidentale

Il faut le dire clairement : **si l'Ukraine avait cédé en 2022 ou en 2023**, il n'y aurait pas eu de sanctions contre des entreprises chinoises en 2026. Il n'y aurait pas eu de G7 à Évian consacré aux dépendances stratégiques. Il n'y aurait pas eu de liste noire du Pentagone visant Alibaba et BYD. La résistance ukrainienne a donné le temps à l'Occident de comprendre ce qui était en jeu. Elle a révélé, au fil des mois et des années, les complicités de Moscou — russes, iraniennes, nord-coréennes, et maintenant chinoises, officiellement confirmées. Chaque sanction que l'Occident impose à une entité chinoise en juin 2026 est, d'une certaine manière, le fruit de la résistance obstinée de l'Ukraine. **Zelensky est un héros de notre temps**, non pas dans une rhétorique creux, mais dans le sens le plus concret : sans lui, sans les Ukrainiens, cette prise de conscience n'aurait pas eu lieu.

L'UE a confirmé un **financement de 90 milliards d'euros** pour le secteur de la défense ukrainien. C'est un investissement considérable. C'est aussi une reconnaissance que soutenir l'Ukraine, c'est investir dans la sécurité de l'Europe elle-même. Et, indirectement, dans la capacité de l'Occident à tenir tête à Pékin.

*Chaque fois que j'entends des voix, à gauche comme à droite, réclamer un «compromis» en Ukraine qui laisserait Poutine avec des gains territoriaux, je pense aux soldats russes formés en Chine au maniement des drones, aux composants chinois dans les Shahed qui frappent des hôpitaux ukrainiens, aux 188 entreprises chinoises sur la liste noire du Pentagone. Ce que l'on appelle «compromis», c'est en réalité une capitulation qui laisserait intact le triangle Moscou-Pékin-Téhéran. Ce triangle-là, il est existentiellement menaçant pour nos sociétés.*

## L'axe Moscou-Pékin-Téhéran : la menace totale que l'Occident sous-estimait

### Un front uni contre l'ordre libéral occidental

Ce que révèle juin 2026, c'est l'existence d'un **axe de résistance à l'ordre occidental** qui unit, de manière informelle mais réelle, la Russie, la Chine et l'Iran. Ces trois puissances n'ont pas les mêmes intérêts, ni les mêmes idéologies, ni les mêmes ambitions géographiques. Mais elles partagent un objectif commun : affaiblir, fragmenter et désorienter l'Occident libéral. L'entraînement de soldats russes en Chine, les composants iraniens dans les drones qui frappent l'Ukraine, les pièces chinoises dans les missiles russes, les navires de la «flotte fantôme» qui transportent du pétrole russe avec des complicités asiatiques : tout cela forme un système cohérent.

Le G7 d'Évian a également eu à traiter, en parallèle, de la question iranienne — un accord préliminaire entre les États-Unis et l'Iran pour prolonger un cessez-le-feu et rouvrir le détroit d'Ormuz. Ces négociations ont fait bouger les marchés pétroliers de plus de quatre pour cent en une seule journée. Elles illustrent à quel point les fronts sont interconnectés : une concession à l'Iran sur le détroit d'Ormuz peut modifier les calculs sur l'énergie russe et, par ricochet, sur la pression que l'Occident peut maintenir sur Moscou. **Ces dossiers ne peuvent plus être traités en silos.** La réponse occidentale doit être aussi globale et coordonnée que la menace qu'elle cherche à contenir.

### Corée du Nord : le quatrième partenaire silencieux

Aux côtés de la Russie, de la Chine et de l'Iran, la **Corée du Nord** a contribué à la machine de guerre russe avec des fournitures de munitions et, selon des rapports de renseignement, du personnel militaire. Kim Jong-un joue sa propre partition dans ce concert des anti-démocraties : il obtient de Moscou des technologies militaires avancées en échange de son soutien en matériaux et en hommes. Ce n'est pas une alliance idéologique — c'est un marché, froid et pragmatique, comme tous les marchés de ce type de régimes. Mais son résultat est le même : un soutien multidimensionnel à une Russie qui, sans lui, aurait du mal à maintenir le rythme actuel de ses opérations en Ukraine.

La lucidité occidentale de juin 2026, si elle veut être complète, doit intégrer cette dimension systémique. Sanctionner des entreprises chinoises pour complicité avec la Russie, c'est nécessaire. Mais c'est insuffisant si l'Occident n'a pas une vision cohérente de la menace globale que représente cet axe informel. Le G7 a commencé à esquisser cette vision. La route est encore longue pour la traduire en stratégie opérationnelle cohérente.

*Je reconnais volontiers ne pas avoir toutes les réponses sur la manière dont l'Occident devrait gérer simultanément la menace russe, la menace chinoise, la menace iranienne et la menace nord-coréenne. Ces dossiers sont d'une complexité qui dépasse de loin mes compétences d'analyste. Ce que je sais, en revanche, c'est qu'une réponse fragmentée, dossier par dossier, est vouée à l'échec. Et c'est précisément ce que juin 2026 commence à changer : l'émergence d'une réponse plus systémique.*

## L'intelligence artificielle : le nouveau champ de bataille de la souveraineté occidentale

### Entre dépendance à l'IA américaine et vulnérabilité aux minéraux chinois

Le G7 d'Évian a également consacré une session entière à l'intelligence artificielle — un sujet qui, à première vue, semble éloigné des sanctions chinoises et du découplage, mais qui en est en réalité le complément indissociable. L'administration Trump a imposé des contrôles à l'exportation sur les modèles frontières d'Anthropic — Fable 5 et Mythos 5 — créant une situation paradoxale où les alliés les plus proches des États-Unis se retrouvent exclus de l'accès aux technologies d'IA les plus avancées. «Les six autres sont assez irrités et contrariés par le fait que les États-Unis ont essayé d'imposer ce traitement différentiel en termes d'accès à Claude Fable 5 pour les utilisateurs non américains», a déclaré Andrea Renda, directeur de recherche au Centre for European Policy Studies.

Cette situation crée une **double dépendance** pour l'Europe : dépendance aux États-Unis pour la couche logicielle de l'IA, dépendance à la Chine pour la couche physique — les minéraux rares qui alimentent les puces, les batteries, les systèmes de traitement. Comme l'a formulé Matt Pearl du Center for Strategic and International Studies : **«Si les minéraux critiques de Chine devenaient soudainement indisponibles, ce serait assez catastrophique.»** L'Europe se retrouve coincée entre deux dépendances technologiques majeures, l'une vers son allié, l'autre vers son principal compétiteur stratégique.

### La souveraineté numérique comme impératif stratégique

La réponse à cette double dépendance passe nécessairement par un investissement massif dans la **souveraineté numérique et technologique européenne**. C'est exactement ce que le G7 d'Évian a tenté d'amorcer, avec des résultats encore modestes mais des orientations claires. Les 195 projets de coopération sur les minéraux critiques ont aussi une dimension directement liée à l'IA : sans lithium, sans nickel, sans terres rares diversifiés géographiquement, la transition numérique et la souveraineté en IA restent des concepts creux. La géopolitique des minéraux est inséparable de la géopolitique de l'intelligence artificielle. Et les deux passent par une réduction de la dépendance à la Chine.

Les PDG de **Sam Altman d'OpenAI**, **Dario Amodei d'Anthropic** et des représentants de Meta faisaient partie des onze dirigeants de l'IA présents au déjeuner de travail du G7 à Évian. Leur présence témoigne de la reconnaissance par les gouvernements occidentaux que cette industrie est désormais stratégique au même titre que les industries de défense. **L'IA n'est plus une question de technologie — c'est une question de puissance.**

*Je dois avouer une certaine perplexité face au fait que les gouvernements occidentaux invitent les PDG de l'IA à leur table au G7 tout en laissant les mêmes entreprises opérer largement sans régulation coordonnée. Il y a quelque chose d'incohérent à traiter l'IA comme une question de sécurité nationale tout en laissant le marché décider des architectures de dépendance. Mais c'est le monde dans lequel nous vivons. Et naviguer dans ses contradictions est précisément ce que les démocraties font mieux que les autocraties — quand elles en ont la volonté.*

## La mémoire longue de Pékin contre l'amnésie stratégique de l'Occident

### Quinze ans de stratégie chinoise délibérée face à des cycles électoraux courts

L'un des asymétries fondamentales dans la confrontation sino-occidentale, c'est celle du temps. La Chine opère sur des horizons temporels de **quinze, vingt, trente ans** — ses plans quinquennaux en sont la manifestation la plus visible, mais la stratégie réelle va bien au-delà. Macron l'a reconnu à Évian : la stratégie de constitution de réserves stratégiques en terres rares «a été développée sur plus de quinze ans». L'accumulation du monopole de 94% sur les aimants permanents ne s'est pas faite en deux ans — c'est une construction patiente, méthodique, ancrée dans une vision long-terme que les régimes autoritaires ont l'avantage de pouvoir imposer sans avoir à rendre de comptes à des électeurs à chaque cycle.

L'Occident, lui, fonctionne par cycles courts. **Les démocraties ont des élections tous les quatre à cinq ans.** Les politiques économiques changent. Les alliances se fragilisent. Les intérêts commerciaux à court terme reprennent le dessus. C'est précisément ce que la Chine a exploité : la prévisible discontinuité des politiques occidentales, l'incapacité structurelle des démocraties à maintenir une stratégie cohérente sur deux ou trois décennies. La lucidité de juin 2026 sera d'autant plus précieuse qu'elle aura été rare — et elle risque de rester rare si elle n'est pas institutionnalisée dans des mécanismes qui survivent aux alternances politiques.

### Institutionnaliser la lucidité pour qu'elle survive aux alternances

C'est pourquoi les **195 projets de coopération sur les minéraux critiques** adoptés à Évian sont plus importants qu'il n'y paraît. Non pas parce que 64 milliards d'euros suffisent — ils ne suffisent pas — mais parce qu'ils créent des engagements formels, des structures de coopération, des mécanismes de suivi qui sont plus difficiles à défaire qu'une simple déclaration politique. La **coopération interopérable sur le lithium et le nickel**, décidée à Évian comme première étape, est modeste. Mais elle crée un précédent institutionnel. Et les précédents institutionnels ont une résilience que les déclarations politiques n'ont pas.

De la même manière, les sanctions contre des entreprises chinoises spécifiques créent des jurisprudences, des listes qui ont leur propre dynamique, des processus de vérification qui s'auto-alimentent. Une fois qu'un gouvernement a officiellement documenté et sanctionné une entreprise chinoise pour complicité dans la guerre de Poutine, il est beaucoup plus difficile pour son successeur de lever purement et simplement ces sanctions sans justification. La mémoire institutionnelle commence à travailler pour la lucidité. Et c'est une bonne nouvelle.

*Je terminerai cette réflexion sur la durabilité avec une note d'humilité. Je ne sais pas si cette lucidité de juin 2026 sera durable. L'histoire est pleine de prises de conscience qui se sont dissipées dès que la pression immédiate s'est allégée. Ce que je sais, c'est que la réalité chinoise ne se dissipera pas, elle. Et que tôt ou tard, l'Occident devra y faire face — autant que ce soit maintenant, avec encore le temps de s'adapter, plutôt que dans dix ans, quand les dépendances seront encore plus profondes.*

## Conclusion : La fin de l'ère des convenances — et le début d'autre chose

### Ce que juin 2026 change vraiment

Ce que l'on peut retenir de cette séquence de juin 2026, c'est moins une victoire qu'un **commencement**. L'Occident n'a pas gagné la confrontation avec la Chine. Il a commencé à l'accepter pour ce qu'elle est. La liste du Pentagone, les sanctions de l'UE, les sanctions britanniques, le G7 d'Évian : pris séparément, chacun de ces actes est limité dans sa portée. Ensemble, ils dessinent une direction. Une direction que l'on n'avait pas vue aussi clairement depuis très longtemps, peut-être depuis la fin de la guerre froide. L'Occident recommence à faire de la géopolitique avec les yeux ouverts. La **fin de la naïveté** n'est pas un triomphe — c'est un passage obligé vers une réalité que l'on ne pouvait plus continuer d'éviter.

La Chine reste un partenaire commercial incontournable. Son découplage total est impossible et indésirable. Mais la **complaisance stratégique** — cette tendance à fermer les yeux sur les ambitions autoritaires de Pékin, sur sa complicité avec Moscou, sur ses monopoles délibérément construits sur des ressources stratégiques — cette complaisance-là a un coût que l'Occident commence enfin à calculer. Et à refuser de payer.

### L'avenir se construit dans la lucidité ou ne se construit pas

La vraie question que pose juin 2026, ce n'est pas «avons-nous bien réagi ?» — la réponse est mitigée, tardive, encore incomplète. La vraie question est : **cette lucidité durera-t-elle ?** Les intérêts économiques à court terme qui ont alimenté la naïveté n'ont pas disparu. Les entreprises qui commercent avec la Chine sont encore là. Les politiques qui préféreraient ménager Pékin pour préserver des exportations ou des investissements sont encore là. La pression pour revenir à la «normalité» des relations sino-occidentales sera forte dès que les projecteurs se déplaceront vers d'autres crises.

Mais le monde de juin 2026 n'est plus tout à fait le même qu'avant. Des soldats russes ont été formés en Chine à tuer des Ukrainiens — et c'est documenté, reconnu, sanctionné. Des géants technologiques chinois figurent sur la liste noire du Pentagone américain. Le G7 a adopté 195 projets concrets pour commencer à se libérer des minéraux critiques chinois. Ces actes ont une résonance qui dépasse leur portée immédiate. Ils disent que **l'Occident a commencé à vouloir survivre**. Et dans le monde chaotique, multipolaire et dangereux que nous habitons, la volonté de survie est déjà, en soi, une forme de force.

**Signé Maxime Marquette, chroniqueur**

## Encadré de transparence du chroniqueur

### Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais **chroniqueur et analyste**. Mon expertise réside dans l'observation et l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.

Je ne prétends pas à l'objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. **Je prétends à la lucidité analytique**, à l'interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d'offrir une lecture critique des événements.

### Méthodologie et sources

Ce texte respecte la distinction fondamentale entre **faits vérifiés et analyses interprétatives**. La règle de méthode est constante : une information factuelle n'est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous **Sources**, jamais ici.

**Familles de sources primaires** retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d'organisations intergouvernementales, dépêches d'agences de presse internationales reconnues.

**Familles de sources secondaires** : publications spécialisées, médias d'information reconnus internationalement, analyses d'institutions de recherche établies, rapports d'organisations sectorielles.

Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d'institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l'institution exacte est nommée sous **Sources**.

### Nature de l'analyse

Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une **synthèse critique et contextuelle** basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d'experts cités dans les sources consultées.

Mon rôle est d'interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l'observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.

Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n'est promise d'avance; lorsqu'un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.

## Sources

### Sources primaires

- [G7 Summit in Evian : Day Three — Conférence de presse de clôture du président Macron, Élysée officiel — 17 juin 2026](https://www.elysee.fr/en/emmanuel-macron/2026/06/17/g7-summit-in-evian-day-three)

- [EU says China trained Russian troops to fight in Ukraine war — Straits Times, déclaration de Kaja Kallas — 16 juin 2026](https://www.straitstimes.com/world/europe/eu-says-china-trained-russian-troops-to-fight-in-ukraine-war)

- [EU Weighs Sanctions on Chinese Companies Accused of Backing Russia's War Machine — United24 Media — 4 juin 2026](https://united24media.com/world/eu-weighs-sanctions-on-chinese-companies-accused-of-backing-russias-war-machine-19502)

### Sources secondaires

- [Fracture Lines Diverge: Pentagon's Tech Blacklist, Iran's Fragile Truce, G7 Pressure — The Claw Street Journal — 17 juin 2026](https://theclawstreetjournal.com/cyber-defense/2026/06/17/geopolitical-fracture-lines-diverge.html)

- ['Making China the elephant in the room': The G7 confronts supply chain dependencies — Fortune — 16 juin 2026](https://fortune.com/2026/06/16/china-g7-us-ai-reliance-chinese-energy-supply-chains/)

- [UK Joins US Bid to Weaken 'Axis of Evil' With New Sanctions on Companies Aiding Russia — The Epoch Times — 18 juin 2026](https://cmsapi.theepochtimes.com/world/?p=6049569)

- [China protests UK sanctions on Chinese entities over Russia — Global Banking & Finance Review — 17 juin 2026](https://www.globalbankingandfinance.com/china-protests-uk-sanctions-chinese-entities-over-russia/)

- [G7 leaders tackle reliance on China for critical minerals — Prothom Alo English/Reuters — 17 juin 2026](https://en.prothomalo.com/international/owh3a2j9vs)

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Source : Maxime Marquette, MadMax. Pour citer ce texte, nommer l’auteur et lier https://mad-max.co/fr/article/chronique-2026-l-annee-ou-l-occident-a-cesse-d-etre-naif-face-a-pekin-2
